AID Association initiatives dionysiennes
Alors que l’affaire Kerviel est en train d’être jugée...

REGULATIONS FINANCIERES : EMPLÂTRE SUR UNE JAMBE DE BOIS ?

les mesures proposées pourtant homéopathiques secouent l’Assemblée

jeudi 10 juin 2010 par JMT

L’Assemblée a adopté jeudi soir en première lecture le projet de loi "régulation bancaire et financière" au terme d’une journée marquée par le rejet d’un amendement qui demandait l’interdiction d’une pratique spéculative portant sur les titres de créances d’Etat.

"Ses actes, je ne les explique pas, je suis déçu par son comportement", a déclaré jeudi devant le tribunal correctionnel un ancien collègue trader de Jérôme Kerviel en affirmant que "tous les traders ont des limites à respecter".

Jérôme Kerviel n’a pas changé de ligne de défense au deuxième jour de son procès, mercredi 9 juin. Interrogé longuement et de façon très pointue par le président du tribunal correctionnel, Dominique Pauthe, sur ses activités, il a affirmé qu’il avait pris des positions spéculatives de plus en plus importantes à la demande de ses supérieurs à la Société générale.

Le gendarme boursier américain, la SEC, a annoncé jeudi avoir approuvé la mise en place dès vendredi d’un nouveau système de coupe-circuits sur les marchés des actions, qui sera déclenché en cas de volatilité excessive d’un titre.

"Tout se voit, tout s’entend" dans une salle de marchés. Cette phrase, prononcée mardi 8 juin par Jérôme Kerviel au premier jour de son procès, résume la ligne de défense de l’ancien trader de la Société générale.

Michel Baroni : La clé du succès est à chercher du côté de leur formation, qui cumule plusieurs particularités. D’un point de vue académique, la science des probabilités [qui permet de définir des modèles qui serviront d’appui aux banquiers pour élaborer les produits financiers] est enseignée en France depuis très longtemps.

Régulation financière : divergences à l’Assemblée sur l’ampleur des mesures à prendre

AFP, Mise a jour : 10/06/2010 23:24

L’Assemblée a adopté jeudi soir en première lecture le projet de loi "régulation bancaire et financière" au terme d’une journée marquée par le rejet d’un amendement qui demandait l’interdiction d’une pratique spéculative portant sur les titres de créances d’Etat.

Un ancien collègue accable Jérôme Kerviel

AFP, Mise a jour : 10/06/2010 18:24

"Ses actes, je ne les explique pas, je suis déçu par son comportement", a déclaré jeudi devant le tribunal correctionnel un ancien collègue trader de Jérôme Kerviel en affirmant que "tous les traders ont des limites à respecter".

Au deuxième jour de son procès, Kerviel met de nouveau en cause sa hiérarchie

LEMONDE.FR avec AFP Mis à jour le 10.06.10 à 18h22

Jérôme Kerviel n’a pas changé de ligne de défense au deuxième jour de son procès, mercredi 9 juin. Interrogé longuement et de façon très pointue par le président du tribunal correctionnel, Dominique Pauthe, sur ses activités, il a affirmé qu’il avait pris des positions spéculatives de plus en plus importantes à la demande de ses supérieurs à la Société générale.

Reuters/GONZALO FUENTES Jérôme Kerviel arrive au palais de justice de Paris, mercredi 9 juin.

Le fait même de prendre des "spiel", positions purement spéculatives, "n’entrait pas dans mon mandat", mais "mes supérieurs m’ont demandé de le faire, parce que ça faisait gagner de l’argent", a affirmé l’ancien trader. Jérôme Kerviel a aussi déclaré que l’équipe de huit traders à laquelle il appartenait dépassait "quasiment tous les jours" la limite de 125 millions d’euros de risques cumulés admise par la banque.

"La hiérarchie c’est moi, la hiérarchie ne savait pas" qu’il avait engagé des dizaines de milliards sur les marchés financiers, a rétorqué Jean-Pierre Mustier, ancien patron de la banque de financement et d’investissement de la Société générale (SG CIB), témoin cité par la partie civile. "On encourage les traders à savoir prendre des risques, pas à prendre des risques", a-t-il expliqué. "Vous m’avez toujours menti, Monsieur Kerviel", a-t-il lancé au prévenu.

Lorsque le président a demandé à Jérôme Kerviel s’il était dans son mandat de prendre pour des milliards de positions sur les marchés financiers, il a répondu : "Non, probablement pas. Pas plus que les ’spiel’." Mais, répète-t-il, "l’objectif était de gagner de l’argent pour la banque". "J’ai appliqué d’année en année une stratégie de ’trading’ qui a fonctionné, les résultats n’ont cessé de grandir", a-t-il rappelé, estimant "rigolo" qu’on lui ait reproché en 2005 d’avoir fait un bon résultat en prenant des positions spéculatives et qu’on lui demande de "refaire la même chose" l’année suivante parce que c’était "vachement bien".

