AID Association initiatives dionysiennes
Pas si simple !

Quelques infos sur la situation dans les DOM

Né aux Antilles, le capitalisme y mourra-t-il ?

dimanche 1er mars 2009 par JMT

Sadi Sainton, étudiant en Guadeloupe, a récemment reçu l’appel d’un ami métropolitain lui demandant s’il n’était pas trop difficile de remplir le frigo. Il a alors réalisé à quel point l’image du mouvement de révolte était présentée de manière tronquée par les médias. Son témoignage nous ouvre les yeux sur la réalité guadeloupéenne où les protestations dépassent de loin le cadre du pouvoir d’achat.

En écho à la grève générale aux Antilles, la Réunion se réveille aussi. Entretien avec Patrice, enseignant à l’Ile de la Réunion et sympathisant CNT.

De jeunes étudiants guadeloupéens qui ne se reconnaissent pas dans les pratiques et le discours du LKP, ont décidé de mettre en place des cercles de réflexion pour construire une nouvelle Guadeloupe. C’est jeunes là sont notre espoir. Il faut que leur parole soit entendue.

Le manifeste du LKP

16 février

Voici la traduction de l’introduction et de la conclusion magnifiques qui figurent en créole dans le texte du collectif ainsi que le texte lui-même :

Nous voici ! Nous guadeloupéens

Nous sommes ensemble rassemblés dans un bel élan de conscience avec de l’engagement et de la détermination pour libérer la Guadeloupe.

Nous voici, nous l’alliance contre l’exploitation outrancière, l’alliance est une organisation, une alliance de jeunes, une alliance de femmes, d’hommes, arrivés à maturité, de notables alliés à des ouvriers qui avancent pour construire une société neuve qui sera capable de développer l’éducation, la connaissance, la santé, le logement, le travail et le respect pour ses enfants en conservant ses traditions.

Nous voici...nous avons quelques idées que nous pensons bonnes pour nous, qui donnent à la Guadeloupe une direction...toute sa dimension, parce que ce sont des idées neuves, des mots de souffrance, ce sont nos paroles. C’est déjà une victoire pour nous d’être rassemblés pour aller plus loin.

Que voulons nous...(lire le texte)

Pour finir Donnons nous la main pour lui donner un sens et du pouvoir Ensemble, ensemble nous gagnerons toutes nos revendications et donnerons un taquet aux profiteurs

Nous ne construirons pas une société neuve si nous restons sous la domination et l’exploitation capitaliste et colonialiste.

La Guadeloupe nous appartient, la Guadeloupe ne leur appartient pas, il ne ferons pas ce qu’ils veulent de notre pays.

Pour lire le texte, cliquez (ici)

Ce que vous ne savez probablement pas sur la grève en Guadeloupe

Sadi Sainton 27 Février 2009

Sadi Sainton, étudiant en Guadeloupe, a récemment reçu l’appel d’un ami métropolitain lui demandant s’il n’était pas trop difficile de remplir le frigo. Il a alors réalisé à quel point l’image du mouvement de révolte était présentée de manière tronquée par les médias. Son témoignage nous ouvre les yeux sur la réalité guadeloupéenne où les protestations dépassent de loin le cadre du pouvoir d’achat.

Une grève contre la vie chère ? Non. Pas vraiment

Le collectif qui mène la grève est un ensemble de 49 associations syndicales, politiques, associations de consommateurs et associations culturelles. Sous le nom de LKP, Lyannaj kont pwofitasyon (Alliance contre le vol et les profits abusifs), il a déposé un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres. Parmi ces chapitres, un seul concerne la vie chère ! Il s’agit d’une mobilisation historique soutenue activement par près du quart de la population guadeloupéenne. De plus, la Martinique, la Réunion ainsi que la Guyane emboîtent le pas au mouvement.

Qu’est-ce que la "pwofitasyon" ?

Dans le langage courant, "pwofitasyon" désigne l’abus de pouvoir qu’un puissant exerce sur quelqu’un dont il sait déjà qu’il est plus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné. En Guadeloupe, les prix sont beaucoup plus élevés qu’en France. En fait, ils figurent parmi les plus élevés d’Europe et du monde. On constate, pour les mêmes enseignes et pour les mêmes produits, des écarts de plus de 100% que les frais de transport ne justifient pas.

