AID Association initiatives dionysiennes

HOMMAGE A LUCIE AUBRAC

Lucie Aubrac, signataire de l’Appel des Résistants aux jeunes générations. Trois extraits de ses souvenirs.

dimanche 18 mars 2007 par JMT

Le 15 Mars 1944, le Conseil National de la Résistance, en pleine guerre, adoptait un programme destiné à gérer la fin et la sortie de la guerre : communistes, socialistes, gaullistes, démocrates-chrétiens, et résistants non encartés politiquement ont ainsi posé les bases de la société française des "30 glorieuses".

D’immenses avancées sociales ont ainsi accompagné la reconstruction d’une France qui n’avait jamais été aussi riche. Cela ne fut possible que parce que l’opprobre de la collaboration et ultérieusement le "danger communiste" et la guerre froide avaient temporairement mis sur la touche les possédants, gros rentiers, et autres magouilleurs de tout poil qui se remplissaient les poches au marché noir pendant que mourraient les combattants de l’ombre dans les geôles de l’occupant et de la fraction collabo de l’administration française (souvenez vous notamment des procès Bousquet, Papon ou de celui en cours contre la SNCF et les scandaleux trains de la déportation qu’elle a traité comme une vulgaire mais juteuse "affaire commerciale"). L’union des forces de progrès social a pu réaliser une grande partie de ce programme mais dès 1967 la droite a repris du poil de la bête et a commencé à le remettre en cause discrètement par petites touches et la gauche "de gouvernement" a poursuivi son oeuvre de destruction, préférant les intérêts bien compris des multinationales "sponsorisatrices" à ceux d’électeurs ingrats et volatils !

60 ans plus tard, un groupe de résistants dont Lucie Aubrac, invités par Attac France à l’initiative de Luc Douillard, ont voulu rappeler ces moments d’unité créatrice basés sur la solidarité , la fraternité et la coopération, au moment où se déchaînaient les forces individualistes et où seul l’appât de l’argent pour quelques uns justifie la démolition de toute forme de solidarité et de service public au détriment de tous.

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Disparition de Lucie Aubrac, signataire de l’Appel des Résistants aux jeunes générations, du 8 mars 2004 (ATTAC). Trois extraits de ses souvenirs. par Luc Douillard

Nos amitiés à Raymond son mari, à sa famille, à tous ceux qui l’ont connue. ...

A l’annonce de la disparition de Lucie, figure lumineuse de la Résistance, entre toutes, nous relisons son ouvrage « Ils partiront dans l’ivresse » paru au Seuil en 1984, dont voici trois extraits choisis :

Jeudi 21 octobre 1943 [Départ définitif de la maison familiale, à la veille du coup de main visant à libérer Raymond, page 173.]

La porte refermée, je me demande si la maison a une mémoire. Se souvient-elle de nous deux, de notre bonheur ? De la détente que notre accueil procurait à tous ces résistants, amis de longues dates ou connus récemment ? Notre adresse ! Combien l’ont notée ? « Vous allez à Lyon, passez donc chez Lucie Bernard et Raymond Samuel, ils sont dans un Mouvement. Ils vous aideront, et il y a toujours de la place chez eux. » Chaque année à Noël, je décore un arbre. Trois Noëls depuis l’été 1940, avec des petites paquets cadeaux, modestes cartes, que je distribue à qui passe à cette période. La surprise de ces hommes rudes, engagés dans le combat clandestin, leur émotion et leur merci ! Un petit peu de chaleur, un souffle de vie normale au milieu des dangers de l’anonymat.

Dimanche 7 novembre 1943 [Sur les routes du Beaujolais, en route vers une cache pour un décollage clandestin vers l’Angleterre, page 208.]

En cette saison, les vignes sont désertes, vendanges faites, et c’est le moment de goûter le vin nouveau. Tout à coup, dans cette voiture, avec ces inconnus, il me semble réaliser pleinement pourquoi nous en sommes arrivés à cette situation insolite. Toutes mes racines sont là : cette terre avec son passé, ses traditions, ses habitants qui la travaillent puis qui dorment sous elle, c’est cela que je ne veux pas perdre. Notre gaîté, notre liberté, nos plaisirs, notre mode de vie, l’accueil que mes oncles font aux passants sur le pas de leur cave, leur tasse à dégustation à la main. Il n’est pas possible que tout cela disparaisse. La grisaille chevrotante, la servilité camouflée sous une morale de punition, c’est Pétain et Vichy. Ce n’est pas la France ! Et ces conquérants pillards, pleins de morgue, qui remplissent les trains de marchandises d’être de tous âges, de toutes races, et aussi d’ouvriers communistes ou de prêtres qui ont caché des enfants juifs, ils ne seront jamais nos alliés, et nous refusons qu’ils deviennent nos maîtres.

« Raymond, regarde cette campagne, cette harmonie. Nous ne pouvons pas perdre tout cela !

- Nous ne payerons jamais trop cher le droit de la garder », dit Raymond.

Jeudi 20 janvier 1944 [Lons, page 239].

Un médecin, le docteur Michel, qui soigne depuis longtemps les gars de la Résistance, m’examine. « Le bébé est engagé, constate-t-il. Vous n’avez pas même un petit mois devant vous. »

Je lui précise que je suis sûre de la date de conception : le 14 mai. « Alors, dit-il, l’accouchement aura lieu entre le 10 et le 15. »

Il sait que j’attends un départ pour Londres, connaît mes activités passées et le rôle de Raymond. Depuis nos pérégrinations, de cachettes en départs ratés, nous sommes accompagnés d’une espèce de légende : on fait inlassablement raconter à Raymond l’arrestation de Caluire, et moi je suis bien obligée d’enchaîner avec l’attaque de la camionnette allemande. Pendant un de mes rares moments de réflexion, je dis au docteur que c’est ainsi qu’ont dû naître les chansons de geste. J’arriverai sûrement en Angleterre comme la-femme-à-la-mitraillette-qui-a-sauvé-son-mari, et plus tard, la guerre finie, j’aurai du mal à échapper à ce cliché. Et pourtant, cette évasion qui a sauvé mon amour n’est qu’un fait divers dans la masse des actions héroïques accomplies à travers ces années de Résistance.

« Oui, me répond le docteur, mais ce sont des faits divers comme celui-là qui nous maintiennent le moral. (…) »

on ze webblog : http://lucky.blog.lemonde.fr

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AID a marqué ce 60è anniversaire par deux événements à St Denis, opération plaques de rues en centre ville et commémoration devant la sécurité sociale (voir les archives du site http://site.voila.fr/aid97400).

AID présente ses condoléances à la famille de Lucie Aubrac et à ses amis résistants et leur renouvelle ses remerciements et son admiration pour les sacrifices qu’ils ont consentis et dont nous sommes toujours les bénéficiaires directs.


Forum

  • HOMMAGE A LUCIE AUBRAC
    20 mars 2007, par Bribri le Pepiaph

    Lucie Aubrac se déplaçait souvent à l’invitation de la jeunesse (collèges et lycées) pour faire partager sa vie de résistance, qui ne s’est pas arrêtée à la "libération". C’est lors d’une de ces occasions que j’ai eu la chance de l’entendre lors d’une reception dans une mairie et d’être impressionné par l’énergie intacte qu’elle avait gardée por resister à toutes les injustices qui font partie de notre monde, et aussi par sa force de conviction qu’il ne faut jamais laissé tombé un combat, même s’il semble perdu.

    Merci à elle et à toutes celles et tous ceux qui ne baissent pas les bras.

    Philippe Barbier

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