AID Association initiatives dionysiennes
Amérique du Sud : la main de Washington toujours présente ?

Hugo, Evo, Raul, Rafael et ceux qui leur cherchent noise !

lundi 7 septembre 2009 par JMT

L’Américain Oliver Stone défend la "révolution pacifiste" impulsée par le président vénézuélien Hugo Chavez en Amérique latine dans un documentaire au ton hagiographique intitulé "South of the border" et présenté lundi hors compétition à la 66e Mostra.

La visite de Noam Chomsky au Venezuela s’est produite à un moment historique, où de nombreux changements ont lieu en Amérique latine, des changements potentiels dans la relation des Etats-Unis avec les nations latino-américaines. Il existe actuellement d’importants conflits et tensions qui préoccupent beaucoup les latino-américains.

Eduardo Rozsa Flores, le chef des mercenaires séparatistes de Santa Cruz abattu en avril par la police bolivienne, avait déjà sévi en ex-Yougoslavie. Rozsa et l’un de ses lieutenants, incarcéré à La Paz, sont suspectés d’avoir torturé et assassiné en 1992 un journaliste suisse infiltré dans leur milice d’extrême droite.

"Qu’il est difficile de croire quelqu’un qui a autant menti de manière récurrente (…) Cessez de raconter autant de mensonges, d’essayer de justifier des actes injustifiables, reconnaissez ouvertement que vous n’aviez aucun droit d’agresser l’Équateur."

Lors des élections générales qui ont eu lieu le dimanche 26 avril, les Equatoriens ont donné un nouveau mandat de 4 ans à leur président Rafael Correa. Celui-ci obtient un peu plus de 55% des voix et devance de plus de 20 points Lucio Gutierrez, son principal adversaire, l’ancien président de droite renversé par une mobilisation populaire en 2002.

Mostra de Venise : Oliver Stone prône la "révolution pacifiste" de Hugo Chavez

AFP 07/09/2009 17:38

L’Américain Oliver Stone défend la "révolution pacifiste" impulsée par le président vénézuélien Hugo Chavez en Amérique latine dans un documentaire au ton hagiographique intitulé "South of the border" et présenté lundi hors compétition à la 66e Mostra.

L’Américain Oliver Stone et le président vénézuélien Hugo Chavez à la 66e Mostra de Venise le 7 Septembre 2009

Arrivé à Venise comme l’a annoncé un responsable de presse de la Mostra à la mi-journée, le chef d’Etat sud-américain devrait probablement fouler le tapis rouge vers 17H00 locales, lors de la projection officielle du film.

Mais les flashes crépitaient déjà pour les acteurs Jane Birkin et Sergio Castellitto à l’affiche de "36 vues du Pic Saint-Loup" du Français Jacques Rivette, en lice pour le Lion d’or et surtout Matt Damon, venu pour "The informant" de Steven Soderbergh, montré hors compétition.

Après l’électrochoc Michael Moore, son compatriote Oliver Stone engage les Etats-Unis à ouvrir les yeux sur les progrès démocratiques accomplis "Au sud de la frontière".

Très applaudi bien que plutôt hagiographique voire superficiel, ce long métrage retrace les changements politiques des dix dernières années sur le continent latino-américain à partir de l’élection de Hugo Chavez, en 1998.

"Oui, oui, il est possible de changer le cours de l’histoire. Ceci est une révolution pacifique, mais armée", y déclare le chef d’Etat.

En 75 minutes d’entretiens et d’images d’archives — pour la plupart des journaux TV de la chaîne Fox News qui "diabolise" à l’envi le dirigeant vénézuélien —, il s’agit pour Oliver Stone de démontrer qu’Hugo Chavez n’est pas "l’ennemi public numéro un" qu’ont fait de lui les médias des Etats-Unis.

"La pauvreté a été divisée par deux, ce que reconnaît la Banque mondiale, et les progrès sociaux ont été énormes au Vénézuela", a affirmé Oliver Stone devant la presse. "Il reste des problèmes, mais c’est un magnifique changement, un important phénomène historique dont on ne parle pas".

Visiblement fasciné, il dialogue avec le président vénézuélien, un ex-militaire, échangeant une poignée de mains "entre vétérans" - le cinéaste a été décoré au Vietnam - et le suit sur les lieux marquants de son enfance et de son parcours politique.

Il donne ensuite la parole aux présidents de la Bolivie Evo Morales, du Brésil Luiz Inácio Lula da Silva, du Paraguay Fernando Lugo, qui tous proviennent des couches les plus modestes de la société de leur pays.

"C’est la première fois dans l’histoire, que les chefs d’Etat de plusieurs pays de notre région ressemblent à ceux qu’ils gouvernent", dit la présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner.

Pour la première fois dans l’histoire du continent, ces dirigeants se soucient de progrès social, de santé et d’éducation et s’attellent à contrôler leurs ressources et à désendetter leurs pays, longtemps soumis aux diktats de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), dit Stone.

"Notre élite a longtemps été au service des Etats-Unis", admet Lula.

Stone, 62 ans, qui a remporté deux fois l’Oscar du meilleur réalisateur avec "Platoon" (1986) et "Né un 4 juillet" (1989), a co-écrit son film avec l’intellectuel de gauche anglo-pakistanais Tariq Ali, qui intervient souvent.

Bien que menés sur un ton admiratif et sans grand souci de précision historique, ces entretiens constituent un document sur la vision politique de ces dirigeants.

Sensible depuis longtemps au destin du continent latino-américain, Oliver Stone a réalisé notamment "Comandante" (2003) et "Looking for Fidel" (2004), consacrés au président cubain Fidel Castro, et "Salvador" (1986), sur le conflit en Amérique centrale.

Chomsky : "Parler de souveraineté colombienne est une plaisanterie" (Interview par Eva Golinger)

5 septembre 2009 Noam CHOMSKY, Eva GOLINGER

Caracas, 28 août. (Eva Golinger) ABN.- La visite de Noam Chomsky au Venezuela s’est produite à un moment historique, où de nombreux changements ont lieu en Amérique latine, des changements potentiels dans la relation des Etats-Unis avec les nations latino-américaines. Il existe actuellement d’importants conflits et tensions qui préoccupent beaucoup les latino-américains.