Selon tous les experts, après analyse de la chaîne, de la production jusqu’au caddie du consommateur, en passant par le transport, le surcoût par rapport à l’hexagone ne devrait pas dépasser 10%. Les différences de prix constatées ressemblent donc fortement à du vol organisé !

Mais les revendications du LKP ne se limitent pas à cet aspect. Elles traversent tous les domaines de la société : éducation, formation professionnelle, emploi, libertés et droits syndicaux, services publics, aménagement du territoire et infrastructures. Il s’agit d’un mouvement sociétal qui dépasse largement la grogne contre la vie chère.

Les guadeloupéens sont asphyxiés et meurent de faim ? Mais pas du tout !

Un ami métropolitain m’a appelé aujourd’hui pour me demander si on tenait le coup. J’ai commencé par répondre que malgré la durée du conflit, la mobilisation était toujours de mise. Il me coupe : "Non, je voulais dire... Arrivez-vous à remplir le réfrigérateur ?" Il est vrai que la Guadeloupe est en grève générale depuis bientôt 4 semaines. Les hyper marchés et super marchés sont fermés. Les petits commerces de proximité sont ouverts, mais les rayons sont de plus en plus vides...

Cependant, la Guadeloupe s’organise. L’UPG, l’Union des Producteurs Guadeloupéens, ainsi que les pêcheurs font partie du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs continuent à pêcher et à vendre leur poisson. Les animaux ne sont pas en grève : les éleveurs continuent à s’en occuper et à vendre leur viande. La terre n’est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs exploitations et vendent leurs denrées. Notre réfrigérateur n’a jamais été aussi plein.

En effet, des marchés populaires sont organisés devant les piquets de grève et un peu partout. Les producteurs y vendent leurs denrées aux prix auxquels ils ont l’habitude de vendre aux super marchés. Conséquence : ils ne perdent pas leur récolte ni leur revenus. Et le portefeuille du consommateur apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande distribution ne sont plus là. Nous mangeons à notre faim et -fait intéressant- nous n’avons jamais autant consommé local !

Des slogans racistes ?

Non ! Depuis le 20 janvier, les manifestants reprennent en cœur ce slogan : « La Gwadloup sé tan-nou, la Gwadloup sé pa ta yo. Yo péké fè sa yo vlé, adan péyi an-nou ». Nous pouvons le traduire littéralement par : « La Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux. Ils ne feront pas ce qu’ils veulent dans notre pays ».

Certains s’inquiètent de savoir qui sont ces « eux » et ces « nous ». Ils craignent de voir le mouvement prendre un tournant xénophobe. Selon moi, le slogan dépasse la dualité du noir et du blanc et vise les responsables de la pwofitasyon, peu importe leur couleur. Nous ne sommes pas prêts à échanger, sous prétexte de race, une pwofitasyon blanche contre une pwofitasyon noire.

Il est clair que la société est pyramidale et que plus on monte vers le sommet de la pyramide, plus les peaux sont claires. Le racisme existe et le poids de l’histoire esclavagiste et coloniale est palpable. Mais nous sommes aujourd’hui confrontés à un formidable défi qui consiste à poser les problèmes tels qu’ils sont, pour les régler et les dépasser. J’ajouterai que je suis assez optimiste sur cette question.

Evolution statutaire de la Guadeloupe

Les revendications montrent clairement que tous les fondements de la société sont remis en question. Mais l’indépendance de la Guadeloupe n’est pas à l’ordre du jour.

Les pistes avancées sont plutôt celles d’une évolution statutaire, dans le cadre de la République Française, vers plus de pouvoir décisionnel local ainsi que plus de pouvoir législatif et douanier. L’objectif est de mieux répondre à une certaine réalité géopolitique, alors que nous sommes européens et que nos îles baignent dans le bassin caribéen.

Répression policière

Les Guadeloupéens sont vraiment fiers de ce mouvement pacifiste initié il y a 27 jours maintenant. Mais la répression a commencé. Le préfet avait promis que les quelques 4000 CRS débarqués en Guadeloupe au début du conflit n’étaient qu’une mesure de précaution à laquelle il souhait de tout cœur ne pas devoir faire appel. Depuis que les négociations sont bloquées, d’autres ont débarqué...

