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LA BASE MILITAIRE FRANCAISE DES E.A.U.

De nouveaux accords militaires secrets, à consonnance nucléaire ?

samedi 27 juin 2009 par JMT

Le 26 mai, la France a ouvert sa propre base militaire à Abou Dhabi. Voir « La France ouvre sa première base militaire permanente dans le Golfe persique » A présent, le quotidien français Le Figaro rapporte que Paris a fourni des garanties aux Emirats arabes unis (EAU) de les défendre « avec tous les moyens militaires » c’est-à-dire également avec le recours à l’arme nucléaire.

L’inauguration d’une base militaire française à Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis (EAU) le 26 mai dernier démontre que le capitalisme français est désireux d’assurer ses intérêts dans le Golfe persique et a l’ambition de jouer un rôle sur la scène mondiale.

Le Figaro révèle le contenu du nouvel accord de défense signé par Nicolas Sarkozy avec les Émirats arabes unis. Un accord qui place Paris au premier rang en cas de conflit avec l’Iran.

La France offre une protection nucléaire aux Emirats arabes unis

par Peter Schwarz Mondialisation.ca, Le 24 juin 2009

Le 26 mai, la France a ouvert sa propre base militaire à Abou Dhabi. Voir « La France ouvre sa première base militaire permanente dans le Golfe persique » A présent, le quotidien français Le Figaro rapporte que Paris a fourni des garanties aux Emirats arabes unis (EAU) de les défendre « avec tous les moyens militaires » c’est-à-dire également avec le recours à l’arme nucléaire.

Missiles nucléaires

Le 15 juin, le quotidien conservateur, Le Figaro écrivait, « Selon les clauses secrètes de l’accord renégocié entre Paris et Abou Dhabi, la France s’engage à utiliser tous les moyens militaires dont elle dispose pour défendre les Emirats arabes unis s’ils venaient à être agressés. Tous les moyens militaires, c’est-à-dire également l’arme nucléaire, s’il le faut. »

L’article du Figaro se base sur des déclarations anonymes faites par des responsables de haut rang et des diplomates versés dans la formulation du contrat. Selon le journal, le terme de « nucléaire » n’apparaît pas dans le texte du contrat parce que « Ce serait contraire à la philosophie de la dissuasion, qui consiste à en dire le moins possible sur la doctrine d’emploi. »

Toutefois, le contrat est formulé de manière plus « contraignant[e] » encore que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord qui « engage les membres de l’OTAN à se porter au secours (…) d’un autre membre qui aurait été attaqué. »

Aucune arme nucléaire n’est stationnée directement à Abou Dhabi, mais la France dispose de ses propres sous-marins qui sont équipés d’armes nucléaires et qui patrouillent en permanence dans la zone ainsi que le porte-avions Charles de Gaulle qui a à son bord des avions de chasse équipés de bombes nucléaires. Les sous-marins comme les avions de chasse peuvent être déployés à tout moment dans la région du Golfe.

La France avait déjà signé un contrat de défense avec les EAU en 1995, dont le texte était resté secret. Selon Le Figaro, le vieux contrat maintenait l’obligation d’intervenir militairement dans « une ambiguïté et une incertitude ».

Le nouveau contrat et l’installation de la base militaire française a radicalement changé la situation en augmentant considérablement la possibilité d’un « déclenchement automatique de l’accord bilatéral, puisqu’une attaque de l’Iran pourrait être considérée comme portant atteinte aux intérêts vitaux de Paris. » Pour cette raison, selon Le Figaro, Paris s’est placé « au premier rang en cas de conflit avec l’Iran. »

Depuis son entrée en fonctions, il y a deux ans le président, Nicolas Sarkozy, a entrepris une révision systématique de la politique de défense française.

Il y a un an, il présentait le Livre blanc sur la Défense qui redéfinit l’orientation stratégique du pays. L’accent géographique préconisé dans le Livre blanc se concentrait sur « un axe allant de l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée, au Golfe arabo-persique et à l’océan Indien. »

Cet axe couvre les « zones où les risques impliquant les intérêts stratégiques de la France et de l’Europe sont les plus élevés », précise le Livre blanc. Les Emirats arabes unis occupent une position centrale sur cet axe situé au bord du détroit d’Ormuz, par où transitent 40 pour cent de l’approvisionnement en pétrole du monde, dans le voisinage immédiat de l’Iran.

