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La Grèce inquiète toujours

FINANCES INTERNATIONALES

jeudi 25 février 2010 par JMT

Le Parlement a définitivement adopté jeudi le collectif budgétaire, qui prévoit le grand emprunt de 35 milliards d’euros et la taxation exceptionnelle des bonus bancaires, lors d’un dernier vote au Sénat.

La Bourse de Paris a fortement chuté jeudi, perdant plus de 2% dans un marché méfiant, hanté à nouveau par la situation budgétaire en Grèce, s’interrogeant sur la qualité de la reprise mondiale et tiré vers le bas par le recul de Total, poids-lourd de la cote.

Pour LEAP/E2020, l’effet des milliers de milliards dépensés par les Etats pour « traverser la crise » aura fait long feu. Ces sommes immenses auront permis de ralentir pendant quelques mois l’évolution de la crise systémique globale ; mais, comme anticipé dans les GEAB précédents, cette stratégie n’aura servi in fine qu’à entraîner définitivement les Etats dans la crise générée par les institutions financières.

Grand emprunt, taxation des bonus : collectif budgétaire définitivement voté

AFP, Mise a jour : 25/02/2010 19:39

Le Parlement a définitivement adopté jeudi le collectif budgétaire, qui prévoit le grand emprunt de 35 milliards d’euros et la taxation exceptionnelle des bonus bancaires, lors d’un dernier vote au Sénat.

AFP/Archives Ministère des Finances à Bercy

Le texte a été adopté par 186 voix (UMP ainsi qu’une partie des centristes et des radicaux) contre 154 (l’opposition de gauche).

"L ?adoption du projet de loi de finances rectificative nous permet de franchir une étape très importante dans la préparation de l’après-crise", espère le gouvernement, alors que le chômage vient de repartir à la hausse.

Jusque dans les rangs de l’UMP, les parlementaires ont protesté contre les conditions d’examen du texte : "Nous avons en effet été assez mécontents. Il a été présenté en Conseil des ministres le 20 janvier. Or réfléchir à l’utilisation de 35 milliards d’euros ne peut se faire à la sauvette", a tempêté à l’Assemblée le rapporteur UMP Gilles Carrez.

Le collectif budgétaire met en oeuvre le grand emprunt de 35 milliards d’euros et ses priorités : enseignement supérieur (19 milliards d’euros), filières industrielles et PME (6,5 mds), développement durable (5 mds), économie numérique (4,5 mds). Ses adversaires déplorent l’oubli des transports.

Le grand emprunt sera en partie prélevé sur les marchés financiers (22 mds). L’autre partie viendra des fonds récemment remboursés par les banques à l’Etat.

"L’emprunt n’aggravera la dette publique qu’à hauteur de 10% des 35 milliards d’euros de l’emprunt", espère le président de la commission des Finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis. Les adversaires de cette idée annoncée par Nicolas Sarkozy en juin 2009 s’inquiètent de l’aggravation d’un déficit budgétaire déjà historique (quelque 149 mds d’euros prévus pour 2010).

A l’Assemblée, Charles de Courson (Nouveau Centre) s’est félicité que l’emprunt ne fasse que 35 mds d’euros : "Si nous avions suivi les préconisations surréalistes de certains parlementaires, ce n’est plus un emprunt à 100 mds que nous aurions obtenu, mais un emprunt à 200 mds, voire 300 mds ! Si on les suivait, nous serions bientôt la nouvelle Grèce !".

Le texte institue aussi une taxe exceptionnelle, à la charge des banques, égale à 50% du montant des bonus versés aux traders et à leurs supérieurs hiérarchiques au titre de l’exercice 2009 pour la partie excédant le seuil de 27.500 euros. La taxe a été étendue aux supérieurs hiérarchiques des traders.

"Cette taxe est justifiée : sans les concours exceptionnels de l’Etat aux banques, celles-ci n’auraient sans doute pas pu réaliser les bénéfices enregistrés et publiés ces derniers mois", selon le gouvernement.

Ses détracteurs ironisent sur le produit attendu (360 millions d’euros) et le montant des aides de l’Etat aux banques, qui se chiffre en centaines de milliards d’euros.

"Le premier défaut de cette taxe est d’être exceptionnelle", a ajouté la sénatrice Nicole Borvo Cohen-Seat (PCF).