Une soixantaine de personnes ont été arrêtées parce qu’elles se tenaient sur les barrages pacifiques. Une des têtes du LKP a été blessée et a subi des injures racistes venant des forces de l’ordre. Tous ceux qui connaissent un peu l’histoire de la Guadeloupe savent que

c’est le lot quotidien des répressions des mouvements sociaux aux DOM. Le LKP a cependant appelé au calme et à une mobilisation massive et pacifiste pour faire reculer la répression. L’immense majorité des interpellés a depuis été relâchée grâce à la pression populaire de la foule massée pacifiquement devant la police et le tribunal de Pointe-à-Pitre. La tension redescend petit à petit.

Le traitement de l’information

Si vous n’avez jamais entendu tout ça, est-ce que la presse nationale fait de la désinformation ? Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on vous ment. Disons que parmi tout ce que les envoyés spéciaux des médias nationaux voient, ils décident de n’en traiter que 5%. Et la sélection s’opère de manière assez surprenante.

La première semaine, ces rédactions ne parlaient pas du mouvement. La deuxième semaine, elles n’ont montré que des images de touristes dont les vacances ont été gâchées par la grève. Je suis sincèrement désolé pour eux, mais c’est la vie ! Les médias ont montré des rayons de super marché vides, signe apparent d’un profond désarroi. On a fustigé une grève qui, paraît-il, pénaliserait de manière irrémédiable l’économie guadeloupéenne.

Le secrétaire d’état aux DOM est ensuite arrivé en Guadeloupe avec son cabinet et son staff. La presse ne pouvait plus se contenter des petits sujets bâclés. Aujourd’hui, l’information que vous recevez est de plus en plus conforme à ce qui se passe. Pourtant, je suis persuadé que ceux qui liront cet article apprendront beaucoup de choses.

Texte entier et original : Source : hns-info.net

Pourquoi la colère gronde aussi à l’Ile de la Réunion

Patrice mercredi 25 février 2009

En écho à la grève générale aux Antilles, la Réunion se réveille aussi. Entretien avec Patrice, enseignant à l’Ile de la Réunion et sympathisant CNT.

Quelle est la situation sociale à la Réunion ?

Patrice : Officiellement le taux de chômage était de 24, 5% au 2e semestre 2008 (mais 49% pour les moins de 25 ans ; 26,5% pour les femmes). La Réunion comptait à cette date 78000 chômeurs (au sens du BIT), soit près d’un tiers de la population active (chiffres de l’INSEE).

Mais la réalité est pire, vu que les nombreux travailleurs occasionnels n’entrent pas dans cette comptabilité, ni du reste les travailleurs à mi-temps ou à temps partiel. Le chiffre le plus effarant est celui de 52% de gens vivant sous le seuil de pauvreté (880€/ mois) : de fait, le salaire moyen excède rarement le SMIC et beaucoup d’« actifs » ne travaillent qu’à temps partiel. Quant au RMI, 70000 personnes (grosso modo un dixième de la population) en bénéficiaient en décembre 2007 (pas de chiffres publiés plus récemment).

Hormis le BTP, peu de secteurs sont susceptibles d’offrir des emplois. La fin du chantier de la « Route des Tamarins » (voie rapide « par les hauts » entre le Sud et Saint-Paul ; projet subventionné par la Région, l’État et l’Europe) mettra prochainement sur le carreau de nombreux travailleurs.

Le projet du « tram-train » entre Saint-Paul et Saint-Denis est plus ou moins en panne. La nouvelle « route du littoral » (qui aurait dû doubler l’actuelle route de corniche reliant l’Ouest à Saint-Denis) n’est pas pour demain non plus (trop de problèmes liés à la climatologie et à la texture géologique).

Même si l’on continue à construire n’importe où et n’importe comment, ce en rognant sur les terrains agricoles, voire sur le domaine littoral, des habitations fort coûteuses, mais « défiscalisables » (La Réunion est parmi les départements comptant le plus de « résidents » soumis à l’IGF), les effets sur l’emploi sont minimes, vu le recours quasi systématique à la main d’œuvre « au noir ».

La Région mise beaucoup sur le tourisme (le tourisme de luxe : pas un seul camping en bordure du lagon…). À cet égard, la concurrence de Maurice sera difficile à rattraper ; de toute façon les retombées pour la population seront nulles ou quasiment nulles, comme partout ailleurs.

L’industrie sucrière (la seule industrie « endémique ») est quasiment coulée : Dechâteauvieux — l’un des gros « zozos » de l’île (zozo = béké aux Antilles)— a depuis longtemps sacrifié ce secteur pour concentrer ses activités sur l’import-export et la grande distribution). C’est là le paradoxe : La Réunion ne produit ni n’exporte quasiment rien et importe tout !

