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Identité nationale

Le débat de tous les dangers

Sarkozy et Guaino au secours de Besson

mercredi 23 décembre 2009 par JMT

Le chef de l’État, qui a reçu mercredi le président du CFCM, a demandé à Éric Besson de faire plus de pédagogie.

Les activités parlementaires devaient être suspendues, mercredi 23 décembre, pour les fêtes de fin d’année. Avant que les portes du Palais-Bourbon se referment, le président du groupe UMP, Jean-François Copé, s’est réservé un dernier effet de surprise. Il a annoncé le dépôt, dès la première quinzaine de janvier 2010, d’une proposition de loi visant à interdire le port de la burqa "dans l’espace public".

Des "charges xénophobes" et une "cacophonie d’accusations énervées". Comme de nombreux titres de la presse internationale, le Los Angeles Times est allé assister à un débat sur l’identité nationale dans une préfecture. Et la correspondante du journal en est ressortie perplexe : "Pour être Français, il faut avoir du sang français", clame ainsi un des participants dans une ambiance de tension, raconte-t-elle.

Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, appelle à « élever et élargir » le débat.

Sarkozy veut recadrer le débat sur l’identité nationale

Charles Jaigu 23/12/2009 22:47

Le chef de l’État, qui a reçu mercredi le président du CFCM, a demandé à Éric Besson de faire plus de pédagogie.

Nicolas Sarkozy a fait savoir au ministre de l’Immigration, Éric Besson, qu’il devait désormais poser le débat de façon plus pédagogique. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Recadrer le débat sur l’identité nationale, et lui donner plus de hauteur. Mercredi, dans Le Figaro, le conseiller du chef de l’État Henri Guaino a lancé l’opération de sauvetage d’un débat lancé il y a deux mois et dont les péripéties - votation suisse sur les minarets, proposition de loi sur la burqa - ont brouillé et dévié la réflexion sur la « fierté d’être français », pour reprendre un slogan de la campagne du candidat Sarkozy.

Il s’agit donc pour l’Élysée d’ouvrir l’acte II en fixant une ligne d’apaisement. Mais, dans une réunion prévue de longue date sur ce sujet à l’Élysée mercredi après-midi, le chef de l’État a souligné qu’il n’était pas question pour lui, ni pour François Fillon, d’intervenir à nouveau sous la forme d’un discours.

En revanche, il a fait savoir au ministre de l’Immigration, Éric Besson, qu’il devait désormais poser le débat de façon plus pédagogique. « C’est au ministre en charge d’expliquer et d’éclairer. Il ne faut plus réagir à chaud aux attaques », explique-t-on dans l’entourage présidentiel.

La secrétaire d’État aux Aînés, Nora Berra, a également confirmé sur Europe 1 avoir claqué la porte d’une réunion du groupe UMP la veille à l’Assemblée, suite à des propos sur les minarets attribués à l’ancien garde des Sceaux Pascal Clément pendant la discussion sur le port du voile intégral. Elle s’est par ailleurs prononcée « a priori contre » une loi destinée à interdire cette pratique en France.

Mercredi, Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a déploré les « dérapages » survenus notamment dans le débat sur le port du voile intégral. Lesquels peuvent « contribuer à un sentiment d’incompréhension et d’inquiétude chez les musulmans de France », a-t-il mis en garde à l’issue de sa rencontre avec Nicolas Sarkozy à l’Élysée.

« Le président nous a rassurés », a poursuivi Mohammed Moussaoui, ajoutant que le chef de l’État lui avait « également souhaité que, sur les débats actuels sur l’identité nationale, le CFCM soit associé, et qu’il ferait tout pour que ce débat reste serein, paisible et non stigmatisant pour les musulmans », a-t-il rapporté.

Le CFCM s’est engagé, lors de son audition devant la mission d’information sur le port du voile intégral, à œuvrer « pour faire reculer cette pratique sur le territoire national » tout en émettant des « réserves » sur la nécessité de légiférer, a aussi souligné Moussaoui.

