AID Association initiatives dionysiennes
L’image médiatique et diplomatique d’Israël sérieusement dégradée

BLOCUS ILLEGAL DE GAZA

Mais est-ce réellement un "raté" ou une volonté délibérée de défier le monde entier ?

dimanche 6 juin 2010 par JMT

Cette semaine, Marianne laisse carte blanche à Elie Barnavi, historien et collaborateur de Marianne. Pour lui, des trois scénarios possibles pour aborder la flottille prétendument humanitaire, le gouvernement israélien a choisi le pire. La faute à son dirigeant : le plus faible et le plus incapable de l’histoire d’Israël.

La tragédie de la flottille pour Gaza (neuf morts et plusieurs dizaines de blessés après un assaut israélien) a mis en évidence, en France, le caractère très composite du mouvement pro-palestinien. Ce mouvement repose, au niveau de la représentation politique, essentiellement sur la gauche, l’extrême gauche et les écologistes.

Le Suédois a pris part à l’opération « Ship to Gaza ». Voici l’histoire qu’il rapporte, de l’organisation de la traversée à l’attaque israélienne et l’humiliation de la détention.

L’Enquête « rapide et impartiale » sur le raid israélien contre la « flottille de la paix » propalestinienne qui s’est soldé par le bilan de 9 morts et 52 blessés n’est encore qu’un souhait du Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi d’une bonne partie de la presse israélienne.

L’historienne Esther Benbassa, auteur en 2006 d’« Etre juif après Gaza », réagit ici à l’assaut meurtrier donné, lundi au large de Gaza, par un commando israélien sur une flottille humanitaire pro-palestinienne. Celle qui a signé « l’Appel à la raison » du collectif J-Call condamne « le pas de plus d’Israël vers le pire ».

Une délégation du Parlement était la semaine dernière à Gaza et appelle à la fin du blocus.Le Président du Parlement européen condamne l’intervention militaire israélienne contre des navires cherchant à apporter de l’aide humanitaire.

Netanyahou, le nul !

Elie Barnavi - Carte blanche

Cette semaine, Marianne laisse carte blanche à Elie Barnavi, historien et collaborateur de Marianne. Pour lui, des trois scénarios possibles pour aborder la flottille prétendument humanitaire, le gouvernement israélien a choisi le pire. La faute à son dirigeant : le plus faible et le plus incapable de l’histoire d’Israël.

david masters - flickr CC drapeaux israéliens

Les faits d’abord. Une flottille humanitaire, une de plus, s’apprête à apporter quelque secours aux Gazaouis enfermés dans leur bande de misère par un siège conjoint israélo-égyptien. C’est, évidemment, une opération de propagande montée par des organisations pro-palestiniennes qui n’imaginent pas un seul instant qu’Israël les laissera débarquer. Les autorités israéliennes l’ont proclamé haut et fort, et d’ailleurs les précédentes tentatives, du moins celles qui ont eu lieu depuis l’opération « Plomb durci » de l’hiver 2008-2009, ont toutes échoué.

Cette fois, les Israéliens ont déclaré qu’ils laisseraient passer le chargement compatible avec leur sécurité à condition qu’il transite par le port d’Ashdod. Soit dit en passant, si le bien-être des habitants était leur seul souci, les organisateurs du convoi y auraient consenti.

Si l’humanitaire était leur seule boussole, ils auraient accepté d’emporter dans leurs bagages un colis pour le soldat Gilad Shalit, prisonnier du Hamas depuis plus de trois ans sans jamais avoir aperçu ne fût-ce que l’ombre d’un délégué de la Croix-Rouge. Après tout, l’humanitaire ne se divise pas. Ils ont refusé.

Les Israéliens, qui ont tout le temps de se préparer, se préparent, en effet. Les troupes d’élite s’entraînent, la marine se tient prête, et un camp de détention est installé à Ashdod pour les récalcitrants.

A partir de là, trois scénarios sont possibles. L’un est politiquement habile et humainement acceptable : Israël laisse passer la flottille. Le porte-parole des Affaires étrangères explique à la presse internationale que l’armée, placée devant un choix pénible – laisser bafouer leur ordre à Gaza ou risquer de faire couler le sang –, a choisi des deux maux le moindre.

Le siège n’en sort pas grandi – cela fait bien longtemps qu’il est évident pour tous ceux qui ont des yeux pour voir et une cervelle pour comprendre que le siège imposé à Gaza est politiquement contre-productif et moralement condamnable –, mais des vies humaines sont épargnées et Tsahal ne passe pas pour un gang de voyous irresponsables.

Le deuxième scénario est politiquement neutre et humainement acceptable : Israël bloque la flottille avec des navires de guerre. Le porte-parole des Affaires étrangères explique que l’armée n’entend pas laisser bafouer leur ordre à Gaza, ni risquer de faire couler le sang. Le convoi finit par faire demi-tour.

Le troisième est politiquement stupide, humainement épouvantable : Israël envoie ses commandos marins arraisonner la flottille de vive force. Il y a des morts et des blessés. Le porte-parole des Affaires étrangères dit n’importe quoi. En fait, le gouvernement, placé devant un choix pénible – laisser bafouer son ordre à Gaza ou risquer de faire couler le sang –, a préféré risquer de faire couler le sang, y compris celui de ses propres soldats.

Naturellement, c’est ce troisième scénario qui a eu la préférence du -gouvernement de Jérusalem. Bien sûr, nul n’a prévu la résistance acharnée des convoyeurs d’un des bateaux, qui sont tombés sur les soldats avec des barres de fer, des couteaux, des haches, tout ce qui leur tombait sous la main. Débordés, les soldats ont tiré dans le tas.

Sur le plan purement militaire, c’est incompréhensible. On se demande à quoi servent les renseignements militaires, qui suivaient depuis des semaines les -moindres mouvements de la flottille. On se demande aussi pourquoi avoir envoyé pour cette tâche ancillaire une unité d’élite, la Shayetet 13 (commando marin), entraînée pour des opérations chirurgicales contre un ennemi armé. On se demande enfin pourquoi les soldats étaient si peu nombreux et pourquoi diable on les a fait opérer de nuit.