L’ « octroi de mer » perçu par la Région est certes une source importante de revenus fiscaux, mais ce n’est pas ce qui explique la majoration de 30 à 50% par rapport aux prix de la métropole sur l’ensemble des produits importés : diverses mafias sont en cause à l’échelle du transport et de la distribution.

Hormis la grande bourgeoisie qui peut continuer à rouler en Porsche et à jouer au golf (peu importe que la pénurie d’eau soit un problème récurrent), personne ne s’en sort. Pas même les fonctionnaires, malgré leurs 35% de majoration salariale (majoration officiellement destinée à réduire le différentiel des prix entre l’outremer et la métropole ; elle est perçue par tous les fonctionnaires, îliens comme métropolitains).

Le scandale n’est pas que les fonctionnaires en bénéficient (comme le claironnent ici certains démagogues UMP ou apparentés), mais que tous les Réunionnais ne soient pas logés à la même enseigne. Il faut préciser que le montant des loyers et le prix d’achat du m2 en ville sont les mêmes qu’à Paris. S’agissant des loyers, ils sont pour les travailleurs réunionnais isolés ou les étudiants, et plus encore pour les migrants (Malgaches, Comoriens, Mahorais), hors d’atteinte.

Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres ?

Patrice : Le feu couve encore. Disons que la question de la cherté de la vie est fédératrice. Des enquêtes ont montré que les produits de consommation courante étaient de 30 à 50% plus élevés qu’en métropole (« Que choisir ? »).

Malgré des tentatives d’« enfumage » (mise en place d’un « Observatoire des prix », gadget du « chariot-type » : suivi mensuel des prix d’une cinquantaine de produits de marque piloté par la préfecture et la grande distribution, et relayé par la presse locale), les prix ont globalement augmenté de 2,6% en 2008. Avec des pics sur les produits les plus consommés par les Réunionnais : + 43% pour le riz ; + 30% pour l’huile.

Le mouvement des transporteurs autour du coût du carburant en novembre 2008 a joué un rôle important (voir les suites en Guyane et aux Antilles) : blocage des routes pendant deux semaines, partant de toute l’économie de l’île. Le préfet a, dans cette affaire, habilement manœuvré, réussissant à imposer, sans que cela coûte un centime à l’État, une baisse de 20 centimes / litre, payée, moitié par les compagnies pétrolières, moitié par la Région...

Ce qui de toute façon n’est rien, vu que le prix du brut a dans l’intervalle chuté des deux tiers, sans répercussion à la pompe. Ni sur le prix des liaisons aériennes…

La position de monopole occupée par la grande distribution (Carrefour, Euromarché, Score, Casino) est désastreuse pour tous les commerces de proximité qui ferment les uns après les autres ; les prix fixés par les grandes surfaces servant de référence aux prix du marché local (fruits, légumes, etc.).

Comme les gens sont surendettés (loyers, crédits multiples, agios bancaires, etc.), il ne reste plus rien à rogner. Signe du désarroi général : La Réunion est la région qui rapporte le plus d’argent à la Française des Jeux (l’équivalent du RMI !).

Quelles formes prend la lutte ?

Patrice : Un Collectif unitaire contre la vie chère a été créé le 11 février dernier, se fixant quatre objectifs : hausse de 200€ nets des salaires, des revenus sociaux, des retraites et des bourses universitaires ; baisse de 20% du prix des produits de consommation courante ; gel des loyers sociaux et baisse des prix des carburants, dont 5€ sur la bouteille de gaz.

Ce collectif est, bien sûr, composite : partis politiques (PCR, PSR, PS, Les Verts, LO, NPA Réunionnais, Parti de Gauche…), syndicats (CGTR, Solidaires, FSU, FO, SAIPER, UNEF…) ; associations (AC chômage, Agir pou Nout Tout, Union des Femmes Réunionnaises, ATTAC, ATD Quart Monde…).

Des actions ponctuelles ont déjà été menées dans les grandes surfaces (blocage aux caisses, par exemple) ; actions relayées par les étudiants. Une grève générale est prévue pour le 5 mars avec une grande manifestation à Saint-Denis ; le Collectif appelle aussi à participer à la Journée nationale d’action du 19 mars.