Noam Chomsky

A ce contexte viennent s’ajouter la recrudescence des agressions au cours des derniers mois, le coup d’Etat au Honduras, l’intensification de la présence militaire en Colombie, avec l’occupation de plus de sept bases militaires, ainsi qu’un contrôle territorial au niveau militaire en Colombie, et enfin la réactivation de la quatrième flotte de l’armée qui a eu lieu l’an passé, mais qui est à présent utilisée dans ce contexte.

Le ton du discours avec le Venezuela s’est également durci : le pays est accusé de narcotrafic et de terrorisme. Par ailleurs, le budget militaire du Pentagone a été augmenté pour le Commando Sud dans cette région.

Eva Golinger (EG) : A présent que nous avons un président supposé progressiste à la Maison Blanche, allons-nous voir les attaques contre les mouvements progressistes se multiplier en Amérique latine ?

Noam Chomsky (NC) : Et dans le reste du monde. Mais ce qui se passe en Amérique latine existe depuis plus longtemps. Pendant longtemps les Etats-Unis ont tenu pour acquis qu’ils pouvaient contrôler l’Amérique latine.

En fait, cela a été un principe basique de leur politique extérieure depuis leur origine comme république : une sorte d’aspiration, qu’ils sont parvenus à concrétiser au XXe siècle. Le Conseil de Sécurité Nationale, la plus importante entité de planification, l’a dit : si nous ne pouvons pas contrôler l’Amérique latine, comment pouvons-nous contrôler le reste du monde ?

Lors du coup d’Etat de Pinochet, Henry Kissinger a déclaré : "nous devons nous débarrassser d’Allende, ou nous allons perdre notre crédibilité dans le reste du monde." C’est la clé pour contrôler le monde.

Evidemment une grande partie de l’économie américaine est basée sur l’investissement, ce qui est une sorte de pillage, depuis le XIXe siècle. Tout cela existe depuis longtemps et sous de diverses modalités : interventions militaires, coups d’Etat, agressions... Pendant le gouvernement de Kennedy, avec agression d’Etat, l’armée mettait en place des Etats sécuritaires dans le style nazi.

Puis la période néo-libérale est arrivée, et avec elle le contrôle de pays par des moyens économiques. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, ce n’était déjà plus aussi courant, comme l’illustre le Venezuela, même si cela continuait dans de nombreux autres pays.

Lentement les pays latino-américains ont commencé à sortir de cette longue période de colonisation sous ses diverses formes, qui remonte aux conquistadors espagnols et portugais,.

Ils ont ainsi commencé à s’émanciper du FMI, à payer et à restructurer leurs dettes, à se centrer sur leurs problèmes internes. Les Etats-Unis commençaient à perdre le contrôle : il fallait qu’il y eût une réponse.

Celle-ci s’est développée à partir de la fin des années quatre-vingt-dix, avec deux fronts : un front militaire, et un autre prédominé par la promotion de la démocratie, ce qui est un euphémisme pour parler de soumission.

Ces deux fronts, l’action militaire et la soumission, Obama ne fait que leur donner une continuité. Il ne fait rien de nouveau.

Si Obama semble différent de Bush c’est parce que, si l’on observe l’opinion publique, on voit que les porte-paroles du gouvernement accusent Bush de ne pas s’être préoccupé de l’Amérique latine, et disent que la région en a souffert.

En fait, pour l’Amérique latine, il ne pouvait rien arriver de mieux : que les Etats-Unis dirigent leur attention vers d’autres régions. Mais Obama veut remédier à cette situation depuis une perspective progressiste libérale, en prêtant plus d’attention à l’Amérique latine, ce qui implique un retour à des politiques plus traditionnelles, à la militarisation et à la soumission.

Ce que tu mentionnes est un exemple, mais il remonte à de nombreuses années. Par exemple, l’entraînement de militaires latino-américains a connu une importante augmentation au cours des dix ou quinze dernières années, peut-être de 50% par rapport aux années quatre-vingt-dix.

Et actuellement la présence militaire des Etats-Unis en Amérique latine est relativement plus importante que pendant la Guerre Froide. Pour la première fois, il y a plus d’officiers d’entraînement militaire que de consultants économiques.

La stratégie a changé vers un effort pour reconstruire une structure d’intervention potentielle, et aussi pour la prétendue promotion de la démocratie.

EG : ...dont nous avons pu faire amplement l’expérience ici au Venezuela à travers la USAID, la National Endowment for Democracy, le financement de groupes d’opposition, et à présent avec la participation dans une campagne de contre-insurrection à l’intérieur des forces révolutionnaires qui soutiennent le gouvernement, pour tenter de les neutraliser.

NC : Oui, mais ce sont des politiques de longue date. En fait, il y a un siècle, les Etats-Unis ont initié une nouvelle phase de l’impérialisme, en devenant une puissance mondiale. Ils étaient déjà une puissance régionale, mais la conquête des Philippines, au XIXe siècle, a constitué un moment crucial. I

ls ont tué des centaines de milliers de personnes, ont établi un contrôle militaire partiel, mais ils devaient contrôler le pays. Comment ? En développant une nouvelle forme de colonialisme, avec un Etat de surveillance très complexe, utilisant la technologie de pointe de l’époque pour miner les mouvements politiques, pour les désintégrer, pour promouvoir le factionnalisme.

Ils ont créé une force militaro-policière parallèle pour pouvoir employer la force quand c’était nécessaire. C’était quelque chose de très minutieux et complexe, et qui est en fait retourné à ses pays d’origine, les Etats de surveillance occidentaux : les Etats-Unis, l’Angleterre, depuis la Première Guerre mondiale, sont basés sur le modèle philippin.

Et c’est encore le cas aujourd’hui. Les Philippines sont le seul pays d’Asie de l’est qui n’a pas participé à la rapide croissance économique des dernières décennies, et ils ont encore une force militaire terroriste, des violations des droits de l’homme...

Les techniques sont les suivantes : d’abord, si c’est nécessaire, mettre en place une force militaire interne, et ensuite collaborer avec les chefs d’Etat. C’est pourquoi ils cherchent à infiltrer les mouvements révolutionnaires, à inciter la séparation, à miner le pouvoir des autres groupes et à obtenir des avantages de leurs contacts avec le pouvoir impérial.