Il ne restait qu’à cueillir les fruits diplomatiques de ce beau fait d’armes. Les Turcs, qu’on ne savait pas si sensibles aux droits de l’homme, mais qui ont payé le plus lourd tribut à l’équipée humanitaire, crient à la « piraterie » et au « crime d’Etat ».

Déjà mis à mal par la dérive islamiste du Premier ministre Erdogan et la diplomatie obtuse de Jérusalem, le mariage de convenance entre l’Etat hébreu et son seul allié musulman a vécu. La rue arabe et musulmane enrage et le Hamas, du coup lavé de tout opprobre, appelle à une nouvelle intifada. Tout ce que le monde compte d’ambassadeurs israéliens est sommé de rendre des comptes dans tout ce que le monde compte de ministères des Affaires étrangères ; l’Union européenne s’émeut et condamne ; et le Conseil de sécurité débat d’une formule de mise au pilori que seule l’amitié éprouvée, dans les deux sens du terme, de Washington est susceptible d’édulcorer.

Netanyahou, qui devait s’y rendre pour célébrer ses retrouvailles avec Obama, a dû rentrer dare-dare au pays. Et l’on n’a encore rien dit des négociations israélo-palestiniennes dites « de proximité », qui viennent de démarrer péniblement et qui constituent pour le moment la seule avancée de l’administration Obama dans la région. C’est d’ailleurs l’aspect le moins grave de ce fiasco, puisque personne de sensé n’en attend grand-chose.

Enfin, sur le plan intérieur, les relations d’Israël avec ses citoyens arabes, déjà pas brillantes, sont devenues exécrables. Il faudra du temps pour apaiser une communauté qui se sent de toute manière de plus en plus marginalisée.

Bref, l’opération humanitaire n’a rien apporté aux Gazaouis ; son véritable objectif, un coup de plus porté à l’image d’Israël et à sa légitimité, n’en a pas moins été pleinement atteint.

Car, bien sûr, la question n’est pas militaire mais politique. Comment expliquer un tel gâchis ? Un ami journaliste qui refuse de croire à la thèse, trop simpliste à ses yeux, d’un mauvais calcul des risques me demande s’il n’y aurait pas un plan d’un Premier ministre machiavélique – une sorte de politique de la terre brûlée destinée à rendre impossible tout accord qui le forcerait à lâcher les Territoires occupés et à permettre la création d’un Etat palestinien. Franchement, je n’en crois rien. Netanyahou est simplement le dirigeant le plus faible, irrésolu et incapable de l’histoire d’Israël. Flanqué sur sa gauche d’un ministre de la Défense modéré mais égocentrique et privé de troupes et, sur sa droite, d’une kyrielle de ministres extrémistes et intellectuellement défectueux qui proclament matin, midi et soir qu’ils n’entendent rien lâcher ; assis sur une majorité parlementaire anarchique, jusqu’au-boutiste et démagogique ; toléré par une opinion publique amère et déboussolée qui ne sait plus à quel saint se vouer, cet homme n’est occupé qu’à se survivre et navigue à vue. Il n’a pas de « plan » et bien malin qui saura dire où il mène son pays.

On peut toujours se consoler en se disant que ce peuple mérite mieux que le troupeau de pauvres d’esprit qui le conduit de Charybde en Scylla. Mais on n’a simplement pas le temps d’attendre une hypothétique relève. Disons-le autant de fois qu’il sera nécessaire : seule une intervention résolue de la communauté internationale peut empêcher Israël de sombrer pour de bon dans la double et létale affection de la paranoïa et de la bonne conscience. Avant qu’il ne soit trop tard et que le rêve de ses pères fondateurs ne soit englouti à tout jamais.

Qui sont les Français pro-palestiniens ?

LE MONDE POUR DIRECTMATINPLUS Mis à jour le 04.06.10 à 12h32

La tragédie de la flottille pour Gaza (neuf morts et plusieurs dizaines de blessés après un assaut israélien) a mis en évidence, en France, le caractère très composite du mouvement pro-palestinien. Ce mouvement repose, au niveau de la représentation politique, essentiellement sur la gauche, l’extrême gauche et les écologistes.

AFP/JOEL SAGET Manifestante pro-palestinienne lors d’une manifestation parisienne, jeudi 3 juin à Paris.

Il s’agit d’ailleurs des partis (Verts et Parti communiste) qui ne sont plus invités, depuis quelques années, au dîner annuel organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), car jugés trop radicaux.

A droite, des gaullistes "historiques" sont très sensibles à la cause palestinienne. Quant au Parti socialiste, il figure à part, compte tenu de son lien historique avec le Parti travailliste israélien, même si certaines personnalités socialistes, comme la sénatrice Monique Cerisier-ben-Guiga (représentante des Français à l’étranger), ne font pas mystère de leur engagement pour la cause palestinienne.

Le caillassage essuyé par Lionel Jospin, alors premier ministre, en février 2000, à l’université palestinienne de Bir-Zeit, en Cisjordanie, en avait témoigné. Le chef de gouvernement socialiste avait suscité l’ire palestinienne pour avoir repris à son compte la position israélienne sur le Hezbollah libanais. A cette époque, Israël occupait toujours une "zone de sécurité" taillée dans le sud du Liban.

Pour le Parti communiste, très engagé notamment pour la libération du franco-palestinien Salah Hamouri, condamné à la prison pour terrorisme par une cour militaire et détenu en Israël depuis 2005, l’engagement pro-palestinien s’inscrit dans celui, historique, pour les autodéterminations.

Il s’agit d’un marqueur partagé avec d’autres formations européennes similaires (comme les députés allemands de Die Linke, présents sur le bateau turc Mavi-Marmara de la flottille de Gaza).

DÉNONCIATION DE L’AXE DIPLOMATIQUE ISRAËL-ETATS-UNIS

Dans les années 1970 et 1980, cette gauche pouvait trouver des partenaires naturels dans les partis post-marxistes représentés au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), les Front populaire et démocratique de libération de la Palestine (FPLP, FDLP), aujourd’hui en nette en perte de vitesse.