Nicolas Sarkozy devrait donner un « signal fort au début de l’année pour les musulmans de France ». Il envisage un déplacement dans un cimetière de soldats musulmans tombés pour la France, dont certaines tombes ont été profanées cette année.

Par ailleurs, le président du CFCM a évoqué avec le chef de l’État la « possibilité de demander une mission d’information sur l’islamophobie ». Nicolas Sarkozy « n’est pas contre », a-t-il précisé.

De coup d’éclat en coup de colère, le débat sur la burqa divise la majorité

LE MONDE 23.12.09 13h08

Les activités parlementaires devaient être suspendues, mercredi 23 décembre, pour les fêtes de fin d’année. Avant que les portes du Palais-Bourbon se referment, le président du groupe UMP, Jean-François Copé, s’est réservé un dernier effet de surprise. Il a annoncé le dépôt, dès la première quinzaine de janvier 2010, d’une proposition de loi visant à interdire le port de la burqa "dans l’espace public".

Burqa : du rififi à l’UMP

Effet garanti, car la mission parlementaire sur la pratique du voile intégral, qui regroupe des représentants de toutes les forces politiques, travaille encore. Elle ne doit rendre son rapport qu’à la fin du mois de janvier. Sans attendre ses conclusions, M. Copé précipite donc le mouvement et décide d’accélérer le calendrier législatif, même si, en tout état de cause, le texte ne pourra pas être examiné avant les élections régionales du mois de mars.

CAVALIER SEUL

Ce cavalier seul du président du groupe UMP a été désapprouvé par le président de l’Assemblée nationale. Bernard Accoyer a jugé l’initiative "prématurée". "Sur une telle question de société, mettant en jeu les principes fondamentaux de notre République, la recherche prioritaire d’un large consensus s’impose", a-t- il rappelé dans un communiqué, visiblement irrité par ce coup d’éclat.

"Chacun est dans son rôle, mais, je vais vous dire, cela ne m’empêchera pas de dormir", s’est contenté de commenter M. Copé. De fait, le président du groupe UMP a préempté ce débat depuis que, à l’initiative du député (PCF) du Rhône, André Gerin, la question du port du voile intégral sur le territoire français a été soulevée.

Le jour même où la mission parlementaire était installée, début juillet, Jean-François Copé prenait position pour "une loi d’interdiction précédée d’une phase de dialogue, d’explications et d’avertissements". Parallèlement, il mettait en place son propre groupe de travail, coprésidé par Nicole Ameline et François Baroin.

A présent, il prend une nouvelle fois de court la représentation parlementaire en déposant un texte de loi portant la seule signature de l’UMP. Celui-ci, se fondant sur "des motifs d’ordre public et de sécurité", devrait stipuler qu’aucune personne, hors circonstances exceptionnelles, ne peut évoluer dans l’espace public le visage entièrement recouvert. Une formule qui ne porte pas exclusivement sur le voile intégral, afin de ne pas s’exposer à un risque d’inconstitutionnalité, mais l’inclut de fait.

M. Copé a annoncé simultanément le dépôt d’une proposition de résolution – qui n’a pas de valeur normative – appelant au respect des principes républicains et des droits des femmes. "Il va de soi que, si la mission apportait des éléments complémentaires à notre proposition de loi, nous les étudierions", a ajouté M. Copé lors de son point de presse.

"LE CONTRAIRE DE LA REVALORISATION DU PARLEMENT"

Réagissant à cette annonce, André Vallini (PS, Isère), jugeait ce "coup médiatique choquant". "C’est le contraire de ce qu’on appelle la revalorisation du Parlement, s’indignait l’ancien président de la commission d’enquête sur les dysfonctionnements de la justice à Outreau. C’est faire peu de cas du travail d’une mission parlementaire et se comporter de façon hégémonique."

M. Copé ne fait pas que prendre de vitesse la mission parlementaire. Par la même occasion, il brûle la politesse à l’UMP, qui devait également, au cours du mois de janvier, faire part de sa position officielle auprès de la mission.

