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La réserve fédérale US fait tourner la "planche à billets" :

Hello dollar ?

Le dollar ne vaut plus officiellement que le papier qui le représente !

lundi 23 mars 2009 par JMT

La politique menée actuellement par la banque centrale américaine vise à lutter à tout prix contre la déflation et le chômage, ce qui est à son honneur. Mais le prix à payer en termes de stabilité monétaire internationale risque d’être très lourd.

La Banque fédérale américaine a décidé de consacrer 300 milliards de dollars au rachat de bons du Trésor, ce qui revient à faire tourner la planche à billets. Historique.

Etats-Unis : la Fed prend tous les risques

23 Mars 2009 Arnaud Parienty

La politique menée actuellement par la banque centrale américaine vise à lutter à tout prix contre la déflation et le chômage, ce qui est à son honneur. Mais le prix à payer en termes de stabilité monétaire internationale risque d’être très lourd.

La politique monétaire passe en général par l’achat de quantités déterminées de titres à court terme à des taux eux aussi déterminés par la banque centrale sur le marché monétaire. Cette politique permet à la banque centrale d’agir subtilement sur les taux d’intérêt pratiqués par les banques et sur leur comportement de prêt.

Face à une récession, la banque centrale réduit le taux auquel elle prête et augmente ses prêts, ce qui permet aux banques de prêter plus et moins cher, de façon à stimuler les dépenses d’investissement ou de consommation. Cette politique ayant aujourd’hui atteint ses limites, la Fed (la banque centrale américaine) a décidé d’innover par des mesures audacieuses mais risquées.

Le taux d’intérêt auquel elle prête au jour le jour est actuellement situé entre 0,25% et 0. Puisqu’un taux négatif n’a pas de sens, il est impossible de réduire le taux actuel. La politique monétaire habituelle n’est donc plus possible. Cette situation est rare, mais pas nouvelle. Elle se produit à chaque fois que la crainte pousse les agents à préférer la monnaie aux actifs financiers, la liquidité aux placements.

Keynes a autrefois qualifié cette situation de trappe à liquidité. Il estimait que la politique budgétaire était alors la seule solution. Mais certains affirment qu’il est également possible de mener une politique monétaire « quantitative ». Ben Bernanke, gouverneur de la Fed, a soutenu ce point de vue dans ses travaux théoriques. Il a aujourd’hui l’occasion de le mettre en pratique et ne s’en prive pas.

La Fed s’était déjà engagée à acheter 500 milliards de dollars de titres garantis par l’Etat fédéral, pour l’essentiel des créances hypothécaires titrisées. Elle vient d’annoncer une nouvelle vague d’achats, portant cette fois sur 750 milliards de dollars. Elle annonce également le rachat dans les six mois à venir de bons du Trésor à long terme (titres émis par l’Etat pour financer son déficit) pour 300 milliards de dollars.

L’objectif de ces rachats annoncés par la Fed est de faire baisser directement les taux d’intérêt à long terme. L’effet a été immédiat, le taux sur les bons du Trésor à dix ans a baissé de 3,01 % à 2,53 % en une journée. Mais il n’est pas sûr du tout que cette baisse soit suffisante. Normalement, la baisse des taux longs stimule le crédit, mais la période actuelle est tout sauf normale.

Le système bancaire américain étant au bord de la faillite, il cesse de prêter à quelque taux que ce soit. Normalement, l’achat de titres par la Fed pourrait débloquer la situation, car les demandeurs de crédit peuvent s’adresser directement à la Fed en obtenant de la monnaie fiduciaire (du cash) contre des titres. En quelque sorte, la Fed court-circuite les banques et prête à leur place.

Cependant, même cette intervention radicale peut échouer car les agents privés américains sont fondamentalement obsédés par le désendettement. Le problème n’est donc pas seulement le credit crunch, un effondrement du crédit dû au refus des banques de prêter, il vient aussi d’une demande de crédit très faible.

Et aucune mesure de la Fed ne peut rien y faire. Il s’agit que les agents privés, compte tenu des énormes pertes en capital qu’ils ont subies du fait de la crise immobilière et financière, considèrent qu’ils doivent épargner davantage.

L’effet sera d’autant plus spectaculaire que l’épargne avait terriblement baissé ces dernières années du fait des plus-values en capital (si la valeur de ma maison double, mon patrimoine augmente sans que j’aie besoin d’épargner). Cette hausse de l’épargne entraîne une diminution de la demande que le programme de relance actuel ne suffira pas à compenser.

Inflation ou déflation ?

Le rachat de bons du Trésor à long terme par la Fed est une opération de monétisation du déficit budgétaire. Il s’agit d’une mesure hautement hétérodoxe, car clairement inflationniste et sur une large échelle.

Au total, en dix-huit mois, le bilan de la Fed devrait passer de 900 milliards de dollars à 3 000 milliards environ. Mais le risque inflationniste est aujourd’hui tout à fait secondaire, alors qu’une baisse des prix à la consommation au cours des prochains mois n’est pas à exclure.