Les britanniques et les français ont fait des choses similaires, mais les Etats-Unis l’ont fait avec plus de minutie, ce qui était nouveau dans l’histoire de l’impérialisme, et qui bien sûr s’est étendu à l’Amérique latine.

C’est pour cela qu’après chaque intervention, que ce soit à Haïti, en République Dominicaine, ou au Nicaragua, ils laissent le pays entre les mains de la Garde Nationale et collaborent avec les chefs d’Etat.

La Garde Nationale n’est rien d’autre qu’une force de terrorisme d’Etat. La Garde Nationale haïtienne n’a jamais combattu contre un autre pays. Son armée se bat contre la population. C’est ce aussi qui s’est passé avec Somoza.

Dans les années quatre-vingt-dix, les Etats-Unis ont en partie perdu cette capacité, et elle est aujourd’hui reconstruite d’une autre manière. Mais c’est une vieille tradition. Et qui est bien antérieure.

Il faut se rappeler que les Etats-Unis sont le seul pays au monde qui ait été un empire dès sa fondation.George Washington l’a décrit comme un empire dans l’enfance. Ils ont dû conquérir leur territoire national, ce qui est déjà de l’impérialisme – certes, ils n’ont pas eu à traverser des mers, mais à cette exception près, c’est de l’impérialisme ordinaire.

Ils ont pratiquement exterminé la population, ont volé la moitié du territoire dedu Mexique. En 1898, ils ont commencé à s’étendre vers d’autres régions, mais le processus reste le même.

Il faut savoir qu’ils le font en toute honnêteté et qu’ils ont foi dans le caractère divin de leur mission. C’est un pays religieux et qui a toujours agi pour remplir la mission de la Divine Providence. George Bush parlait en ces termes.

Obama n’a pas besoin d’utiliser les mêmes mots, il est plus sophistiqué. L’exemple le plus parlant est la première colonie des Etats-Unis, le Massachusetts. Sa charte de fondation date de 1629 et son blason représente un indien avec une lance pointée vers le sol et un parchemin sortant de sa bouche, qui dit "venez nous aider".

Ainsi, quand les colons allaient là-bas pour leur quitter leurs terres et les exterminer, ils étaient convaincus qu’ils répondaient à cet appel au secours, et cette attitude a perduré jusqu’à nos jours.

Chaque agression, chaque tentative de soumission répond à la même inspiration. D’autres pays impérialistes comme la France ont une attitude similaire, mais dans la culture et les croyances américaines elle est bien plus enracinée. Il y a un important arrière-plan religieux, tout peut se justifier, au pire ils peuvent admettre qu’ils commettent des erreurs.

EG : C’est aussi une guerre psychologique, une manipulation de la réalité, pour parvenir à donner cette impression.

NC : Il faut comprendre qu’en interne, c’est tout-à-fait accepté. Par exemple, on ne peut pas faire de commentaire critique sur n’importe quelle action des Etats-Unis.

On loue beaucoup Obama par exemple pour être l’un des principaux critiques de la guerre en Irak. En quoi a consisté cette critique ? Il a dit que c’était une monumentale erreur stratégique. Il a assumé la même position que l’état-major allemand après Stalingrad. Ou celle des russes sur l’Afghanistan au début des années quatre-vingt.

Et quand c’est celle de nos ennemis nous n’appelons pas cela une critique, nous disons que c’est de la servilité au pouvoir. Mais dans notre cas, les libéraux, les progressistes, nous l’appelons opposition principale.

Et on peut aller plus loin et rester à l’intérieur du cadre doctrinal basique. Cela vient de la manière dont on se perçoit, comme pleins de noblessse, comme chargés d’une mission divine de civiliser le monde, de l’élever à un plus haut niveau.

La soumission et la militarisation deviennent alors primordiales. De fait, la gauche accuse Bush de ne pas s’être centré sur l’Amérique latine, de ne pas avoir rempli sa mission civilisatrice. Les actions d’Obama n’ont donc rien de surprenant.

EG : Et c’est un processus dont le rythme augmente rapidement.

NC : En partie pour ces raisons et en partie parce que les problèmes semblent plus pressants. La dénommée "marée rose" [multiplication des gouvernements de gauche et de centre-gauche élus en Amérique latine] est vue comme un véritable danger.

Le gouvernement des Etats-Unis appuie en fait des gouvernements qu’il aurait renversé il y a quarante ans. Le gouvernement du Brésil, par exemple. Les politiques de Lula ne sont pas vraiment différentes de celles de Goulard au début des années soixante, quand le gouvernement de Kennedy réalisa un coup d’Etat militaire et mit en place le premier Etat de sécurité nationale de style néo-nazi.

Pourtant le Brésil est aujourd’hui un pays ami, parce que le spectre tout entier s’est tellement déplacé que les Etats-Unis doivent maintenant appuyer le genre de gouvernements qu’ils auraient auparavant renversés, et bien sûr tenter de soumettre les autres.

EG : Parlons de ce point en particulier, avec le thème de l’augmentation de la présence militaire américaine en Colombie, qui cause des tensions dans la région. Les gouvernements colombiens et américain soutiennent qu’il s’agit d’une affaire bilatérale, et non d’une occupation ou de l’établissement de nouvelles bases militaires ; que ce n’est qu’un accord de coopération pour la sécurité.

Mais nous savons d’autre part que, en plus des trois bases américaines du Plan Colombie et plus d’une douzaine de stations de radar, les Etats-Unis auront définitivement accès à sept bases, dont l’une, à Palanquero, qui leur donnera un accès à tout l’hémisphère - accès qu’ils n’avaient pas auparavant - grâce aux gigantesques avions militaires de charge de type C17.

Par ailleurs, il existe ce que les Etats-Unis appellent la défense interne en pays étranger : l’entraînement, le commandement et le contrôle de forces armées colombiennes, des équipes commandos spéciales, comme la Police Nationale colombienne.

Et il y a également la possibilité d’une relocalisation de l’Ecole des Amériques, aujourd’hui appelée WHINSEC, en Colombie, pour commencer l’entraînement dans d’autres pays de la région.

Ce vendredi 28, une réunion des présidents de l’UNASUR a lieu en Argentine pour parler de ce thème, que beaucoup considèrent comme une menace pour la stabilité d’une région où des gouvernements comme le Brésil reçoivent le soutien des Etats-Unis, et avec le coup d’Etat au Honduras qui est vu comme une attaque contre les pays de l’ALBA.