Sur cette question, la position de l’extrême-gauche (Lutte ouvrière et Nouveau parti anticapitaliste) est assez similaire, avec la dénonciation de l’axe diplomatique entre Israël et les Etats-Unis. C’est en grande partie du fait de leur ancrage historique à gauche, du moins pour une partie d’entre eux, que les Verts prennent également position en faveur du mouvement national palestinien.

José Bové, alors dirigeant de la Confédération paysanne, avait spectaculairement brisé, en mars 2002, le siège par Israël de la Mouqata’a à Ramallah, le quartier général dans lequel fut retranché le chef de l’OLP, Yasser Arafat, de décembre 2001 jusqu’à sa mort, en novembre 2004. José Bové, par le passé, a parfois présenté Israël comme une "sentinelle de la colonisation libérale".

CONTRE LE BOYCOTTAGE DU HAMAS

Toutes les formations françaises défendent la solution des deux Etats, c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien viable aux côtés d’Israël. Sans reprendre les mots d’ordre du Mouvement de la résistance islamique (Hamas) ni légitimer le recours à la violence, les partis pro-palestiniens français se sont élevés contre le boycottage du Hamas par les Occidentaux après sa victoire aux élections législatives de 2006, considérées comme régulières.

La composante politique de la mouvance pro-palestinienne se double d’un réseau dense d’associations et d’organisations, qu’il s’agisse de mouvements de défense des droits de l’homme (Ligue des droits de l’homme), d’associations de collectivités locales (Association des villes françaises jumelés avec des camps de réfugiés palestiniens) ou d’ONG comme le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP), dont sont membres la majorité des Français présents dans la flottille de Gaza. Le CBSP, qui a son siège en France, est interdit aux Etats-Unis pour ses liens supposés avec le Hamas.

Ces associations sont notamment regroupées dans la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, qui compte 41 membres et observateurs. Il faut mentionner également le rôle de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), impliquée dans des opérations comme celle de la flottille et qui coordonne des missions d’observation de volontaires bénévoles dans les territoires palestiniens, en lien avec d’autres organisations internationales.

Gilles Paris

Henning Mankell : récit de l’écrivain embarqué

Le Suédois a pris part à l’opération « Ship to Gaza ». Voici l’histoire qu’il rapporte, de l’organisation de la traversée à l’attaque israélienne et l’humiliation de la détention.

Par Henning Mankell Traduit par Anna Gibson

Henning Mankell, le 3 juin, à Berlin. (REUTERS)

Henning Mankell, le grand écrivain suédois, était à bord de la flottille qui voulait dénoncer et briser le blocus de Gaza. Nous publions son journal de bord en exclusivité en France. Il raconte l’assaut de l’armée israélienne sur les navires, qui s’est terminé par neuf morts civils. Il parle aussi de son transfert à terre et son emprisonnement en termes sobres et précis.

Mardi 25 mai - Nice

« A 5 heures du matin, je suis dans la rue à attendre le taxi qui m’emmènera à l’aéroport. Pour la première fois depuis longtemps, E. et moi avons pu prendre quelques jours de vacances ensemble. Au début, nous pensions que ça irait jusqu’à deux semaines. Mais ça s’est réduit à cinq jours : « Ship to Gaza » semble enfin prêt à appareiller et, comme prévu, je me rends à Chypre pour me joindre au convoi.

« Le but de chaque voyage est inscrit dans son point de départ. Voilà ce que je pense en attendant le taxi. Comme convenu, j’ai réduit mon bagage à un seul sac à dos qui pèse à peine plus de 10 kg. Le but de l’opération « Ship to Gaza » est clair et net : forcer le blocus illégal qu’Israël impose à Gaza. Depuis la guerre, il y a un peu plus d’un an, l’existence est de plus en plus intolérable pour les Palestiniens qui vivent là. Les besoins sont gigantesques rien que pour réunir les conditions d’une vie digne de ce nom.

« Mais le but du voyage est plus clair et net encore. Je pense : "L’action confirme la parole." Il est facile de dire qu’on soutient, défend ou combat telle ou telle chose. Mais ce n’est que dans l’action qu’on en apporte la preuve. Les Palestiniens, contraints par les Israéliens à vivre dans cette misère, ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls, et qu’on ne les oublie pas. Leur existence doit être rappelée au reste du monde. Et nous profitons de ce rappel pour apporter aussi quelques produits de base : médicaments, unités de dessalement pour produire de l’eau potable, ciment.

Le taxi arrive, nous convenons d’un prix - cher ! - et partons à travers les rues désertes du petit matin, direction l’aéroport. C’est là, dans le taxi, je m’en souviens à présent, que je prends mes premières notes. Je ne me rappelle pas les mots exacts, mais la teneur, c’est que je m’étonne de n’avoir peut-être pas vraiment jusque-là mesuré l’enjeu : ce projet inspire une telle haine aux Israéliens qu’il est possible qu’ils aient recours à la force pour empêcher le convoi de passer.

« Mais cette pensée me quitte avant même l’arrivée à l’aéroport. Sur ce point aussi, le projet a été défini de façon extrêmement claire et nette. Nous agissons dans la non-violence, sans armes, sans volonté d’affrontement. Si nous sommes empêchés d’avancer, la question devrait pouvoir se régler sans que soit mise en danger la vie des participants.

Mercredi 26 mai - Nicosie

« Il fait plus chaud qu’à Nice. Ceux qui doivent embarquer sur les bateaux - qui vont nous attendre quelque part au large de Chypre - se rassemblent à l’hôtel Centrum de Nicosie. C’est comme dans un vieux roman de Graham Greene : des personnages hétéroclites réunis dans un coin perdu afin d’entreprendre un voyage ensemble… Nous allons forcer un blocus illégal. Ces mots sont répétés en différentes langues. Mais soudain, les incertitudes se multiplient. Les bateaux ont été retardés, il y a eu des problèmes, on ne sait pas encore à quel endroit doit avoir lieu la jonction avec les six navires. La seule certitude, c’est que ça va se passer en mer. Chypre refuse de laisser accoster nos bateaux. Israël a dû exercer des pressions. Je note aussi des moments de tension entre les différentes organisations qui ont la charge de ce projet délicat. La salle du petit-déjeuner a été transformée en lieu de réunion top secret. A un moment, on nous fait venir pour remplir un papier - nom et coordonnées des proches à prévenir en cas de malheur. Tout le monde remplit consciencieusement sa feuille. Puis on nous dit d’attendre. C’est le mot qui revient le plus, au cours de ces journées. C’est comme un mantra. « Attendre. » Alors on attend.

