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Après le 7 Juin 2009, que penser de la vague verte ?

ELEMENTS DE BILAN D’ECOLOGIE POLITIQUE

espoirs et dangers : que va-t-il en sortir ?

mardi 16 juin 2009 par JMT

Le succès Vert, en France, aux élections européennes ne doit être ni surestimé ni sous-estimé. Il ne doit pas être surestimé, car il résulte en partie de la carence du Parti socialiste, de la faible crédibilité du MoDem et des petites formations de gauche. Il ne doit pas être sous-estimé, car il témoigne aussi du progrès politique de la conscience écologique dans notre pays.

En s’appuyant sur la prochaine loi de programmation militaire, la ministre de l’Intérieur prépare un décret qui criminaliserait les contestations écolos et associatives.

L’incroyable succès d’Europe Écologie, qui place l’écologie politique à égalité avec le Parti socialiste, et largement devant lui en Ile-de-France, est très probablement de portée historique. Certes le test n’a concerné que 40 % de votants, moins « eurosceptiques » et plus politisés que les abstentionnistes. Mais il est probable qu’une bonne partie des abstentionnistes choisirait plutôt EE pour sortir aujourd’hui de sa bouderie.

Changer le rapport de l’homme à la nature n’est qu’un début

par Edgar Morin, LE MONDE 12.06.09 14h32

Le succès Vert, en France, aux élections européennes ne doit être ni surestimé ni sous-estimé. Il ne doit pas être surestimé, car il résulte en partie de la carence du Parti socialiste, de la faible crédibilité du MoDem et des petites formations de gauche. Il ne doit pas être sous-estimé, car il témoigne aussi du progrès politique de la conscience écologique dans notre pays.

Mais ce qui demeure insuffisant, c’est la conscience de la relation entre politique et écologie. Certes, très justement, Daniel Cohn-Bendit parle au nom d’une écologie politique. Mais il ne suffit pas d’introduire la politique dans l’écologie ; il faut aussi introduire l’écologie dans la politique.

En effet, les problèmes de la justice, de l’Etat, de l’égalité, des relations sociales, échappent à l’écologie. Une politique qui n’engloberait pas l’écologie serait mutilée, mais une politique qui se réduirait à l’écologie serait également mutilée.

L’écologie a le mérite de nous amener à modifier notre pensée et notre action sur la nature. Certes, cette modification est loin d’être accomplie. A la vision d’un univers d’objets que l’homme est destiné à manipuler et à asservir ne s’est pas encore vraiment substituée la vision d’une nature vivante dont il faut respecter les régulations et les diversités.

A la vision d’un homme "sur-naturel" ne s’est pas encore substituée la vision de notre interdépendance complexe avec le monde vivant, dont la mort signifierait notre mort. L’écologie politique a de plus le mérite de nous amener à modifier notre pensée et notre action sur la société et sur nous-mêmes.

En effet, toute politique écologique a deux faces, l’une tournée vers la nature, l’autre vers la société. Ainsi, la politique qui vise à remplacer les énergies fossiles polluantes par des énergies propres est en même temps un aspect d’une politique de santé, d’hygiène, de qualité de la vie. La politique des économies d’énergie est en même temps un aspect d’une politique évitant les dilapidations et luttant contre les intoxications consuméristes des classes moyennes.

La politique faisant régresser l’agriculture et l’élevage industrialisés, et par là dépolluant les nappes phréatiques, détoxiquant l’alimentation animale viciée d’hormones et d’antibiotiques, l’alimentation végétale imprégnée de pesticides et d’herbicides, serait en même temps une politique d’hygiène et de santé publiques, de qualité des aliments et de qualité de la vie.

La politique visant à dépolluer les villes, les enveloppant d’une ceinture de parkings, développant les transports publics électriques, piétonnisant les centres historiques, contribuerait fortement à une réhumanisation des villes, laquelle comporterait en outre la réintroduction de la mixité sociale en supprimant les ghettos sociaux, y compris les ghettos de luxe pour privilégiés.

En fait, il y a déjà dans la deuxième face de l’écologie politique une part économique et sociale (dont les grands travaux nécessaires au développement d’une économie verte, y compris la construction de parkings autour des villes).

