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Bollywood triomphe à Hollywood ?

PLUIE D’OSCARS POUR L’INDE....

MAIS CE N’EST TOUJOURS PAS UN FILM INDIEN !

mardi 24 février 2009 par JMT

Nous, Indiens, avons appris à prendre les êtres humains tels qu’ils sont, c’est-à-dire, imparfaits. Et on ne pouvait souhaiter protagoniste plus sincère que le héros du film, joué par le jeune acteur anglo-indien Dev Patel qui, avec son regard intense et expressif, sait rester authentique.

Des bidonvilles au tapis rouge d’Hollywood, "Slumdog Millionaire" a vu son conte de fée se prolonger dimanche avec un triomphe aux Oscars, où il a obtenu huit récompenses dont celles du meilleur film.

Un Oscar pour les bidonvilles

par Shashi Tharoor

NEW DELHI – Les Indiens n’ont pas eu souvent l’occasion de se réjouir pour les Oscars, qui célèbrent chaque année à Hollywood les succès du cinéma. Au cours des 50 dernières années, seuls deux films indiens ont été nommés pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, mais n’ont rien remporté.

Les Indiens tirent donc un plaisir indirect du triomphe de films « du courant dominant » en rapport avec l’Inde – comme par exemple des sept Oscars remportés par Richard Attenborough en 1983 avec Gandhi , ou du succès de Sixième sens , écrit et réalisé par Manoj Night Shyamalan, Philadelphien d’origine indienne.

Cette année, l’attention du pays est rivée sur Slumdog Millionaire , succès inattendu de la saison – dont l’action a lieu en Inde, avec des personnages, acteurs et thèmes indiens – nommé dans dix catégories. En fait, pour la première fois, les citoyens indiens sont en compétition pour deux statuettes dorées : pour la meilleure chanson et pour la bande originale de A. R. Rahman.

Les films sur l’Inde réalisés par des Occidentaux n’ont généralement rien d’extraordinaire. Citons Indiana Jones et le temple maudit caractérisé par le racisme ignorant de Steven Spielberg et le bien intentionné La route des Indes , qui a de quoi faire honte à David Lean et met en scène un Alec Guinness qui fait des trilles, le visage grimé en brun pour l’occasion. Mais la plupart des Indiens considèrent Slumdog Millionaire comme une exception.

Réalisé par l’Anglais Danny Boyle ( Trainspotting ) et basé sur le roman captivant du diplomate indien Vikas Swarup, Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire [titre original : Q and A] , le film a ravi le coeur du public et de la critique dans le monde entier. Il raconte l’histoire d’un enfant des taudis, d’un sous-fifre dans un centre d’appels téléphoniques qui remporte un quiz télévisuel inspiré de Qui veut gagner des millions ? Exubérant, passionnant, tape-à-l’oeil et d’un réalisme à faire pâlir Dickens, Slumdog Millionaire donne vie au Mumbai d’aujourd’hui sous son côté peu reluisant, avec brio, compassion et une excellence cinématographique de A à Z.

L’Inde étant ce qu’elle est, le film – qui commence tout juste à être diffusé sur les écrans du pays, des mois après sa sortie en Occident – ne fait pas l’unanimité. Des habitants des bidonvilles ont manifesté contre son titre, jugeant le terme « slumdog » [littéralement : « chien des bidonvilles »], inventé par le scénariste, très offensant. Sur les pancartes des manifestants, on pouvait lire : « Nous ne sommes pas des chiens ». A la consternation d’Indiens progressistes, un magistrat a jugé recevable une pétition contre les cinéastes, même si l’on peine à croire que l’affaire ira loin.

Comme on pouvait s’y attendre, d’autres ont décrié la description extrêmement réaliste de la pauvreté et de la vie dans les bidonvilles. Filmé en grande partie avec de petites caméras numériques à l’épaule, dans le plus grand bidonville de Mumbai (et de l’Asie), à Dharavi, Slumdog Millionaire n’évite ni les monceaux d’ordures, ni les fosses d’aisance ni les égouts qui débordent. Une scène à la fois révoltante et hilarante concerne même des excréments humains.

Il ne s’agit pas pour autant d’un exercice de pornographie de la pauvreté. La vie dans les bidonvilles est décrite avec intégrité et dignité, et avec une joie de vivre qui transcende sa misère. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Slumdog Millionaire plaît aux cinéphiles du monde entier, contrairement à un film plus sombre comme La Cité de la joie , tourné dans les taudis de Calcutta.

Pour d’autres encore, le film montrerait les Indiens comme des individus fourbes, sans principes ni pitié ; et les seules personnes compatissantes du film seraient le couple de touristes blancs qui donne un peu d’argent au protagoniste. Cet élément pourrait être révélateur de la vision de Boyle de la nature humaine, or, la plupart des spectateurs indiens ont conscience de vivre dans un pays largement dénué de héros charismatiques.

