AID Association initiatives dionysiennes
Colloque au Sénat le 24 mars 2009 consacré à l’Asie du Sud :

Diversité culturelle, idéologies identitaires et conflits armés : comment construire la paix ?

Iran, Afghanistan, le Pakistan, Inde et Sri Lanka.

mercredi 25 mars 2009 par JMT

La zone concernée (Asie du Sud) représente la frange nord de l’Océan Indien, la plus peuplée. La Réunion a de nombreux liens notamment avec l’Inde (d’où viennent les Tamouls appelés Malbars qui forment un tiers de sa population, descendants d’engagés du XIXè siècle) mais aussi Sri Lanka car nous avons soutenu l’an dernier des réfugiés tamouls en danger d’expulsion.

Présentation

Depuis décembre 2008, la communauté internationale est mobilisée par le Proche orient et le conflit israélo-palestinien qui continue à envenimer les relations internationales. Mais pour les partisans de la thèse du Choc des civilisations du défunt Samuel Huntington, comme pour tous ceux qui la savent réductrice, l’épicentre des séismes internationaux à venir ne serait-il pas plus à l’est ?

Les deux puissances nucléaires, Inde et Pakistan, non-signataires du Traité de non-prolifération, sont à l’origine de la prolifération des armes nucléaires dans de nombreux pays de la région, l’Iran et la Corée du Nord en sont deux exemples.

Le Président Obama a décidé de renforcer l’effort militaire de l’Occident en Afghanistan, et l’Europe est sollicitée à y contribuer. La réussite de la lutte pour contenir les Talibans et éliminer Al Qaida, dépend, entre autres, du soutien du Pakistan, pays où le pouvoir civil peine à imposer sa politique à l’armée et à ses services secrets. Ceux-ci sont historiquement dédiés à affaiblir par tous les moyens possibles l’Inde, et à prendre le contrôle du Cachemire, seul état Indien à majorité musulmane.

L’Inde, anciennement non alignée mais proche de la Russie, notamment en raison des accords commerciaux et achats militaires, s’est rapprochée des Etats-Unis, entre autres pour pouvoir se procurer de la technologie nucléaire. L’ancien soutien politique qu’elle apportait à l’Iran n’est plus d’actualité.

L’Iran, qui entre en période pré-électorale sur fond de crise économique, est aidé par la Russie pour le développement de son industrie nucléaire, alors que l’Occident s’inquiète de sa capacité à se doter de l’arme nucléaire.

Au Sri Lanka, l’armée semble proche de la victoire militaire sur les indépendantistes du LTTE. Le gouvernement réussira-t-il à mettre en place une solution politique basée sur l’amendement 13 à la constitution préconisant l’autonomie des provinces du nord et de l’est ? Les ultra-nationalistes Cingalais qui ont empêché la mise en oeuvre des accords précédents avec la minorité Tamoule, le permettront-ils ?

Quelles sont les différences culturelles qui, instrumentalisées, contribuent à la naissance et à l’aggravation des conflits armés dans cette région ?

Au-delà de la souffrance humaine, quel est l’impact de ces conflits sur la biodiversité, dont la réduction serait porteuse de conflits encore plus violents ?

C’est pour tenter de répondre à ces questions, que seront présents lors de cette journée, des personnes originaires de cette région ayant une connaissance des traditions de leurs pays d’origine, des spécialistes de la région travaillant dans les grands instituts français de relations internationales, ainsi que des écrivains et des journalistes.

Salle Monnerville, de 9h à 17h :

9h-9h20 : Accueil

9h20 : Introduction avec Jean Desessard, Sénateur de Paris

Table Ronde 1

9h30-10h45 : L’Iran, une république Islamique, puissance régionale ou foyer de révolution idéologique ?

Avec :

- Didier Idjadi, Professeur à l’Université, Sociologie/economie, consultant

- Dominique Lalanne, Président Abolition2000Europe, Physicien nucléaire

- Ben Cramer, Chercheur du Centre Interdisciplinaire de Recherches pour la Paix et les Etudes Strategiques(CIRPES)

- Hamid Rezaî, cadre d’origine Iranienne

- Victor Rezaei, cadre d’origine Iranienne

- Bijame Rastegar, physicien nucléaire iranien

Animation : Eros Sana

Table Ronde 2

11h00-12h45 : L’Afghanistan et le Pakistan : comment construire la paix face au pouvoir des Talibans et d’Al Qaida ?

Avec :
- Max-Jean Zins, chercheur au CERI (Centre d’étude et de Recherches Internationales de Science Po)

- Olivier Guillard, Directeur de recherches Asie à l’IRIS

- Abdul Nazeri, afghan réfugié en France

- Jean-Marc Brulé, maire, conseiller régional et responsable de la section "Asie" de la commission internationale des Verts

Animation : Cécilia Joxe

Discussion avec la salle : 12h15-12h45

Pause Déjeuner

Table Ronde 3

13h30-16h45 : L’Inde et le Sri Lanka : Diversité culturelle, idéologies identitaires, et intégration économique.