La Bourse de Paris plonge (-2,02%) dans un climat de méfiance

AFP, Mise a jour : 25/02/2010 18:06

La Bourse de Paris a fortement chuté jeudi, perdant plus de 2% dans un marché méfiant, hanté à nouveau par la situation budgétaire en Grèce, s’interrogeant sur la qualité de la reprise mondiale et tiré vers le bas par le recul de Total, poids-lourd de la cote.

AFP/Archives Palais Brongniart

A la clôture, l’indice vedette a cédé 74,91 points (-2,02%) pour s’inscire à 3.640,77 points. Près de 4 milliards d’euros ont été échangés sur le CAC 40.

Une succession de mauvaises nouvelles ont déprimé les investisseurs : dans la matinée la Commission européenne a indiqué que l’activité économique européenne va rester molle et fragile cette année et pour la première fois depuis onze mois, l’indice de confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs de la zone euro a reculé de 0,1 point.

"Ces chiffres sur la confiance rappellent qu’il est prématuré d’évoquer une reprise auto-entretenue et accompagnée de créations d’emplois", a indiqué la note d’analyse d’ING.

Mais le gros des mauvaises nouvelles est venu d’outre-atlantique avec l’annonce d’une hausse des nouvelles inscriptions hebdomadaire au chômage et une évolution des commandes de biens durables en février dopée uniquement par les commandes d’avions.

"Hors transports, les commandes sont très décevantes", note Christian Parisot chez Aurel.

"Le marché avait occulté mercredi les propos du président de la Fed Ben Bernanke sur la faiblesse de la croissance américaine se focalisant sur son discours sur les taux. Aujourd’hui à la lumière de ces deux statistiques (chômage et commandes) ces propos peu encourageants reprennent toute leur importance", a souligné Yves Marçais, gestionnaire de fonds chez Global Equities.

Le spectre de la Grèce est également revenu hanter les marchés avec des rumeurs selon lesquelles Athènes serait incapable de redresser la barre comme le pays s’y est engagé devant Bruxelles. Pour alimenter ces inquiétudes l’agence Standard & Poor’s a prévenu qu’elle pourrait abaisser de deux crans la note du pays.

Enfin le recul du pétrole a tiré à la baisse le cours de Total, première capitalisation de la cote. Le titre a perdu 3,23% à 40,44 euros.

Parmi les fortes baisses on note aussi Renault (-4,79% à 29,42 euros), Axa (-3,36% à 14,4 euros).

De nombreuses valeurs ont été animées par des annonces de résultats : ainsi Safran caracolait en tête des hausses (+10% à 16,56 euros), Valeo (+3,99% à 21,48 euros).

Euronext (CAC 40)

- Communiqué public GEAB N°42 -

15 février 2010

Pour LEAP/E2020, l’effet des milliers de milliards dépensés par les Etats pour « traverser la crise » aura fait long feu. Ces sommes immenses auront permis de ralentir pendant quelques mois l’évolution de la crise systémique globale ; mais, comme anticipé dans les GEAB précédents, cette stratégie n’aura servi in fine qu’à entraîner définitivement les Etats dans la crise générée par les institutions financières.

Pinocchio

Notre équipe anticipe donc dans ce GEAB N°42 une aggravation brutale de la crise pour le second trimestre 2010, générée par un double effet de rattrapage des phénomènes qui ont été provisoirement « gelés » au deuxième semestre 2009 et d’impossibilité de maintenir les mesures palliatives de l’année passée.

D’ailleurs, en ce mois de Février 2010, un an après notre annonce que la fin de l’année 2009 allait marquer le début de la phase de dislocation géopolitique mondiale, chacun peut constater qu’un tel processus est bien en cours : Etats au bord de la cessation de paiement, montée inexorable du chômage, chute de millions de personnes hors des filets de protection sociale, baisses de salaires, suppressions de services publics, désagrégation du système de gouvernance globale (échec du sommet de Copenhague, confrontation croissante Chine/USA, retour du risque de conflit Iran/Israël/USA, guerre monétaire globale, etc…) (1).

Pourtant, nous ne sommes qu’au tout début de cette phase dont LEAP/E2020 fournira un calendrier anticipatif dans le prochain numéro du GEAB.

L’aggravation brutale de la crise systémique globale va ainsi être caractérisée par une accélération et/ou un renforcement de cinq tendances négatives fondamentales :

. l’explosion de la bulle des déficits publics et la montée corollaire des cessations de paiement d’Etats

. la collision fatale du système bancaire occidental avec la montée des défauts de paiement et le mur des dettes arrivant à maturité

. l’inéluctable remontée des taux d’intérêts

. la multiplication des sujets de tension internationale

. l’insécurité sociale croissante.