Le secrétaire général du parti présidentiel, Xavier Bertrand, s’était jusqu’à présent montré plutôt réservé à l’idée d’une loi. Tout en soulignant qu’"il faut vraiment attendre les conclusions de la mission", il penche dorénavant pour "un ensemble cohérent : la loi, la résolution, la circulaire, la pédagogie".

Le débat n’est pas clos pour autant, y compris au sein du groupe UMP, même si, selon Christian Jacob, proche de M. Copé, "90 % du groupe sont aujourd’hui sur cette position". Toutefois, mardi matin, malgré les précautions préalables dont s’était entouré le président du groupe afin d’"éviter les amalgames", le tour pris par la discussion a provoqué un coup de colère de Nora Berra.

La secrétaire d’Etat aux aînés a claqué la porte de la salle Colbert, où se réunit à huis clos le groupe majoritaire, après avoir entendu Pascal Clément (UMP, Loire), déclarer que, "le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ce ne sera plus la France". La secrétaire d’Etat a jugé ces propos "insupportables".

Si un tel geste de la part d’un membre du gouvernement est rarissime, l’entourage de Mme Berra assure qu’il s’agit d’"une décision réfléchie". "Nora Berra ne veut pas qu’il y ait des amalgames entre la burqa, l’immigration, les mosquées. Le danger, ce sont les amalgames. C’est comme le coup de la casquette à l’envers [en référence aux propos tenus par Nadine Morano]", estime un membre de son cabinet.

"MADAME MERRA, VERRA, JE NE SAIS MÊME PAS SON NOM..."

D’autres membres du gouvernement ont également pris leurs distances. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de la prospective, dit attendre "un débat d’un autre niveau", tandis que Martin Hirsch, Haut Commissaire aux solidarités, estime qu’"il y a des bornes à ne pas franchir".

M. Clément a démenti les propos qui lui étaient reprochés. "J’ai toujours été favorable aux lieux de culte, quels qu’ils soient. S’agissant des minarets, j’ai dit qu’il s’agissait d’un problème d’urbanisme. Je refuse qu’on m’associe à Le Pen. Quant à Mme Merra, Verra, je ne sais même pas son nom... on me dit que c’est le sujet qui l’a agacée", a déclaré l’ancien ministre de la justice à la sortie de l’Hémicycle.

"Je voulais en effet donner un signal fort", a expliqué l’intéressée, mercredi, sur Europe 1. L’échange a été "intéressant jusqu’au point où un député a en effet tenu ce genre de propos qui, pour moi, allait à l’encontre de la règle et du fondement de la laïcité", a-t-elle poursuivi. "Quand on entend ce genre de propos, on a une image passéiste de la France qui nous renvoie à une certaine tranche de la population." Et "ce débat [sur l’identité] trouve plus que jamais sa nécessité", a ajouté Mme Berra.

Dans un communiqué diffusé un peu plus tard, M. Clément reprochait à "Mme Berra, qui n’a jamais été députée", de "chercher la publicité sur le dos d’un ami politique".

Patrick Roger

Identité nationale : la presse mondiale raille "la mauvaise idée de Sarkozy"

LEMONDE.FR 23.12.09 09h07

Des "charges xénophobes" et une "cacophonie d’accusations énervées". Comme de nombreux titres de la presse internationale, le Los Angeles Times est allé assister à un débat sur l’identité nationale dans une préfecture. Et la correspondante du journal en est ressortie perplexe : "Pour être Français, il faut avoir du sang français", clame ainsi un des participants dans une ambiance de tension, raconte-t-elle.

AFP/DENIS CHARLET De nombreux titres de la presse internationale s’intéressent au débat français sur l’identité nationale et soulignent les "dérives" du processus.

Une situation qui n’a pas échappé au Washington Post qui titre : "la tension grandit autour des musulmans de France alors que le pays débat sur son identité nationale". Le quotidien américain, qui rebaptise par mégarde l’UMP en Union pour un mouvement patriotique, est allé à Castres rencontrer des musulmans de France au lendemain de la profanation de leur mosquée. Et le journal s’inquiète de "signaux" montrant une France de plus en plus "mal à l’aise avec ses 5 millions de musulmans".

