AID Association initiatives dionysiennes
Approximations, contre-vérités voire ignorance complète

Les mensonges présidentiels plombent la crédibilité de l’Etat

jeudi 19 février 2009 par JMT

Entre 15.000 et 30.000 personnes ont manifesté jeudi à Paris pour protester contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs. Valérie Pécresse a affirmé que la médiatrice nommée pour "lever tous les malentendus" lui proposerait "un nouveau texte dans les semaines qui viennent".

Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m’intéresse avant tout, et ce à quoi j’ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c’est de réfléchir à des structures mathématiques, d’en parler avec mes collègues en France et à l’étranger et d’enseigner à mes étudiants.

Dans un discours, prononcé par Nicolas Sarkozy le 22 Janvier 2009 à l’occasion du lancement de la "réflexion pour une Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation" et devant quelques Ministres, présidents d’universités et chefs d’entreprises ; le président de l’Etat s’est montré "méprisant" et "haineux" contre la communauté scientifique en France. La vidéo est visible sur le site de l’Elysée.

Le monde universitaire bat le pavé contre la réforme

le 19/02/2009 - 17h39

Entre 15.000 et 30.000 personnes ont manifesté jeudi à Paris pour protester contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs. Valérie Pécresse a affirmé que la médiatrice nommée pour "lever tous les malentendus" lui proposerait "un nouveau texte dans les semaines qui viennent".

Crédit Photo : LCI Manifestation des enseignants chercheurs à Paris, le 19 février 2009

Les enseignants-chercheurs sont descendus une nouvelle fois dans la rue ce jeudi. Une vingtaine de défilés étaient en effet organisés partout en France dans le cadre de la journée de mobilisation des universitaires. A Paris, entre 15.000 personnes, selon la police, et 30.000, selon les organisateurs, ont défilé derrière une banderole de tête proclamant "universitaires, chercheurs, Biatoss et ITA, étudiants, unis pour l’enseignement supérieur et la recherche".

A Marseille, 5000 personnes selon les organisateurs, 2000 selon la police ont manifesté aux cris, entre autres, de "Sarkozy, Pécresse, Darcos démission" ou "Union, action, insurrection".

Les manifestants, avec à leur tête un groupe d’étudiants en musique et théâtre qui ont joué tout au long de la marche "pour signifier l’importance de la culture", portaient des pancartes clamant : "Mets tes réformes au placard, on en a tous marre" ou dénonçant une "France sans CNRS = recherche en détresse".

Des manifestations avaient aussi lieu à Amiens, Boulogne-sur-mer, Bordeaux, Calais, Dijon, Dunkerque, Le Havre, Lille, Lyon, Nice, Orléans, Reims, Rouen, Strasbourg, Toulouse et Tours.

Evaluation des enseignants-chercheurs "par leurs pairs"

Cette journée était organisée à l’appel de la coordination nationale des universités et d’une intersyndicale (FSU, CGT, FO, Solidaires, Sauvons la recherche, Sauvons l’université, Unef), rejointes par l’Unsa Education et le syndicat du supérieur AutonomeSup.

Ses objectifs sont le retrait de la réforme du statut des universitaires, le retrait de celle de la formation des enseignants, le rétablissement des postes supprimés dans le supérieur et le refus du démantèlement des grands organismes de recherche.

De son côté, la Conférence des présidents d’universités (CPU), réunie jeudi à Paris, a demandé au gouvernement de "rétablir" les 450 emplois supprimés et de s’engager à ne pas en supprimer jusqu’en 2012, conditions nécessaires à une "sortie de crise".

En outre, la CPU a réclamé "des moyens humains supplémentaires, selon une programmation pluriannuelle" pour que les universités puissent faire face à leurs missions, y compris les nouvelles.

Au Sénat, Valérie Pécresse a affirmé jeudi que la médiatrice nommée pour "lever tous les malentendus dans la communauté universitaire" lui proposerait "un nouveau texte dans les semaines qui viennent".

Pour apaiser les enseignants-chercheurs qui craignent que leur indépendance soit remise en cause par cette réforme, Valérie Pécresse a affirmé que "le principe de l’indépendance des enseignants-chercheurs (en) sera la pierre angulaire".