Au début de cette année, la France a réintégré le commandement de l’OTAN après l’avoir quitté en 1966 sous le président de Gaulle. Ce qui superficiellement était apparu comme un rapprochement des Etats-Unis s’est en réalité avéré être exactement l’opposé.

Une étude minutieuse entreprise par l’Institut allemand pour la politique internationale et la sécurité (Stiftung Wissenschaft und Politik, SWP) sous le titre « Le nouveau cours de l’OTAN de la France » arrive à la conclusion « qu’il ne peut pas être question d’un changement complet de la politique transatlantique de la France ».

Avec le retour à l’OTAN, Sarkozy poursuit plutôt le but de fournir à la France une plus grande prépondérance dans l’Alliance atlantique et l’élargissement de la marge de manœuvre internationale de son pays. De plus, il anticipe une augmentation progressive mais nette de l’autonomie militaire de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) parce qu’il reconnaît que l’autonomie de la PESD ne peut être amplifiée face à l’opposition américaine.

L’étude du SWP conclut en disant : « Ainsi, le ré-intègrement du pays dans le commandement intégré de l’Alliance atlantique est basé sur le calcul rationnel de sauvegarder le prestige international et le droit de déterminer la politique tout en promouvant dans le même temps la PESD. »

L’accord conclu entre la France et les Emirats arabes unis confirme cette analyse. Il est frappant de voir que l’accord ait été conclu à un niveau bilatéral et renferme des clauses secrètes. Dans une région que les Etats-Unis dominent depuis 50 ans et où ils sont engagés dans deux importantes guerres, en Irak et en Afghanistan, la France offre une protection nucléaire à un pays sans coordonner ses actions avec l’OTAN et les Etats-Unis. Sarkozy n’aurait pu montrer plus clairement l’intention de la France de jouer à l’avenir dans la région un rôle indépendant dans les conflits à venir.

Quant aux EAU, ils voient en leur alliance avec la France l’occasion d’affaiblir leur actuelle dépendance des Etats-Unis. Le Figaro remarque : « En demandant à Nicolas Sarkozy d’installer une base française à Abou Dhabi, ils cherchent également à diversifier leurs alliances, afin de ne plus dépendre uniquement de leur allié américain. »

Ce genre d’alliance bilatérale comportant des clauses secrètes d’assistance rappelle fortement les conflits qui ont opposé les grandes puissances au siècle dernier quand la lutte pour un nouveau partage du monde avait finalement mené à la Première Guerre mondiale.

L’émergence de la France comme puissance nucléaire dans la région du Golfe ne fera qu’exacerber les tensions dans cette poudrière où tout danger d’accroître des conflits devenant incontrôlables augmente le risque d’une guerre nucléaire.

L’article du Figaro est largement passé inaperçu en France. La raison en est que tous les partis politiques, y compris le Parti socialiste et le Parti communiste, soutiennent sans réserve les objectifs impérialistes de la politique étrangère française.

C’est particulièrement vrai pour la force de frappe française inaugurée par le président de Gaulle dans les années 1960 dans le but de restituer à la France un statut de grande puissance en réduisant son indépendance des Etats-Unis.

Même les différents groupes radicaux, tels le Nouveau Parti anticapitaliste et Lutte ouvrière, gardent un silence discret lorsqu’il est question de la force de frappe. Ils ne veulent pas gâcher leurs relations avec des alliés potentiels dans les autres partis sur la question de la politique étrangère.

Article original, WSWS, paru le 19 juin 2009.

La France ouvre sa première base militaire permanente dans le Golfe persique

par Kumaran Ira, Mondialisation.ca, Le 17 juin 2009

L’inauguration d’une base militaire française à Abou Dhabi, capitale des Emirats arabes unis (EAU) le 26 mai dernier démontre que le capitalisme français est désireux d’assurer ses intérêts dans le Golfe persique et a l’ambition de jouer un rôle sur la scène mondiale.

Nicolas Sarkozy à Abou Dhabi

Nommée Camp de la paix, la première base militaire permanente de la France dans les EAU, qui sont historiquement plus proches de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, n’est qu’à 150 miles de la côte iranienne. Elle est proche aussi du stratégique détroit d’Ormuz par où passent 40 pour cent de l’approvisionnement en pétrole du monde. Elle représente un pied-à-terre pour l’impérialisme français dans une région militairement dominée surtout par les Etats-Unis.