Jeudi 27 mai - Nicosie

« On attend. La chaleur est suffocante.

Vendredi 28 mai - Nicosie

« Soudain, je me demande si ça va se terminer comme ça, si je vais devoir quitter cette île sans avoir pu embarquer sur le moindre bateau. Il paraît que les places manquent à bord. Qu’il y aurait des listes d’attente pour participer à cette expédition solidaire. Mais l’aimable député K. et la femme médecin S., qui sont mes compagnons suédois pour ce voyage, contribuent à préserver la bonne humeur. Les voyages en bateau, c’est toujours une galère. C’est ce que je me dis. Nous continuons à remplir notre mission. Nous attendons.

Samedi 29 mai - Nicosie

« Soudain tout va très vite. Nous allons - même si c’est encore évidemment assorti d’un peut-être - embarquer à bord d’un bateau rapide afin de rejoindre en mer les cinq autres navires du convoi pour ensuite faire route ensemble vers Gaza. Nous attendons. Peu avant 17 heures, les autorités portuaires nous autorisent enfin à embarquer sur un navire qui s’appelle Challenger et qui va nous conduire à une vitesse de 15 nœuds jusqu’au point de ralliement, où nous allons embarquer sur le cargo Sophia, qui attend déjà sur place. Il y a déjà beaucoup de monde à bord du Challenger. Occupés à attendre, eux aussi. Ils sont un peu déçus en nous voyant arriver tous les trois. Ils espéraient plutôt quelques Irlandais, mais ceux-ci ont en définitive choisi de lâcher l’affaire et de rentrer chez eux. Nous grimpons à bord, saluons les uns et les autres et apprenons rapidement à nous conformer aux règles en vigueur. On est à l’étroit, partout des sacs plastique contenant des chaussures, mais l’ambiance est bonne et calme. Tous les points d’interrogation paraissent soudain levés. A 17 heures pile, les deux puissants moteurs diesel démarrent dans un bruit assourdissant. Nous sommes partis.

23 heures

« Je me suis installé sur une chaise, sur le pont arrière. Le vent ne souffle pas très fort, mais assez pour que de nombreux passagers aient déjà le mal de mer. Emmitouflé dans une couverture, je regarde le clair de lune dessiner un chemin sur la mer, tout en parant le choc des vagues et en pensant que la solidarité peut vraiment ressembler à tout et n’importe quoi. On ne se parle pas beaucoup, à cause du bruit. La plupart des gens essaient de dormir, ou de s’allonger au moins. Je me dis que pour l’instant, la traversée est remarquablement paisible. Mais c’est un calme traître.

Dimanche 30 mai - la mer au sud-est de Chypre Nuit - 1 heure

« Lumières papillotantes. Le capitaine, dont je n’arrive pas à retenir le nom, a réduit la vitesse. Ces lumières qu’on voit scintiller à une certaine distance de nous sont les fanaux de deux autres bateaux du convoi. Nous allons maintenant rester à l’arrêt en attendant le lever du jour, quand les gens pourront être transférés sur d’autres bateaux. Mais pour l’heure, je ne trouve toujours aucun endroit où m’allonger pour dormir. Je somnole, assis sur ma chaise mouillée. La solidarité naît dans l’humidité et dans l’attente ; ainsi on contribue à ce que d’autres aient un toit.

8 heures

« La mer s’est calmée. Nous nous dirigeons vers le plus important bâtiment du convoi : un grand ferry avec des centaines de personnes à bord. On a beaucoup discuté du fait que les Israéliens allaient probablement concentrer leur action sur ce navire.

« Mais quelle action ? C’est évidemment la question qu’on rumine depuis le lancement du projet. Il n’y a aucune certitude. La marine israélienne va-t-elle couler les bateaux ? Ou les refouler de force ? Ou alors, la solution raisonnable, que les bateaux soient autorisés à passer et qu’Israël regagne un peu de sa réputation de plus en plus ternie aux yeux du monde ? On ne sait pas. Mais le plus probable, c’est qu’on nous somme de faire machine arrière à l’approche des eaux territoriales. Par l’intermédiaire de voix menaçantes, relayées par des haut-parleurs, sur les bâtiments de la marine israélienne. Si nous refusons d’obéir, on va vraisemblablement démolir nos hélices ou nos gouvernails avant de nous remorquer jusqu’à un port où ils pourront être réparés.

13 heures

« Grâce à une échelle de corde, nous passons tous les trois sur Sophia, un vieux cargo mangé par la rouille et manœuvré par un équipage plein d’amour. Je compte environ 25 personnes à bord. Le chargement comprend entre autres du ciment, de l’acier d’armature et des maisons préfabriquées en bois. On m’indique une cabine que je vais partager avec le député suédois. Après les longs jours passés à Nicosie, celui-ci m’est de plus en plus comme un très vieil ami. Nous découvrons qu’il n’y a pas de lumière électrique. Pour la lecture, ce sera une autre fois.

16 heures

« Le convoi est rassemblé. Les proues se tournent vers Gaza.