Cette occupation ou cette intensification de la présence militaire en Colombie est-elle une tentative de division pour empêcher une plus grande intégration latino-américaine, à travers la promotion de conflits entre nations ?

Mis à part le conflit entre la Colombie comme gouvernement de droite et le Venezuela comme gouvernement de gauche, il y a des pays comme le Brésil ou le Chili qui peuvent adopter une position plus ambigüe ou plus neutre par rapport au respect de la souveraineté colombienne, en s’opposant à l’expansion militaire américaine sans aller jusqu’à la condamner.

NC : Parler de souveraineté colombienne, c’est une plaisanterie. Le plan Colombie, créé par Clinton, est une intervention agressive dans les affaires internes de la Colombie, qui n’est pas sans conséquences.

Le prétexte est la guerre contre le narcotrafic, mais il ne s’agit que d’un prétexte, qu’on ne peut pas prendre au sérieux. Et l’établissement de bases militaires en Colombie est une réaction des Etats-Unis à la perte de positions militaires dans d’autres pays.

L’Equateur a neutralisé la base de Manta, qui conférait aux Etats-Unis une grande capacité de vigilance aérienne sur la région. Le Paraguay était une espèce de base militaire américaine, mais ce n’est plus le cas. Ils devaient reconstruire cette présence à un autre endroit et la Colombie est le seul pays où ils pouvaient le faire.

Le coup d’Etat au Honduras fait partie d’un autre processus. L’Amérique Centrale avait été tellement dévastée par les guerres contre le terrorisme de Reagan qu’elle ne faisait plus partie de la "marée rose", vers l’intégration latino-americaine.

Le Honduras était sur le chemin de l’intégration - à présent, selon eux, il ne l’est plus, alors qu’en réalité elle s’est étendue à l’Amérique centrale. Le Nicaragua est un autre cas.

Tout cela me semble être une tentative pour récupérer leur position traditionnelle. D’ailleurs, avant, il y a dix ou quinze ans, l’entraînement des officiers avait augmenté rapidement ; cela a changé, l’entraînement est maintenant en tactiques d’infanterie.

L’idée est de créer des forces paramilitaires. Ce ne sont pas des agents de circulation qu’ils entraînent. Le contrôle de "l’aide" officielle est passé des mains du Département d’Etat à celles du Pentagone. C’est un changement significatif.

Quand elle était sous le contrôle du Département d’Etat, elle était au moins en théorie sous la supervision du Congrès : il y avait des conditions à remplir quant aux droits de l’homme, par exemple. Ce n’était pas beaucoup respecté, mais c’était au moins une limitation à de possibles abus. Mais sous le contrôle du Pentagone, il n’y a pas de règles, tout est permis.

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Traduction : Katia Tosco

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Comment le bourreau d’un journaliste suisse a voulu tuer Evo Morales

Mardi, 01 Septembre 2009 14:30 Bernard Perrin

Eduardo Rozsa Flores, le chef des mercenaires séparatistes de Santa Cruz abattu en avril par la police bolivienne, avait déjà sévi en ex-Yougoslavie. Rozsa et l’un de ses lieutenants, incarcéré à La Paz, sont suspectés d’avoir torturé et assassiné en 1992 un journaliste suisse infiltré dans leur milice d’extrême droite.

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Il ne fait pas encore jour à Santa Cruz, la capitale des basses-terres de Bolivie. En plein centre-ville, les forces spéciales de la police investissent silencieusement le quatrième étage de l’Hôtel Las Americas.

Cinq mercenaires soupçonnés de préparer une série d’attentats, dont un contre le président Evo Morales en personne, dorment encore, mais ils sont armés jusqu’aux dents. Pour la police, les consignes sont claires : ne pas leur laisser le temps de faire exploser l’immeuble. Il est un peu plus de cinq heures du matin, la police enfonce les portes, et ouvre le feu...

En ce petit matin du 16 avril, le mercenaire Eduardo Rozsa Flores meurt comme il a vécu depuis dix-huit ans, par une rafale de mitrailleuse, et dans un bain de sang. L’homme ne répondra jamais de ses crimes devant la justice, et notamment de la mort du journaliste bâlois Christian Würtenberg, torturé et étranglé près d’Osijek (Croatie) en janvier 1992.

Insaisissable

Eduardo Rozsa Flores... Un personnage insaisissable, sorti du plus sombre des romans noirs. Un personnage qui aura hanté pendant presque deux décennies les théâtres de conflits les plus abjects, des Balkans à l’Angola.

Un personnage « fanatique de toutes les causes », qui semble avoir construit sa vie « pour dérouter le plus entêté des enquêteurs », comme le souligne Pablo Stefanoni, directeur de l’édition bolivienne du Monde diplomatique : né à Santa Cruz d’un père juif hongrois et d’une mère espagnole et catholique, il est tout d’abord membre des jeunesses communistes de Hongrie avant d’être peu à peu attiré par le séparatisme ethnique et l’extrême droite ; fidèle de l’Opus Dei, il se convertira ensuite à l’islam. Il soutient, enfin, la cause palestinienne autant que les groupes séparatistes et racistes de Santa Cruz, opposés au gouvernement d’Evo Morales, comme l’organisation d’extrême droite Nacion Camba.

Journaliste infiltré

Eduardo Rozsa Flores débarque en Croatie en 1991 comme journaliste pour le quotidien catalan La Vanguardia. Mais rapidement, exalté par les champs de bataille, il décide de s’engager « corps et armes » pour défendre cette terre en quête d’indépendance.

En octobre, appuyé par le président Franjo Tudjman, le milicien hongro-bolivien fonde la Brigade internationale des volontaires, qui regroupera des anciens de la Légion étrangère et des aventuriers de la droite radicale, venus de toute l’Europe participer à cette guerre aussi brutale qu’anarchique.

C’est dans cette Brigade internationale que s’incorpore en novembre 1991 un jeune Bâlois de 27 ans, Christian Würtenberg, collaborateur de l’ATS, l’Agence télégraphique suisse. « Avant de retrouver Christian à Osijek, en Croatie, je l’avais déjà croisé en Tchétchénie et en Géorgie. Dans notre groupe de journalistes de guerre, tout le monde l’adorait. C’était le plus jeune, le plus intrépide. Et il nous faisait rire, son sac était toujours parfaitement ordonné : un vrai Suisse ! », se remémore Julio César Alonso.

