AID Association initiatives dionysiennes
Diplo......docus.......

Des médias...partiaux et manipulateurs ?

Amerique Latine, bidouillages informatiques et diète pour RFI

vendredi 5 décembre 2008 par JMT

Le 1er mars 2008, un commando de l’armée colombienne bombardait et tuait, en territoire équatorien, le numéro deux et « ministre des affaires étrangères » des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Raúl Reyes. Outre la crise régionale déclenchée par le viol du territoire équatorien, un scandale de dimension internationale éclata lorsque trois ordinateurs, deux disques durs et trois clés USB « récupérés près du corps du guérillero et lui appartenant » révélèrent leurs « secrets ».

Aucun tribunal ne pourrait s’appuyer sur les résultats d’un tel rapport pour juger quiconque ou quelque pays que ce soit. Mais la rumeur court, faisant les gros titres. Elle n’en finit pas d’être alimentée, atteignant l’Equateur et, surtout, le Venezuela.

Réunis à Caracas le 26 novembre, les dirigeants des six pays membres de l’Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba), rejoints par l’Equateur, ont non seulement décidé de créer un Fonds de stabilisation et de réserve qui les protègera collectivement, mais aussi, pour toutes les transactions commerciales, tant intra-zone que hors-zone, de se doter d’une unité de compte commune assortie d’une chambre de compensation de paiements. Cette unité de compte et cette chambre porteront le nom de Système unitaire de compensation régionale ou Sucre.

Commentaires mitigés dans nombre de médias après la consultation électorale du 23 novembre au Venezuela. Le président Hugo Chávez et ses partisans auraient perdu la main. Malgré leur victoire (difficile à occulter).

La nouvelle direction de RFI envisage d’arrêter la diffusion de ses programmes en allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien, jusqu’alors assurée par six rédactions en langues étrangères. De même, les programmes en russe, chinois, persan et vietnamien seraient « redéployés sur Internet », selon un journaliste. Enfin, les tranches d’information dédiées à des aires géographiques, et notamment le « journal du Moyen-Orient », seraient tout bonnement supprimées dans la nouvelle grille de programmes qui doit être mise en place en janvier 2009.

Je pille sans vergogne le Monde Diplomatique pour illustrer des articles précédents.

Le point commun ? on nous ment, on nous prend pour des zozos, il y a des "vérités officielles", des tentatives pas du tout cachées de nous manipuler (la reine Christine et son antenne anxiogène ???? décidément devenue aussi nulle et aussi avide que son "diplomate" de mari, dont "Là-Bas Si J’y Suis" organise le procès médiatique en ce moment :-).

Merci au Diplo de nous autoriser à être de ses amis et à nous fournir encore une fenêtre entrebaillée sur la vraie vie pour décrypter quelques scandales qui n’émeuvent que lui.

Colombie : les ordinateurs du cyberguérillero soudain muets

jeudi 4 décembre 2008

Le 1er mars 2008, un commando de l’armée colombienne bombardait et tuait, en territoire équatorien, le numéro deux et « ministre des affaires étrangères » des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Raúl Reyes.

Outre la crise régionale déclenchée par le viol du territoire équatorien, un scandale de dimension internationale éclata lorsque trois ordinateurs, deux disques durs et trois clés USB « récupérés près du corps du guérillero et lui appartenant » révélèrent leurs « secrets ».

Comme le diffusera abondamment le gouvernement colombien, relayé avec un ensemble touchant par la quasi totalité des médias internationaux (et Interpol), les enquêteurs trouvent dans le matériel informatique « des milliers de courriers électroniques » révélant les liens entre l’« organisation terroriste » colombienne et les présidents Hugo Chávez (Venezuela), Rafael Correa (Equateur), les Basques d’Euskadi ta Askatasuna (ETA), etc.

En Colombie même, ces « courriers électroniques » ont permis de déclencher des poursuites judiciaires contre les parlementaires Piedad Córdoba, Wilson Borja et Gloria Inés Ramírez ; l’ex-conseiller à la paix Lázaro Vivero ; le directeur de l’hebdomadaire Voz, Carlos Lozano ; le journaliste de Telesur (chaîne internationale d’inspiration vénézuélienne) William Parra ; la directrice d’une organisation non gouvernementale (ONG) Liliana Patricia Obando ; l’ex-candidat présidentiel Alvaro Leyva, etc.

Tous dans le collimateur du pouvoir pour leur opposition à la politique du président Álvaro Uribe ou impliqués, à un moment ou à un autre, dans des contacts avec la guérilla, qui pour la recherche de négociations de paix, qui pour tenter de trouver une solution à l’affaire des otages (dont faisait partie à l’époque Mme Ingrid Betancourt).

On en serait resté là si… une nouvelle bombe ne venait d’exploser.

Le capitaine Ronald Ayden Coy Ortiz, qui a rédigé le rapport de la division antiterroriste de la Direction des enquêtes criminelles (Dijin) de la police colombienne sur le matériel informatique « appartenant à l’ex-guérillero », vient de révéler, sous serment, devant la justice colombienne, que l’« ordinateur » de Raúl Reyes (où sont passés les deux autres ?) ne contenait « aucun courrier électronique », mais uniquement des fichiers Word.

On attend avec impatience de voir si la noble corporation des journalistes se jette sur cette information avec autant d’appétit que sur les millions de dollars offerts aux FARC par M. Chávez, « comme l’ont révélé les milliers de courriers électroniques retrouvés dans les ordinateurs de blablabla blablabla… »

Maurice Lemoine

Le Sucre contre le FMI

mardi 2 décembre 2008

Autant le Sommet du G20 du 15 novembre à Washington, sans déboucher sur quoi que ce soit de concret, a bénéficié d’une énorme couverture médiatique, autant la presse internationale est restée muette sur une réunion qui va pourtant déboucher sur un événement historique : la mise en place d’une structure monétaire régionale en rupture totale avec la logique des institutions de Bretton Woods, et qui brisera le monopole du Fonds monétaire international (FMI).