"UN SOMNAMBULE DANS UN CHAMP DE TIR"

Un peu plus tôt, le premier témoin, un ancien président de l’Autorité des marchés financiers, Jean-François Lepetit, est venu expliquer, notamment, le fonctionnement d’une salle de marchés. "Le risque est la matière première d’une salle", a dit ce témoin cité par la Société générale, "et ce qui est rentable, c’est de prendre des risques calculés". Selon lui, "il arrive que les limites soient dépassées, mais dans ce cas, la transparence est toujours de rigueur".

Interrogé par Me Jean Veil, avocat de la Société générale, sur les affirmations de Jérôme Kerviel selon lesquelles ses supérieurs étaient au courant des opérations de Jérôme Kerviel, M. Lepetit a comparé l’ancien trader à "un somnambule dans un champ de tir". A la lecture du livre publié début mai par Jérôme Kerviel (L’Engrenage, Mémoires d’un trader), "je ne suis pas convaincu qu’il ait bien compris ce qui se passait autour de lui", a-t-il dit.

Jérôme Kerviel, 33 ans, est jugé pour avoir fait perdre à la Société générale 4,9 milliards d’euros début 2008. Il est accusé d’avoir pris à l’insu de sa hiérarchie des positions spéculatives exorbitantes sur les marchés financiers, atteignant près de 50 milliards d’euros, en déjouant les contrôles à l’aide d’opérations fictives et de fausses déclarations.

Etats-Unis : nouveaux coupe-circuits dès vendredi sur les marchés des actions

AFP, Mise a jour : 10/06/2010 18:20

Le gendarme boursier américain, la SEC, a annoncé jeudi avoir approuvé la mise en place dès vendredi d’un nouveau système de coupe-circuits sur les marchés des actions, qui sera déclenché en cas de volatilité excessive d’un titre.

Kerviel rappelle que dans une salle de marchés "tout se voit, tout s’entend"

LEMONDE.FR avec AFP Mis à jour le 08.06.10 à 21h01

"Tout se voit, tout s’entend" dans une salle de marchés. Cette phrase, prononcée mardi 8 juin par Jérôme Kerviel au premier jour de son procès, résume la ligne de défense de l’ancien trader de la Société générale.

AFP/BENOIT PEYRUCQ Croquis de Jérôme Kerviel face au président Dominique Pauthe, mardi 8 juin.

"Sur un desk de trading, on est tous à 50 cm les uns des autres, tout se voit tout s’entend", a poursuivi le jeune homme de 33 ans, alors que le tribunal se penchait sur sa personnalité. Il répondait alors à un avocat de petits actionnaires, partie civile au procès. Auparavant, il avait affirmé que "les encouragements journaliers de [ses] supérieurs" l’avaient incité à continuer, répétant qu’ils étaient au courant de ses prises de position dès lors qu’elles rapportaient de l’argent.

Cité comme témoin, l’ancien PDG de la banque, Daniel Bouton, évincé après l’affaire, a refusé de venir déposer à l’audience, a annoncé le président du tribunal, Dominique Pauthe. Il explique dans une lettre lue par le tribunal qu’il juge suffisante sa déposition recueillie à l’instruction.

Me Frédérik-Karel Canoy, avocat de petits actionnaires, a demandé qu’on le fasse venir de force, mais Me Metzner ne s’est pas joint à cette demande. Le tribunal statuera ultérieurement. "Sauf à transformer cette audience en barnum, je ne vois pas pourquoi il serait contraint à venir", a dit Me Jean Veil, avocat de la banque.

Un grand cirque médiatique

Près d’une centaine de médias, français et étrangers, ont été accrédités pour suivre le procès. Contrairement à ce qui avait été indiqué précédemment, les journalistes sont autorisés à retranscrire le procès sur le réseau social Twitter, pratique qui avait pourtant perturbé le procès de l’affaire Clearstream, présidé par le même magistrat, Dominique Pauthe, à l’automne 2009.

Une source judiciaire a précisé qu’il s’agissait d’un "malentendu" : "les journalistes ont le droit d’envoyer du texte pendant l’audience mais pas de photos, ni de son", a-t-elle précisé.

Poursuivi pour abus de confiance, faux et usage de faux et introduction frauduleuse de données dans un système informatique, M. Kerviel encourt cinq ans de prison, 375 000 euros d’amende et 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts que lui réclame la Société générale.

"UN PION QU’ON A UTILISÉ"

Son avocat, Me Olivier Metzner, a ensuite posé quelques questions de fond à son client, qui a répété qu’il était "impossible" que les cinq chefs qui se trouvaient à proximité des traders aient pu ignorer ce qu’il faisait. A l’appui, Me Metzner a fait transmettre sur un grand écran dressé dans le tribunal un plan de la salle dans laquelle travaillait Jérôme Kerviel.