18 heures

« Nous nous réunissons dans le coin repas improvisé entre les conteneurs et la superstructure du cargo. Le Grec grisonnant qui répond de la sécurité et de l’organisation à bord, en plus de la navigation, parle d’une voix basse qui inspire une confiance spontanée. Le mot "attendre" ne fait plus partie du vocabulaire. Nous approchons à présent. Mais de quoi ? Nul ne sait ce que vont faire les Israéliens. Nous connaissons seulement leurs déclarations menaçantes disant que le convoi sera refoulé par tous les moyens. Mais qu’est-ce cela signifie ? Torpilles ? Remorquage forcé ? Soldats largués par hélicoptère ? On ne sait pas. Mais la violence, si violence il y a, ne sera pas de notre fait. Au-delà de la légitime défense élémentaire, nous ne riposterons pas. En revanche, nous pouvons compliquer la tâche à d’éventuels attaquants. Alors on décide de dérouler du barbelé sur toute la longueur du bastingage. On s’habitue au port du gilet de sauvetage. On organise des tours de garde. On décide à quel endroit on se rassemblera si des soldats devaient monter à bord. L’ultime bastion sera la passerelle de commandement.

« Puis c’est l’heure du dîner. Le cuistot est un Egyptien, grand, costaud, qui a mal à une jambe. Sa cuisine est bonne.

Lundi 31 mai - 0 heure

« Je participe au quart de bâbord entre minuit et 3 heures. La Lune est encore grosse, même si des nuages la masquent par moments. La mer est calme. Les fanaux scintillent. Les trois heures passent vite. Je m’aperçois de ma fatigue au moment où l’on vient me relayer. Nous sommes encore loin des eaux territoriales que les Israéliens pourraient s’estimer en droit de défendre. Je devrais pouvoir dormir quelques heures.

« Je bois du thé, bavarde un moment avec un homme d’équipage grec dont l’anglais est vraiment terrible, mais qui tient absolument à savoir de quoi parlent mes livres. Il est presque 4 heures quand je me couche enfin.

4 h 30

« J’ai à peine le temps de m’endormir que je suis réveillé à nouveau. En allant sur le pont, je vois que le grand ferry est illuminé par des projecteurs. Soudain j’entends des coups de feu. Je comprends qu’Israël a choisi l’affrontement violent. Dans les eaux internationales.

« Une heure exactement s’écoule avant qu’on ne voie approcher les puissants canots pneumatiques noirs avec à leur bord des soldats masqués. Ils prennent possession du cargo. Nous nous rassemblons là-haut sur la passerelle de navigation. Les soldats veulent nous faire redescendre sur le pont. Ils s’impatientent. Un homme met un peu trop de temps à obéir et se prend illico une décharge de Taser dans le bras. Il tombe. Un autre, trop lent lui aussi, est atteint par un tir de balle en caoutchouc. Je pense que cela est en train de se produire à côté de moi. C’est d’une réalité absolue. Des gens qui n’ont rien fait sont harcelés comme du bétail et punis pour leur lenteur.

« On nous regroupe et nous fait asseoir sur le pont. Nous y resterons pendant onze heures, jusqu’à ce que notre bateau accoste en Israël. De temps à autre, les soldats nous filment alors qu’ils n’en ont aucun droit. Je veux noter quelques phrases, mais un soldat s’avance immédiatement et me demande ce que j’écris. C’est la seule fois où je m’énerve. Je lui rétorque que ça ne le regarde pas. Je ne vois que ses yeux. Je ne sais pas ce qu’il pense. Mais il se détourne et s’en va. Onze heures d’immobilité, entassés dans la chaleur, ça ressemble à de la torture. Pour aller uriner, il faut demander la permission. Pour toute nourriture, on nous donne des biscuits, des biscottes, des pommes. Nous n’avons pas le droit de faire du café, alors que nous aurions la possibilité d’en préparer sans bouger de notre place. Nous décidons collectivement de ne pas demander aux soldats l’autorisation de cuisiner. Sinon, ils nous filmeraient et ça servirait ensuite à montrer qu’ils ont été généreux avec nous. Nous nous en tenons donc aux biscuits. La situation tout entière est une humiliation totale. (Entre-temps les soldats au repos ont traîné des matelas hors des cabines et dorment sur le pont arrière.)

« Pendant ces onze heures, j’ai tout le temps de me livrer à une synthèse. Nous avons été attaqués en pleine mer, dans les eaux internationales. Cela signifie que les Israéliens se sont comportés en pirates, pas mieux que ceux qui sévissent au large de la Somalie. A partir du moment où ils ont pris les commandes du navire et commencé à faire route vers Israël, on peut dire que nous avons également été kidnappés. Cette intervention est hors la loi, du début à la fin.

« Nous essayons de discuter entre nous pour comprendre ce qui va arriver maintenant. Sidérés que les Israéliens aient pu choisir cette "solution" qui les place, de fait, le dos au mur. Qui les accule. Les soldats nous regardent. Certains font semblant de ne pas comprendre l’anglais. En réalité, tous le comprennent bien sûr. Il y a aussi quelques filles parmi eux. Elles ont l’air embarrassé. Peut-être vont-elles être de celles et de ceux qui fuient à Goa se droguer à mort après leur service militaire ? Ça arrive tout le temps.

18 heures

« A quai, quelque part en Israël. Je ne sais pas où. On nous fait descendre à terre. On nous oblige à courir dans les rues, entre les soldats, pendant que la télé militaire nous filme. Je pense que ça, précisément ça, je ne le leur pardonnerai jamais. En cet instant, il n’y a rien d’autre dans mes pensées que des salauds et des ordures.

« On nous sépare. Nous n’avons pas le droit de communiquer. Soudain, voilà qu’un type du ministère israélien des Affaires étrangères se matérialise à mes côtés. Je comprends qu’il est là pour s’assurer qu’on ne me brutalise pas trop. Je suis malgré tout assez connu en Israël, en tant qu’écrivain. Je suis traduit en hébreu. Il me demande si j’ai besoin de quelque chose.

- "Oui. D’être libéré, et tous les autres aussi."

« Il ne répond pas. Je lui demande de partir. Il recule de quelques pas, mais ne s’en va pas pour autant.

« Je n’avoue rien, bien évidemment. J’apprends que je vais être expulsé. L’homme qui m’annonce cela ajoute qu’il apprécie mes livres. J’envisage de m’arranger pour ne plus jamais être traduit en hébreu. C’est une pensée qui n’a pas encore atteint son fond.