Charles Bremner, éditorialiste au Times de Londres, reprend à son compte le titre sans équivoque de Marianne sur Eric Besson : "L’homme le plus haï de France". Et de recenser la liste des petits noms dont le ministre s’est vu affublé, de Judas à Pierre Laval. "Pour les médias et les intellectuels de gauche, Besson est la parfaite figure de l’idiot flagorneur d’une comédie de Molière." Un rôle qu’il peut continuer à endosser, estime le magazine Time, puisqu’il a toujours le soutien de Nicolas Sarkozy.

UN RISQUE POUR LA DROITE

"Alors que ce débat apparaît douloureux pour la France, il ressemble bien à de l’autoflagellation", avance le NRC Handelsblad. Le journal néerlandais fait remonter les origines de ce débat à la présidentielle de 2002 et rappelle qu’à l’élection suivante, le candidat Nicolas Sarkozy avait promis de s’attaquer à la question pour ne pas la laisser au seul Front national.

Mais ce débat pourrait bien nuire à la droite plus qu’elle ne lui profite, font remarquer certains observateurs internationaux. L’argentin Pagina 12 titre sur "la mauvaise idée de Sarkozy" et présente le chef de l’Etat français comme un chef d’orchestre ayant bien du mal à jouer autre chose que la cacophonie. Pour El País, le débat "court le risque de s’envenimer un peu plus chaque jour et de se transformer en boomerang contre celui qui l’a lancé".

DES PARTENAIRES EXCÉDÉS

Souvent, les réactions de la presse internationale relèvent de la déception à l’égard de la France. Ainsi le Malaysian Insider, qui établit un lien direct entre le débat sur l’identité nationale et le débat sur la burqa, joue la pédagogie avec ses lecteurs, en majorité musulmans. Il explique que l’Europe connaît depuis longtemps des lois régissant les religions, "mais jusqu’ici ces mesures s’attaquaient à des points bien précis et à des problèmes existants, alors que la nouvelle fournée de mesures européennes est basée sur des mythes".

L’écrivain Iman Kurdi dans le journal émirati Khaleej Times estime que l’identité nationale française est peut-être mise en péril, mais plus "par les Starbucks et McDonald’s" qui fleurissent à Paris, que par les jeunes musulmans.

Même dépit du côté des journaux africains francophones. "Le racisme s’invite dans le débat officiel", avance le portail panafricain Afrik.com. Et de citer un florilège de contributions au site officiel du grand débat.

Barka Ba, le rédacteur en chef du quotidien sénégalais Kotch s’est emporté après les propos de Nadine Morano sur les "jeunes musulmans". "Il y a quelques années, l’auteur de tels propos aurait immédiatement été obligé de rendre son tablier", écrit-il dans un édito repris par le journaliste Pierre Cherruau sur son blog.

Enfin, Modou Mamoune Faye feint de s’étonner dans le journal sénégalais Le Soleil : "En France où il existe un ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale, certains politiques ne semblent pas avoir pris conscience de la marche irréversible de l’humanité vers un monde où les cultures, les peuples et les nations vont de plus en plus s’imbriquer, se mélanger et se métisser."

Antonin Sabot

Identité nationale : le plaidoyer d’Henri Guaino

Propos recueillis par Charles Jaigu et Paul-Henri du Limbert 22/12/2009

Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, appelle à « élever et élargir » le débat.

Dans un entretien au Figaro, Henri Guaino prend la défense d’Éric Besson et dénonce les réactions que le débat a provoquées à gauche. Crédits photo : Le Figaro

LE FIGARO. - Le débat sur l’identité nationale a été lancé le 25 octobre. Près de deux mois plus tard, les Français, selon les sondages, désapprouvent la manière dont il est mené. A-t-il été mal posé ?

