AID Association initiatives dionysiennes
Premier round judiciaire défavorable à Eric BESSON

LA JUSTICE FRANCAISE LIBERE LES 123 IMMIGRANTS DE CORSE

les arrêtés de reconduite à la frontière sont annulés

lundi 25 janvier 2010 par JMT

Face aux critiques des associations et au désaveu des juges, Eric Besson a annoncé lundi une annulation des arrêtés de reconduite à la frontière visant les Kurdes arrivés vendredi en Corse, mais il prévoit un renforcement de la législation pour faire face à une arrivée "massive" et "inopinée" de clandestins.

Sur le cours Belsunce à Marseille, ils déambulent comme des passants ordinaires, mais c’est bien l’air de la liberté que respirent vingt Kurdes sortis d’un centre de rétention au terme d’une mystérieuse odyssée.

Les juges des libertés et de la détention de Marseille, Nîmes et Rennes ont décidé dimanche de remettre en liberté tous les réfugiés kurdes, transférés dans les centres de rétention de ces villes après leur découverte sur une plage de Corse vendredi.

Désavoué par les juges, Besson annule les reconduites à la frontière des Kurdes

PARIS (AFP) - 25/01/10 22h18

Face aux critiques des associations et au désaveu des juges, Eric Besson a annoncé lundi une annulation des arrêtés de reconduite à la frontière visant les Kurdes arrivés vendredi en Corse, mais il prévoit un renforcement de la législation pour faire face à une arrivée "massive" et "inopinée" de clandestins.

Un Kurde de Syrie découvert sur une plage de Corse est libéré, le 24 janvier 2010 à Rennes

Après avoir ferraillé deux jours durant avec les associations de défense des immigrés sur la légalité de l’enfermement de ces Kurdes dans des centres de rétention administrative (CRA), le ministre a annoncé l’annulation des reconduites à la frontière pour les personnes qui déposeront une demande d’asile.

Ce revirement a fait suite à la décision des juges de remettre en liberté la plupart des clandestins découverts vendredi en Corse. Une décision qualifiée par le PS de "revers" pour le gouvernement alors que l’ancien Premier ministre Michel Rocard a évoqué une politique de l’immigration "qui n’est pas à l’honneur de la France".

Pour sa défense, M. Besson a qualifié de "grotesques" les critiques des associations qui ont jugé illégal le transfèrement des 123 personnes dans les Cra.

Il a estimé "irresponsable et démagogique de prétendre qu’on peut accorder instantanément le statut de réfugié à tout étranger arrivé en France sans que l’on sache d’où il vient, quelle est son identité, pourquoi il est persécuté".

Déterminé à poursuivre sa croisade contre les filières de l’immigration irrégulière, M. Besson s’est rendu, fait exceptionnel, à l’Etat-major de la Marine nationale.

Le ministre de l’Immigration Eric Besson à l’issue d’une visite de l’Etat major de la Marine Nationale, le 25 janvier 2010 à Paris

Il a organisé une réunion avec l’ensemble des chefs de service de l’Etat engagé dans la lutte contre cet "esclavage moderne" qui "menace l’Europe".

A la fin de la réunion, M. Besson a annoncé une série de mesures visant à empêcher l’arrivée de clandestins dans l’Union européenne, comme la création d’un groupe de "renseignement contre les filières d’immigration clandestine", la généralisation de patrouilles conjointes entre pays riverains de l’UE en Méditerranée ou l’adoption de nouvelles règles d’engagement maritime tournées vers l’interception et la reconduite.

Le ministre a aussi annoncé un projet de loi pour faire face à des "situations d’urgence" et des "afflux massifs" comme à Bonifacio, un cas "peu fréquent" pour la France.

Le projet prévoit notamment une interdiction pour 5 ans de retour dans l’UE de tout clandestin expulsé et une clarification des rôles respectifs du juge administratif et du juge judiciaire.

Il s’agit de se prémunir contre des filières "fortement organisées et très bien structurées", a fait valoir M. Besson.

Images et déclarations

Le ministre souhaite ainsi identifier les passeurs "le plus en amont dans les pays d’origine". "Il faut remonter au pays source", a-t-il dit, dénonçant notamment la Turquie qui, selon lui, "ne joue pas le jeu".

Voisine de la Grèce qui comptabilise 50% des entrées irrégulières dans l’UE, la Turquie est un pays de transit pour les migrants afghans, pakistanais, irakiens, iraniens, albanais, voire maghrébins.

Malte et Chypre sont aussi parmi les principales portes dans l’UE, empruntées par les migrants du sud. Les arrivées par l’île italienne de Lampedusa ont fortement baissé avec la mise en oeuvre en 2008 d’une nouvelle politique controversée entre Rome et Tripoli.