Sur le front universitaire, La Réunion a rejoint le mouvement national contre les réformes sarkozyennes (LRU, Masterisation, statut des enseignants-chercheurs, suppression des IUFM, sabotage des IUT, etc.), avec un léger décalage dû aux vacances australes (20 décembre-2 février). La grève illimitée a été décidée dès la rentrée ; la reconduction se vote en AG.

Le mouvement est bien suivi sur les deux sites (Moufia-Saint-Denis dans le Nord ; Tampon-Saint-Pierre dans le Sud), qui ont été bloqués à plusieurs reprises… ou fermés par le président. Il faut saluer la combativité des étudiants (AG quotidiennes, manifestations, blocage des sites, « lancer de savates » au rectorat, « kabars » (fêtes musicales), cortège funèbre d’« enterrement de l’université, etc.).

Deux points noirs :

1°) les enseignants grévistes, assez nombreux en Lettres et en Sciences, sont rarissimes en Droit (certains profs exercent des pressions inadmissibles sur les étudiants ; d’autres cherchent manifestement à provoquer des affrontements entre grévistes et non-grévistes) ;

2°) les enseignants engagés dans la lutte demeurent à la traîne des étudiants et n’ont qu’un rôle d’appui. Reste la position du président (Mohamed Rochdi, élu avec le soutien d’« Université Solidaire », liste SNESUP + non syndiqués « de gauche »), enclin à fermer l’université plus souvent qu’il ne le faudrait, et dont la dernière intervention en AG (23/02/09) tendait à dissuader les étudiants de poursuivre le mouvement…

Quels sont les précédents en termes de luttes ?

Patrice : Il serait fastidieux de dresser la liste des luttes menées par les travailleurs réunionnais depuis des lustres. Les plus combatifs par le passé ont été les dockers et les travailleurs de l’industrie sucrière. Des sociétés privées ont désormais remplacé la structure gérée par le syndicat CGTR des dockers au Port, et il ne reste plus que deux usines sucrières en activité.

Le problème est qu’il n’existe pratiquement aucun développement industriel au sens traditionnel de la formule. D’où des luttes plutôt sectorielles : le BTP, le transport routier, les petites manufactures, etc. Dans le secteur agricole de puissants mouvements ont aussi été initiés, mais sans perspective globale à long terme. Les fonctionnaires (en particulier les personnels de l’É.N.) ont mené des luttes exemplaires en 1997 et surtout en 2003 (contre la « territorialisation » de la fonction publique et contre les réformes de Ferry).

Pour le moment les fonctionnaires rongent leur frein. Ceci dit, la dégradation générale de la situation sociale laisse augurer une riposte unie de tous les salariés.

Quel est le panorama syndical à la Réunion ?

Patrice : Toutes les centrales françaises sont représentées (CFDT, FO, SUD, etc.), mais la plus puissante reste la CGTR (indépendante de la CGT métropolitaine). À l’origine, la direction de la CGTR était totalement contrôlée par le PCR (scission du PCF, trop frileux, comme on sait, sur la question coloniale dans l’après-guerre…), mais l’affaiblissement politique du parti (qui conserve néanmoins un très grand poids électoral), a favorisé la montée en puissance dans les instances régionales de militants d’extrême-gauche (LO ; MARON, désormais « NPA Réunionnais »).

Les travailleurs de l’agriculture, principalement les travailleurs de la canne, sont susceptibles d’actions radicales, mais en marge du syndicalisme paysan officiel.

Dans l’É.N., même palette de syndicats qu’en métropole. La FSU a perdu beaucoup de militants après les grandes grèves de 2003 ; l’échec de ce puissant mouvement, qui avait mobilisé pendant plus de deux mois tous les personnels de la fonction publique, n’a toujours pas été digéré ; personne n’a oublié la responsabilité des syndicats dans la rupture du front (I)(A)TOS/ enseignants.

SUD est bien implanté dans le sud de l’île (Saint-Pierre, Le Tampon). Dans le primaire, c’est le SAIPER (Syndicat Alternatif des Instituteurs et P.E. de la Réunion) qui fait le travail de fond le plus remarquable (gros cortèges dans les manifs). Les références sont du côté de l’École Émancipée. Ce qui ne gâche rien, le SAIPER a choisi le drapeau noir. À quand la CNT ?

Propos recueillis par Jérémie SI de la CNT.

Le Pirate de la Réunion

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François Gillet est journaliste et un compagnon de route depuis 1999.