Ce reporter espagnol spécialiste des Balkans se souvient avec émotion du courage et de la fougue de Christian Würtenberg, avide de dénoncer les injustices et les crimes de ce monde : « Il avait infiltré la Brigade internationale, qui combattait alors aux côtés de l’armée croate, afin d’enquêter sur le mode de financement de ces mercenaires, sur leurs liens avec les groupes d’extrême droite européens, et notamment le Front national français de Jean-Marie Le Pen, et sur les réseaux de trafics d’armes et de drogue. Les Balkans se trouvaient sur la route de l’héroïne, entre la Turquie et l’Europe, et durant le conflit, le prix de cette drogue avait fortement baissé en Suisse. »

Mais Christian Würtenberg, comme en témoigne son frère Michael, avait surtout mis le doigt dans un engrenage qui allait lui être fatal, liant notamment le financement de la milice internationale à l’Opus Dei, dont Rozsa Flores était un adepte à cette époque, comme en témoignent ses fréquents voyages à Vienne au bureau de « L’Œuvre ».

« Au début de 1992, Eduardo Rozsa Flores a soupçonné Christian d’être un espion. Et il a ordonné son arrestation puis son exécution. Christian a été torturé et étranglé à mains nues et à l’aide d’une corde », raconte Julio César Alonso.

Ce dernier ne doute pas une seconde de la culpabilité d’Eduardo Flores Rozsa : « Lors d’une rencontre à Zagreb, Rozsa m’a confié que Christian s’était infiltré au sein de son unité, et que cette situation n’allait pas durer.

J’ai tenté de rallier Osijek, base de la Brigade, au plus vite pour le prévenir. Mais quand je suis arrivé, je suis tombé sur Rozsa, qui m’a dit en souriant : c’est bon, le problème suisse est réglé ! »

Lâcheté suisse

Eduardo Rozsa Flores n’en restera pas là, abattant quelques jours plus tard, d’une balle dans la nuque, le photographe britannique de l’agence AP Paul Jenks, venu enquêter sur le décès de Christian Würtenberg. Les enquêtes menées par Reporters sans frontières et la Fédération internationale des journalistes accuseront clairement le mercenaire d’être responsable de la mort des deux journalistes.

La famille de Christian Würtenberg réclamera un procès en Suisse. Mais le journaliste ne jouira d’aucun soutien dans son pays. Son employeur, en direct sur la DRS, s’en distanciera publiquement, estimant ne pas être responsable de la prise de risque « inconsidérée » de son collaborateur.

Quant au système judiciaire suisse, il dissuadera la famille d’entreprendre toute poursuite, considérant Christian comme un mercenaire, portant un uniforme militaire étranger : un outrage à la Constitution fédérale.

Eduardo Rozsa Flores continuera, lui, ses basses besognes en Bosnie, où il se battra au sein de la Brigade Tomislav, et participera au nettoyage ethnique des musulmans à Mostar notamment. En Angola, il se battra ensuite pour l’UNITA de Jonas Savimbi.

« Après la mort du rebelle, Rozsa réapparaît au Kosovo notamment sous l’uniforme de l’UCK. Un de ses objectifs : Korenica, où il assassine cinq policiers serbes désarmés. But de l’opération : déclencher une réplique et faire dégénérer le conflit », poursuit Alonso.

Selon ce dernier, Rozsa Flores aurait ensuite fait des offres au gouvernement soudanais et proposé de « travailler au Darfour, pour nettoyer la région de l’ethnie Fur et des ONG présentes ».

Le journaliste espagnol a ensuite perdu sa trace... Jusqu’à ce 16 avril 2009 à Santa Cruz : « Je ne suis pas partisan de la peine de mort. Mais je suis sûr que ce jour-là, en Suisse, en Angleterre, en Bosnie, en Angola ou au Kosovo, de nombreuses familles ont remercié la police bolivienne. »

Source : Le Courrier

Depuis la mort de Raul Reyes, les tensions perdurent entre la Colombie et l’Equateur.

5 juillet 2009 Hernando CALVO OSPINA

C’est au mois d’avril 2009 que l’article ci-dessous a été publié dans l’édition espagnole du Monde Diplomatique, puis repris par de nombreux sites internet. Trois mois plus tard, le 30 juin 2009, on apprend qu’un juge équatorien a lancé un « mandat d’arrêt préventif pour assassinat » contre Juan Manuel Santos, ancien ministre de la Défense colombien.

Le premier mars 2008, un escadron de l’Armée colombienne a pénétré de manière illégale sur le territoire équatorien pour attaquer un campement clandestin des FARC. Il a assassiné 25 personnes parmi lesquelles, outre plusieurs civils mexicains et équatoriens, se trouvait le commandant Raul Reyes.

Trois jeunes survivants ont déclaré que les forces colombiennes ont achevé plusieurs personnes d’une balle dans le dos et que tous étaient désarmés au moment de l’attaque.

Selon le juge, « il existe suffisamment d’indices pour le mettre en cause pour violation du droit à la vie, c’est-à-dire, pour l’assassinat de 25 personnes. » Alvaro Uribe, le président colombien, qui se trouvait à Washington au moment où le mandat d’arrêt a été lancé, a affirmé que son gouvernement « ne permettra pas qu’on touche à l’ancien ministre Santos. »

Lequel a démissionné le 18 mai dernier, pour préparer sa candidature à la présidence de la République… Suite à cette attaque militaire du territoire équatorien en 2008, les relations entre Bogota et Quito sont suspendues et les tensions perdurent.

Hernando Calvo Ospina Le Monde Diplomatique, Espagne, 2009

"Qu’il est difficile de croire quelqu’un qui a autant menti de manière récurrente (…) Cessez de raconter autant de mensonges, d’essayer de justifier des actes injustifiables, reconnaissez ouvertement que vous n’aviez aucun droit d’agresser l’Équateur."