En France, une arrivée massive comme celle de Bonifacio est la première depuis qu’en 2001 un vieux vraquier rouillé avait échoué sur le littoral varois avec 910 passagers à bord, des kurdes d’Irak et de Syrie, qui ont trouvé asile en Europe.

A Marseille, des Kurdes syriens goûtent à la liberté malgré un sort toujours incertain

MARSEILLE (AFP) - 25/01/10 18h27

Sur le cours Belsunce à Marseille, ils déambulent comme des passants ordinaires, mais c’est bien l’air de la liberté que respirent vingt Kurdes sortis d’un centre de rétention au terme d’une mystérieuse odyssée.

Des réfugiés kurdes devant un hôtel de Marseille, le 25 janvier 2010

Ils veulent obtenir l’asile en France. En attendant que leur situation juridique s’éclaircisse, ces cinq jeunes couples avec leurs dix enfants vont déjeuner au restaurant non loin de l’hôtel où ils ont passé la nuit après leur remise en liberté ordonnée dimanche soir par un juge.

Tous faisaient partie des 123 Kurdes syriens découverts vendredi sur une plage de Corse, conduits dans un gymnase de Bonifacio avant d’être placés en centres de rétention sur le continent. L’hôtel marseillais, miteux, est payé par l’administration. La Cimade s’occupe d’eux.

Bateau, avion, taxi, camion : tout était bon pour quitter la Syrie, un pays où lorsqu’on est Kurde "on ne peut ouvrir la bouche que lorsqu’on est chez le dentiste", affirme Chergo, 32 ans.

Originaire d’un village kurde au nom arabisé près de Kamichli (nord-est de la Syrie), il travaillait dans un restaurant à Damas et apprenait l’anglais au centre américain, mais il a choisi de partir avec sa femme et ses deux enfants de six ans et 11 mois.

"On a pris l’avion depuis le Liban pour la Tunisie, avec de faux passeports et de faux visas, puis un bateau, et on est arrivés en Corse", raconte-t-il. "On a payé presque 30.000 dollars". Apatride, comme des milliers de Kurdes syriens depuis 1962, il dit : "on ne pouvait rien faire là-bas. Même si la France ne me donne qu’une petite tente et un petit matelas, je sens que je suis libre, je peux parler, je sais qu’il n’arrivera rien de mal à mes enfants".

Omar, 23 ans, et Mahabad, 18 ans, enceinte, ont quitté Kamichli à l’arrière d’un camion chargé de moutons avec leur fille de neuf mois. "On nous lançait de la nourriture de temps en temps".

Omar dit avoir fait trois mois de prison, accusé de dire du mal des arabes. Il a décidé de partir en mars, après Nowrouz (le Nouvel an kurde).

"On est descendus à côté de la mer, dans des forêts. Le chauffeur a dit : c’est la Tunisie. Des petits bateaux nous ont conduits sur de grands bateaux, où il y avait déjà d’autres gens, il faisait nuit. On n’avait pas grand chose à manger ou à boire, on était mouillés", raconte-t-il. Lui dit avoir payé 9.000 dollars pour sa famille.

Arrivés sur la plage corse, "on nous a dit : +restez ici une dizaine d’heures. Après, cherchez la route+". Mahabad a été malade, elle avait peur de mourir.

Bilal, 28 ans, est parti d’Amouda en taxi avec sa femme Sanaa, 20 ans, enceinte elle aussi, et leur fillette "d’un an et dix jours".

Il avait pris la décision de partir depuis trois ou quatre mois. "Là-bas, ils nous tapent, nous attaquent", dit Bilal, arrêté en 2004 lors d’un match de foot à Kamichli où les forces de l’ordre avaient tiré sur les spectateurs, faisant plusieurs morts, après des affrontements entre supporteurs arabes et kurdes.

Ils sont passés en Jordanie où ils sont restés un mois enfermés dans un appartement - il ne sait pas où - avec chaque jour la promesse de partir le lendemain.

Puis ils ont pris "un bateau moyen" pour gagner la Tunisie et de là "un grand bateau avec de la ferraille à bord, et du pétrole". Il dit avoir payé 30.000 dollars et assure : "je suis très content d’être en France, il y a de la liberté pour tout le monde ici".

Clandestins kurdes : la justice décide la remise en liberté à Marseille, Nîmes et Rennes

MARSEILLE (AFP) - 25/01/10 18h32

Les juges des libertés et de la détention de Marseille, Nîmes et Rennes ont décidé dimanche de remettre en liberté tous les réfugiés kurdes, transférés dans les centres de rétention de ces villes après leur découverte sur une plage de Corse vendredi.