Mél de Guadeloupe

Alors que nous pensions qu’un accord pouvait être signé aujourd’hui, la branche la plus indépendantiste du LKP a réquisitionné, aujourd’hui à 13h, l’antenne de RFO, en grève totale depuis plusieurs jours. 3 syndicalistes (dont le prof de philo qui avait été, soi-disant, tabassé par les gendarmes) ont appelé, pendant une demi-heure, à la poursuite du mouvement et à l’insurrection, proposant, à demi-mots, à la population d’aller vers l’indépendance.

Nous sommes à un nouveau tournant : la nuit risque d’être chaude. Ce n’est une tentative de coup d’Etat ... mais les méthodes sont semblables.

Le LKP n’est pas tout

De jeunes étudiants guadeloupéens qui ne se reconnaissent pas dans les pratiques et le discours du LKP, ont décidé de mettre en place des cercles de réflexion pour construire une nouvelle Guadeloupe. C’est jeunes là sont notre espoir. Il faut que leur parole soit entendue. MC

Message du 25/02/09 18:31

Bonjour à tous,

Après les tensions, les drames, et les attentes reflétés notre récente actualité, l’heure est aujourd’hui à l’espoir et au travail. L’heure est donc à l’espoir : l’espoir de voir bientôt des solutions sortir des entrailles de ce courageux mais douloureux conflit afin de colmater les maux qui nous touchent.

L’heure est surtout au travail : à notre travail qui a pour ambition de construire une autre Guadeloupe, une nouvelle Guadeloupe que nous appelons de nos vœux.

Et là il ne s’agit plus de vœux pieux… Non, il est question de relever ce formidable défi que nous nous sommes lancé : celui de prendre courageusement nos responsabilités afin que de ces moments historiques restent une volonté ferme de garder le meilleur en nous.

En effet Guadeloupe Alliance est une invitation à la remise en question personnelle et collective dans ces temps de crises sociale et morale qui appellent à une nouvelle ère. Notre mot d’ordre est donc de choisir nous-mêmes les fondations de cette nouvelle ère !

Et cette nouvelle ère nous nous proposons de la bâtir par le biais d’un projet de société que nous alimenterons de nos valeurs et idéaux communs, de nos compétences et expertises mises en partage, et de nos créativités diverses et constructives.

Nos outils seront multiples :

• un site « guadeloupealliance.com » qui constituera un forum permanent et centralisera nos échanges sous forme de débats participatifs,

• des rencontres mensuelles (2ème Vendredi du mois), qui en parcourant les différentes communes de la Guadeloupe, nous permettrons d’échanger et de construire ensemble notre projet. Nous serons aidés des éléments et données techniques révélés et expliqués par des intervenants experts qui accepteront de nous apporter leurs compétences,

• Des groupes de travail libres à constituer à partir des différents thèmes de travail encadrés par des référents-coordinateurs.

Nous proposons d’aborder sans tabous, voire même de revisiter des questions aussi diverses qu’essentielles à la construction d’une nouvelle Guadeloupe :

1. *la question de l’indépendance énergétique, aménagement du territoire et environnement* (les énergies renouvelables, les déchets, les défis de l’aménagement du territoire…)

2. * la question agricole* (sécurité alimentaire, repenser de nouveaux domaines d’exportation…)

3. *la question du développement solidaire* (repenser les solidarités locales, traditionnelles…)

4. * la question de l’autonomie de notre économie locale *( la problématique de la légitimité et la légalité des situations de monopoles, repenser les priorités économiques et les nouveaux débouchés, traiter les problématiques du chômage, repenser les rapports entre différentes économies : capitalisme réglementé, économies sociales et solidaires, planifiées… )

5. * la question de nos ressources et de notre fiscalité* (ajuster notre fiscalité et nos ressources à nos nouveaux défis de société…)

6. * la question de la formation et de l’instruction *(formation initiales, formation professionnelle, formations citoyennes, et accès à la connaissance)

7. *la question de la mobilité sociale et de l’égalité des chances*(lutte contre les toutes discriminations…)

8. *la question de nos patrimoines culturels et identitaires*(préservation, valorisation et ouverture…) Nous nous donnons 18 mois pour aborder tous ces thèmes. Et nous travaillerons sur des séquences de deux mois qui auront pour but de mettre les projecteurs sur chacun de ces thèmes successivement.