« Il règne une atmosphère complètement chaotique dans cet "asile d’accueil". De temps à autre, quelqu’un est frappé, jeté à terre, attaché, menotté. Je pense plusieurs fois que personne ne me croira quand je raconterai tout ça. Mais beaucoup d’yeux voient la même chose que les miens. Nombreux sont ceux qui pourront témoigner. Nombreux, ceux qui vont devoir admettre que ce que je dis est vrai.

« Un seul exemple suffira. A côté de moi, un homme refuse brusquement de laisser prendre ses empreintes digitales. Il accepte d’être photographié. Mais ses empreintes ? Il considère qu’il n’a rien fait de mal. Il s’oppose, résiste. On le frappe. Une fois à terre, il est traîné hors de la salle. Vers où ? Je n’en sais rien. Quel mot dois-je employer ? Abominable ? Inhumain ? Il n’y a qu’à choisir.

23 heures

« Nous, les trois Suédois - le député, la femme médecin et moi-même -, sommes conduits dans un centre de rétention. On nous sépare. On nous jette quelques sandwiches qui ont un goût de vieille éponge à vaisselle. La nuit est longue. Mes tennis me tiennent lieu d’oreiller.

Mardi 1er juin - après-midi.

« Soudain, on nous réunit, le député et moi, et on nous annonce qu’on va nous conduire à un appareil de la Lufthansa en vue de notre expulsion. Nous refusons de partir tant qu’on ne nous aura pas dit ce qui va arriver à S. En apprenant qu’elle est en route elle aussi, nous quittons notre cellule.

« Dans l’avion, l’hôtesse me donne une paire de chaussettes. Les miennes ont été volées par un des membres du commando de soldats, à bord du bateau où j’étais.

« Un mythe s’écroule : celui du soldat israélien courageux et sans reproche. Maintenant, on pourra aussi dire d’eux que ce sont de minables voleurs. Je ne suis pas le seul à avoir été dépouillé : argent, carte de crédit, vêtements, baladeur, ordinateur, tout y est passé. Nous avons été nombreux dans ce cas, à bord de ce bateau attaqué au petit matin par des soldats masqués qui n’étaient rien d’autre que de faux pirates.

« Tard le soir, nous arrivons en Suède. Je parle à des journalistes. Puis je reste un moment assis dans le noir devant la maison où j’habite. E. ne dit pas grand-chose.

« Le lendemain, 2 juin, j’écoute le merle. Un chant pour ceux qui sont morts.

« Maintenant, il y a tout ce qui reste à faire. Pour ne pas perdre de vue l’objectif, qui est de lever le blocus de Gaza. Ça va se faire. Derrière ce but, d’autres attendent. En finir avec un régime d’apartheid, cela prend du temps. Mais pas une éternité. »

Ce texte est également publié aujourd’hui dans divers journaux, dont The Guardian, El País, Dagbladet, La Repubblica ou The Toronto Star.

TSAHAL AFFAIRE

Le canard enchaîné Journal satirique paraissant le mercredi 95e année - No 4675– 2 juin 2010

L’Enquête « rapide et impartiale » sur le raid israélien contre la « flottille de la paix » propalestinienne qui s’est soldé par le bilan de 9 morts et 52 blessés n’est encore qu’un souhait du Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi d’une bonne partie de la presse israélienne.

Entete de la Une du Canard Enchaîné du 2 Juin 2010

Si elle s’ouvre, cette enquête dira peut-être s’il s’agit d’un acte de « piraterie », d’une bavure inadmissible ou d’une sanglante erreur d’appréciation. Mais elle aura plus de mal à trouver à Netanyahou et à ses faucons des circonstances atténuantes. Et si tant est qu’il en existe, ce n’est certainement pas dans les lamentables justifications du Premier ministre israélien qu’ils les trouveront.

Plaider la « légitime défense » pour s’être livré à une opération qui revient à écraser des moustiques au canon, c’est non seulement se moquer du monde, mais aussi avouer, au-delà de la disproportion meurtrière et absurde, une déplorable impéritie. Car aussi vrai que l’on vient plus efficacement à bout d’un insecte à la main plutôt qu’au fusil-mitrailleur ou à l’artillerie lourde, on n’envoie pas des commandos surentraînés à la guerre calmer un mouvement de protestation d’une ONG propalestinienne sur un vieux rafiot turc escorté de barcasses dont les occupants se sont rendus sans difficulté. Et même si certains parmi les « pacifistes » palestiniens qui étaient à bord du « Mavi Marmara » ont riposté, armés de tournevis, de clés à mollette, de couteaux de cuisine et de manches de pioche, et ont, comme l’affirme le Premier ministre israélien, « délibérément attaqué les soldats », leur revendication relevait de la protestation, pas d’un acte de guerre.

De plus, l’abordage du bateau de cette hétéroclite flottille humanitaire, même si des liens de certains de ses membres avec le Hamas sont avérés, a eu lieu dans les eaux internationales et non dans les eaux israéliennes ou celles de la bande de Gaza sous blocus de l’Etat hébreu.

C’est dire que, avant d’invoquer la « légitime défense », , les commandos envoyés par Netanyahou se sont, jusqu’à preuve du contraire, livrés, au regard du droit international, à une illégitime attaque.

C’est celle-ci, bien sûr, et la façon lamentable dont elle a été menée, qui, exceptée la remarquée modération américaine, lui valent l’indignation et la condamnation unanimes du reste de la communauté internationale. Il est certes déjà arrivé, par le passé, que des bateaux livrent des armes au Hamas, mais là, l’armée, avec le spectaculaire déploiement de ses moyens maritimes et aériens (voir p.3), savait, depuis le début de cette opération, que ce n’était pas le cas. Avec sa flottille humanitaire et le soutien des Turcs, l’ONG incriminée ne luttait que contre le blocus imposé depuis trois ans par le gouvernement israélien à Gaza. Un blocus qui, dans cette bande de terre déjà vouée par sa situation géographique au confinement, a condamné sa population à une forme de détention qui ne dit pas son nom. Rien n’obligeait donc à une telle démonstration de force pour arraisonner sans dommage ces bateaux.

