AID Association initiatives dionysiennes
Attaque générale contre des libertés essentielles

La Sarkofrance nouvelle est en marche !

mercredi 17 décembre 2008 par JMT

Le gouvernement et l’UMP sont tellement agacés que la gauche s’oppose à l’Assemblée, en ralentissant l’adoption de leurs projets, qu’ils viennent de mettre au point un véritable arsenal destiné à museler l’opposition et, au-delà, le parlement dans son essence même.

Mesurez-vous, Monsieur le Président, l’incalculable portée de vos propos qui va renforcer la stigmatisation des fous, remettre les soignants en position de gardiens et alarmer les braves gens habitant près du lieu de soin de la folie ? Vous donnez consistance à toutes les craintes les moins rationnelles, qui désignant tel ou tel, l’assignent dans les lieux de réclusion.

Comment la majorité veut museler le parlement

16/12/2008

Le gouvernement et l’UMP sont tellement agacés que la gauche s’oppose à l’Assemblée, en ralentissant l’adoption de leurs projets, qu’ils viennent de mettre au point un véritable arsenal destiné à museler l’opposition et, au-delà, le parlement dans son essence même.

L’objet porte le doux nom de « projet de loi organique visant à l’application des articles 34-1, 39 et 44 de la Constitution ». Il a été adopté en conseil des ministres mercredi dernier et il est programmé pour le 16 janvier dans l’hémicycle, après un passage au canon en commission des lois le 7 janvier à 9 h 30.

Dans un jargon bien hermétique, trois articles de ce texte prévoient de retirer presque complètement le droit d’amendement aux députés et de limiter leur temps de parole. C’est tout simple, il suffisait d’y penser...

Cette note porte sur le droit d’amendement mais en appelle une seconde sur le temps de parole.

L’article 11 prévoit qu’après l’expiration des délais, sont « seuls recevables les amendements déposés par le gouvernement ou par la commission saisie au fond ». Cela n’a – a priori – l’air de rien mais l’application de ces quelques mots est redoutable.

Pour le comprendre, il faut intégrer le fait que demain (c’est-à-dire à partir du 1er mars 2009), ne viendront en discussion dans l’hémicycle que les textes adoptés par l’une des 8 commissions permanentes de l’Assemblée.

Pour le moment, le premier débat a lieu au sein des commissions. Y participent les députés qui en sont membres mais aussi tous ceux qui peuvent être intéressés par le sujet.

Par contre, seuls les premiers peuvent déposer des amendements. Ces suggestions de modification des textes sont discutées, votées et donc parfois adoptées y compris celles de l’opposition (si, si cela arrive...).

Ensuite, le texte vient dans l’hémicycle, et là tous les députés peuvent déposer des amendements. S’en suit alors une discussion article par article, amendement par amendement.

C’est un travail minutieux au terme duquel il est rare que le projet de loi ne soit pas enrichi avant d’être voté. Bien entendu, mais c’est la logique de la démocratie, la majorité garde le contrôle du résultat du vote final.

Demain, le premier -et en fait seul- débat aura lieu en commission dans les mêmes conditions. Par contre, dans l’hémicycle, les députés ne pourront plus amender le texte adopté par la commission. Et c’est là que réside l’inacceptable.

Car si tout est verrouillé pour les élus, le gouvernement reste par contre totalement libre. S’il a été battu en commission ou s’il n’accepte pas le travail de cette dernière, il pourra avant le passage dans l’hémicycle proposer une nouvelle écriture qui contredira le vote de la commission.

Il pourra même déposer des amendements vidant de leur sens les enrichissements acceptés par les députés. Tout cela devant des parlementaires impuissants puisqu’il leur sera interdit de contre-attaquer en déposant de nouveaux amendements !

Un gouvernement tout-puissant n’acceptant aucune entrave, une majorité réduite au rang de faire-valoir et une opposition muselée, voilà concrètement la revalorisation du parlement façon Sarkozy !

Mais que l’on me comprenne bien, défendre le droit d’amendement comme je le fais ici n’est pas un combat d’un parlementaire pour les parlementaires.

Derrière ce projet, c’est la possibilité pour les associations, pour les syndicats et pour les milliers d’acteurs de la vie civile de faire entendre leurs points de vue !

Lettre ouverte du Dr Guyader à Nicolas Sarkozy : réforme de l’hospitalisation en psychiatrie

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République à propos de son discours du 2 décembre 2008 à l’hôpital Erasme d’ANTONY concernant une réforme de l’hospitalisation en psychiatrie.

Etampes, le 8 décembre 2008

Monsieur le Président,

Eluard écrit dans Souvenirs de la Maison des Fous « ma souffrance est souillée ».

Après le meurtre de Grenoble, votre impatience à répondre dans l’instant à l’aspiration au pire, qu’il vaudrait mieux laisser dormir en chacun d’entre nous, et que vous avez semble t-il tant de difficulté à contenir, vous a amené dans votre discours du 2 décembre à l’hôpital Erasme d’Antony à souiller la souffrance de nos patients.