Nous, Indiens, avons appris à prendre les êtres humains tels qu’ils sont, c’est-à-dire, imparfaits. Et on ne pouvait souhaiter protagoniste plus sincère que le héros du film, joué par le jeune acteur anglo-indien Dev Patel qui, avec son regard intense et expressif, sait rester authentique.

Alors, si Slumdog Millionaire ajoute à ses quatre Golden Globes, son Screen Actors Guild et ses sept récompenses du BAFTA (équivalent britannique des Oscars) un Academy Award ou trois, il y a de fortes chances pour que la plupart des Indiens fassent la fête. De plus, si une partie des bénéfices plus importants que prévus est consacrée aux bidonvilles où le film a été tourné, il est fort probable que les critiques finiront par se taire. Ce qu’ils veulent, après tout, c’est une partie de la gloire.

Slumdog Millionaire est le travail d’un artiste au sommet de son art. L’Inde est la palette de Boyle, et Mumbai – « cité maximum » grouillante et ses 19 millions de besogneux aux dents longues, qui se bousculent, complotent, luttent et tuent pour le succès – est son pinceau. Le portrait qui en résulte est fait de touches audacieuses, de couleurs vives et d’images frappantes. Il restera longtemps dans les esprits, qu’il rafle ou non les Oscars.

Shashi Tharoor est un romancier et un chroniqueur très apprécié. Il a été secrétaire général adjoint de l’ONU.

Copyright : Project Syndicate, 2009.

www.project-syndicate.org

Traduit de l’anglais par Magali Adams

Merci à Shirine Christine Josset d’avoir attiré notre attention sur cet article.

Oscars - Le triomphe de "Slumdog Millionaire"

le 23/02/2009 - 13h31

Le film de Danny Boyle remporte huit distinctions. Côté films étrangers, "Entre les Murs" de Laurent Cantet est battu par le japonais "Departures".

Anil Kapoor, Dev Patel et Freida Pinto de Slumdog Millionaire à leur arrivée aux 81e Academy Awards à Hollywood le 22 février 2009 Crédit Photo : REUTERS/Mario Anzuoni

Des bidonvilles au tapis rouge d’Hollywood, "Slumdog Millionaire" a vu son conte de fée se prolonger dimanche avec un triomphe aux Oscars, où il a obtenu huit récompenses dont celles du meilleur film.

Le metteur en scène britannique Danny Boyle a reçu le prix du meilleur réalisateur pour cette fable qui met en scène un orphelin des bidonvilles de Bombay devenu riche grâce à une émission de télévision à laquelle il participe pour retrouver la fille qu’il aime.

Le scénariste Simon Beaufoy, qui a pris quelques libertés avec le roman "Q&A" dont il est tiré, a quant à lui obtenu l’Oscar de la meilleure adaptation.

En venant chercher son prix, Danny Boyle a remercié sa famille, l’équipe du film et la ville de Bombay, où a été tourné "Slumdog Millionaire", également primé pour la meilleure photographie ou la meilleure chanson originale.

"Slumdog Millionaire" éclipse "Benjamin Button"

Favori de la grand messe du cinéma américain depuis sa victoire aux Golden Globes, souvent considéré comme une répétition des Oscars, "Slumdog Millionaire" a éclipsé "L’étrange histoire de Benjamin Button", autre prétendant à une longue liste de prix.

Le film de David Fincher, où Brad Pitt campe un homme dont la vie se déroule à l’enver, a dû se contenter de récompenses dans les catégories techniques, dont celle du maquillage.

Placée comme chaque année sous le signe du glamour, malgré la crise, la cérémonie a vu défiler une pleïade de vedettes revenues, selon les experts, à un style sophistiqué rappelant les années glorieuses d’Hollywood.

Un classicisme incarné par Kate Winslet, honorée par l’Oscar de la meilleure actrice pour son rôle d’ancienne gardienne de camp de concentration nazi pendant la Seconde guerre mondiale dans "Le Liseur", adapté du roman de Bernhard Schlink.

Enveloppée dans une large robe blanche, l’Espagnole Penelope Cruz a pour sa part reçu le prix du meilleur second rôle féminin pour son interprétation d’une artiste impétueuse et passionnée dans "Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen.

Le prix du meilleur acteur est revenu à Sean Penn, vainqueur par KO du match au sommet qui l’opposait au revenant Mickey Rourke. Déjà honoré pour son rôle dans "Mystic River" en 2004, l’acteur de 48 ans obtient sa deuxième récompense avec son interprétation du militant de la cause homosexuelle Harvey Milk, assassiné à la mairie de San Francisco en 1978.