Dans ce GEAB N°42, notre équipe développe les trois premières tendances de cette évolution et présente une anticipation sur l’évolution de la Russie face à la crise ; avec bien entendu nos recommandations mensuelles.

Et dans ce communiqué public, nous avons choisi d’analyser le « cas grec », d’une part, parce qu’il nous paraît emblématique de ce que nous réserve l’année 2010 ; et, d’autre part, car il illustre parfaitement l’évolution de l’information sur la crise mondiale dans le sens d’une « communication de guerre » entre blocs et intérêts de plus en plus conflictuels. En clair, c’est un « must » pour parvenir à déchiffrer l’information mondiale des mois et années à venir qui va être un vecteur croissant d’opérations de manipulation.

Evolutions des achats de dette publique américaine par la Chine, des missions de dettes publiques US et des bons du Trésor américain détenus par la Chine (2002-2009) - Sources : US Treasury, Haver Analytics, New York Times

Les cinq caractéristiques qui font du « cas grec » l’arbre avec lequel on essaye de cacher la forêt

Venons-en maintenant au « cas grec » qui agite les médias et les experts depuis quelques semaines. Mais avant d’entrer dans le détail des évolutions à l’oeuvre, précisons tout de suite cinq points essentiels de notre anticipation en la matière :

1. comme indiqué dans nos anticipations pour l’année 2010, parues dans le GEAB N°41, le problème grec aura disparu des radars médiatiques internationaux d’ici quelques semaines. C’est l’arbre utilisé pour cacher à la fois une forêt bien plus dangereuse de dettes souveraines (celles de Washington et Londres), et le début de rechute de l’économie mondiale, Etats-Unis en-tête (2).

2. le problème grec est une question interne à la zone Euro et à l’UE et la situation actuelle offre une occasion unique aux dirigeants de la zone Euro d’obliger enfin la Grèce (pays qu’on qualifie d’ « élargissement raté » depuis 1982) à sortir de sa féodalité politique et économique. Les autres pays de la zone Euro, Allemagne en tête, vont tout faire pour obliger les élites grecques à adapter leur pays au XXI° siècle en échange de leur aide. Ce faisant, jouant du fait que la Grèce ne représente que 2,5% du PNB de la zone Euro (3), ils explorent les mécanismes de stabilisation en temps de crise dont la zone Euro a besoin (4).

3. Les dirigeants et les médias anglo-saxons utilisent la situation (comme l’année dernière avec le soi-disant tsunami bancaire venu d’Europe de l’Est qui allait emporter la zone Euro (5)) pour masquer l’évolution catastrophique de leurs économies et de leurs dettes publiques, et pour tenter d’affaiblir l’attractivité de la zone Euro à un moment où USA et Royaume-Uni ont un mal croissant à attirer les capitaux dont ils ont un besoin urgent. Parallèlement, Washington et Londres (qui, depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, est totalement exclu de la gouvernance de l’Euro) seraient ravis de voir le FMI, qu’ils contrôlent parfaitement (6), s’introduire dans la gouvernance de la zone Euro.

4. Les dirigeants de la zone Euro sont actuellement ravis de voir l’Euro baisser à 1,35 par rapport au Dollar. Ils savent très bien que ce n’est pas durable puisque le problème tendanciel est l’effondrement de la valeur du Dollar (et de la Livre sterling), mais ils apprécient ce « ballon d’oxygène » pour les exportateurs.

5. Les spéculateurs (hedge-funds et autres) et les banques largement engagés en Grèce (7) ont un intérêt conjoint à essayer de provoquer un soutien financier rapide de l’Eurozone à la Grèce car, si jamais les Européens refusent de se ruer sur le chéquier (à la manière scandaleuse d’un tandem Paulson-Geithner avec AIG et l’ensemble de Wall Street en 2008/2009), les agences de notation leur auront involontairement joué un sale tour. En effet, la dégradation des notes de la Grèce plonge ce petit monde dans les affres de pertes financières importantes si, pour les banques, la valeur de leurs prêts à la Grèce se trouve diminuée d’autant ou si leurs paris contre l’Euro ne fonctionnent pas à terme (8).