Henri GUAINO. - Je préférerai toujours la démocratie du débat à la démocratie du sondage… Ceux qui critiquent le bien-fondé de ce débat alimentent eux-mêmes la discussion et c’est très bien ainsi. Une démocratie vivante, ce n’est pas une démocratie où tout le monde se tait, c’est une démocratie où l’on parle des problèmes qui préoccupent les gens.

Mais les Français ne s’intéressent-ils pas plus à leur pouvoir d’achat ou au chômage qu’à l’identité nationale ?

Ce n’est pas exclusif. On peut à la fois avoir peur de perdre son emploi et être angoissé de perdre son identité, de voir dénaturer son cadre de vie ou disparaître. Le modèle social français fait aussi partie de l’identité nationale. Dans la crise économique, quand le sentiment de la précarité et de vulnérabilité sociale s’accroît, on a encore plus besoin de la solidarité nationale, on a encore plus besoin d’éprouver le sentiment d’appartenance à une nation qui protège.

Que pensez-vous des dérapages auxquels a donné lieu le débat ?

Les dérapages sont scandaleux et doivent être condamnés. Mais il y a un plus grand risque à ne pas discuter des problèmes qu’à accepter d’en débattre. Il est assez paradoxal que ceux qui passent tout leur temps à vanter les mérites de la démocratie participative se mettent à expliquer qu’il est dangereux de donner la parole aux citoyens. Qu’ils se rassurent, les Français sont des gens raisonnables imprégnés d’une vieille culture humaniste qui les rend assez peu réceptifs aux thèses racistes. Le plus grand risque, c’est qu’à voir le racisme partout, dans tous les replis de l’âme nationale, on finisse par le banaliser.

Jean-Marie Le Pen se réjouit que le gouvernement mette fin « à la pensée unique » sur l’immigration. Comment prenez-vous cet « éloge » ?

J’ai toujours récusé la pensée unique, qui est une maladie de l’intelligence. C’est elle, en vérité, qui fait le lit des extrêmes. Ce débat sur l’identité, c’est un moyen de ne pas laisser la nation et l’immigration à l’extrême droite ou à l’extrême gauche.

Si le débat a été détourné, comment faut-il le relancer ?

Il faut l’élever, l’élargir. L’immigration, la religion, cela fait partie du débat. Mais ce n’est pas tout le débat. La mondialisation a fragilisé les identités. Tout concourt, en particulier dans les vieilles nations développées, à cette crise identitaire. Elle suscite des doutes, des peurs, des rejets.

Dire qu’il n’y a pas sujet à débat parce que tout le monde est d’accord pour dire que l’identité française, c’est la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité, c’est un peu court. D’abord parce qu’autour de chacun de ces principes il y a un débat.

Depuis des années, certains contestent l’égalité au nom de l’équité. Depuis des années s’opposent ceux qui voient la laïcité comme un refus de toutes les religions et ceux qui la voient comme principe de respect de toutes les croyances. Les partisans de la République une et indivisible s’opposent à ceux qui prônent le droit à la différence et le communautarisme.

La France a toujours refusé de se penser comme une juxtaposition de cultures et de communautés qui n’ont rien à se dire, ni à échanger, qui ne veulent pas se mélanger. Que reste-t-il de ce consensus national ’hui ?

Dans les banlieues, on vous répondra : ce sont de beaux discours.

Les ghettos urbains, la relégation de certaines parties de la population, les discriminations sont une trahison des valeurs qui sont au cœur de notre identité !

Si l’on demande aux jeunes issus de l’immigration, aux jeunes des quartiers en difficulté, de respecter les valeurs et les devoirs de la République, on se doit de les respecter soi-même, on se doit de bâtir une République qui tienne ses promesses.

La République, c’est d’abord une exigence morale. Sommes-nous capables de discuter sereinement et intelligemment de ce que cette exigence qui est au cœur de notre identité implique pour chacun d’entre nous ?

Que répondez-vous à Alain Juppé qui juge « détestable » tout ce qui peut « dresser les communautés les unes contre les autres, et en particulier les musulmans contre les autres » ?