Cette base comprend une base aérienne, une base navale, un camp d’entraînement et elle accueillera jusqu’à 500 soldats français. La base aérienne sera équipée d’avions de combat Mirage et Rafale de l’armée de l’air française à al-Dhafra ; La base navale comprend 300 mètres de quai à Mina Zayed et entretient actuellement les navires déployés dans l’Océan indien. La base terrestre, située dans l’Emirat de Camp Zayed, dans le désert comprend des équipements d’entraînement au combat urbain.

Dans son discours-programme après l’inauguration de la base, le président Nicolas Sarkozy a dit, « L’implantation militaire française permanente d’Abou Dabi illustre les responsabilités que la France, puissance globale, entend assumer aux côtés de ses partenaires privilégiés, dans une région absolument névralgique pour le monde entier. » Il a ajouté, « La France s’engage dans la réalisation de cette implantation militaire, fondatrice d’une ère nouvelle pour ses relations de partenariat non seulement avec les Emirats arabes unis mais avec l’ensemble de ses partenaires au Moyen-Orient. »

Les EAU et la France ont décidé ensemble d’établir cette base à Abou Dabi lors de la visite de Sarkozy dans la région du Golfe en janvier 2008. La création de la base fait partie d’un accord de défense signé en 1995 entre les deux pays.

La base Camp de la paix, première base outre-mer de la France 50 ans après la fin de la période coloniale, représente un changement significatif de la politique étrangère française. Jusqu’à présent, la France avait concentré ses bases militaires dans ses anciennes colonies d’Afrique. Sur les plus de 12 000 soldats français déployés dans le monde, plus de la moitié le sont en Afrique, avec le contingent le plus important (2800 soldats) à Djibouti dans la Corne de l’Afrique. La France a 3000 soldats déployés en Afghanistan.

L’établissement de la base du Golfe souligne l’intérêt de la France pour ces régions afin de garantir son approvisionnement en énergie et des marchés potentiels pour les grandes entreprises françaises, notamment de technologie énergétique et militaire.

Ces dernières années, la France a étendu ses relations commerciales avec les EAU. Elle est un des principaux fournisseurs militaires des EAU depuis la première guerre du Golfe. Selon des sources de l’Elysée, aujourd’hui « 50 pour cent de leur équipement militaire est d’origine française. »

carte des Emirats Arabes Unis

Dans un entretien avec WAM, l’agence de presse officielle des EAU, Sarkozy a dit, « Les Emirats arabes unis sont aujourd’hui notre premier partenaire dans le Golfe et le Moyen-Orient. Bien sûr, [c’est] notre premier partenaire économique dans la région. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les exportations françaises vers les EAU ont triplé durant les dix dernières années. Les EAU reçoivent aujourd’hui la moitié des investissements de la France dans le Golfe. »

La visite de Sarkozy avait aussi pour but de gagner un contrat de plusieurs milliards d’euros pour les entreprises françaises de services Total et GDF et l’entreprise de nucléaire Areva qui cherchent à obtenir un contrat pour construire des centrales nucléaires civiles dans les EAU. La France est confrontée à la concurrence de la compagnie américaine General Electric et de Korea Electric Power pour avoir des parts dans le projet des EAU de construction d’un réacteur nucléaire.

Le 25 mai, le Financial Times citait un directeur de l’Institute for Near East and Gulf Military Analysis, Riad Kahwaji, « Vu du côté d’Abou Dabi, ils ont le total engagement d’une autre puissance occidentale pour la sécurité de cette région et, de plus, il n’existe plus de monopole d’un seul côté pour la sécurité de cette région, et il est certain qu’ils vont chercher à obtenir une plus grande contribution de la France en termes de transfert de technologie et de programmes économiques et industriels ensemble. »

Hormis les intérêts que cela représente sans aucun doute pour les entreprises en question, des intérêts stratégiques puissants contraignent la bourgeoisie française à renforcer son influence militaire dans la région.