On se souvient que, pour parer à la grande crise financière de 1997, partie de l’Asie orientale, le Japon avait proposé de créer un Fonds monétaire asiatique qui, en injectant des liquidités dans les circuits financiers des pays affectés, aurait permis de limiter l’ampleur du « tsunami » et d’éviter sa propagation à la Russie, puis au Brésil. Le gouvernement américain et le FMI tuèrent cette initiative dans l’oeuf.

Ce que Tokyo ne put à l’époque réaliser, un petit groupe de pays est en train de le faire en Amérique latine, et en allant même beaucoup plus loin : réunis à Caracas le 26 novembre, les dirigeants des six pays (1) membres de l’Alternative bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba), rejoints par l’Equateur, ont non seulement décidé de créer un Fonds de stabilisation et de réserve qui les protègera collectivement (2), mais aussi, pour toutes les transactions commerciales, tant intra-zone que hors-zone, de se doter d’une unité de compte commune assortie d’une chambre de compensation de paiements. Cette unité de compte et cette chambre porteront le nom de Système unitaire de compensation régionale ou Sucre (3).

On reconnaîtra dans ce dispositif aussi bien les mécanismes de l’Union européenne des paiements qui, de 1950 à 1958, assura une stabilité complète des changes entre ses 18 pays membres, que ceux du Système monétaire européen et de son élément central : l’ECU (European Currency Unit), ancêtre de l’euro.

Comme l’ECU, le Sucre sera seulement, du moins dans l’immédiat, une unité de compte et de valeur. Pas une monnaie avec son institut d’émission et ses pièces ou billets.

Cette initiative, qui devrait se concrétiser au début 2009, est une très grosse pierre dans le jardin du FMI. La déclaration finale de la réunion de Caracas critique en effet vertement « un système financier international qui a promu la libre circulation des capitaux et la domination de la logique de la spéculation financière au détriment de la satisfaction des besoins des peuples ».

Sans être nommément désigné, le G20 n’est pas épargné : les signataires dénoncent « l’absence de propositions crédibles et vigoureuses pour faire face aux effets dévastateurs de la crise financière ».

La création du Sucre s’inscrit dans une logique géopolitique : mettre fin à l’hégémonie du FMI — dont le président vénézuélien Hugo Chávez demande même la dissolution — et donc des Etats-Unis et du billet vert, pour aller vers un monde multipolaire.

La déclaration fait état de « la ferme conviction que l’espace régional est l’espace privilégié pour donner des réponses immédiates et effectives » à la crise, en vue de créer un « espace libéré des inefficaces institutions financières globales et du monopole du dollar comme monnaie de change et de réserve » et « pour avancer vers la création d’une monnaie commune, le Sucre ».

Le Sucre ne pose aucun problème de financement : à lui seul, le Venezuela dispose de réserves de change de 100 milliards de dollars. Par ailleurs, sa simple existence aura un effet dissuasif sur la spéculation.

Le Système est ouvert à tous les pays de l’hémisphère et, après une nouvelle réunion de ses membres, le 14 décembre, à Caracas, il sera présenté au Sommet latino-américain et caraïbe prévu à Salvador (Brésil) le 16 décembre.

Présenté, mais pas négocié, pour éviter le sort de la Banque du Sud dont la création a certes été décidée, mais dont la mise en place se fait attendre, notamment en raison des atermoiements du Brésil.

Lors de la visite du président russe Dmitri Medvedev à Caracas le 27 novembre, au lendemain de la réunion Alba élargie à l’Equateur, l’éventualité de l’entrée de la Russie dans l’Alba en qualité d’observatrice a été évoquée, comme l’avait été celle de l’Iran auparavant.

La Russie songe également à créer une zone rouble qui pourrait se doter de mécanismes de coopération avec la zone Alba élargie. En Asie, le projet avorté de 1997 pourrait reprendre forme. La multipolarité monétaire semble en route…

Bernard Cassen

(1) La Bolivie, Cuba, la Dominique, le Honduras, le Nicaragua et le Venezuela.

(2) Dans l’immédiat et pour des raisons de procédures de décision, la Dominique n’aura qu’un statut d’observateur.

(3) Du nom d’Antonio José de Sucre (1795-1830), lieutenant de Simon Bolivar et vainqueur de la bataille d’Ayacucho (1824) qui assura l’indépendance des colonies espagnoles d’Amérique du Sud.

RFI, en version française uniquement ?

mardi 2 décembre 2008

Décidément, les conditionnels se multiplient depuis l’arrivée en juillet dernier d’Alain de Pouzilhac et de Christine Ockrent – respectivement en qualité de PDG, et de Directrice Générale Déléguée – à la tête de Radio France Internationale (RFI), dans le cadre de la réforme de l’audiovisuel extérieur de la France.

En effet, la nouvelle direction de RFI envisage d’arrêter la diffusion de ses programmes en allemand, albanais, polonais, serbo-croate, turc et laotien, jusqu’alors assurée par six rédactions en langues étrangères.

De même, les programmes en russe, chinois, persan et vietnamien seraient « redéployés sur Internet », selon un journaliste. Enfin, les tranches d’information dédiées à des aires géographiques, et notamment le « journal du Moyen-Orient », seraient tout bonnement supprimées dans la nouvelle grille de programmes qui doit être mise en place en janvier 2009.

« Une grille simplifiée »

Du côté de la direction de RFI, on confirme seulement pour l’instant que « la grille sera simplifiée » et que « des réflexions sont menées ». Mais la suppression de la diffusion des langues étrangères évoquées ne serait qu’une « option » parmi d’autres.