Il y a aussi quelque chose de plus profond, qui ne se trouve encore dans un aucun programme politique, c’est la nécessité positive de changer nos vies, non seulement dans le sens de la sobriété, mais surtout dans le sens de la qualité et de la poésie de la vie.

Mais cette deuxième face n’est pas encore assez développée dans l’écologie politique.

Tout d’abord, celle-ci n’a pas assimilé le second message, de fait complémentaire, formulé à la même époque que le message écologique, au début des années 1970, celui d’Ivan Illitch.

Celui-ci avait formulé une critique originale de notre civilisation, montrant combien un mal-être psychique accompagnait les progrès du bien-être matériel, comment l’hyperspécialisation dans l’éducation ou la médecine produisait de nouveaux aveuglements, combien il était nécessaire de régénérer les relations humaines dans ce qu’il appelait la convivialité. Alors que le message écologique pénétrait lentement la conscience politique, le message illitchien restait confiné.

C’est que les dégradations du monde extérieur devenaient de plus en plus visibles, alors que les dégradations psychiques semblaient relever de la vie privée et demeuraient invisibles à la conscience politique. Le mal-être psychique relevait et relève encore des médecines, somnifères, antidépresseurs, psychothérapies, psychanalyses, gourous, mais n’est pas perçu comme un effet de civilisation.

Le calcul appliqué à tous les aspects de la vie humaine occulte ce qui ne peut être calculé, c’est-à-dire la souffrance, le bonheur, la joie, l’amour, bref, ce qui est important dans nos vies et qui semble extra-social, purement personnel.

Toutes les solutions envisagées sont quantitatives : croissance économique, croissance du PIB. Quand donc la politique prendra-t-elle en considération l’immense besoin d’amour de l’espèce humaine perdue dans le cosmos ?

Une politique intégrant l’écologie dans l’ensemble du problème humain affronterait les problèmes que posent les effets négatifs, de plus en plus importants par rapport aux effets positifs, des développements de notre civilisation, dont la dégradation des solidarités, ce qui nous ferait comprendre que l’instauration de nouvelles solidarités est un aspect capital d’une politique de civilisation.

L’écologie politique ne saurait s’isoler. Elle peut et doit s’enraciner dans les principes des politiques émancipatrices qui ont animé les idéologies républicaine, socialiste puis communiste, et qui ont irrigué la conscience civique du peuple de gauche en France. Ainsi, l’écologie politique pourrait entrer dans une grande politique régénérée, et contribuer à la régénérer.

Une grande politique régénérée s’impose d’autant plus que le Parti socialiste est incapable de sortir de sa crise. Il s’enferme dans une alternative stérile entre deux remèdes antagonistes. Le premier est la "modernisation" (c’est-à-dire le ralliement aux solutions techno-libérales), alors que la modernité est en crise dans le monde.

L’autre remède, le gauchissement, est incapable de formuler un modèle de société. Le gauchisme aujourd’hui souffre d’un révolutionnarisme privé de révolution. Il dénonce justement l’économie néolibérale et les déchaînements du capitalisme, mais il est incapable d’énoncer une alternative. Le terme de "parti anticapitaliste" trahit cette carence.

Si l’écologie politique porte sa vérité et ses insuffisances, les partis de gauche portent, chacun à leur façon, leurs vérités, leurs erreurs et leurs carences. Tous devraient se décomposer pour se recomposer dans une force politique régénérée qui pourrait ouvrir des voies.

La voie économique serait celle d’une économie plurielle. La voie sociale serait celle de la régression des inégalités, de la débureaucratisation des organisations publiques et privées, de l’instauration des solidarités.

La voie pédagogique serait celle d’une réforme cognitive, qui permettrait de relier les connaissances, plus que jamais morcelées et disjointes, afin de traiter les problèmes fondamentaux et globaux de notre temps.

La voie existentielle serait celle d’une réforme de vie, où viendrait à la conscience ce qui est obscurément ressenti par chacun, que l’amour et la compréhension sont les biens les plus précieux pour un être humain et que l’important est de vivre poétiquement, c’est-à-dire dans l’épanouissement de soi, la communion et la ferveur.