L’année dernière, Paris avait publié un livre blanc sur les plans militaires de la France pour les 15 années à venir et une réorientation globale de ses déploiements militaires. D’après ce document la France se concentrera sur « un axe géographique prioritaire allant de l’Atlantique à la Méditerranée, le Golfe arabo-persique et l’Océan indien. Cet axe correspond aux régions où les risques liés aux intérêts stratégiques de la France et de l’Europe sont les plus élevés. »

En particulier, cette démarche de Sarkozy est liée à la redistribution de l’influence stratégique dans le Golfe, au moment où on voit des attentes plus grandes de négociations entre les Etats-Unis et l’Iran et la possibilité d’une amélioration des relations entre ces deux pays.

Avant sa visite dans les EAU, Sarkozy avait accordé une longue interview à WAM le 24 mai. Au sujet du programme nucléaire iranien, il avait dit, « La crise iranienne est franchement un des problèmes qui menacent la sécurité mondiale. Ma position était claire, et je dis encore avec insistance qu’il n’est pas acceptable que l’Iran dispose de l’arme nucléaire. » [retraduit de l’anglais]

Néanmoins il a bien accueilli la suggestion du gouvernement Obama qu’il pourrait y avoir des négociations avec l’Iran. Il a dit, « Je suis convaincu que cette approche est la meilleure et est peut-être l’unique possibilité de régler cette question à l’amiable. » Depuis l’élection d’Obama, les représentants iraniens sont en faveur de négociations avec le nouveau gouvernement américain. Durant sa campagne électorale, Obama avait proposé de parler avec le gouvernement iranien.

Dans son discours d’inauguration à la base, Sarkozy n’a pas explicitement mentionné l’influence de l’Iran dans le golfe Persique mais il a dit la France resterait aux côtés des EAU. « Cette implantation militaire... est le témoignage concret et fort de notre souhait » a-t-il dit, « de nous tenir, quoi qu’il advient, aux côtés des Emirats arabes unis. » En même temps, il a ajouté, « Cette présence militaire permanente de la France ne vise personne. »

En réponse à la présence militaire permanente de la France dans le Golfe, les représentants iraniens ont dit que la décision des EAU d’autoriser à la France d’installer une présence militaire à Abou Dhabi n’améliorera pas la situation de la sécurité dans la région.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien Hassan Qashqavi a commenté, « La décision des EAU est illogique et ne peut être considérée comme une démarche qui va améliorer la sécurité dans la région. » Il a ajouté, « Autoriser des étrangers à accroître leur présence militaire dans la région va miner la sécurité et la stabilité et conduire à une course aux armements. »

Quant à la presse bourgeoise française, elle calcule que Sarkozy sera en mesure de promouvoir les intérêts français dans les EAU en jouant sur les inquiétudes de la classe dirigeante des EAU de perdre de l’influence à Washington au moment où les Etats-Unis négocient avec l’Iran.

Le quotidien français Le Figaro a écrit le 25 mai, « Le petit État du Golfe redoute la perspective d’avoir un jour pour voisin un Iran chiite nucléaire. Abou Dhabi recherche donc de nouveaux protecteurs. » Et de citer un représentant anonyme impliqué dans les négociations concernant cette base et qui a dit, « Mieux vaut deux alliés qu’un seul… Surtout à une époque où les Américains réévaluent leurs choix stratégiques dans le monde. »

Moyen-Orient : la France se donne les moyens de riposter

Isabelle Lasserre 16/06/2009 Mise à jour : 09:39

Le Figaro révèle le contenu du nouvel accord de défense signé par Nicolas Sarkozy avec les Émirats arabes unis. Un accord qui place Paris au premier rang en cas de conflit avec l’Iran.

Nicolas Sarkozy a inauguré à Abu Dhabi, le 26 mai dernier, la première base militaire française dans le golfe Persique. Crédits photo : SIPA

Le containment (l’« encerclement ») de l’Iran a commencé. Alors que Téhéran n’a pas donné suite aux propositions de négociations faites par Washington, les grandes capitales se préparent désormais à tous les scénarios.

À Tel Aviv, les pilotes de chasse de Tsahal participent depuis un an et demi à des entraînements simulant des frappes contre les installations nucléaires iraniennes. Les États-Unis consolident la ceinture dissuasive formée autour de l’Iran par leurs bases militaires dans la région : Qatar, Irak, Afghanistan, Koweït…

Quant à la France, en inaugurant une nouvelle base militaire à Abu Dhabi le mois dernier, puis en signant un nouvel accord de défense avec les Émirats arabes unis, Nicolas Sarkozy l’a placée au premier rang d’un éventuel conflit avec l’Iran.