On ne peut faire plus vague… Des précisions sur ces différents projets devraient néanmoins être communiquées aux salariés lors du prochain comité d’entreprise, le 4 décembre.

En attendant, les rédactions en langues étrangères s’organisent. Mardi 30 octobre, les chefs de service de neuf de ces rédactions ont écrit au président Nicolas Sarkozy pour protester contre l’intention de la direction d’arrêter la diffusion de six des dix-neuf langues diffusées par RFI.

Dans cette lettre, adressée également aux ministres des affaires étrangères et de la culture, ainsi qu’à la direction des médias (service rattaché au Premier ministre), les syndicats CFDT, FO, SNJ, SNJ-CGT, SNRT-CGT dénoncent « ce projet qui est de nature à nuire au rayonnement de RFI et de la France à l’étranger », et se demandent : « 

Dans la période de crise actuelle, la première conséquence de la réforme de l’audiovisuel extérieur français lancée par le président de la République sera-t-elle le licenciement de salariés de RFI ? »

A ce sujet, un journaliste remarque : « A terme, avec la fermeture de ses rédactions, c’est une cinquantaine de journalistes, et près de 90 salariés en tout, qui sont menacés. »

De son côté, Maria Afonso, syndicaliste à Force Ouvrière (FO), dénonce : « Il n’y a pas de débat au comité d’entreprise. Lorsque nous soulignons les conséquences diplomatiques de la fermeture de ces rédactions en langues étrangères, nous ne sommes pas entendus. »

Les journalistes de la rédaction allemande ont pourtant reçu près de 1 000 lettres d’auditeurs exprimant leur mécontentement et leur incompréhension, et le soutien de nombreuses personnalités.

Le maire de Berlin, Klaus Wowereit, plénipotentiaire pour les affaires culturelles franco-allemandes, a ainsi écrit à la direction de RFI pour demander le maintien des émissions en langue allemande. De même, de nombreuses personnalités polonaises ont protesté.

« C’est une antenne anxiogène »

Devant ces oppositions, la direction se réfugie derrière des critères d’audience. « Mais de quelle audience parlent-ils ? », se demande un journaliste. « Concernant des émissions destinées à des publics de niche, c’est totalement idiot d’évoquer les audiences à une grande échelle », souligne ce professionnel.

Plus globalement, un de ses confrères dénonce l’uniformisation en cours des tranches d’information : « Avec la suppression de journaux dédiés à des aires géographiques, c’est l’expertise qui va totalement disparaître. Même si, depuis plusieurs années déjà, les correspondants ne font plus remonter des “sujets maison”, mais suivent uniquement l’AFP (Agence France Presse). Nous sommes devenu “AFP Radio”. »

Depuis son arrivée, Christine Ockrent semble se soucier davantage de l’image de la station que de la capacité d’expertise de ses journalistes : « C’est une antenne anxiogène », a-t-elle ainsi martelé à de nombreuses reprises en réunion. « La nouvelle direction souhaite qu’on fasse des sujets plus légers », rapporte un journaliste.

A propos de l’antenne de RFI, un document interne intitulé « la stratégie de RFI » souligne ainsi que « l’information africaine est trop exclusivement politique, enchaînant crise sur crise et ne rendant quasiment pas compte de l’évolution des sociétés africaines ». Ajoutant même : « Parce que RFI est une radio d’information, elle doit proposer une ouverture au monde qui ne se limite pas à la litanie des conflits et des catastrophes. »

Ce « rapport » explique par ailleurs que les journaux de RFI « ne sont pas assez ouverts à une actualité économique et financière qui, mondialisation oblige, domine de plus en plus le champ collectif et les préoccupations individuelles ». Et préconise : « Les magazines doivent être remis à plat en fonction des plages horaires et des cibles prioritaires : de l’économie à la santé, du sport à la musique, il y a de quoi faire. »

« La cible des leaders d’opinion »

Désormais, RFI devra concentrer ses efforts sur l’Afrique, qui constitue son « plus grand bassin d’audience », selon l’étude citée, ainsi que sur l’Ile-de-France, afin de devenir une véritable « vitrine » à l’égard des décideurs, experts et autres universitaires… français.

Justement, selon la nouvelle « stratégie » de RFI, « la cible des leaders d’opinion semble être la cible prioritaire, celles des francophones et des expatriés, la cible secondaire ».

Pour développer ce projet, la nouvelle direction s’est d’ailleurs offert les services de Benoît Laporte, nommé directeur adjoint de l’information. Depuis 1998, il était le rédacteur en chef news de la chaîne d’information LCI (appartenant à TF1, groupe Bouygues), et avait précédemment travaillé à Europe 1 (appartenant au groupe Lagardère).

« Nous avons basculé dans une autre époque avec l’arrivée de méthodes brutales et arbitraires issues du privé », confie un journaliste, toujours sous la condition de l’anonymat. Un autre évoque « la peur des personnels devant cette direction ».

Le licenciement de George Lory, directeur des affaires internationales, chargé de développer les partenariats et les réseaux FM, et la procédure de licenciement engagée à l’encontre de Loïc Hervouet, le médiateur de la rédaction, chargé du respect de la Charte de déontologie de la radio, y sont sans doute pour quelque chose…

« Et puis on a le sentiment que c’est une “stratégie” liée au manque d’argent. Car où est le développement là-dedans ? », se demande un journaliste syndicaliste.

Concrètement, les premières décisions se traduisent par la diminution du nombre des piges (alors que le réseau de correspondants de RFI est constitué principalement de pigistes), la diminution du nombre de CDD (contrats à durée déterminée, non remplacés), et la marginalisation des journalistes spécialisés face à l’injonction à la « polyvalence » (d’où la grille « simplifiée »).