Et s’il est vrai que le cours de notre civilisation, devenue mondialisée, conduit à l’abîme et qu’il nous faut changer de voie, toutes ces voies nouvelles devraient pouvoir converger pour constituer une grande voie qui conduirait mieux qu’à une révolution, à une métamorphose. Car, quand un système n’est pas capable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désintègre, soit il produit un métasystême plus riche, capable de les traiter : il se métamorphose.

L’inséparabilité de l’idée du cheminement réformateur et d’une métamorphose permettrait de concilier l’aspiration réformatrice et l’aspiration révolutionnaire. Elle permettrait la résurrection de l’espérance sans laquelle aucune politique de salut n’est possible.

Nous ne sommes même pas au commencement de la régénération politique. Mais l’écologie politique pourrait amorcer et animer le commencement d’un commencement.

Edgar Morin est sociologue, auteur notamment de "Pour entrer dans le XXIe siècle" (Seuil, 2004).

Comment faire taire les militants écolos

jeudi 11 juin 2009, par Claude-Marie Vadrot

En s’appuyant sur la prochaine loi de programmation militaire, la ministre de l’Intérieur prépare un décret qui criminaliserait les contestations écolos et associatives.

La ministre de l’Intérieur, sur suggestion de l’Élysée et de quelques parlementaires, prépare en secret un arrêté fondé sur un projet de loi signé du Premier ministre et du ministre de la Défense, prêt depuis le mois d’octobre 2008.

Il s’agit de la loi 1216 de programmation militaire pour 2009-2014 : un texte plutôt banal s’il ne prévoyait, dans son article 5, de réorganiser et de redéfinir tout ce qui touche à la sécurité intérieure.

Ce qui, une fois la loi votée, autorisera la publication d’un ou plusieurs décrets permettant de poursuivre notamment les militants écologistes et associatifs lorsque, par leurs actions, écrits ou propos, ils mettront en cause« les intérêts de l’État ».

Dans ces « intérêts » seraient notamment inclus ce qui concerne les centrales, les transports nucléaires et le stockage des déchets, mais aussi ce qui touche aux installations industrielles et aux stockages classés « Seveso », qu’il s’agisse d’usines manipulant des substances dangereuses ou d’aires abritant des cuves de produits chimiques.

Ce texte aurait aussi comme conséquence d’aggraver les peines encourues par les faucheurs d’OGM, car il permettrait de poursuivre les individus et les associations mettant en cause les intérêts économiques stratégiques de la France.

Militants Ecolos

Dans l’exposé des motifs de la loi, on trouve en effet ce paragraphe : « Les attributions, déjà codifiées, des ministres de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, de l’Économie et du Budget sont redéfinies en fonction des différentes politiques qui entrent dans leur champ de compétence et concourent à la stratégie de sécurité nationale.

Au-delà de ces modifications, et dans le prolongement des orientations du Livre blanc, des attributions particulières en matière de sécurité nationale du ministre de la justice et des ministres chargés de la Santé, de l’Environnement, des Transports, de l’Énergie et de l’Industrie sont codifiées. »

Au nom de la sécurité nationale, le décret en préparation permettrait donc de placer sous la protection de cette dernière toutes les actions et informations liées, par exemple, à l’environnement et aux infrastructures contestées par les associations de protecteurs de la nature et les organisations écologistes.

De la même façon, tout ce qui concerne le changement climatique pourra entrer dans les informations classifiées interdites de divulgation. Classification qui, d’une part, sera bien entendu à la discrétion souveraine du gouvernement en place et qui, d’autre part, sera opposable à la fois aux militants, aux associations et aux juges d’instruction. S’ils existent encore. Les écolos ne sont bien sûr pas les seuls visés : ce texte à tout faire permettrait de poursuivre tous les agissements

« déviants ».

II deviendrait donc plus difficile d’exercer une contestation écologique. Ce dispositif pourrait être complété dès l’automne par une circulaire ou un décret - ce n’est pas encore décidé - qui compliquerait la tâche des citoyens et des associations de protection de la nature voulant attaquer des décisions de l’État et des collectivités territoriales devant les tribunaux administratifs.