Pour chaque thème seront désignés un voire plusieurs référent-coordinateur(s) qui seront en charge d’encadrer les groupes de travail.

Enfin, des initiatives citoyennes de bon sens et de solidarités seront réalisées pour se rassembler et se reconnaitre humainement tout en concrétisant notre propre discours.

Nous proposons une plate-forme de travail libre et qui permette à chacun de s’investir selon ses moyens et disponibilité. Ceux qui veulent travailler en groupe de travail sont invités à le constituer et à contacter le (ou les) référent-coordinateur(s).

Ceux qui souhaitent suivre tous les thèmes peuvent assister à toutes les rencontres mensuelles. Ceux qui ont des propositions à mettre en partage peuvent les discuter au sein des débats participatifs sur notre site.

Ceux qui veulent agir à travers nos actions doivent contacter notre coordinatrice des actions citoyennes : *-Nora Bégarin : nora.begarin@laposte.net*

Bref chacun peut participera selon ses possibilités et disponibilités…

Le premier thème que nous approfondirons au cours des mois de Fev-Mars-Avril sera : la question de l’indépendance énergétique, aménagement du territoire et environnement (les énergies renouvelables, les déchets, les défis de l’aménagement du territoire…)

Les référents-coordinateurs désignés pour ce premier thème sont :

Environnement et indépendance énergétique :

*-Fabrice TEL : fabrice.tel@hotmail.com

 Jean-Marie FLOWER : jean-marie.flower@wanadoo.fr*

Aménagement du territoire :

-Séverine CORNELIE : lady971@hotmail.fr

Alors si vous vous reconnaissez dans cet état d’esprit c’est que vous êtes déjà à "Guadeloupe Alliance". Assurément nous nous retrouverons car c’est notre union qui fera la force de tous. Nous vous tiendrons informé de notre calendrier et de nos activités à venir, sachant que notre prochaine rencontre est dores et déjà prévue le Vendredi 13 Mars 2009 à 19h

Merci de votre intérêt et de votre soutien.

A très bientôt ….

*PS : Notre site est en cours de construction, mais nous rencontrons quelques difficultés techniques. Nous nous en excusons. Nous vous indiquerons lorsqu’il sera enfin opérationnel…

« Dans la vie, il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer, et les solutions suivent » (Saint-Exupéry)

GUADELOUPE ALLIANCE

VIDEO : documentaire sur la Martinique

Excellent documentaire sur la Martinique,

Visionnez cette vidéo, et adressez vos commentaires à : contact@damnesdelaterre.com

Guadeloupe : Aide aux élèves sur le net

De : Damnés de la Terre

A diffuser très largement.

http://www.karuweb.com/

VIDEO : Esclavage moderne : Les derniers maîtres de la Martinique

La Martinique, une des plus vieilles colonies françaises, est aujourd’hui un département d’outre-mer rongé par les inégalités et les rancœurs post-coloniales. Grèves à répétitions, chômage supérieur à 20%, climat social délétère.

160 ans après l’abolition de l’esclavage, noirs et blancs n’ont pas cicatrisé les plaies de l’Histoire. Les « Békés », héritiers des familles de colons blancs sont toujours les vrais maîtres de la Martinique bien que représentant aujourd’hui moins de 1% de la population martiniquaise...

voir la vidéo

Karl Marx, penseur de la Guadeloupe

Par Guillaume Pigeard de Gurbert, professeur de philosophie à Fort-de-France

Le capitalisme est né aux Antilles et aux Amériques au XVIe siècle. En 1846 (soit deux ans avant l’abolition de l’esclavage dans les Antilles françaises),

Marx pose l’équation entre l’esclavage, la colonisation et le capitalisme : « Sans esclavage, vous n’avez pas de coton ; sans coton vous n’avez pas d’industrie moderne. C’est l’esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c’est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie machinelle. Aussi, avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l’ancien monde que très peu de produits et ne changeaient visiblement pas la face du monde. Ainsi l’esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance. »

Rien d’étonnant dans ces conditions à ce que nous soyons, ici, aujourd’hui, aux avant-postes du surdéveloppement du capitalisme. Il se pourrait bien que la révolte sociale qui secoue les Antilles françaises, ces pays pauvres qui survivent à l’ultrapériphérie de la riche Europe, manifeste les premiers tremblements d’un séisme mondial.