« On est malade, il faut se soigner »

« A écouter Alain de Pouzilhac, RFI serait dans une “culture du déficit”. Il a annoncé plusieurs fois qu’il voulait y mettre un terme, en utilisant cette expression : “On est malade, il faut se soigner” », raconte Maria Afonso.

Or, aujourd’hui, si RFI a un déficit de 10 millions d’euros, ce n’est pas le fait de sa gestion, mais la faute de l’Etat qui a fait pression, il y a quelques années, pour favoriser l’opérateur TDF dans la renégociation de son contrat avec RFI concernant les ondes courtes.

Finalement, les salariés vont payer les pots cassés. » Le document interne envisage ainsi « d’arrêter de s’appuyer sur les ondes courtes et les ondes moyennes que plus personne n’écoute et les supprimer le plus rapidement possible ». D’autant que les ondes courtes représentent 74 % des dépenses de fonctionnement technique de RFI…

« Quoi qu’il dise, ce président a une mission, mais il ne joue pas cartes sur table », critique Maria Afonso, qui souligne le peu d’enthousiasme de M. de Pouzilhac pour entamer de réelles négociations avec les partenaires sociaux.

En attendant, ce dernier préfère organiser, à raison de deux fois par mois, des petits déjeuners avec une dizaine de salariés, et faire appel au consultant François Dupuy, spécialisé dans le management, pour étudier le travail des techniciens et des réalisateurs.

Les salariés de RFI sont particulièrement anxieux : « Il y a une vraie inquiétude chez les personnels à l’idée que la nouvelle direction est là d’abord pour casser RFI afin que la chaîne d’information France 24 récupère les morceaux », souffle un journaliste.

« C’est le tabou de la fusion avec France 24. Or, à mon avis, celle-ci se jouera sûrement au printemps », estime un autre. Destinée à devenir filiale à 100 % de la holding « Audiovisuel extérieur de la France » (qui doit également regrouper France 24 et TV5-Monde), RFI fait face à un avenir plus que jamais incertain.

Marc Endeweld

Venezuela, une victoire au goût de… victoire

jeudi 27 novembre 2008

Commentaires mitigés dans nombre de médias après la consultation électorale du 23 novembre au Venezuela. Le président Hugo Chávez et ses partisans auraient perdu la main. Malgré leur victoire (difficile à occulter).

Après quasiment dix ans de pouvoir du chef de l’Etat, le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) remporte dix-sept des vingt-deux Etats où le poste de gouverneur était en jeu.

Dans un cadre démocratique, on pourrait faire beaucoup moins bien. Par ailleurs, le PSUV remporte deux cent trente-trois mairies (80 % des municipios), dont dix-huit des vingt-quatre capitales d’Etat.

L’opposition, pour sa part, a triomphé dans les Etats les plus riches : Zulia, Carabobo (ce qui, sociologiquement, ne manque pas de cohérence), ainsi que dans la Nueva Esparta, le Táchira et le Miranda (la zone métropolitaine de la capitale).

Elle s’est également emparée de la mairie du Grand Caracas (qu’elle détenait déjà avant 2004). Il s’agit d’incontestables succès.

Pour autant, l’opposition a perdu 555 442 voix par rapport au référendum sur la proposition de réforme constitutionnelle rejetée l’année passée tandis que les « chavistes » progressent, eux, de 694 342 voix.

D’autre part, le résultat a marqué un échec total de la « dissidence chaviste » de gouverneurs sortants – Sucre, Guárico, Trujillo, Aragua et Carabobo – qui avaient pris leurs distances avec le pouvoir. De sorte que, plutôt que d’avoir perdu des Etats, le pouvoir en a gagné (dix-sept au lieu de quinze avant les élections).

L’accent a été mis sur la défaite du PSUV dans le grand quartier populaire de Petare (Caracas). A juste titre, ce revers attire l’attention sur les carences de l’administration bolivarienne en matière de gestion locale – collecte des ordures, logement, insécurité.

Néanmoins, Libertador, la plus peuplée des municipalités de Caracas, a voté en faveur de la révolution bolivarienne, de même que les quartiers populaires de tous les Etats régionaux ou mairies gagnés par l’opposition.

Enfin, on a exagéré le fait que l’opposition a gagné dans les Etats les plus peuplés. Il n’en demeure pas moins que, à l’échelon national, le camp « chaviste » a obtenu 5 073 774 voix contre 3 948 912 pour l’opposition (53,45 % contre 41,65 %), avec une participation exceptionnelle de 65,45 %.

Alors qu’il participait à son premier scrutin – il n’a que deux années d’existence –, le PSUV s’affirme, et de loin, comme la première force politique vénézuélienne.

De par le monde, beaucoup se contenteraient d’une victoire aussi « étriquée ».

Maurice Lemoine

La Colombie, Interpol et le cyberguérillero- Juillet 2008

Ordinateurs bavards, journalistes peu regardants

Apparemment, la médiation entreprise par le président vénézuélien Hugo Chávez dans l’affaire des otages des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a dérangé. Pourtant, grâce à elle, sept personnes ont retrouvé la liberté, et d’autres avancées pouvaient être espérées.

Au terme de l’épisode obscur qui a abouti à la mort du commandant des FARC Raúl Reyes, M. Chávez mais aussi le chef de l’Etat équatorien Rafael Correa se retrouvent mis en accusation par Washington et Bogotá. Sur quelles bases et avec quel degré de crédibilité ?

Par Maurice Lemoine

Premier mars 2008, minuit vingt-cinq. Avec une précision implacable, la première des dix bombes « intelligentes » guidées par GPS atteint sa cible.

Nous ne sommes pas au Proche-Orient. La scène se déroule en Equateur, à moins de deux kilomètres de la frontière colombienne. Là où le rio Putumayo sépare les deux pays.