L’entrée du centre de rétention administrative à Rennes, le 23 janvier 2010

Au total, 94 de ces réfugiés affirmant venir de Syrie et qui avaient déposé des recours contre les arrêtés d’expulsion pris à leur encontre ont recouvré la liberté dimanche, sur les 123 arrivés sur une plage proche de Bonifacio, dans des conditions toujours pas éclaircies.

Aucun des parquets dans les villes concernées n’a fait appel de la décision des juges dans le délai légal de quatre heures.

Le ministre de l’immigration a indiqué dimanche soir que tous les migrants libérés dimanche après-midi "dormiront dans des lieux gérés par l’Etat en partenariat avec la Croix rouge". C’est le cas notamment à Nîmes où la préfecture a organisé leur accueil dans des hôtels de la ville.

Des décisions identiques devraient être prises lundi à Lyon en faveur des dix clandestins placés au centre de rétention administrative (CRA) de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry et à Toulouse pour les 19 qui sont retenus au CRA de Cornebarrieu, estimaient dimanche les associations d’aide aux réfugiés.

Dans tous les cas, les juges ont estimé que la privation de liberté de ces migrants s’était faite hors de tout cadre juridique légal "puisqu’ils n’étaient pas placés en garde à vue". Le JLD de Nîmes a pointé l’absence de pièces de procédure justifiant une reconduite à la frontière, celui de Marseille le fait que les migrants ne s’étaient pas vu notifier leurs droits immédiatement après leur placement en rétention.

Il appartiendra ensuite aux tribunaux administratifs de statuer définitivement la légalité des arrêtés de reconduite à la frontière pris par le préfet de Corse du Sud.

Images et sonores à Marseille.

Les décisions des JLD ont été accueillies avec satisfaction par les associations d’aide aux réfugiés qui avaient toutes dénoncé la procédure appliquée par les autorités françaises et notamment le placement immédiat des Kurdes en CRA, susceptibles de limiter leur possibilité de déposer un dossier de demande d’asile dans les cinq jours.

"On est dans une logique de traitement d’exception des étrangers", avait ainsi dénoncé Jean-Paul Nunez, délégué régional de la Cimade à Nîmes.

Eric Besson a répondu dimanche à ces critiques affirmant que leurs auteurs "devraient comprendre qu’il était impossible d’amener en quelques heures à la pointe sud de la Corse des dizaines d’interprètes, d’avocats, de médecins et de trouver sur place un local de rétention administrative respectant l’ensemble des normes en vigueur".

Soulignant que "61 des 81 adultes ont d’ores et déjà choisi de demander l’asile" et qu’ils "verront cette demande instruite par l’Ofpra (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) en procédure normale", M. Besson a souligné que "face à des situations d’urgence, la protection des personnes prime sur le pointillisme procédural".

Dans le même temps, l’enquête du parquet d’Ajaccio sur l’arrivée en Corse des 123 réfugiés clandestins s’est poursuivie dimanche avec des vérifications sur un navire ukrainien à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), selon le procureur de la République, Thomas Pison.

Des vérifications déjà effectuées depuis vendredi en Sardaigne sur un cargo russe "n’ont pas apporté d’élément probant" et l’enquête n’a encore "pas beaucoup évolué", a-t-il ajouté.

Les juges des libertés et de la détention de Marseille, Nîmes et Rennes ont décidé dimanche 24 janvier de remettre en liberté tous les réfugiés kurdes qui avaient été transférés dans les centres de rétention de ces villes après leur découverte sur une plage de Corse vendredi.

VIDEOS

Migrants Kurdes : Besson annule les reconduites à la frontière

LYON (AFP) - 25/01/10 22h16

Après le désaveu des juges, Eric Besson a annulé lundi les arrêtés de reconduite à la frontière visant les Kurdes arrivés vendredi en Corse, mais il prévoit un renforcement de la législation pour faire face à une arrivée de nouveaux clandestins.

Durée : 1min21.

Libération des réfugiés kurdes retenus à Marseille

MARSEILLE (AFP) - 25/01/10 20h04

Les juges des libertés et de la détention de Marseille, Nîmes et Rennes ont décidé dimanche 24 janvier de remettre en liberté tous les réfugiés kurdes qui avaient été transférés dans les centres de rétention de ces villes après leur découverte sur une plage de Corse vendredi.

Durée : 1mn24

Manifestation à Marseille en soutien aux réfugiés

MARSEILLE (AFP) - 24/01/10 23h22

A Marseille, des militants ont manifesté en soutien aux clandestins débarqués en Corse, à proximité du Centre de détention administrative où une partie d’entre eux ont été transférés.

Durée : 1mn07


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1778606

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site EUROPE   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

Creative Commons License