Selon les clauses secrètes de l’accord renégocié entre Paris et Abu Dhabi, la France s’engage à utiliser tous les moyens militaires dont elle dispose pour défendre les Émirats arabes unis s’ils venaient à être agressés. Tous les moyens militaires, c’est-à-dire également l’arme nucléaire, s’il le faut.

Le mot « nucléaire » en lui-même n’apparaît pas, bien sûr, dans le texte. « Ce serait contraire à la philosophie de la dissuasion, qui consiste à en dire le moins possible sur la doctrine d’emploi », explique au Figaro un diplomate qui a pu consulter l’accord.

Mais les moyens militaires, s’ils sont déclenchés, devront être définis en commun par la France et les Émirats. Extrêmement contraignant, plus encore, selon ceux qui l’ont lu, que l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, qui engage les membres de l’Otan à se porter au secours - y compris par la force armée - d’un autre membre qui aurait été attaqué, le nouvel accord de défense n’offre pas une garantie nucléaire sans limite aux Émirats.

Juste un petit parapluie, dont le manche, bien sûr, reste dans les mains françaises. Mais il fait franchir à la France un pas supplémentaire dans son alliance avec un petit pays qui se situe au cœur du nouvel arc stratégique définit par le livre blanc sur la défense en mai 2008.

Mise à disposition de « notre dissuasion nucléaire »

L’ancien accord, qui avait été signé en 1995 et devait bientôt expirer, évoquait lui aussi un engagement français au spectre très large en cas d’attaque contre les Émirats arabes unis. Mais le vieux texte, entièrement secret car relevant de la législature précédente, maintenait, selon le diplomate, la décision d’intervenir dans « une ambiguïté et une incertitude ».

Ce qui a changé depuis le 25 mai, c’est que l’installation d’une base française à Abu Dhabi augmente de manière considérable le déclenchement automatique de l’accord bilatéral, puisqu’une attaque de l’Iran pourrait être considérée comme portant atteinte aux intérêts vitaux de Paris. Lesquels sont déterminés par le président de la République.

Quelle différence, alors, avec les accords de défense qui lient Paris à de nombreux États africains, qui hébergent eux aussi des bases militaires françaises ? « En Afrique, nous ne sommes pas dans un environnement nucléarisé », commente le député Pierre Lellouche, représentant de la France en Afghanistan. « Les implications stratégiques de cet accord sont énormes. Cela veut dire qu’on met notre dissuasion nucléaire à la disposition des Émirats », affirme un officier proche du dossier.

La base d’Abu Dhabi en elle-même n’est pas « nucléarisée ». Mais la dissuasion française, toujours basée sur deux composantes, garde à sa disposition des SNLE, sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, qui patrouillent en permanence au fond des mers, ainsi que des avions de chasse pouvant se poser sur le porte-avions Charles-de-Gaulle avec des bombes nucléaires.

Promesse de transparence

Dans la région du Golfe, la perspective d’avoir un jour pour voisin un Iran nucléaire est considérée comme l’une des principales menaces. Pour y faire face, les Émirats arabes unis ont renforcé leur outil de dissuasion conventionnelle, afin de se doter d’une capacité de frappe en profondeur. En demandant à Nicolas Sarkozy d’installer une base française à Abu Dhabi, ils cherchent également à diversifier leurs alliances, afin de ne plus dépendre uniquement de leur allié américain.

Lorsqu’il avait été élu, Nicolas Sarkozy avait promis de revoir les accords de défense qui lient la France à ses alliés, afin de les adapter à la nouvelle posture stratégique. Il avait aussi promis de les rendre transparents en les faisant approuver par le Parlement et en les rendant publics.

Ce processus est désormais largement engagé. L’accord avec les Émirats est le troisième à avoir été renégocié depuis la publication du livre blanc sur la défense. Deux nouveaux textes ont été signés avec le Cameroun et le Togo. Un qua­trième est en cours de renégociation avec le Gabon. Mais en raison de la lenteur des processus parlementaires, leur publication n’est pas annoncée avant de longs mois…


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