Quatre hélicoptères Blackhawk OH-60 surgissent de la nuit. A bord, quarante-quatre commandos spécialement sélectionnés au sein de la Force de déploiement rapide de Colombie (Fudra). Ils n’ont pas à combattre.

Dans le campement provisoire des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), ravagé par les explosions, gisent vingt-trois corps (1). Tués en plein sommeil. Parmi eux, Raúl Reyes, numéro deux et « ministre des affaires étrangères » de la guérilla. Son cadavre est emporté comme un trophée.

Tôt le matin, le président colombien Alvaro Uribe contacte son homologue équatorien Rafael Correa. Il lui explique la situation : attaquées depuis l’Equateur, les unités héliportées colombiennes, en état de légitime défense, ont dû répliquer et poursuivre les rebelles.

Mais, assure-t-il, comme le fera dans la matinée son ministre de la défense Juan Manuel Santos, les tirs ont été effectués depuis le territoire colombien, « sans violer l’espace aérien équatorien ».

Dans un premier temps, M. Correa croit en la parole du président colombien. Ils se téléphonent tous les jours et entretiennent des rapports amicaux. Deux semaines auparavant, en privé, devant un café, M. Correa n’a-t-il pas confié à un proche conseiller du chef d’Etat vénézuélien : « Dis à [Hugo] Chávez que je m’entends très bien avec Uribe et que, s’il veut, je peux aider à arrondir les angles entre eux » ?

M. Correa se sent trahi quand des militaires équatoriens se rendent sur les lieux et que la vérité se fait jour : non seulement les Colombiens ont violé le territoire équatorien, mais, ajoute-t-il lors de sa conférence de presse du 2 mars, il s’est agi d’« un massacre ».

Des officiers qui travaillent pour la CIA

La mort du chef guérillero déclenche une crise aux multiples dimensions. Quito rompt ses relations diplomatiques avec Bogotá et envoie onze mille hommes à la frontière. Immédiatement imité par Caracas, qui expédie dix bataillons aux confins de la Colombie.

Décision mûrie plus que réaction irraisonnée. « Nous ne voulons pas la guerre, avertit M. Chávez, mais nous ne permettrons pas à l’Empire, ni à son petit chien, de venir nous affaiblir. » Et d’intervenir, en toute impunité, sur le territoire de ses voisins.

Le mot « condamnation » ne sera pas adopté, mais tous les gouvernements sud-américains « rejettent » l’incursion colombienne. Au nom de la « lutte contre le terrorisme », les Etats-Unis soutiennent Bogotá.

Interrogé, le sous-secrétaire adjoint du département d’Etat pour l’hémisphère occidental, M. Craig Kelly, explique : « Ce que nous avons dit est, premièrement, qu’un Etat doit se défendre contre la menace du terrorisme et que, quand on parle de frontière, il faut envisager le contexte général, c’est-à-dire une violation continue des frontières de la part des FARC.

 » Nouvelle question du journaliste : « Cela signifie-t-il, par exemple, que si le Mexique poursuivait des narcotrafiquants sur le territoire américain, les Etats-Unis ne feraient aucune objection à l’entrée de troupes mexicaines sur leur territoire ? » Réponse : « Je ne vais pas entrer dans une discussion théorique... » (2).

On a spéculé sur la nature des aéronefs utilisés pour le bombardement high-tech du 1er mars. Cinq Supertucanos EMB-314 (de fabrication brésilienne) et trois bimoteurs A-37 (américains) de l’armée de l’air colombienne ayant décollé de la base de Tres Esquinas (Caquetá) ont été évoqués.

Les bombes utilisées ne peuvent en aucun cas être lâchées depuis ce type d’avions. Une seule certitude : ces armes ultra-sophistiquées ont fait beaucoup de dégâts lors de l’invasion de l’Irak...

L’ombre de Washington plane à nouveau lorsque M. Correa découvre certaines... anomalies. Et, surtout, quand il constate que son état-major lui a menti. La tension atteint son paroxysme lorsque le général Jorge Gabela, commandant de la force aérienne, lui explique que le radar le plus proche de Santa Rosa (zone où se trouvait le campement des FARC) ne fonctionnait plus depuis plusieurs jours parce qu’il était... en maintenance.

En limogeant le chef des services de renseignement, le colonel Mario Pazmiño, M. Correa s’emporte : « Il y en a assez de ces services de renseignement qui sont, aussi, financés par l’ambassade des Etats-Unis. (...) Il y a des officiers qui travaillent pour la CIA [Central Intelligence Agency] avant de travailler pour le gouvernement ! »

Le président remplace le ministre de la défense Wellington Sandoval par un de ses proches, M. Javier Ponce. Cette reprise en main provoque la démission du chef du commandement conjoint des forces armées et des chefs de l’armée de terre, de la marine et de l’aviation.

Les premières salves s’abattent sur ce président qui dérange. N’a-t-il pas annoncé, lors de sa campagne électorale, qu’il fermerait la base américaine de Manta ? La concession de ce poste d’opération avancé (Foreign Operating Location, FOL en anglais), loué aux Etats-Unis en 1999, arrivera à expiration en 2009.

Le 28 février, l’Assemblée constituante réunie pour « refonder le pays » a adopté un article qui établit : « L’Equateur est un territoire de paix qui ne permet pas l’établissement de bases militaires étrangères. » Disposant d’une technologie de pointe, Manta est l’une des pièces maîtresses de l’aide militaire de Washington à la Colombie. Lors de l’opération du 1er mars, la base a permis le contrôle de l’espace aérien.

Bogotá ouvre le feu en annonçant que, lors de son raid, l’armée colombienne a saisi un (il y en aura bientôt trois, et plus...) ordinateur portable appartenant à Reyes. Et que ce matériel a lâché de terribles secrets : les présidents Chávez et Correa entretiennent avec les FARC des liens incestueux.