Comparaison 2009 des déficits et des parts du PIB de la zone Euro du Portugal, de l’Irlande, de la Grèce, de l’Espagne, de la France et de l’Allemagne - Source : Spiegel / Commission européenne, 02/2010

Goldman Sachs comme acteur de tragédie grecque … et des prochaines faillites souveraines

Dans le « cas grec », comme dans toute aventure à suspens, il faut un « méchant » (ou pour reprendre la logique de la tragédie antique, un « deus ex machina »). Or, dans cette phase de la crise systémique globale, le rôle du « méchant » est en général tenu par les grands banques d’investissement de Wall Street, et plus particulièrement par leur chef de file, Goldman Sachs. Et le « cas grec » n’échappe pas à la norme puisqu’il apparaît que la banque d’affaire new-yorkaise a été directement impliquée dans le tour de passe-passe budgétaire qui a permis à la Grèce de se qualifier pour entrer dans l’Euro alors que ses déficits budgétaires réels auraient dû la disqualifier. Et oui ! C’est Goldman Sachs qui, en 2002, a mis sur pieds un de ces montages financiers astucieux dont elle a le secret (9) et qui, de manière presque systématique désormais, se retournent quelques années plus tard contre le client lui-même. Mais, qu’importe du moment que GS (Goldman Sachs) a pu accroître son profit !

Dans le cas grec, ce que la banque d’affaire a proposé était très simple : monter un prêt invisible du point de vue budgétaire (accord Swap qui permettait de réduire fictivement l’ampleur du déficit public grec) (10). La responsabilité des dirigeants grecs de l’époque est bien entendu totalement engagée et ils devraient, selon LEAP/E2020, être soumis à des enquêtes politiques et judiciaires grecques comme européennes pour avoir trompé l’UE et leurs propres citoyens dans le cadre d’un processus historique majeur, la création de la monnaie unique européenne.

Mais, soyons très explicite, la responsabilité de la banque d’affaire new-yorkaise (pour complicité) l’est tout autant, surtout quand on sait que le vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs à l’époque était un certain Mario Draghi (11), actuel président de la Banque Centrale d’Italie et actuel candidat (12) à la succession de Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne (13).

Sans préjuger du rôle de M. Draghi dans l’affaire du prêt manipulateur de statistiques à la Grèce (14), on peut se demander s’il ne serait pas utile de le questionner sur ce sujet (15). En démocratie, la presse (16) comme les parlements (en l’occurrence, grec et européen) sont censés se charger de cette tâche. Etant donnée l’importance prise par GS dans les affaires financières mondiales ces dernières années, rien de ce que cette banque fait ne devrait laisser indifférents les gouvernements et les législateurs. C’est d’ailleurs Paul Volcker, l’actuel patron des conseillers économiques de Barack Obama, qui est devenu l’un des censeurs les plus stricts des activités de Goldman Sachs (17). Or, comme nous avions déjà eu l’occasion de l’écrire au moment de l’élection de l’actuel président américain, c’est la seule personne dans son entourage qui possède une expérience et une aptitude à prendre les mesures difficiles (18) et qui, en l’occurrence, sait de quoi, ou plutôt de qui, il parle.

Dans cette même logique, et avec l’illustration du rôle néfaste de Goldman Sachs et des grandes banques d’affaires en général, en matière de transparence des activités financières et budgétaires publiques, LEAP/E2020 estime qu’il serait très utile à l’Union Européenne et à ses cinq cents millions de citoyens, d’interdire l’accès de toutes les fonctions dirigeantes financières, budgétaires et économiques (BCE, commission, banques centrales nationales) aux anciens responsables de ces mêmes banques d’affaires (19). La confusion des genres ne peut mener qu’à une plus grande confusion des intérêts publics et privés, qui ne peut se faire qu’au détriment de l’intérêt public européen.

Pour commencer, la zone Euro pourrait d’ailleurs demander dès aujourd’hui au gouvernement grec d’arrêter de recourir aux services de Goldman Sachs puisque d’après le Financial Times du 28/01/2010, Athènes continue toujours à recourir à leurs services.

Si le patron de Goldman Sachs se prend pour « Dieu » comme il l’a dit dans une récente interview (20), il est sage de supposer que sa banque et ses homologues peuvent se comporter comme des diables, et donc de se prémunir en conséquence. Ce conseil, selon notre équipe, est valable pour l’Europe mais aussi pour tous les autres continents. Il y a des « services privés » qui vont contre l’ « intérêt collectif » : demandez aux citoyens grecs et aux propriétaires américains de maisons saisies par les banques !

En conclusion, notre équipe propose un jeu édifiant à ceux qui veulent savoir où se trouve la prochaine crise de dette souveraine : cherchez quel état a eu recours à Goldman Sachs ces dernières années, et vous aurez une piste sérieuse (21) !


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