AID Association initiatives dionysiennes
7 Juin 2009

Élections législatives libanaises... Quel avenir ?

Une analyse de Fayez Nahabieh

dimanche 7 juin 2009 par JMT , Fayez NAHABIEH

Les dernières élections législatives libanaises remontent au 19 Juin 2005, et ont eu lieu dans des conditions particulières, suite à l’attentat qui a coûté la vie au Premier ministre, le défunt Monsieur Rafic Hariri.

Drapeau Libanais

Etant donné que des accusations ont été portées contre le pays voisin, la Syrie, qui a été désignée, dès la deuxième minute de l’explosion, comme l’investigateur de cet attentat, un changement d’alliance a eu lieu et une nouvelle majorité a été constituée.

Celle-ci a été répartie de la façon suivante :

répartition du parlement libanais sortant

Le Courant du futur de Monsieur Saed Hariri (le fils du défunt) : 37 sièges sur 128,

La Rencontre parlementaire démocratique, présidée par Monsieur Walid Jumblatt ( PSP) : 16 sièges,

Le Courant des forces libanaises (autrefois, le bras militaire du parti al-Kataèb) : 05 sièges,

La Rencontre du Sha-hwan : 4 Sièges,

Les Réformistes d’ al-Kataèb : 2 sièges,

Le bloc Tripolitain (La métropole du Nord) : 3 sièges,

La gauche démocratique : 1 siège,

Les Indépendantistes : 4 sièges.

La majorité totalise ainsi 72 sièges y compris les députés assassinés.

Quant à l’opposition, elle dispose de 58 sièges qui sont formés de plusieurs partis et groupes, appelés « les proches de la Syrie » :

Le Mouvement d’Amal (Espoir), présidé par Monsieur Nabih Barri, le Chef de la chambre des députés, qui totalise : 16 sièges,

Le Mouvement de Monsieur Michel Aoun (CPL) et ses alliés du bloc populaire Élie Eskaf : 19sièges,

Le parti de Dieu (Hezbollah) : 14 sièges,

L’Alliance Michel al-Mour et le Tachnag ( la Droite arménienne) : 3 sièges,

Autres : 6 sièges.

Il n’est pas inutile de souligner que le Tachnag (droite) est majoritaire chez les arméniens libanais, contrairement au Hinchak (la gauche qui est devenue minoritaire avec le temps . Cependant, les deux partis sont nés à Genève en Suisse à la fin du 19ème siècle sous la bannière du Marxisme et ont appelé à l’époque à la lutte révolutionnaire armée contre la Turquie. Avec le temps, le Hinchak a gardé son idéologie de gauche alors que le Tachnag s’est transformé petit à petit en un parti de droite.

On vote dès ce matin dans le calme

Le scrutin a débuté ce matin sous haute surveillance et pas moins de 50.000 hommes ont été chargés d’ assurer le bon déroulement du vote, pendant lequel 40.000 soldats ont été déployés en masse dans toutes les régions.

Le nombre de sièges du parlement à conquérir est de 128 sièges, répartis à égalité entre Chrétiens et Musulmans selon l’accord de Taèf signé en Arabie Saoudite marquant la fin de la guerre civile libanaise en 1981.

Bien que l’accord de Taèf ait appelé à supprimer le confessionnalisme, rien n’a pu aboutir jusqu’à maintenant. En fait, ce n’est pas trop étonnant, car la laïcité en France n’a pas été proposée par le Vatican.

Le Parlement du Liban

Le nombre des électeurs est de 3.257.000 selon le Ministère de l’intérieur dont un nombre non négligeable se trouve à l’étranger. Ils sont invités à élire et choisir un des candidats inscrits pour ce scrutin , en sachant qu’il y a un peu plus de 580.

Pour l’heure, 3 candidats ont déjà trouvé leurs fauteuils par désistement amicaux, donc sans vote et il reste 125 postes à pourvoir.

Surveillance et déroulement des élections

En dehors de la surveillance sécuritaire, le gouvernement a invité 2200 contrôleurs locaux et 200 étrangers dont l’association de l’ancien Président américain J. Carter, qui assiste, d’ailleurs, lui même à cet exercice.

Et les femmes ?

Il y a malheureusement peu de chance pour que des femmes arrivent en nombre assez important à l’issue de ce scrutin. Et pourtant, le Liban est le pays le moins conservateur dans cette région.

Cette défaillance est due principalement à la domination de la vie politique par des factions et des dynasties familiales.

Les six députées femmes actuelles, doivent malheureusement leur élection au fait qu’elles sont les épouses, les filles ou les soeurs des responsables assassinés appartenant à ces dynasties.

En dépit de ce constat amer, ces députées ont montré qu’elles ne sont pas moins efficaces dans l’exercice de leur métier que leur collègues hommes, voire dans certaines circonstances beaucoup plus efficaces ( événements de Saïda- sud du Liban).

De ce fait ; Madame Magda Breidi, qui se présente dans la ville de Zahlé (Est du pays) sait bien qu’elle n’a que peu de chance de réussir car elle est indépendante et ne bénéficie pas du soutien des partis politiques. Elle a raison de dire que le Liban « reste une société patriarcale ».

Pour Madame Hayat Arslane qui dirige le comité de promotion du rôle des femmes dans les prises de décisions nationales, la situation actuelle est « une régression non seulement pour le rôle des femmes mais aussi pour la vie politique libanaise ».

Perspective des résultats

Les bureaux de votes fermeront à 19h00, heure locale ce soir, et les résultats de la nouvelle Chambre ne seront connus que demain (Lundi après midi). La campagne électorale était dure, mais elle s’est déroulée en paix. Les estimations varient selon les propagandistes mais il est difficile de savoir d’une manière définitive qui aura la majorité.

Cependant, entre le 19 juin 2005 et le 7 juin 2009 beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et beaucoup d’événements importants ont eu lieu :

1. La guerre de 2006, et la victoire proclamée par la résistance libanaise : le Hezbollah qui sera le premier bénéficiaire de celle ci, n’a pas cessé de souligner l’importance du soutien politique de Monsieur Michel Aoun durant cette guerre.

2. Les événements du 7 mai de l’année dernière à Beyrouth.

3. Selon les services des douanes, on a constaté un retour important des libanais résidant à l’étranger pour voter, ils se comptent par milliers. Ce retour inhabituel prouve que chaque parti a un grand besoin de ses partisans pour ce scrutin.

4. La Syrie, n’est plus l’accusée numéro 1, de l’attentat contre Monsieur Hariri. Le Président Syrien, a été invité par le Président Sarkozy pour assister au défilé du 14 juillet de l’année dernière, et a complété son rapprochement avec ce pays en effectuant une visite officielle à Damas. Est-ce que le Président français aurait pu prendre de telles initiatives si son invité était impliqué dans cette affaire ?

Nous pensons que ces quatre facteurs vont déterminer la nouvelle majorité au parlement demain après midi pour les quatre ans à venir.

Donc, à suivre.

Fayez Nahabieh / 7 juin 2009

Membre de l’association « Amis du Monde Diplomatique »

La Réunion France


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