En l’absence de certitudes surgissent les premières interrogations. Le campement principal de Reyes se trouve en Colombie, à proximité de la frontière (3).

Les FARC disposent, dans cette région du Putumayo, d’innombrables caches, planques, abris et camps. Mais le commandant guérillero passe dans le pays voisin avec (finalement) trois ordinateurs, deux disques durs et trois clés USB. Ne manquent que son coffre-fort et son téléviseur portable !

Le bombardement a fait vingt-trois victimes ; les dix bombes, d’après l’armée équatorienne, ont creusé des cratères de 2,40 mètres de diamètre sur 1,80 mètre de profondeur ; alentour, la végétation est ravagée. Les ordinateurs, eux, ne subissent aucune détérioration. Possible, mais...

Les portables ont parlé. Fer de lance d’une campagne permanente contre les gouvernements progressistes d’Amérique latine, le quotidien espagnol El País ne se pose pas de questions.

Le 12 mars, ses lecteurs apprennent — sous le titre « Les FARC trouvent refuge en Equateur » — que « les guérilleros se déplacent dans le nord de l’Equateur en camionnette, comme l’a constaté un fonctionnaire de l’OEA [Organisation des Etats américains], qui exprime, en privé, son étonnement de croiser, dans des restaurants (comedores) de la zone frontalière, des guérilleros parfaitement équipés ».

Ce que ne sauront pas les mêmes lecteurs, c’est que, le 15 mars, dans une lettre adressée au directeur de la publication, le secrétaire général de l’OEA José Miguel Insulza exprime sa « stupeur » et son « indignation » : « Je peux vous assurer que cette affirmation est absolument fausse.

L’OEA n’a pas de missions spéciales, ni de fonctionnaires de quelque niveau que ce soit déployés sur la frontière nord de l’Equateur, de sorte qu’il est impossible que quelque fonctionnaire de cette organisation ait pu formuler une telle déclaration (4). »

Bloquer la négociation

Toujours est-il que Reyes et son groupe de combattants se trouvaient en Equateur. Depuis de longs mois, le commandant guérillero était le principal contact de tous les émissaires — français, suisses, espagnols, vénézuéliens, équatoriens — qui négociaient avec les FARC la libération de ses prisonniers et otages, parmi lesquels la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt.

Faisant preuve d’une intransigeance absolue, le mouvement d’opposition armée a longtemps exigé une conversation directe avec le gouvernement colombien. Il y aurait « échange humanitaire » — otages contre guérilleros — ou rien.

Avec un objectif éminemment politique : retrouver, grâce à ce tête-à-tête, un statut de belligérant. Placées en 2002 sur la liste des organisations terroristes, les FARC n’ont jamais accepté cette qualification. Cet « échange » et cette reconnaissance, M. Uribe n’en veut à aucun prix.

La médiation entreprise par M. Chávez, le 31 août 2007, chamboule, en quelques mois, une situation bloquée depuis 2002. La guérilla libère sans conditions sept de ses prisonniers. Faisant dire à Caracas : « Les FARC entrent dans une logique plus “politique”, c’est bon signe pour la suite des événements. »

A la grande frustration du président colombien qu’irritent au plus haut point les images d’otages remerciant chaleureusement des membres du gouvernement vénézuélien tout de rouge vêtus.

De fait, à Caracas, les conversations se poursuivaient ouvertement, par l’intermédiaire des commandants des FARC Iván Marquez et Rodrigo Granda (5). Et parfois même avec Reyes, dans le fameux campement établi sur le sol équatorien.

Paris le savait. Quito également. Détail troublant : une semaine avant l’opération du 1er mars, des émissaires français rencontrent à Panamá M. Luis Carlos Restrepo, haut-commissaire pour la paix colombien.

Celui-ci insiste auprès de ses interlocuteurs : « Maintenez le contact avec Reyes. C’est lui qui va vous aider, c’est votre homme, c’est lui qui va faciliter la libération d’Ingrid [Betancourt].

 » De quoi expliquer l’extrême fureur de M. Correa : « Regardez la bassesse d’Alvaro Uribe ! Il savait qu’en mars douze otages allaient être libérés, dont Ingrid Betancourt. Il le savait et il a utilisé ses contacts pour monter ce traquenard. » Tuer le négociateur a toujours été le meilleur moyen de bloquer une négociation.

Cet aspect de la question va passer au second plan. Le 3 mars, le général Oscar Naranjo, directeur général de la police colombienne, fait un éblouissant numéro devant les journalistes.

S’appuyant sur le matériel informatique « saisi près du corps de Reyes », il révèle l’« alliance armée entre les FARC et le gouvernement du Venezuela », ainsi que les liens politiques et économiques (lors de sa campagne électorale) entre M. Correa et la guérilla.

Ni désir de vérité ni réflexe de précaution ! Journaux et télévisions se déchaînent. Sur la base de « documents explosifs » (issus des fameux ordinateurs) aimablement « filtrés » par les services de renseignement colombiens, le quotidien colombien El Tiempo — propriété de la famille Santos, à laquelle appartiennent le vice-président Francisco et le ministre de la défense Juan Manuel) — et l’espagnol El País (6) mènent le bal.

Dès le 4 mars, El País titre « Bogotá dévoile les appuis des FARC ». Dans « Les papiers des FARC accusent Chávez » (El País, 10 mai), premier article d’une série de Maite Rico (7), on apprend que « Chávez a approuvé sans un haussement de sourcils [une] demande de 300 millions de dollars (194 millions d’euros) » de la guérilla.

Le 12 mai suivra l’article dénoncé par le secrétaire général de l’OEA. On découvrira plus tard que « les groupes liés au chavisme (...) viennent régulièrement [s’entraîner] dans les campements des FARC au Venezuela » (Maite Rico, 11 mai). Il existerait même des listes d’attente pour participer à ces « stages » !