Paul Reyes

Ce fut une partie des paroles que le président équatorien Rafael Correa adressa, en mars 2008, à son homologue colombien, Alvaro Uribe, pendant le 20ème Sommet du Groupe de Rio, en République dominicaine. "N’essayez pas de m’intimider avec des arguments communistes", a répondu l’accusé…

Seul un dément aurait pu imaginer l’éventualité d’un conflit entre l’Équateur et la Colombie. Et cela s’est produit trois jours avant le début du Sommet. Tout le monde a été pris par surprise.

Dans la matinée du 1er mars, un campement provisoire des Forces Armées Colombiennes (FARC), installé à environ deux kilomètres à l’intérieur du territoire équatorien a été bombardé et pris d’assaut par des troupes colombiennes. Vingt cinq personnes environ, dont le commandant Raul Reyes, chargé des relations internationales de la guérilla, ont péri.

Le président Correa a déclaré que très tôt dans la matinée, le président colombien l’a appelé. "Il me dit qu’il y avait eu un contact, un affrontement entre les Forces Armées colombiennes et les FARC (…) Que lors de cet affrontement, les FARC ont fui sur notre territoire et que la poursuite s’est soldée par la mort de 10 ou 17 guérilleros et d’un soldat colombien et par la capture de onze prisonniers."

Le problème a débuté dès les premières enquêtes. Rafael Correa a commencé à rectifier les faits : "Ils ne nous avaient pas dit que c’était un bombardement sur notre territoire, planifié, délibéré et ordonné par le président Uribe lui-même. Tout ce qu’a dit Uribe est un mensonge, la seule chose certaine était la mort de Raul Reyes".

Et il continue : "Les avions ont investi notre territoire sur 10 kilomètres au moins pour réaliser l’attaque depuis le sud. Ensuite des troupes colombiennes sont arrivées en hélicoptère pour conclure le point culminant de la tuerie."

Devant les preuves, le président équatorien a non seulement ordonné l’expulsion de l’ambassadeur de Colombie et le retrait du sien à Bogota, mais aussi l’envoi de troupes à la frontière.

Parallèlement à cette situation déjà délicate, il s’est produit quelque chose qui a immédiatement fait le tour du monde. Le président équatorien a affirmé que les "interventions va t-en guerre et autoritaires" ont fait échouer les négociations en vue de la libération des douze otages des FARC par l’Équateur, et peut-être même d’Ingrid Betancourt.

"Nous ne pouvons écarter que cela ait été l’une des motivations de l’incursion et de l’attaque de la part des ennemis de la paix." Assertion appuyée par le président français, Nicolas Sarkozy, qui a témoigné que l’opération et la mort du chef guérillero se sont produites "à un moment crucial où tout devait être fait pour garantir la dynamique positive mise en branle pour la libération unilatérale de plusieurs otages".

Seul le président étasunien George W. Bush a cautionné la violation du territoire équatorien. Grâce à cet appui, le gouvernement colombien pouvait fièrement affirmer qu’il avait "agi en état de légitime défense de la nation".

Face à cette déclaration, le président équatorien a déclaré : "Nous n’accepterons pas que, sous le prétexte de combattre ce qu’on appelle terrorisme, on introduise des doctrines et des pratiques inacceptables, et en l’occurrence, le manque de respect à de la souveraineté des Etats."

Peu à peu, les enquêtes ont prouvé qu’un autre pays avait agi lors de l’opération car la Colombie ne possédait ni le type d’avion, ni les bombes "intelligentes" qui furent lancées sur le campement. On les trouve uniquement, dans une zone proche, sur la base militaire de Manta, enclave étasunienne en Equateur. (1)

Un an après, on sait que Washington était si bien au courant de l’opération que son ambassade à Quito a été la première à informer du bombardement le chef de l’Unité de Recherches Spéciales équatorienne, UIES. Apparemment, celui-ci a informé le chef de l’Unité de Renseignement de la Présidence, qui ne l’a pas communiqué au Président Correa. (2)

La répercussion de l’action est devenue plus délicate lorsque le président du Venezuela, Hugo Chavez, a annoncé son appui sans restriction à l’Equateur. Lors d’une intervention télévisée, il a averti Uribe de ne pas tenter de faire la même chose au Venezuela ou la réponse ne se ferait pas attendre. Par la suite, il a ordonné la fermeture de son ambassade à Bogota, ainsi que le déploiement de dix bataillons à la frontière.

Devant la réaction inattendue de l’Equateur et du Venezuela, Uribe a choisi de "révéler " l’existence de "liens" entre Quito, Caracas et les FARC. Il a déclaré que les "preuves" étaient contenues dans un ordinateur censé appartenir à Reyes, trouvé dans le campement bombardé.

Quelques copies de ces "preuves" ont été remises à plusieurs organes de presse, en particulier au journal El Pais d’Espagne, qui a provoqué tout un scandale international. (3)

Ainsi donc l’attaque s’en est trouvé justifiée et la violation de la souveraineté équatorienne a été progressivement minimisée, puis approuvée. L’ordinateur est devenu un mouchard "à la carte", utilisé pour discréditer les présidents Chavez et Correa devant l’opinion publique, ainsi que de nombreuses personnalités.

Curieusement, les grands médias ont à peine mentionné l’information suivante : le 1er décembre 2008, Ronald Ayden Coy Ortiz, un capitaine, enquêteur antiterroriste de la police scientifique colombienne, a déclaré sous serment devant le Procureur qu’il n’avait pas trouvé les courriers électroniques dont on parlait tant et que le journal El Pais avait tant cités : "il y avait seulement des documents Word".

Ce genre de documents peut être élaboré par n’importe qui sur n’importe quel ordinateur, c’est pourquoi il ne sert pas de preuve. Avec les courriers électroniques, c’est différent, car ils ont un caractère plus personnel. La déclaration pourrait laisser sans suite les enquêtes et les dénonciations, bien que l’"ordinateur" ait déjà joué un rôle redoutable dans la guerre psychologique et de déstabilisation contre deux nations sœurs.

Si depuis mars 2008, les provocations et les pressions sur le gouvernement Equatorien se sont multipliées, elles étaient déjà en cours. Sans en avoir l’intention, le président Correa s’est affirmé comme un autre caillou dans la chaussure des plans du Pentagone, qui, dans la région, a compté sur le gouvernement d’Uribe pour être son cheval de Troie.

