AID Association initiatives dionysiennes
Une catastrophe technologique dont les traces perdurent dans les esprits 50 ans après

MERCREDI 2 DECEMBRE 1959 : MALPASSET

423 morts

mercredi 2 décembre 2009 par JMT

Cinquante ans après la catastrophe du barrage de Malpasset qui a fait 423 morts le 2 décembre 1959, la douleur reste à vif parmi les habitants de Fréjus et de ses environs pour qui la fin du barrage a aussi représenté une "rupture totale" dans leurs vies.

Témoignage - 50 ans après la rupture du barrage du Var, qui a fait 423 morts le 2 décembre 1959, la douleur reste à vif parmi les habitants de Fréjus. Simone, 12 ans à l’époque, raconte cette "rupture totale" dans sa vie.

Catastrophe de Malpasset : 50 ans après, une douleur toujours à vif

FREJUS (Var) (AFP) - 02/12/09 10h48

Cinquante ans après la catastrophe du barrage de Malpasset qui a fait 423 morts le 2 décembre 1959, la douleur reste à vif parmi les habitants de Fréjus et de ses environs pour qui la fin du barrage a aussi représenté une "rupture totale" dans leurs vies.

Vue du barrage de Malpasset, le 3 décembre 1959, totalement détruit.

"C’était une rupture totale, la rupture du barrage et la rupture dans nos vies", résume Simone Mercier, 62 ans, institutrice à la retraite, qui était âgée de 12 ans à l’époque de l’accident et habitait avec sa famille à 6 km du barrage.

Dans la catastrophe, elle a perdu ses parents, un oncle, une tante et deux cousines. Elle se souvient de cette soirée-là : "j’ai entendu comme une explosion, un grand bruit, un bruit terrible qui approchait. On a parlé de locomotives, des bruits terrifiants, je ne saurais pas définir".

Des bénévoles de la Croix Rouge française emportent les cercueils des victimes de la catastrophe de Malpasset, le 5 décembre 1959 à Fréjus.

"Ca m’a angoissé. J’ai regardé ma maman et ma tante, j’ai levé la tête et j’ai vu le mur de la maison s’écrouler et l’eau me tomber dessus. J’ai perdu connaissance et je me suis réveillée dans l’eau, dans la boue, le froid". Par chance, elle retrouvera un peu plus tard ses deux frères qui, eux-aussi, ont survécu.

Yvon Allamand, 17 ans à l’époque, 67 ans aujourd’hui, était au cinéma à Saint-Raphaël, "le soir du barrage". Il n’est revenu à Fréjus que le lendemain pour essayer de retrouver ses parents, gérants d’une station-service. Sa voix se brise et les sanglots viennent quand il raconte ce matin-là.

C’était l’apocalype Il y avait un enchevêtrement de voitures, d’arbres, des pans de mur par terre. Et on a pu arriver jusqu’à la station, il n’y avait plus rien. Il n’y avait même plus de fondation, les citernes d’essence, tout était parti. Plus d’habitation, plus de garage. Et j’ai perdu ma mère, mon père, ma soeur".

La foule assiste aux funérailles des victimes de la catastrophe de Malpasset, le 5 décembre 1959 à Fréjus.

Ces mots, M. Allamand a mis plusieurs dizaines d’années avant de pouvoir les prononcer. Après la catastrophe, le silence est tombé sur Fréjus. "C’était tabou, trop fort, trop lourd", confie-t-il, ajoutant : "même mon épouse ne connaissait pas mon histoire".

"C’était comme un truc de guerre. On a voulu mettre ça dans un tiroir, dans un placard et ne plus en parler", dit-il encore.

"On n’en a jamais reparlé avec mes frères. Par pudeur", raconte elle aussi Michèle Guillermin, 65 ans, adjointe au maire de Fréjus. Alors âgée de 14 ans, elle a perdu ses parents et ses grands-parents dans le drame.

"La catastrophe, le pire c’était l’après", souligne Mme Mercier. Si l’élan de solidarité nationale et internationale a connu une ampleur phénoménale, au sein de la ville, les rescapés n’ont en effet pas surmonté ensemble le cataclysme.

Isolement, dépression... "J’étais dans ma bulle et je n’arrivais pas en sortir", confie Mme Mercier.

Des restes du barrage de Malpasset, le 13 novembre 1999.

"Même aujourd’hui, le silence est encore présent. Depuis deux ans, des personnes en sont sorties. On sent qu’on a créé un mouvement mais pas chez tout le monde. Il y a encore beaucoup de monde qui ne veut pas en parler", selon Mme Guillermin qui, depuis 1979, organise les anniversaires de la catastrophe.

Cinquante ans après, la décision a été prise de créer un mémorial pour toutes les victimes et ce monument qui doit être inauguré le 2 décembre sonne un peu comme une délivrance pour les rescapés.