S’agissant de leur évaluation, elle a assuré qu’elle serait "nationale" et "faite par leurs pairs". "Non", a-t-elle poursuivi, "il n’y aura pas d’évaluation locale par les présidents d’université".

D’après agence

Monsieur le Président, vous ne mesurez peut-être pas la défiance...,

par Wendelin Werner ,LE MONDE Mis à jour le 18.02.09 15h17

Etudiants en université

Je ne pensais pas un jour me retrouver dans la situation qui est la mienne aujourd’hui, à savoir écrire une lettre ouverte au président de la République française : ce qui m’intéresse avant tout, et ce à quoi j’ai choisi de consacrer ma vie professionnelle, c’est de réfléchir à des structures mathématiques, d’en parler avec mes collègues en France et à l’étranger et d’enseigner à mes étudiants.

J’ai eu le privilège de voir mes travaux aboutir et récompensés par un prix important. Cela me donne une certaine responsabilité vis-à-vis de ma communauté et me permet aussi d’être un peu plus écouté par les médias et le pouvoir politique.

Comme le montre le sociologue allemand Max Weber dans son diptyque Le Savant et le Politique, auquel Barack Obama s’est d’ailleurs implicitement référé dans son discours d’investiture, nous devons partager une même éthique de la responsabilité. C’est au nom de celle-ci que je m’adresse aujourd’hui à vous.

Vous ne mesurez peut-être pas la défiance quasi unanime à votre égard qui s’installe dans notre communauté scientifique. L’unique fois où nous avons pu échanger quelques mots, vous m’avez dit qu’il était important d’arriver à se parler franchement, au-delà des divergences, car cela fait avancer les choses. Permettez-moi donc de nouveau de m’exprimer, mais de manière publique cette fois.

Je m’y sens aussi autorisé par l’extrait suivant du discours que vous aviez prononcé il y a un an lors de votre venue à Orsay pour célébrer le prix Nobel d’Albert Fert : "La tâche est complexe, et c’est pourquoi j’ai voulu m’entourer des plus grands chercheurs français, dont vous faites partie, pour voir comment on pouvait reconfigurer notre dispositif scientifique et lui rendre le pilotage le plus efficace possible. Je les consulterai régulièrement, ces grands chercheurs, et je veux entendre leurs avis." Je vous donne donc mon avis, sans crainte et en toute franchise.

Votre discours du 22 janvier a, en l’espace de quelques minutes, réduit à néant la fragile confiance qui pouvait encore exister entre le milieu scientifique et le pouvoir politique. Il existait certes, déjà, une réaction hostile d’une partie importante de notre communauté aux différents projets mis en place par votre gouvernement et leur motivation idéologique. Mais c’est uniquement de votre discours et de ses conséquences dont je veux parler ici.

Tous les collègues qui l’ont entendu, en direct ou sur Internet, qu’ils soient de droite ou de gauche, en France ou à l’étranger (voir la réaction de la revue Nature), sont unanimement catastrophés et choqués. De nombreuses personnes présentes à l’Elysée ce jour-là m’ont dit qu’elles avaient hésité à sortir ostensiblement de la salle, et les réactions indignées fleurissent depuis.

Rappelons que vous vous êtes adressé à un public comprenant de nombreux scientifiques dans le cadre solennel du palais de l’Elysée. Je passerai sur le ton familier et la syntaxe approximative qui sont de nature anecdotique et ont été suffisamment commentés par ailleurs.

Lorsque l’on me demande à quoi peut servir une éducation mathématique au lycée pour quelqu’un dont le métier ne nécessitera en fait aucune connaissance scientifique, l’une de mes réponses est que la science permet de former un bon citoyen : sa pratique apprend à discerner un raisonnement juste, motivé et construit d’un semblant de raisonnement fallacieux et erroné.

La rigueur et le questionnement nécessaires, la détermination de la vérité scientifique sont utiles de manière plus large. Votre discours contient des contrevérités flagrantes, des généralisations abusives, des simplifications outrancières, des effets de rhétorique douteux, qui laissent perplexe tout scientifique.

Vous parlez de l’importance de l’évaluation, mais la manière dont vous arrivez à vos conclusions est précisément le type de raisonnement hâtif et tendancieux contre lequel tout scientifique et évaluateur rigoureux se doit de lutter.