Titre posthume pour Heath Ledger

L’Oscar du meilleur second rôle a couronné l’ultime performance de l’Australien Heath Ledger, qui campait dans "The Dark Knight" un inquiétant Joker, l’ennemi intime de Batman.

Retrouvé mort à 28 ans dans son appartement de New York en janvier 2008, six mois avant la sortie du film, après une absorption excessive de médicaments, Heath Ledger est seulement le deuxième acteur honoré à titre posthume après Peter Finch en 1976.

La plus grosse surprise de la soirée est venue des films étrangers, où les deux favoris "Valse avec Bachir" et la palme d’or cannoise "Entre les murs" ont été pris de vitesse par "Departures", film japonais sur un musicien classique qui devient embaumeur.

Le palmarès complet

Voici le palmarès de la 81e cérémonie des Oscars, organisée dimanche à Hollywood.

FILM

"Slumdog Millionaire" (Fox Searchlight)

ACTEUR

Sean Penn dans "Milk" (Focus Features)

ACTRICE

Kate Winslet dans "Le Liseur" (The Weinstein Company)

REALISATEUR

Danny Boyle pour "Slumdog Millionaire" (Fox Searchlight)

FILM ETRANGER

"Departures" — Japon

SECOND ROLE MASCULIN

Heath Ledger dans "The Dark Knight" (Warner Bros)

SECOND ROLE FEMININ

Penelope Cruz dans "Vicky Cristina Barcelona" (The Weinstein Company)

SCENARIO ORIGINAL

Dustin Lance Black pour "Milk" (Focus Features)

SCENARIO ADAPTE

Simon Beaufoy pour "Slumdog Millionaire" (Fox Searchlight)

FILM D’ANIMATION

Andrew Stanton pour "WALL-E" (Walt Disney)

COURT-METRAGE D’ANIMATION

Kunio Kato pour "La Maison en Petits Cubes" (A Robot Communications Production)

DIRECTION ARTISTIQUE

Donald Graham Burt et Victor J. Zolfo pour "L’étrange histoie de Benjamin Button" (Paramount and Warner Bros)

COSTUMES

Michael O’Connor pour "The Duchess" (Paramount Vantage, Pathe and BBC Films)

MAQUILLAGE

Greg Cannom pour "L’étrange histoire de Benjamin Button"

PHOTOGRAPHIE

Anthony Dod Mantle pour "Slumdog Millionaire" (Fox Searchlight)

COURT-METRAGE

Jochen Alexander Freydank pour "Spielzeugland (Toyland)", a Mephisto Film production

DOCUMENTAIRE

James Marsh et Simon Chinn pour "Man on Wire" (Magnolia Pictures)

COURT-METRAGE DOCUMENTAIRE

Megan Mylan pour "Smile Pinki", a Principle production

EFFETS SPECIAUX

Eric Barba, Steve Preeg, Burt Dalton and Craig Barron for "The Curious Case of Benjamin Button" (Paramount and Warner Bros)

BANDE ORIGINALE

A.R. Rahman pour "Slumdog Millionaire" (Fox Searchlight)

CHANSON ORIGINALE

"Jai Ho" pour "Slumdog Millionaire" (Fox Searchlight), music de A.R. Rahman, paroles de Gulzar

(D’après agence)

VIDEOS

Oscars : Bollywood triomphe à Hollywood

23 février 2009 - 20h00

Le film ’’Slumdog Millionaire’’ a raflé huit statuettes dont celle du meilleur film. Une belle revanche pour ce conte de fées indien à petit budget. La Redaction

Reportage : "Slumdog Millionaire" 8 fois oscarisé : la fierté à Bombay

23 février 2009 - 19h00

La population des bidonvilles de Bombay a fêté le triomphe de "Slumdog Millionaire" à la cérémonie des Oscars.

LCI.fr

Oscars : L’Inde fête le triomphe de "Slumdog Millionaire" 23 février 2009 - 08h26

En Inde, et plus particulièrement à Bombay, les habitants ont suivi avec ferveur le sacre du film de Danny Boyle aux Oscars. Explications de notre correspondante. LCI.fr

Oscars : Carton plein pour Danny Boyle

23 février 2009 - 07h23

Le réalisateur britannique est comblé. Il a reçu dimanche aux Oscars huit distinctions pour "Slumdog Millionnaire", dont celles de meilleur réalisateur et meilleur film. LCI.fr

Oscars : L’Inde fête le triomphe de "Slumdog Millionaire"

23 février 2009 - 08h26

En Inde, et plus particulièrement à Bombay, les habitants ont suivi avec ferveur le sacre du film de Danny Boyle aux Oscars. Explications de notre correspondante. LCI.fr

Oscars : Le palmarès en images

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