Dès qu’il a pris le pouvoir, en janvier 2007, Rafael Correa a répété ce qu’il avait dit durant sa campagne électorale : qu’il ne s’immiscera pas dans la guerre civile colombienne et ne considérera pas les guérillas de ce pays comme des groupes terroristes, tout en refusant certaines de leurs pratiques ; et qu’il n’appuiera pas le Plan Colombie. A cause de cette attitude, le président équatorien a reçu une bonne part d’attaques et de provocations.

Ce n’est pas tout. Le président Correa a proposé à son peuple la mise en pratique d’actions qui n’ont jamais été du goût de Washington. "Nous sommes pour une révolution citoyenne, de changement radical, profond et rapide des structures politiques, sociales et économiques." (4) Et il précise : "J’espère qu’aucune nation, aussi puissante soit-elle, ne tentera de nous dicter les politiques que nous devons suivre."

Mais les provocations de Bogota et de Washington ne se sont pas arrêtées. Un an après cette attaque du territoire équatorien, Juan Manuel Santos, encore ministre de la Défense colombien, insistait sur le droit de "légitime défense" qu’avait la Colombie de faire des incursions dans d’autres pays si elle devait attaquer des forces guérilleras.

Le président Correa a prévenu immédiatement qu’il ne tolèrerait aucune action militaire sur son territoire et déplore que le fonctionnaire n’ait pas compris qu’en Amérique du Sud, "il n’y a pas de place pour les petits apprentis empereurs."

Cette fois-ci, "vous nous trouverez prêts." C’est dans le même sens que Javier Ponce, le chargé de Défense équatorien, a réagi en déclarant que son pays ne rétablirait des relations avec la Colombie que lorsque cette nation aura abandonné la doctrine de s’arroger le droit de violer la souveraineté d’un autre pays.

Face aux remarques constantes sur les relations de son gouvernement avec les guérillas colombiennes, le président Rafael Correa dit : "En Equateur, il n’est pas illégal d’avoir des affinités avec les FARC, mais en tant que Gouvernement, c’est une énormité de dire que nous avons des contacts avec elles (…) mais allez demander à n’importe quel chef militaire si nous avons dit de ne pas employer tous les moyens pour repousser toute force régulière ou irrégulière qui entrerait dans le pays. " (5)

S’il est bien une chose qui a dérangé Washington, ce fut l’épuration et la restructuration des Forces Armées, de police et de sécurité de l’Equateur. Selon les conclusions des commissions d’enquête, ce sont en fait le Pentagone, le Département d’Etat et la CIA qui les ont commandées.

Le président a déjà annoncé que les dirigeants équatoriens se trouvant impliqués seront jugés comme traîtres à la patrie, car "ils se sont mis au service d’une puissance étrangère". L’une des urgences est d’éliminer toutes les conventions militaires, publiques ou secrètes, "qui soumettent nos forces armées au commandement de la CIA et au Commandement Sud du Pentagone."

Prouvant qu’il est décidé à stopper l’ingérence de Washington, le 7 février 2009, le président a ordonné l’expulsion d’Armando Astorga, l’attaché de l’ambassade étasunienne. Une lettre envoyée par le diplomate un mois auparavant au commandant de la Police en est le motif.

Il y annonçait la fin des accords d’aide logistique et opérationnelle apportée à la Direction des Renseignements de cette institution. Il lui demandait de la même manière, de rendre immédiatement les 340 000 dollars annuels d’aide, ainsi que tous les véhicules, meubles de bureau, appareils photos et motos qui avaient été livrés.

Astorga précisait qu’une telle décision avait été prise suite au refus du gouvernement équatorien que ce soit l’ambassade d’Etats-Unis qui décide de l’avancement des cadres de cette unité de police, ainsi que de son Commandant, comme cela se faisait d’habitude.

Correa a qualifié la lettre d’"insolente" et indique : "Monsieur Astorga, restez avec votre argent sale, nous n’en avons pas besoin (…) Ici, nous n’allons accepter de personne qu’il nous traite comme une colonie."

Dans le Rapport Hebdomadaire de Travaux, le président équatorien annonce qu’il enverra une lettre officielle aux autorités étasuniennes dans laquelle il proposera « aux Etats-Unis, une donation de 160 000 dollars annuels pour des projets qui auront pour but d’éviter la torture aux Etats-Unis. » En particulier, celle qui est d’usage à Guantanamo.

Tout ne s’est pas arrêté là. Le 18 février, le Gouvernement a rendu publique l’expulsion de Max Sullivan, premier secrétaire de l’ambassade des Etats-Unis. La raison en était son "ingérence inacceptable dans les affaires internes", concrètement, dans celles de l’UIES.

Le fonctionnaire qui, selon ce que déclare le président Correa, était le chef de la CIA en Equateur, "a ordonné" le retrait des ordinateurs donnés. Ce qui est grave, c’est que, non seulement, les cadres équatoriens ont accepté, mais les ont aussi rendus avec toute l’information stockée depuis des années.

L’une des décisions du président Correa qui a le plus dérangé Washington a peut-être été le non-renouvellement du contrat qui permettait au Commandement Sud d’avoir une base militaire dans la ville de Manta depuis 1999.

Ce qui obligera à l’évacuer définitivement en novembre prochain. La solution trouvée est le transfert des avions, des armes et des dispositifs d’espionnage de haute technologie vers des bases colombiennes, selon les accords signés début mars 2009, entre le Ministre de la Défense colombien et le chef du Pentagone et de la CIA. Ce qui augmente la présence militaire, transformant la Colombie en un porte-avions étasunien.

Par le plus grand des « hasards », les bases qui ont reçu la plus grande quantité de cet équipement redoutable sont situées très près des frontières de …. l’Equateur et du Venezuela.

Hernando Calvo Ospina.

Journaliste et écrivain colombien, vivant en France, collaborateur du Monde Diplomatique. En avril 2009, il a appris, de façon directe, que le gouvernement étasunien ne lui permettait même pas d’aborder son espace aérien, pour des motifs de "sécurité nationale" :

Lire : http://www.legrandsoir.info/L-homme-qui-fait-trembler-les-USA.html

http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/LEMOINE/17046

(Traduction : H. Anger et M. Latapie)

1- La base de Manta est située sur la côte Atlantique, à 400 kilomètres de la Colombie. Elle fut cédée aux Etats-Unis en 1999. Le président Correa a annoncé qu’il ne renouvellera pas le contrat qui se termine en novembre 2009, et qu’ainsi elle reviendra sous contrôle équatorien.