Nous sommes, croyez-moi, très nombreux à ne pas en avoir cru nos oreilles. Vous, qui êtes un homme politique habile, et vos conseillers, qui connaissent bien le monde universitaire, deviez forcément prévoir les conséquences de votre discours.

Je n’arrive pas à comprendre ce qui a bien pu motiver cette brutalité et ce mépris (pour reprendre les termes de Danièle Hervieu-Léger, la présidente du comité que vous avez mis en place ce jour-là), dont l’effet immédiat a été de crisper totalement la situation et de rendre impossible tout échange serein et constructif.

De nombreux étudiants ou collègues de premier plan, écoeurés, m’ont informé durant ces quinze derniers jours de leur désir nouveau de partir à l’étranger. J’avoue que cela m’a aussi, un très court instant, traversé l’esprit en écoutant votre intervention sur Internet.

Le peu de considération que vous semblez accorder aux valeurs du métier de scientifique, qui ne se réduisent pas à la caricature que vous en avez faite - compétition et appât du gain -, n’est pas fait pour inciter nos jeunes et brillants étudiants à s’engager dans cette voie.

La ministre et vos conseillers nous assurent depuis plus d’un an que vous souhaitez authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française. Mais vous n’y parviendrez pas en l’humiliant et en la touchant en son principe moteur : l’éthique scientifique.

Comme vous l’expliquez vous-même, la recherche scientifique doit être une priorité pour un pays comme la France. En l’état actuel des choses, il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance.

De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d’être instrumentalisés s’ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. Les cabinets de la ministre de la recherche et du premier ministre ont certainement conscience de l’impasse dans laquelle vous les avez conduits. J’ai essayé de réfléchir ces derniers jours à ce qui serait envisageable pour sauver ce qui peut encore l’être et sortir de l’enlisement actuel.

Un début de solution pourrait être de vous séparer des conseillers qui vous ont aidé à écrire ce discours ainsi que de ceux qui ne vous ont pas alerté sur les conséquences de telles paroles. Ils sont aussi responsables de la situation de défiance massive dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, et que votre intervention du 22 janvier a cristallisée.

Ils ont commis, à mon sens, une faute grave et c’est votre propre dogme que toute faute mérite évaluation et sanction appropriée. Cela permettrait à notre communauté de reprendre quelque espoir et de travailler à améliorer notre système dans un climat apaisé, de manière moins idéologique et plus transparente.

Il est, pour moi, indispensable de recréer les conditions d’un véritable dialogue. L’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur est certes un chantier urgent mais, comme vous l’aviez noté il y a un an, il est d’une extrême complexité. Sa réforme demande de l’intelligence et de la sérénité. Il n’appartient qu’à vous de corriger le tir.

Wendelin Werner, professeur de mathématiques, université Paris-Sud et Ecole normale supérieure ,Médaille Fields 2006 et membre de l’Académie des sciences

"You must be the change you want to see in the world" - Mahatma Gandhi

Intox dans le discours de Nicolas Sarkozy sur la recherche

mardi 10 février 2009

Dans un discours, prononcé par Nicolas Sarkozy le 22 Janvier 2009 à l’occasion du lancement de la "réflexion pour une Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation" et devant quelques Ministres, présidents d’universités et chefs d’entreprises ; le président de l’Etat s’est montré "méprisant" et "haineux" contre la communauté scientifique en France. La vidéo est visible sur le site de l’Elysée.

D’après les enseignants-chercheurs, au delà du "mépris" et des "insultes", le discours de Sarkozy était surtout "mensonger". Voici un résumé du discours de Sarkozy commenté par une équipe de scientifiques marseillais :

voir la vidéo du discours du 22 janvier 2009

Deux exemples :

Le président Sarkozy : "ce n’est pas une question d’idéologie, ce n’est pas une question de droite ou de gauche, c’est une question de bon sens".

Evolution du financement de la recherche entre 1993 et 2005

Le président Sarkozy : "nous ne sommes pas aujourd’hui dans le peloton de tête des pays industrialisés pour la recherche et l’innovation"

Place honorable de la recherche française

"Qui dit un mensonge en dit cent" Proverbe français


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