"Ce qui nous apporte le plus, c’est d’avoir le nom de nos parents sur le mémorial, on ne les oublie pas", dit M. Allamand tandis que pour Mme Mercier, "de voir leurs noms écrits, pour eux, c’est comme s’ils avaient une seconde vie, ils sont reconnus par les autres, par la ville".

Catastrophe de Malpasset : "Notre chaos a commencé après l’apocalypse"

Par Amélie Gautier le 02 décembre 2009 à 04:00

Témoignage - 50 ans après la rupture du barrage du Var, qui a fait 423 morts le 2 décembre 1959, la douleur reste à vif parmi les habitants de Fréjus. Simone, 12 ans à l’époque, raconte cette "rupture totale" dans sa vie.

"Au lendemain après la catastrophe, un pompier emporte un garçon qu’il vient de sauver."

Une énorme explosion puis les hurlements de locomotives lancées à pleine vitesse, qui approchent dans un grondement abominable..." 2 décembre 1959, 21h13, le barrage de Malpasset, en amont de Fréjus, dans le département du Var, se rompt.

50 millions de mètres cube d’eau déferlent en une vague boueuse de 40 mètres de haut, dans la vallée du Reyran, balayant tout jusqu’à la mer. En à peine une heure, 423 personnes perdent la vie, 2000 familles sont sinistrées, des champs entiers de cultures dévastés. Du barrage, il ne reste rien. C’est la plus grande catastrophe civile de l’histoire de France du XXe siècle.

50 ans après cette tragédie qui marqua le monde entier, Simone Mercier, née Infantilino, se souvient. Cette institutrice à la retraite avait 12 ans à l’époque. Son "modeste foyer" se trouve alors à 8 km du barrage. Ce soir là, elle participe à la veillée avec sa mère et sa tante. A l’étage, ses frères de 11 et 15 ans ; son père, son oncle et ses deux cousines, arrivés il y a six mois d’Italie.

L’atmosphère est paisible autour du coin du feu. "Soudain, on a entendu une énorme explosion puis les hurlements de locomotives lancées à pleine vitesse, qui approchent dans un grondement abominable..." 21h15. Le mur de la maison s’écroule, un torrent se déverse.

Trou noir. "Je me suis évanouie. Je me suis réveillée dans la boue. Nue. Accrochée à un arbre. Il faisait nuit. Je voyais des scintillements. Je pensais que c’était la fin du monde", témoigne-t-elle auprès de TF1 News.

"Je passais mes journées à regarder défiler les cadavres"

Lentement, la voix empreinte de douleur, Simone Mercier raconte son apocalypse. "Mes frères étaient à côté de moi. Sains et saufs. Il faisait tellement froid. On s’est blottis les uns contre les autres". Les trois enfants sont les seuls rescapés de la famille.

Alertés par leurs cris, c’est un abbé qui viendra les secourir. Les envelopper dans une couverture. Les transporter à l’hôpital. Souffrant d’une plaie à la jambe, Simone Mercier y restera trois semaines.

"J’avais le nez collé à la vitre. Il y avait installé une chapelle ardente. Je passais mes journées à regarder un défilé de cadavres. Marrons, déformés, monstrueux." Elle ne sait pas qu’elle est devenue orpheline, comme quelques 80 autres enfants.

Pour les vacances de Noël, Simone et ses frères sont invités tous les trois à la cour impériale d’Iran. "Je n’ai pas aimé, raconte-t-elle aujourd’hui. Notre chaos a commencé après l’apocalypse. C’est après qu’on réalise ce qui s’est passé. C’était une rupture totale, la rupture du barrage et la rupture dans nos vies".

Si l’élan de solidarité nationale et internationale a connu une ampleur phénoménale, au sein de la ville, les rescapés ne surmontent pas ensemble le cataclysme. Isolement, dépression... "J’étais dans ma bulle et je n’arrivais pas en sortir", confie Simone Mercier.

Après l’hôpital et les vacances en Iran, l’adolescente sera envoyée, seule, en pension à Cannes. 50 ans après, elle arrive tout juste à évoquer cette "énorme explosion" et cette vague boueuse qui envahit sa vie.

Aucune infraction, aucun vice dans la conception de l’ouvrage

Ce barrage-voûte avait coûté près de 5 milliards de francs (de l’époque). Si l’opinion publique traumatisée met en cause la minceur du mur de retenue et des tirs de mine pour la construction d’une autoroute proche, la justice tire un trait sur la catastrophe : "Aucune infraction aux règles de l’art ni aucun vice dans la conception de l’ouvrage et la façon dont furent exécutés les travaux", n’ont été commis à Malpasset, tranche la justice en 1967.

LIENS

Le barrage de Malpasset- Site de la Ville de Fréjus

Barrage de Malpasset sur Wikipédia

Site dédié à la catastrophe de Malpasset

VIDEO

Barrage de Malpasset : un souvenir douloureux pour les victimes

Diffusé le : 2 décembre 2009 13h00

Durée : 2 min 24


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