Les élus se disent lassés des remises en cause de permis de construire ou des tracés de routes. Depuis plusieurs années, les associations de maires demandent au gouvernement une restriction de la contestation « administrative » pour abus de pouvoir et non-respect des règles d’enquête publiques. En oubliant de rappeler que le recours aux tribunaux administratifs est souvent la seule arme des écologistes et des associations de protection de la nature.

Entre les possibilités de criminalisation de la contestation écologique et les restrictions aux recours administratifs, si ces deux réformes entrent en vigueur, l’écologie devrait peu à peu cesser de gêner le pouvoir. Pour l’instant, il est encore, au moins, possible de l’écrire sans encourir le risque d’être poursuivi... pour outrage au gouvernement.

Europe-Écologie : un succès historique

Mercredi 10 juin 2009 par Alain Lipietz

L’incroyable succès d’Europe Écologie, qui place l’écologie politique à égalité avec le Parti socialiste, et largement devant lui en Ile-de-France, est très probablement de portée historique. Certes le test n’a concerné que 40 % de votants, moins « eurosceptiques » et plus politisés que les abstentionnistes. Mais il est probable qu’une bonne partie des abstentionnistes choisirait plutôt EE pour sortir aujourd’hui de sa bouderie.

Depuis près de 20 ans, j’affirme que l’écologie politique sera la gauche, ou mieux « l’alternative » du 21e siècle, ce qui implique qu’à un moment donné les électeurs lui apporteront un crédit d’abord égal, puis supérieur à celui qu’ils accordaient à la social-démocratie. Ce moment est peut-être arrivé. C’est pour nous une immense joie, un immense honneur et une charge écrasante.

Les résultats sont aujourd’hui bien connus mais pas encore analysés. Europe Ecologie, « troisième parti » comme je l’avais annoncé ici-même, aurait pu, à 37000 voix près (quelques heures de campagne supplémentaires), se retrouver second.

Il domine le Parti socialiste (et se retrouve parfois en position de « premier parti ») dans 37 départements, dont tous ceux de l’Ile de France, dans toutes les métropoles et dans leurs banlieues « classe moyennes éduquées » (ce que l’on appelait jadis « petite bourgeoisie salariée » : non pas tant les « bobos » que les « petits-bobos »).

Emblématiquement, EE est en tête avec 29% à Grenoble, symbole ancien du « mendèsisme ». Les soixante-huitards auront reconnu l’alliance de Charléty, le débouché possible « radicaux + modernistes » de Mai 68, rapidement évincé par l’alliance de Mitterrand et du PCF.

Mais derrière cet ancien cliché journalistique, je guette, depuis les premiers grands succès de l’écologie politique, comme ceux de 1989, 1992, 2001 et 2008, son enracinement populaire en des terres qui lui furent d’abord étrangères.

Typiquement, Michèle Rivasi (EE Sud-Est) fait presque aussi bien que Dany Cohn-Bendit (EE Ile de France), et pas seulement dans l’ancienne zone de la Frapna (la Fédérartion rhône-alpine de protection de la nature, mère de toutes les ONG françaises d’environnement).

Elle fait son meilleur résultat départemental en Corse où est élu son second de liste, François Alfonsi, de Régions et Peuples Solidaires, typique représentant de l’autonomisme non violent : encore un héritage populaire post-68ard.

Chez les paysans, bien sûr José Bové fait un carton en Aveyron et dans les zones d’agriculture traditionnelle menacée. Mais le porte-parole de l’autre composante historique de la Confédération paysanne, celle des producteurs laitiers, François Dufour, n°2 sur la très difficile circonscription nord-ouest, fait carton plein à Saint-Lô et manque l’élection à une poignée de voix près.

Ce qui, si le ministère de l’intérieur ne truque pas la procédure, assure à EE un quinzième député après la ratification du traité de Lisbonne (qui donne à la France deux députés supplémentaires).

la suite, et bien d’autres choses très intéressantes sur le blog d’Alain Lipietz, député européen sortant

VIDEOS :

Les "lipdubs" d’Europe Ecologie : La Crise

- la version nationale

- la version réunionnaise : cherchez les (nombeuses) images dans la version nationale

La version originale

du Groupe "L’Homme Parle" qui a apporté sa chanson comme contribution à la campagne. AID l’a publié depuis le 23 Mars


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