Erasme, l’auteur de « L’Eloge de la Folie » eut pu mieux vous inspirer, vous qui en un discours avez montré votre intention d’en finir avec plus d’un demi siècle de lutte contre le mauvais sort fait à la folie : l’enfermement derrière les hauts murs, lui appliquant les traitements les plus dégradants, leur extermination en premier, quand la barbarie prétendit purifier la race, la stigmatisation au quotidien du fait simplement d’être fou.

Vous avez à Antony insulté la mémoire des Bonnafé, Le Guillant, Lacan, Daumaison et tant d’autres, dont ma génération a hérité du travail magnifique, et qui ont fait de leur pratique, ¦uvre de libération des fécondités dont la folie est porteuse, oeuvre de libération aussi de la pensée de tous, rendant à la population son honneur perdu à maltraiter les plus vulnérables d’entre nous.

Lacan n’écrit-il pas « l’homme moderne est voué à la plus formidable galère sociale que nous recueillions quand elle vient à nous, c’est à cet être de néant que notre tâche quotidienne est d’ouvrir à nouveau la voie de son sens dans une fraternité discrète, à la mesure de laquelle nous sommes toujours trop inégaux ».

Et voilà qu’après un drame, certes, mais seulement un drame, vous proposez une fois encore le dérisoire panégérique de ceux que vous allez plus tard insulter leur demandant d’accomplir votre basse besogne, que les portes se referment sur les cohortes de patients.

De ce drame, vous faites une généralité, vous désignez ainsi nos patients comme dangereux, alors que tout le monde s’entend à dire qu’ils sont plus vulnérables que dangereux.

Mesurez-vous, Monsieur le Président, l’incalculable portée de vos propos qui va renforcer la stigmatisation des fous, remettre les soignants en position de gardiens et alarmer les braves gens habitant près du lieu de soin de la folie ?

Vous donnez consistance à toutes les craintes les moins rationnelles, qui désignant tel ou tel, l’assignent dans les lieux de réclusion.

Vous venez de finir d’ouvrir la boîte de Pandore et d’achever ce que vous avez commencé à l’occasion de votre réplique aux pêcheurs de Concarneau, de votre insulte au passant du salon de l’agriculture, avilissant votre fonction, vous déprenant ainsi du registre symbolique sans lequel le lien social ne peut que se dissoudre. Vous avez donc, Monsieur le Président, contribué à la destruction du lien social en désignant des malades à la vindicte, et ce, quelques soient les précautions oratoires dont vous affublez votre discours et dont le miel et l’excès masquent mal la violence qu’il tente de dissimuler.

Vous avez donc, sous l’apparence du discours d’ordre, contribué à créer un désordre majeur, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale en désignant à ceux qui ne demandent que cela, des boucs émissaires, dont mes années de pratique m’ont montré que justement, ils ne pouvaient pas se défendre.

Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible.

J’affirme ici mon ardente obligation à ne pas mettre en ¦uvre vos propositions dégradantes d’exclure du paysage social les plus vulnérables.

Il en va des lois comme des pensées, certaines ne sont pas respectables ; je ne respecterai donc pas celle dont vous nous annoncez la promulgation prochaine.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, la très haute considération que je porte à votre fonction.

Docteur Michaël GUYADER Chef de service du 8ème secteur de psychiatrie générale de l’Essonne, Psychanalyste.

Michaël Guyader, Médecin psychiatre à Morsang-sur-Orge

J’ai très vite pensé que je pouvais m’emparer de quelque chose de la pensée de Lucien Bonnafé et la mettre en oeuvre dans ma pratique.

C’est ce que j’ai fait dès ma première année d’assistanat. J’ai été nommé dans un endroit curieux, l’hospice départemental de Tipré à Plaisir, un grand lieu de réclusion ordinaire.

J’avais 1100 patients, tous relégués au bout du monde. L’eau chaude dans les salles de bain était arrivée deux ans auparavant. Les gens étaient punis...

Un établissement d’un autre temps. Je suis passé à l’offensive dès le premier jour de mon arrivée et j’ai déployé des choses évidentes comme le fait que les gens n’étaient pas voués à vivre dans cet endroit, qu’on pouvait leur imaginer une vie ailleurs, chez eux.

On a constitué un petit groupe de travail, rédigé un rapport sur ce qui se passait et fait des propositions alternatives. Étaient réunies les forces vives, les syndicats, des médecins qui avaient envie de se battre.

Ça a donné lieu à la rédaction de mon mémoire de psychiatre, une analyse des pratiques ségrégatives et des propositions déségrégatives orientées par la pensée de Bonnafé. Ça a été le point important de notre rencontre.

Naturellement, j’ai été massacré lors de ma soutenance par un président du Jury qui a comparé mon mémoire à Mein Kampf. J’avais touché là où ça parlait, à un asile que ces gens-là contribuaient à maintenir en l’état.

J’ai apporté mon mémoire à Lucien qui m’a dit une chose qui reste encore dans la tête, une porte ouverte : "Je suis souvent cité, toi tu me cites opportunément.

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Quelques liens

Le président et les fous

Le site famiweb.be


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