Me Metzner a également déclaré être en mesure de produire des documents montrant selon lui que les agissements de M. Kerviel ne pouvaient être ignorés de la banque, notamment une banque de données où sont enregistrés tous les ordres. "Ce n’est pas un homme qui est responsable de cela mais un système. Celui qui comparaît devant le tribunal est un pion, un pion qu’on a utilisé et dont on a tiré profit, et, quand on n’a plus eu besoin lui, qu’on a jeté", a-t-il dit aux journalistes avant l’ouverture du procès. Me Metzner plaidera la relaxe.

Lors de cette première journée de procès, le président du tribunal Dominique Pauthe a longuement interrogé M. Kerviel – unique prévenu – sur sa personnalité et son profil psychologique, relevant dans le rapport d’un expert que "l’absence de contrôle" l’aurait conduit à "réitérer sa stratégie".

SEPT PARTIES CIVILES

Il aura face à lui sept parties civiles : la Société générale et des petits porteurs, salariés ou retraités actionnaires de la banque. Les avocats de la Société générale considèrent de leur côté que ce n’est pas parce que ses services de contrôle se sont avérés défaillants que Jérôme Kerviel était autorisé à "la mettre en péril par ses agissement frauduleux".

Exonérée sur le plan pénal, la Société générale n’est pourtant pas sortie indemne de l’enquête, qui a montré qu’elle avait négligé plus de soixante-dix alertes internes et externes sur le comportement de Jérôme Kerviel.

Emblématique des dérives du monde de la finance, très médiatisé, le procès durera près de trois semaines, jusqu’au 25 juin. Une quarantaine de témoins sont attendus.

"Les jeunes banquiers français ont un excellent bagage technique et financier"

LEMONDE.FR Mis à jour le 08.06.10 à 08h20 Michel Baroni : La clé du succès est à chercher du côté de leur formation, qui cumule plusieurs particularités. D’un point de vue académique, la science des probabilités [qui permet de définir des modèles qui serviront d’appui aux banquiers pour élaborer les produits financiers] est enseignée en France depuis très longtemps.

AP/Susan Walsh Le Français Fabrice Tourre (ici devant la commission du Sénat américain enquêtant sur les pratiques de la banque d’affaires Goldman Sachs, le 27 avril) est au cœur d’un des plus gros scandales financiers de la décennie.

Pourquoi retrouve-t-on tant de financiers français dans les salles de marché des plus grandes institutions bancaires, à Londres, New York ou Hongkong ?

Michel Baroni : La clé du succès est à chercher du côté de leur formation, qui cumule plusieurs particularités. D’un point de vue académique, la science des probabilités [qui permet de définir des modèles qui serviront d’appui aux banquiers pour élaborer les produits financiers] est enseignée en France depuis très longtemps.

Cette formation mathématique très poussée encourage les étudiants en finance à s’orienter vers les produits complexes, d’autant plus que ces masters accueillent beaucoup d’ingénieurs. Inversement, les écoles d’ingénieurs ont leurs propres cursus en finance.

On se retrouve donc face à des étudiants qui disposent d’un excellent bagage technique et financier. A noter que cette combinaison des savoirs est moins enseignée dans les autres pays européens, ce qui explique le succès des Français à l’étranger.

La finance parisienne a-t-elle pâti de l’exode des financiers vers des places européennes, américaines ou asiatiques plus attractives ?

Il est certain que Londres offre plus de débouchés que Paris en ce qui concerne la finance technique, d’où le nombre important de cadres financiers qui s’établissent là-bas.

C’est une place qui permet d’élaborer des produits extrêmement sophistiqués. Cela dit, toutes les banques n’ont pas déménagé leur équipe technique outre-Manche. La Société générale, par exemple, a conservé son pôle technique à Paris.

Et inutile de préciser que la crise a entraîné une baisse de la demande sur certains produits, notamment les CDO ["collateral debt obligation" : structure de titrisation de dette, dénoncée comme principale responsable de la crise financière], ainsi que d’autres produits de titrisation et des produits structurés. Les équipes se sont donc un peu réduites, mais elles avaient beaucoup augmenté avant la crise.

Deux Français, Jérôme Kerviel et Fabrice Tourre, sont actuellement au cœur de deux des plus grands scandales financiers de la décennie. Est-ce révélateur d’une spécificité française dans la façon d’envisager le risque ?

Les cours d’éthique et de déontologie existent depuis déjà pas mal d’années dans les masters de finance français. Les étudiants doivent connaître les bonnes pratiques et être avertis des conflits d’intérêt.

Cet ensemble de règles définit ce qu’on appelle la "compliance" [la conformité], c’est-à-dire l’ensemble des règles à respecter pour rester en accord avec les lois qui régulent les marchés. De plus, la connaissance de ces règles est nécessaire pour obtenir la certification qui permet aux financiers d’exercer leur métier.

Ces règles sont à peu près les mêmes partout, mais il y a d’un côté une façon plutôt anglo-saxonne de les appliquer, par le biais de chartes de bonne conduite, et de l’autre, une voie française qui consiste à faire appel à son propre jugement. C’est toute la différence entre la culture catholique et la culture protestante.

Propos recueillis par Audrey Fournier


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1810398

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site ECONOMIE   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

Creative Commons License