Quant à dire, comme l’ont encore fait Netanyahou et ses défenseurs, que l’opération humanitaire était un piège qui consistait à pousser Israël à la faute, l’hypothèse n’est pas à écarter, mais, dans ce cas, on voit mal pourquoi, s’ils le avaient, ils se sont empressés avec les militaires de tomber dans ce traquenard de la plus révoltante et imbécile des manières.

Erik Emptaz

Nous, juifs de la diaspora, disons non à l’égarement d’Israël

Par Esther Benbassa

L’historienne Esther Benbassa, auteur en 2006 d’« Etre juif après Gaza », réagit ici à l’assaut meurtrier donné, lundi au large de Gaza, par un commando israélien sur une flottille humanitaire pro-palestinienne. Celle qui a signé « l’Appel à la raison » du collectif J-Call condamne « le pas de plus d’Israël vers le pire ».

Esther BENBASSA : Etre juif après Gaza

Les commandos de la marine israélienne ont donné l’assaut lundi contre six bâtiments de la « flottille humanitaire pour Gaza » à bord de laquelle se trouvaient des militants pro-palestiniens et du matériel de construction et de santé. Cette flottille naviguait dans les eaux internationales. On compte des dizaines de blessés et entre dix et dix-neuf morts selon un bilan provisoire.

Même si cette flottille avait peu de chances d’atteindre son objectif, à supposer même qu’elle ait provoqué les commandos israéliens et qu’elle ait, comme le suggèrerait une source officielle israélienne, manifesté une « violente résistance physique », Israël s’est attaqué à un symbole, à un symbole « humanitaire ».

Son image, déjà dramatiquement entamée par l’offensive contre Gaza en décembre 2008 et janvier 2009, ne pourra que se détériorer davantage, et comme il est d’usage, suivra une hostilité accrue des opinions publiques à son endroit.

D’autant plus que le symbole visé est celui de l’aide apportée à des civils palestiniens étouffés par le blocus israélo-égyptien, décimés par l’offensive contre Gaza, réduits à la misère et vivant au milieu des ruines. Ce sont ceux-là même qui convoyaient cette aide qui ont perdu leur vie en raison de leur engagement humanitaire.

Quelle qu’ait pu être leur éventuelle « résistance » à des militaires israéliens les attaquant hors des eaux territoriales d’Israël, aucune rhétorique ne saura fournir des arguments pour justifier cette barbarie, ni bien sûr aucune propagande pro-israélienne.

Ni la menace terroriste ni le fantôme régulièrement invoqué du méchant Iran travaillant à l’élimination d’Israël ne pourront justifier l’arrogance de ce dernier, qui tire honteusement parti de l’immunité que lui confère la Shoah.

Du Struma à l’Exodus, Israël perd de vue son histoire

Israël a oublié ce passé même qu’il rappelle pourtant sans cesse au monde pour couvrir ses propres méfaits. Rappelons-nous ces bateaux remplis de juifs fuyant l’Europe meurtrière qui tentaient d’accoster ici ou là pour échapper au massacre, et qui étaient refusés, repoussés ou torpillés comme le Struma en Mer Noire en 1942.

Même si ce qui s’est passé ce 31 mai à l’aube avec la « flottille humanitaire pour Gaza » n’a pas de points communs avec ces précédents tragiques, l’image du bateau, cible de violences, à l’approche des côtes israélo-palestiniennes, l’image, elle, est prégnante.

Qui ne se souvient encore de l’Exodus, qui transportait en 1947 des juifs émigrant clandestinement d’Europe vers la Palestine, à l’époque sous mandat britannique ? Un grand nombre d’entre eux étaient des réfugiés ayant survécu à l’Holocauste. La marine britannique s’empare du navire, et la Grande-Bretagne décide de renvoyer ses passagers en France et finalement jusqu’en Allemagne. Cet épisode, témoignage de la dureté de la répression britannique, donnera un coup de pouce à la création de l’État d’Israël.

Il est à espérer que ce qui s’est passé ce 31 mai précipitera les pourparlers israélo-palestiniens et la fondation d’un État palestinien. Mais quand bien même cette issue se confirmait (ce dont on peut tout de même douter dans l’immédiat), l’histoire d’Israël aura été une fois de plus terriblement entachée.

À qui oublie son histoire, il n’est pas d’avenir possible. Les Israéliens ont oublié leur histoire et poussent les diasporas juives à faire de même au nom de l’amour inconditionnel qu’Israël exige d’elles.

Le raid est un signal d’alarme pour l’Europe et les Etats-Unis

La « flottille humanitaire pour Gaza », hélas dans le sang, est un signal d’alarme non seulement pour Israël mais aussi pour l’Europe et les États-Unis. Le premier cédant aux démons d’une droite intransigeante. Les seconds, dans leur légèreté et leur tolérance excessive, se révélant incapables de mettre le premier au pied du mur. Cette fois, le moment est venu.

Au premier anniversaire de l’offensive contre Gaza, c’est à peine si les médias ont évoqué le souvenir de cette catastrophe. Le rapport de Richard Goldstone, accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre, a été enterré. Et comme pour récompenser Israël (mais de quoi ? ), on lui a ouvert les portes de l’OCDE.

Un Etat palestinien dans les plus brefs délais, par l’intervention directe et autoritaire de l’Europe et des États-Unis, voilà ce qu’il faut désormais.

Et ce non seulement pour que les Palestiniens sortent de leur cauchemar, mais pour éviter aussi à Israël de poursuivre une politique suicidaire qui risque de le mener à court terme vers la disparition.

La Turquie, victime collatérale de la politique suicidaire d’Israël

N’oublions pas que le syndrome de Massada est inhérent à Israël. Dans l’Antiquité, à Massada, des Judéens assiégés préférèrent se suicider plutôt que de négocier avec l’ennemi d’alors, les Romains.