Quand The Economist (« The FARC files », 24 mai) évoque la générosité de M. Chávez — 300 millions de dollars — à l’égard des FARC, il mentionne comme source de ses informations (exclusives ?) un message de Reyes reproduit dans El País et l’hebdomadaire colombien Semana.

Poursuivant son travail d’investigation, il cite un document obtenu par... The Wall Street Journal : « Le ministre de l’intérieur vénézuélien, M. Ramón Rodríguez Chacín, a demandé aux FARC d’entraîner des soldats vénézuéliens aux tactiques de guérilla. » On ignore si The Wall Street Journal a lui-même recopié The Miami Herald, qui a sorti la même affirmation.

Le plus baroque succède au plus improbable. Entre 2000 et 2002, les FARC et Euskadi ta Askatasuna (ETA) ont planifié un attentat à Madrid contre des personnalités colombiennes — l’actuel vice-président Santos, l’ancien chef de l’Etat Andrés Pastrana et l’ex-ambassadrice en Espagne Noemí Sanín (El Tiempo, 2 juin).

Attentat qui, jusqu’à preuve du contraire, n’a pas été revendiqué (et pour cause !). Mais les FARC essaieraient d’acquérir de l’uranium pour fabriquer une « bombe sale » (BBC Mundo, 5 mars 2008).

Toujours d’après les « documents de Reyes », l’amitié de M. Chávez — car on en revient toujours là — avec les rebelles colombiens remonte au moins à 1992 : incarcéré pour sa tentative de coup d’Etat (4 février), il a reçu 150 000 dollars des FARC (Le Figaro, 5 mars, et The Wall Street Journal, 11 mars).

Sans doute dépensés à la cantine de la prison ! En effet, lors de sa libération, en 1994, sans moyens, il a dû se faire héberger dans un petit appartement du centre de Caracas appartenant à son futur ministre de l’intérieur Luis Miquilena, qui lui a également prêté une voiture (8).

Tout en se montrant plus prudent dans le corps de l’article, Le Monde (12 mars) chapeaute un texte évoquant un déserteur de la guérilla : « A en croire le déserteur, un chef des FARC, Iván Marquez, et leur dirigeant historique, Manuel Marulanda, séjourneraient au Venezuela. » C’est ce qui restera dans l’esprit du lecteur. Tout comme le titre du Figaro : « Liaisons dangereuses entre les FARC et Chávez » (15 mai).

Inutile de préciser qu’au Venezuela les quotidiens El Nacional et El Universal, comme les chaînes privées Radio Caracas Televisión (RCTV) et Globovisión, boivent du petit lait.

Ils relaient avec enthousiasme le gouverneur de l’Etat de Zulia et ex-candidat à l’élection présidentielle Manuel Rosales lorsque celui-ci accuse le président Chávez de « trahison de la patrie ».

L’un des multiples éditoriaux du Washington Post consacrés au Venezuela pourrait résumer à lui seul la nature de cette formidable campagne médiatique : « Si le scandale des ordinateurs est utilisé de manière adéquate [c’est nous qui soulignons], il approfondira le trou dans lequel cette supposée “révolution bolivarienne” est en train de se noyer. »

D’où sortent les « documents » ?

Oui, mais... Car il y a un « mais ». Comment mettre en doute la véracité de documents dont l’authenticité a été confirmée par l’International Criminal Police Organization — plus connue sous le nom d’Interpol ?

Argument imparable sur lequel s’appuient tant Bogotá que l’ensemble du grand cirque médiatique. En examinant quelques détails non dépourvus d’intérêt...

C’est le 4 mars que le général Naranjo a sollicité Interpol pour une expertise indépendante du contenu des « huit pièces à conviction informatiques ». L’organisation ayant accédé à cette demande, son secrétaire général, l’Américain Ronald K. Noble, présente son rapport, à Bogotá, le 15 mai.

On passera rapidement sur l’hommage appuyé qu’il rend, lors de sa conférence de presse, au général Naranjo, assis près de lui, et au Département administratif de sécurité (DAS), la police politique (9). Pour la petite histoire, M. Naranjo, ex-chef de la police antidrogue colombienne, a été obligé de démissionner après la détention de son frère Juan David en Allemagne, en mars 2007, pour... narcotrafic.

Il est mis en cause par le ministre de l’intérieur vénézuélien, M. Rodríguez Chacín, pour ses liens avec le « narco » Wilmer Varela (assassiné le 29 février 2008). Quant au DAS, son ancien directeur Jorge Noguera a été arrêté le 22 février 2007 pour avoir mis au service des paramilitaires les ressources de la police politique.

D’après le rapport et les déclarations de M. Noble, le champ d’intervention d’Interpol s’est limité à « établir quelles données contenaient les huit pièces à conviction (...) ; à vérifier si les fichiers utilisateur (10) avaient été modifiés de quelque façon que ce soit le 1er mars 2008 ou après cette date ; à déterminer si les autorités colombiennes (...) avaient traité et examiné les huit pièces à conviction (...) conformément aux principes reconnus au niveau international (...).

 » Mais « la vérification n’implique ni la validation de l’exactitude des fichiers utilisateur [les « documents » !] ni la validation de l’interprétation de quelque pays que ce soit relativement à ces fichiers utilisateur (...) ».

En d’autres termes, les experts d’Interpol (originaires de Singapour et d’Australie, et ne parlant pas espagnol) n’ont pas examiné les contenus. Et pour cause... Dans les 609,6 gigaoctets des huit « pièces à conviction » figuraient : 37 873 documents écrits ; 452 feuilles de calcul ; 210 888 images ; 22 481 pages Web ; 7 989 adresses de courriels (aucune référence à des courriers électroniques, pourtant abondamment cités par les médias) ; 10 537 fichiers multimédias (son et vidéo) ; 983 fichiers chiffrés.