Avec :

- Lionel Fernando, Ambassadeur du Sri Lanka en France et Délégué Permanent à l’UNESCO

- Eric Paul Meyer, Vice-Président de l’Institut national des langues et civilisations orientales

- Usha Shastry, professeur et musicienne indienne

- Raphaël Gutmann, assistant de recherche du programme Inde et Asie du Sud de l’IFRI

- M.Rajendran, Directeur du département de la réconciliation, Province de l’Est, Sri Lanka

- Jean-Joseph Boillot, Cofondateur, Euro-India Economic &Business Group

Animation : Muttiah Yogananthan, Président Association Nord-Sud

16h45 : Eros Sana, Attaché parlementaire, lit un message de conclusion de Jacques Muller, Sénateur du Haut Rhin, retenu par une commission

Gaza-Mullaitivu : Le déséquilibre médiatique

Article paru le 24 mars 2009 tribune libre par Raphaël Gutmann, chercheur au programme Inde et Asie du Sud de l’Institut français des relations internationales.

Qui a entendu parler de Mullaitivu ? Ce nom n’évoque certainement rien pour l’écrasante majorité des Français. Pourtant, ce département du Sri Lanka est le théâtre d’événements comparables à ceux de Gaza en janvier 2009 qui, eux, sont connus de tous.

La mise en perspective de ces crises expose ainsi la capacité du conflit israélo-palestinien à éclipser le reste de l’actualité internationale. Elle illustre également le désintérêt des médias pour des conflits jugés secondaires.

Malgré leurs spécificités, les événements de Gaza et de Mullaitivu partagent, en effet, de nombreuses similarités. Leur origine remonte à la décolonisation britannique. Dans les deux cas, une communauté, les Arabes palestiniens ou les Tamouls, s’est vue privée d’un État au profit d’un autre peuple, les Juifs ou les Cinghalais.

Or les derniers sursauts de violence dans ces régions se sont déclenchés au même moment. Tandis que Tsahal lançait son offensive pour faire cesser les tirs de roquettes du Hamas, l’armée sri lankaise poursuivait la reconquête de l’est et du nord de son territoire contrôlé par une autre organisation terroriste : les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET).

En attaquant Gaza et Mullaitivu, les militaires israéliens et leurs homologues sri lankais ont donc cherché à détruire des entités quasi étatiques menaçant la sécurité de leur pays. Convaincus de la légitimité de cette mission, leurs concitoyens les soutiennent, bien que les principales victimes soient des civils. D’un côté, ils sont utilisés comme bouclier humain par le Hamas et le TLET ; de l’autre, ils subissent les bavures des armées régulières.

Le déséquilibre des forces en présence est une autre donnée commune, car Israël et le Sri Lanka s’attaquent à de minuscules territoires. Toutefois, ces offensives ne mettront pas un terme à ces conflits. Alors que le sud de l’État hébreu continue à être bombardé, la situation est encore plus inquiétante au Sri Lanka. Le TLET possède, en fait, une force de frappe bien supérieure à celle du Hamas.

Contrairement au mouvement palestinien, l’organisation tamoule s’est dotée d’une marine, et dans une moindre mesure, d’une aviation militaire. Bien qu’acculé, le TLET a prouvé qu’il pouvait toujours mener des raids aériens sur Colombo.

Le récent attentat dans le sud du pays, qui a visé une procession musulmane à laquelle participaient des membres du gouvernement, a aussi démontré sa capacité à frapper où il le souhaitait.

Enfin, ces deux conflits bénéficient d’une résonance émotionnelle particulière, respectivement dans le monde arabo-musulman et auprès des Tamouls de l’Inde et de la diaspora.

Grâce à ce parallèle, la crise du Sri Lanka ne semble pas moins urgente à régler que celle du Proche-Orient. Guerre disproportionnée ou asymétrique, terrorisme, lutte de libération nationale et crise humanitaire : toutes les problématiques qui passionnent l’opinion internationale en Palestine sont présentes dans l’île de l’océan Indien. Sa guerre civile serait même plus sanglante avec ses 70 000 victimes et les centaines de milliers de réfugiés poussés à l’exil par les derniers combats.

La notoriété du conflit israélo-palestinien n’est donc pas liée à son ampleur ou aux méthodes utilisées, mais à sa médiatisation. Tandis que les rédactions massaient leurs reporters aux portes de Gaza, combien de journalistes étrangers se rendaient au Sri Lanka ?

Un rééquilibrage médiatique aurait des conséquences positives. Il permettrait de relativiser et de dépassionner, sans pour autant minorer, l’importance du problème israélo-palestinien.

L’une des idées les plus répandues aujourd’hui affirme que l’avenir du Proche-Orient, voire du monde, dépend de la résolution de ces tensions. L’enjeu est tel que l’intensité des combats se trouve limitée par la pression internationale, laquelle est proportionnelle à la médiatisation de cette crise.

Toutefois, la sécurité de la planète ne dépend pas uniquement de cette région, mais du dénouement d’autres tragédies dont celle du Sri Lanka. Afin de prendre la mesure du danger que représente cette crise, une nouvelle analogie peut être tracée avec le Proche-Orient.

À l’instar de l’assassinat du président Anouar Al Sadate, fait d’un groupe issu des Frères musulmans, matrice du Hamas, le conflit sur l’île a déjà coûté la vie à un chef d’État étranger qui s’était impliqué dans la résolution de cette guerre. Le premier ministre indien Rajiv Gandhi a, en effet, été éliminé par une militante du TLET en 1991.

Si un tel événement devait se reproduire, le sous-continent pourrait s’embraser. Le danger d’un tel scénario ne doit pas être sous-estimé, l’Asie étant le continent le plus nucléarisé au monde. Rééquilibrer l’attention médiatique contribuerait à atténuer ce risque en suscitant davantage d’efforts internationaux pour résoudre cette crise.

Raphaël Gutmann


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