En effet, contrairement à la croyance popularisée par Milton Friedman et les monétaristes, une hausse de la masse monétaire n’entraîne pas nécessairement celle du niveau général des prix : d’une part, en situation de sous-emploi, elle peut entraîner l’accroissement de l’activité ; d’autre part, la vitesse de circulation de la monnaie n’est pas forcément stable.

Actuellement, la demande aux Etats-Unis étant largement inférieure aux capacités de production, le risque inflationniste est très faible. Au contraire, les pressions déflationnistes sont la première menace. De ce point de vue, les mesures prises par la Fed se comprennent donc parfaitement.

Il sera en revanche intéressant d’en mesurer les répercussions internationales. La monétisation du déficit promet, à terme, une remontée de l’inflation. Les détenteurs de dollars peuvent chercher à s’en prémunir en vendant au profit d’autres devises ; ce qui explique la baisse du dollar qui a immédiatement suivi l’annonce de Ben Bernanke.

On sait par ailleurs que le premier créancier des Etats-Unis (en flux, pas en stock), la Chine, se débarrasse actuellement de ses actifs en dollars pour acheter des matières premières (exploitations minières ou forestières, par exemple).

A terme, ce comportement menace le circuit international du dollar, par lequel les dollars sortant des Etats-Unis du fait du déficit commercial y reviennent sous forme de placements financiers. Or, ce circuit est essentiel pour alimenter l’économie mondiale en monnaie, mais aussi pour réguler la quantité de dollars en circulation hors des Etats-Unis.

Si ce circuit se rompt, le dollar peut s’effondrer, ce qui entraînerait un chaos monétaire dont nul n’a besoin. La politique actuellement mise en œuvre par la Fed est le signe de la volonté de son président de lutter à tout prix contre la déflation et le chômage, ce qui est à son honneur. Mais le prix à payer en termes de stabilité monétaire internationale sera peut-être lourd à payer.

Arnaud Parienty

Les Américains peuvent-ils manger leur dette ?

Par Paul Jorion Lundi 23 Mars 2009 - 07:48

. La Banque fédérale américaine a décidé de consacrer 300 milliards de dollars au rachat de bons du Trésor, ce qui revient à faire tourner la planche à billets. Historique.

La date du 18 mars 2009, sera retenue par l’histoire, tout comme celle du 29 mai 1453 le fut pour la chute de Constantinople ou celle du 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin, comme celle qui signa la fin du capitalisme.

Ce jour-là en effet, la Federal Reserve Bank, la banque centrale américaine, a annoncé son intention de racheter des Bons du Trésor (dette à long terme des États–Unis) en quantités considérables (pour un volant de 300 milliards de dollars), son budget atteignant désormais le chiffre impressionnant de 1,15 mille milliards de dollars.

Pareil au serpent ouroboros dévorant sa propre queue, les États–Unis avaleront donc désormais leur propre dette, un processus désigné par l’euphémisme sympathique de « quantitative easing ».

Pareille à celui qui tenterait de voler en se soulevant par les pieds, la nation américaine met fin au mythe qui voudrait que l’argent représente de la richesse : dorénavant la devise américaine représentera uniquement le prix du papier et de l’encre nécessaire pour imprimer de nouveaux billets. Elle se coupe aussi, incidemment, de la communauté internationale, mais baste !

New Dollar (scriptingnews-flickr-cc)

Le dollar cessa de valoir de l’or quand, en 1971, le président Nixon mit fin à la parité du dollar avec ce métal. En 2009, le président Obama, en permettant à la Fed d’imprimer autant de dollars qu’elle le jugera bon, a mis fin à la parité du dollar avec quoi que ce soit, faisant de l’arrogance de la nation américaine la seule mesure restante de la valeur de sa devise.

« Your Mamma still loves you ! » : le gosse, tout faraud, présente son premier spectacle et sa mère qui n’a pas voulu que son amour-propre courre le moindre risque a acheté tous les tickets !

Si la Chine attendait un signal pour se débarrasser de ses dollars, le voici ! Un " " " " " " dans l’Asia Times d’aujourd’hui, signé par Joseph Stroupe, explique comment la Chine, tentant de se délester en douce de ses dollars, les transfère discrètement à des fonds qui achètent des ressources minières et pétrolières.

Stroupe, faisant reposer ses analyses sur des chiffres rassemblés par Rachel Ziemba, une collaboratrice de Nouriel Roubini, calcule que la Chine pourrait atteindre son objectif de réduction massive de son exposition au cours du dollar en un an environ.

Nul doute que l’on ne dormira pas beaucoup cette nuit à Pékin et à Shanghai, tout occupé que l’on sera à acheter fébrilement des mines et des puits pétroliers aux quatre coins du monde !

Ah oui, j’oubliais : la bourse de New York, considérant qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle, a clôturé en hausse.

Paul Jorion


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