« En termes non techniques, un tel volume de données correspondrait à 39,5 millions de pages pleines au format Word de Microsoft et, si la totalité des données saisies étaient au format Word, il faudrait plus de mille ans pour prendre connaissance de toutes à raison de cent pages de lecture par jour. »

Beaucoup pour un seul homme, fût-il Reyes, se déplaçant sans cesse dans la jungle, vivant dans les conditions précaires du guérillero, et qui n’avait que 60 ans lorsqu’il est mort !

Pas trop, néanmoins, pour le gouvernement colombien qui, en quelques heures, puis, ensuite, à jet continu, divulgue les révélations dénichées dans les mémoires informatiques.

Pas trop non plus pour nombre de journalistes qui mettent en musique les « documents » (authentifiés par Interpol !) que des mains innocentes leur confient.

Par son manque de rigueur, le rapport laisse parfois perplexe. Ainsi, lorsqu’il mentionne « Reyes et Guillermo Enrique Torres, alias Julián Conrado (11), commandants des FARC, sont morts pendant l’opération » (§ 2, page 11 de la version espagnole). Bogotá, qui avait annoncé la mort de Conrado, le 1er mars, a dû démentir après un examen ADN pratiqué sur le seul corps (avec celui de Reyes) rapatrié par son commando.

De même, la formule « les FARC ont été déclarées organisation terroriste par la Colombie, d’autres gouvernements et Interpol » (§ 2) mériterait d’être nuancée : cette qualification n’a été adoptée que par les Etats-Unis, la Colombie, le Pérou, l’Union européenne et Israël (trente et un pays), soit 17 % du total des membres d’Interpol (cent quatre-vingt-six pays membres).

Plus significatif encore... Les phrases « Les huit pièces à conviction (…) saisies aux FARC appartenaient à Raúl Reyes » (§ 2) et « les huit pièces à conviction saisies aux FARC » (conclusion no 1, p. 8) devraient pour le moins être rédigées de la façon suivante : « Les pièces à conviction remises à Interpol par les autorités colombiennes. »

L’organisation policière se contente de reprendre la version de Bogotá, aucun témoin n’ayant assisté à la supposée récupération du matériel près du corps des guérilleros. Ce qui arrachera cette exclamation au président Correa, lors de sa visite à Paris, le 13 mai : « Qui va démontrer que les ordinateurs ont bien été trouvés dans le camp des FARC ? »

Dans un premier courrier envoyé à Interpol, le 4 mars, pour solliciter son aide, le général Naranjo évoque « trois (3) ordinateurs et trois (3) dispositifs de stockage USB » (annexe 2 du rapport).

Dans sa réponse datée du 5 mars, M. Noble accepte, au nom de l’organisation, de faire examiner « trois (3) ordinateurs et trois (3) clés USB » (annexe 3).

Mais, le 6 mars, dans une lettre de la directrice du DAS Maria del Pilar Hurtado à Interpol, le matériel concerné devient « trois ordinateurs portables, trois clés USB et — jamais mentionnés jusque-là — deux disques durs » (annexe 4). D’où sortent ces disques durs ? Etaient-ils passés inaperçus ?

En substance, le rapport conclut qu’« aucune donnée n’a été créée, ajoutée, modifiée ou supprimée sur aucune de ces pièces entre le 3 mars 2008, à 11 h 45 [jour et heure de leur réception par le groupe d’enquête sur les infractions informatiques de la police judiciaire colombienne], et le 10 mars 2008, lorsque ces pièces ont été remises aux experts d’Interpol afin de créer des images-disques » (§ 76, p. 30).

Il affirme également que « l’accès aux données (...) [pendant la même période] a été effectué conformément aux principes reconnus au niveau international en matière de traitement des éléments de preuve électroniques (...) » (conclusion 2a, p. 13).

Mais entre le 1er (date de la saisie supposée) et le 3 mars ? Un agent de l’unité antiterroriste colombienne « a accédé directement au contenu des huit pièces à conviction (...) dans des conditions d’extrême urgence » (§ 79) et elles ont toutes été connectées à un ordinateur « sans création préalable d’une image de leur contenu et sans utilisation de matériel de blocage en écriture » (§ 82).

De sorte que, durant ces trois jours, « l’accès aux données (...) n’a pas été effectué conformément aux principes reconnus au niveau international » (conclusion 2b, p. 15). Fâcheux lorsqu’on découvre que 48 055 ( !) fichiers ont été créés, ouverts, modifiés ou supprimés (§ 91, p. 33) (lire « Bidouillages informatiques »).

Aucun tribunal ne pourrait s’appuyer sur les résultats d’un tel rapport pour juger quiconque ou quelque pays que ce soit. Mais la rumeur court, faisant les gros titres. Elle n’en finit pas d’être alimentée, atteignant l’Equateur et, surtout, le Venezuela.

Si, aujourd’hui, les conditions ne sont pas réunies pour que ce pays entre dans la catégorie des « Etats terroristes » ou des « Etats voyous », cette campagne en crée les conditions dans l’opinion publique.

En fait, analyse M. Maximilien Arvelaiz, proche conseiller du président Chávez, « George Bush veut à tout prix laisser des bombes à retardement pour que, quelle que soit l’issue de l’élection de novembre, il soit très difficile d’infléchir la politique des Etats-Unis vis-à-vis du Venezuela ».

Dans un autre registre, cette « psy-op » (opération psychologique, dans le jargon de l’espionnage) rend très difficile la reprise de négociations pour la libération des otages, le Venezuela et l’Equateur se trouvant de fait écartés — sauf surprise, jamais impossible dans un tel imbroglio — d’une quelconque médiation.

Maurice Lemoine.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 2047432

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Amis du Monde Diplomatique   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

Creative Commons License