La République ne reconnaît pas de communautés, elle ne reconnaît que des citoyens libres et égaux en droits et en devoirs. Nous devons travailler à unir les Français, les citoyens, à ne pas les dresser les uns contre les autres. Cet idéal est-il encore partagé ?

Il y a quatre ans, lors du débat sur la Constitution européenne, le projet d’inscrire les racines chrétiennes de l’Europe dans le préambule avait suscité la polémique. Y étiez-vous favorable ?

Non. La France a été façonnée par 1 500 ans de civilisation chrétienne. Mais cela n’avait rien à faire à mes yeux dans un texte de nature constitutionnelle.

Le groupe UMP va déposer mercredi une proposition de loi pour l’interdiction totale de la Burqa. Y êtes-vous favorable ?

Il ne faut rien accepter qui viole nos valeurs les plus fondamentales. Mais il ne faut blesser personne. Attendons les conclusions de la mission parlementaire pour voir jusqu’où doit aller l’interdiction.

Êtes-vous d’accord avec la proposition faite par plusieurs parlementaires d’interdire les drapeaux étrangers dans les mairies ?

C’est la première fois dans notre histoire que des jeunes Français définissent leur identité par opposition à l’identité française. C’est une question qu’il nous faut regarder en face tous ensemble.

Le choix de charger les préfectures d’animer ces débats a-t-il été une erreur ?

La préfecture, c’est la maison de la République ! Le préfet, c’est le représentant de la République ! On peut trouver trop restrictif de cantonner le débat à l’intérieur de la préfecture. Mais ce que j’entends de la part de gens qui se disent républicains me laisse parfois pantois.

Êtes-vous choqué par les attaques contre Éric Besson ?

Oui, ces attaques d’ordre personnel sont indignes.

Dans sa tribune au Monde, le chef de l’État invite les communautés religieuses à « la discrétion ». Mais la communauté musulmane prend cette recommandation pour elle seule.

Dans la République, la pratique religieuse doit être accomplie sans ostentation. C’est un principe de respect vis-à-vis de ceux qui n’ont pas les mêmes croyances.

Les catholiques aussi ?

Bien sûr.

Que se passerait-il si un musulman demandait que les cloches des églises ne sonnent plus au nom de la « discrétion » souhaitée par le chef de l’État ?

Les clochers rythment la vie de nos villages depuis des siècles. Ce n’est pas un problème religieux, mais un problème de civilisation, un problème de société, un problème de tradition.

Que répondez-vous aux accusations de « pétainisme » lancées au PS ?

C’est aussi stupide que le slogan « CRS = SS » de Mai 68.

Quel sera le dernier acte du débat ?

J’espère une nouvelle conscience nationale, un nouveau consensus républicain, une actualisation des valeurs au nom desquelles nous, Français, nous vivons ensemble et que le monde attend que nous portions.

La discrimination positive fait-elle partie de l’identité nationale ?

Oui, si la discrimination positive, cela veut dire rétablir l’égalité des chances, comme la République l’a toujours fait pour les boursiers, ou pour l’aménagement du territoire, ou encore pour les handicapés. Non, si c’est donner des droits différents à des communautés différentes.

Quand les débats doivent-ils se terminer ?

Éric Besson a proposé de les prolonger jusqu’à la fin de l’année 2010.

Regrettez-vous que ce débat se soit déroulé quelques mois avant les élections régionales ?

Il y a des élections tous les ans.

VIDEOS

« Personne ne défend l’intégration à la française »

23/12/2009 19:36

Pour le philosophe et essayiste André Glucksmann, invité du Talk Orange-Le Figaro, le débat sur l’identité nationale est nécessaire mais devrait porter sur la façon de s’intégrer en France.

Clash au groupe UMP sur les minarets, Nora Berra s’explique

publié le 23 décembre 2009 à 09:43

La secrétaire d’Etat aux Aînés explique mercredi avoir voulu donner un "signal fort" en quittant une réunion de l’UMP où un ancien ministre venait d’évoquer la présence de minarets en France.


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