Par une politique coloniale puis postcoloniale, le capitalisme s’est répandu plus rapidement et plus efficacement ici qu’en métropole, subordonnant ces territoires à leur centre producteur des marchandises et les réduisant à l’état de simples marchés pour écouler ces dernières.

Véritables colonies modernes d’hyperconsommation, omnidépendantes de leur centre de tutelle, ces pays se retrouvent logiquement avec un taux de chômage colossal et, pire encore, livrés à des sous-existences privées de sens. La destruction concertée du tissu productif local a placé les existences sous un régime de possibles aliénés.

Ajoutez à ce désastre le principe d’irresponsabilité politique, vous avez ces pays exsangues, encayés dans « des jours étrangers » (Cesaire), administrés à l’aveugle et de loin, qui font entendre leur révolte. De la colonisation à la globalisation, ces régions ultrapériphériques ont toujours été assujetties à une économie parallèle qui leur interdit « de croître selon le suc de cette terre » (Césaire, encore).

C’est cette « pwofitasyon », cette injustice, qui désigne d’abord en créole un abus de pouvoir, qui n’est plus supportable. C’est contre elle que les peuples de Guadeloupe et de Martinique font lien et front.

C’est indissociablement la violence économique qui est combattue, qui est une force cyclopéenne qui n’a que l’œil du profit privé et à laquelle manque l’œil de l’humain.

Cette monstrueuse cécité est une infirmité de naissance du capitalisme, comme le rappelle encore Marx : « La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques qui signalent l’ère capitaliste à son aurore. »

L’actuel tiers-monde n’est lui-même pas une entorse extérieure au système capitaliste mais son pur produit, né de « la colonisation de contrées étrangères qui se transforment en greniers de matières premières pour la mère-patrie. »

C’est donc ici que l’aube post-capitaliste se lève, dans la haute nécessité de repenser les conditions d’existence sociales et politiques. Le travail productif comme paradigme de toute activité socialisante s’applique à une part de plus en plus petite d’individus et rejette une masse grandissante de potentialités d’actions non plus seulement dans le non-être intérimaire du chômage mais dans le néant a priori du rebut.

Les Indiens caraïbes d’avant la colonisation ne connaissaient que les activités mobiles, créatrices, en un mot ouvertes. Au point que « les Américains n’auraient importé tant de Noirs que parce qu’ils ne pouvaient pas utiliser les Indiens, qui se laissaient plutôt mourir. » (Deleuze-Guattari).

Les colons ne cessent pas pour autant de se plaindre des Noirs : « Ils ne savent pas ce qu’est le travail » (idem). Il faut dire que les Noirs se suicidaient en mangeant de la terre, de la chaux et de la cendre, espérant ainsi retourner chez eux post mortem et échapper ainsi à l’enfer de l’esclavage.

Le père Labat, ce Bouvard-et-Pécuchet esclavagiste aux Antilles, appelle cela pudiquement la « mélancolie noire ». Aussi bien faut-il inverser le diagnostic actuel qui sanctifie la valeur-travail, et, à partir des sociétés caraïbes, actives sans être laborieuses, concevoir positivement nos nouvelles sociétés.

L’avenir sera-t-il caraïbe ?

Délire ? Jacques Delors (cité par André Gorz) écrivait en 1988 dans La France par l’Europe : « Un homme salarié de vingt ans avait, en 1946, la perspective de passer au travail en moyenne un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart ; et aujourd’hui, moins d’un cinquième. Ces fractures récentes mais profondes devraient se prolonger et induire d’autres logiques de production et d’échange. »

Vingt ans après et avec la révolution informatique, c’est encore plus vrai. La crise économique mondiale en cours n’est pas une menace pour le système capitaliste lui-même mais un processus de rationalisation globale en même temps qu’une opportunité d’en accélérer le mouvement.

Les faillites en cascade permettent une plus grande concentration des capitaux en même temps qu’un meilleur rendement du capital par une diminution considérable et rapide de la masse salariale. Le point de vue violemment unilatéral du capital sur le système évacue le problème d’une nouvelle socialisation indépendante de la valeur-travail et abandonne les peuples à la misère et à cette colère qui a déjà grondé dans les banlieues de l’hexagone qui sont comme ses colonies de l’intérieur.

En ce début de XXIe siècle, il est grand temps de signer ici, ansanm ansanm ("ensemble, ensemble !"), l’acte de décès de ce système mondial de pwofitasyion né ici.


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