Après l’affaire de la flottille rouge du 31 mai 2010, Israël, s’il n’en est pas empêché par des tiers, pourrait bien se refermer davantage sur lui-même, essuyant de manière autiste les retombées internationales, et continuant de rationaliser à ses propres yeux et dans sa propre prison jusqu’aux actions les plus inhumaines.

Songe-t-on seulement aux juifs de la diaspora qui pâtiront eux aussi des retombées de cette affaire ? Le ressentiment contre Israël se confondra un peu plus avec un antisémitisme de moins en moins rampant.

À ce propos, a-t-on suffisamment relevé que la plupart des victimes sont turques ? La Turquie, dans les années 1930, est aussi le pays qui a accueilli nombre d’intellectuels juifs allemands persécutés, qui, pendant les années noires, a autorisé le passage de militants sionistes fuyant l’Europe pour la Palestine, et qui a été longtemps le seul Etat musulman à reconnaître Israël. Osons espérer que nulles « représailles » ne viendront toucher, désormais, les 20 000 juifs qui y vivent encore.

Le J-Call saura-t-il condamner l’égarement d’Israël ?

Ce 31 mai est une épreuve test pour le collectif « J-Call », ce mouvement né d’un « Appel à la raison » lancé il y a peu par des juifs européens qui, bien qu’attachés à Israël, entendent exercer leur droit de libre critique de la politique de ses gouvernants. J-Call saura-t-il se démarquer clairement et courageusement des positions radicales d’institutions juives comme le Conseil représentatif des instituions juives de France (CRIF), attachées à Israël de façon nombriliste et prêtes à tout admettre de lui, y compris le pire ?

Certains d’entre nous ont signé cet appel, malgré leurs réserves. J-Call tiendra-t-il ses promesses ? Agira-t-il sans délai ? Condamnera-t-il, sans réserve, lui, ce qui est arrivé ? Exigera-t-il l’ouverture immédiate d’une enquête internationale indépendante ?

L’heure est grave pour toutes les organisations juives de la diaspora. Au nom des morts de la flottille, victimes de l’impunité israélienne, au nom de l’histoire que nous portons, nous, juifs de la diaspora et d’Israël, pour que les souffrances des Palestiniens puissent prendre fin, et qu’un Etat palestinien puisse enfin voir le jour, recouvrons notre simple humanité et disons non à l’égarement d’Israël.

► Esther Benbassa a récemment publié « Etre juif après Gaza » (CNRS Editions, 2009) et « Dictionnaire des racismes, de l’exclusion et des discriminations » (Larousse, 2010).

« Il faut lever le siège de Gaza », selon les députés européens

Délégations - 31-05-2010 - 16:55

Une délégation du Parlement était la semaine dernière à Gaza et appelle à la fin du blocus.Le Président du Parlement européen condamne l’intervention militaire israélienne contre des navires cherchant à apporter de l’aide humanitaire.

Les commandos israéliens se préparent à donner l’assaut à un des navires d’aide alimentaire, lundi 31 mai au petit matin. ©BELGA/EPA/Cihan

Des eurodéputés accèdent à Gaza malgré l’interdiction d’Israël

Une délégation de députés européens était en Israël et dans les territoires occupés la semaine dernière. Elle a notamment pu se rendre dans la bande de Gaza vendredi dernier et a appelé à la fin « immédiate, complète et durable du blocus israélien ».

Le Président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a également condamné fermement l’intervention militaire israélienne contre des militants de la cause palestinienne qui voulaient forcer le blocus.

Les députés européens étaient à peine de retour de Gaza que le territoire palestinien est tragiquement revenu au centre de l’actualité. Des commandos de l’armée israélienne ont attaqué des navires qui se rendaient à Gaza pour y apporter de l’aide humanitaire, espérant briser le blocus israélien. Les bilans provisoires font état de près d’une vingtaine de morts.

Le Président du Parlement européen, Jerzy Buzek, a condamné une action qualifiée de « disproportionnée » et de « violation du droit international », les navires ayant été attaqués dans les eaux internationales.

Il a demandé des explications aux autorités israéliennes et a réitéré l’opposition du Parlement européen au blocus « inacceptable et contre-productif » de la bande de Gaza.

L’isolement et la pauvreté, terrain de jeu pour les factions radicales

La visite des députés européens à Gaza a été rendue possible grâce au soutien des autorités égyptiennes, Israël leur ayant refusé le passage.

La délégation a fait observer que le blocus isole complètement les habitants, condamnés à vivre dans une pauvreté extrême. Environ 80 % de la population dépend aujourd’hui de l’aide alimentaire. Le blocus affecte profondément la population et crée un marché noir, mais il fait également le jeu des factions les plus radicales qui renforcent leur pouvoir et gagnent de plus en plus d’argent.

« Le siège doit être levé afin de donner libre accès à l’aide humanitaire, de permettre la reconstruction et d’offrir une nouvelle chance à l’activité économique légale et un espoir à la population », ont indiqué les députés.

Une initiative politique de l’UE ?

L’UE doit lancer, sans délai, une action politique afin que le siège de Gaza soit levé et que la reconstruction des infrastructures de base puisse commencer », demandent les membres de la délégation.

« Lorsqu’on se rend sur place, on comprend la situation. À ce jour, seuls deux ministres européens des affaires étrangères ont visité Gaza. Nous invitons les 25 autres à s’y rendre pour se rendre compte de la situation sur le terrain. L’UE doit s’employer activement à devenir un véritable acteur de paix », enjoignent-ils.

Soutenir le travail de l’UNRWA

La délégation s’est rendue sur un site où l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine) construit des logements, projet qui a été interrompu en raison du blocus, même s’il est intégralement financé.

« L’UNRWA fait un travail fantastique mais manque de fonds. Il est urgent que l’Union européenne et les autres bailleurs de fonds dégagent davantage de moyens pour financer son action, notamment dans le domaine de l’éducation. Il y a chaque année plusieurs milliers d’enfants en âge scolaire en plus, mais il n’y a pas d’argent pour construire de nouvelles écoles et payer les enseignants », d’après la délégation.

Les députés déclarent qu’ils ne ménageront aucun effort pour que le Parlement augmente le soutien financier à l’UNRWA.

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