2- Câble de Notimex. 7 mars 2009.

3- Le 11 mars, Maité Rico, la correspondante d’El Pais à Bogota, dans un reportage intitulé "La Colombie traque la guérilla", se permet, de manière irresponsable de donner pour certaines les données qui ont été prétendument trouvées dans l’ordinateur de Raul Reyes, en affirmant l’existence d’un "appui logistique et politique apporté à la guérilla par l’Equateur et le Venezuela (qui a envoyé des armes et de l’argent)". On peut lire l’article complet en suivant ce lien

Élections générales : L’Equateur à la croisée des chemins

par Eric Toussaint Article publié le 27 avril 2009

Lors des élections générales qui ont eu lieu le dimanche 26 avril, les Equatoriens ont donné un nouveau mandat de 4 ans à leur président Rafael Correa. Celui-ci obtient un peu plus de 55% des voix et devance de plus de 20 points Lucio Gutierrez, son principal adversaire, l’ancien président de droite renversé par une mobilisation populaire en 2002.

Rafael Correa

A la tête de ce qu’il appelle lui-même un « processus de révolution citoyenne », Rafael Correa a déjà gagné plusieurs suffrages importants.

Elu président fin 2006, il a remporté en avril 2007, avec 82% de « Oui », le référendum sur la convocation d’élections générales afin de désigner les membres d’une assemblée constituante (à l’époque tout l’establishment et tous les médias étaient contre lui).

En septembre 2007, les électeurs ont donné la majorité à l’Assemblée constituante aux candidats d’Alianza País, le nouveau mouvement politique de Rafael Correa, et aux partis de gauche qui soutenaient son projet.

Le texte de la nouvelle Constitution a été approuvé par les « assembléistes » en juillet 2008 après 8 mois d’élaboration démocratique au cours de laquelle les élus de l’opposition ont eu tout le loisir de faire des propositions.

Ce projet de Constitution élaboré avec une grande participation de la société civile a ensuite été soumis à un référendum le 28 septembre 2008. Il a été approuvé par plus de 60% des votants. Les élections du dimanche 26 avril confirment donc le soutien populaire dont bénéficie Rafael Correa et les partis qui lui sont alliés.

Selon les résultats provisoires, le mouvement Alianza País disposerait de 62 élus sur les 124 membres de la nouvelle assemblée nationale issue des élections de dimanche. Les autres partis de gauche qui pourraient s’allier à Correa obtiendraient ensemble une quinzaine d’élus (7 pour le MPD, 5 pour les municipalistes et 4 pour Pachakutik).

La nouvelle Constitution garantit davantage de droits culturels, économiques et sociaux à la population. Elle a également instauré un mécanisme démocratique qui permet de révoquer à mi-mandat des élus à tous les niveaux, y compris le président de la République (c’est le cas également des constitutions en vigueur au Venezuela depuis 1999 et en Bolivie depuis 2009).

Les changements politiques démocratiques en cours en Équateur sont systématiquement passés sous silence par les grands médias des pays les plus industrialisés. Au contraire, une campagne de dénigrement est méthodiquement orchestrée afin de présenter les chefs d’État de ces trois pays sous l’image repoussante de dirigeants populistes autoritaires.

Les expériences de ces trois pays andins, en termes d’adoption de nouvelles Constitutions, sont très riches. Elles devraient inspirer les peuples et les forces politiques des autres pays.

Il suffit de comparer la situation en Europe avec l’absence de procédure démocratique en matière d’adoption du Traité constitutionnel. Bien sûr, les expériences en cours au Venezuela, de Bolivie et en Équateur sont aussi traversées par des contradictions et des limites importantes qu’il faut analyser.

Les mois qui viennent montreront si, en Équateur, le gouvernement sera capable de prendre des mesures pour affronter les effets de la crise internationale qui affecte fortement la population équatorienne.

Sur le front de la dette, depuis novembre 2008, l’Équateur a suspendu le remboursement d’une partie des emprunts réalisés par les gouvernements antérieurs sous la forme de bons (les « bonos global 2012 et 2030 »). Les autorités équatoriennes ont pris cette décision sur la base des résultats des travaux réalisés par la Commission d’audit intégrale de la dette publique [1].

Ces bons sont effectivement frappés de nullité vu les conditions dans lesquelles ils ont été émis. Le 20 avril 2009, le gouvernement a proposé aux détenteurs de ces bons d’accepter une réduction de valeur de 70%. Leur décision est attendue pour le 15 mai 2009.

Personnellement comme la majorité de la commission, j’étais partisan de mettre fin purement et simplement au remboursement de ces bons de manière définitive et d’entamer des poursuites légales contre les responsables équatoriens et étrangers (essentiellement de grandes banques des États-Unis) pour les différents délits qu’ils avaient commis.

Tout en annonçant que des poursuites légales seraient engagées, les autorités équatoriennes, dont c’était bien sûr leur droit le plus strict, ont choisi une voie plus modérée (à l’image de ce que l’Argentine a réalisé entre 2002 et 2005). L’avenir dira si cette voie permettra d’alléger durablement le poids du remboursement de la dette, mais rien n’est moins sûr.

Il n’en reste pas moins que, jusqu’ici, le gouvernement équatorien est le seul gouvernement au monde à avoir entrepris au cours des années 2000 un audit intégral de la dette publique avec une large participation publique.

Le fait que d’autres gouvernements n’aient pas encore suivi cette voie a constitué un frein pour les autorités de Quito car elles ont craint d’être confrontées à un isolement international.

Une nouvelle crise de la dette publique est en gestation comme conséquence de la crise internationale initiée dans les pays du Nord en 2007. Dans les mois et les années qui viennent, de nombreux pays vont rencontrer de grands problèmes de remboursement.

C’est pourquoi il est important d’adopter une attitude ferme pour défendre le droit des peuples face aux diktats des créanciers.

Notes :

[1] En tant que membre, j’ai personnellement participé aux travaux de cette commission qui a fonctionné de juillet 2007 à septembre 2008.

Source : CADTM, 27 avril 2009


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