AID Association initiatives dionysiennes

GDAMD10-L’Afrique, un continent sous influences

dimanche 5 octobre 2008 par JMT , PENITOT Jacques

Changement de dates : au lieu du 3eme jeudi du mois, il y aura une rencontre avec un auteur/acteur de théâtre le 2eme jeudi et la pièce le lundi suivant. Le Repaire de là-bas si J’y suis est donc déplacé au 3eme jeudi ce mois ci.

RENCONTRE ET PARLERIE

Date : 09 octobre à 18h00

Lieu : au Théâtre du Grand Marché de St Denis

En présence de : l’auteur/acteur de la pièce "Elf, la pompe Afrique" Nicolas Lambert

Thème : L’Afrique, un continent sous influences

REPRESENTATION

Date : Lundi 13 octobre 2008 à 19h.

Lieu : salle Vladimir Canter, Campus du Moufia, Université de la Réunion

Titre : "Elf, la pompe Afrique"

Comédien : Nicolas Lambert voir aussi revue de presse et Fréquence Ephémère

suivie d’un débat

Tarif : 8 €uros pour le groupe des amis du diplo. Rendez-vous à 18h45 devant le théâtre.

ELF UNE AFFAIRE D’ETAT

Cette pièce a été créée en 2005. Ci-dessous l’article qu’Anne Cécile Robert lui avait consacré dans le diplo de janvier 2006.

« Je m’aperçois que nous ne sommes pas face à trois personnes qui ont dérapé. C’est beaucoup plus profond que ça. Il s’agit réellement d’un système de gouvernement, d’un système de prises de marché. »

Telle est la conclusion à laquelle parvient rapidement la juge d’instruction Eva Joly lorsqu’elle enquête sur l’« affaire Elf » dans la seconde moitié des années 1990.

Eva Joly à Oslo 2006 - Photo de Nina No

Au printemps 2003, trente-sept personnes seront jugées à Paris pour abus de biens sociaux au détriment de la compagnie pétrolière française. Parmi elles, M. Loïk Le Floch-Prigent, ancien président-directeur général, M. André Tarallo, le « M. Afrique » de la société, et Alfred Sirven son directeur général, aujourd’hui décédé.

C’est ce procès exceptionnel que le comédien Nicolas Lambert a suivi pendant de longues semaines et qu’il a mis en scène pour le théâtre sous le titre Elf, la pompe Afrique (1).

Seul devant les spectateurs, il incarne tous les protagonistes de ce qui restera sans doute la plus grande affaire de corruption de la Ve République.

Le tour de force, le trait de génie de l’auteur résident dans le fait d’avoir bâti le scénario exclusivement avec des déclarations des juges, avocats et prévenus. Point n’est besoin, en effet, de grandes démonstrations : les aveux des inculpés suffisent à rendre compte de la gravité des actes commis.

Aujourd’hui privatisée sous le nom de Total, la société pétrolière a abrité un vaste système de corruption permettant non seulement l’enrichissement de ses cadres principaux, mais aussi la rémunération de dirigeants « amis » de la France en Afrique.

En outre, les sommes, qui transitaient sur des comptes à l’étranger, servaient à financer les principaux partis politiques français. D’ailleurs, en nommant M. Le Floch-Prigent, le président François Mitterrand souhaitait « rééquilibrer » cette manne en faveur de ses propres amis.

Nicolas Lambert campe, tour à tour, le président du tribunal, méthodique et prudent, M. Le Floch-Prigent, pathétique et misérable, MM. Tarallo et Sirven, manipulateurs cyniques tombés du ciel françafricain.

L’attitude de l’ancien PDG laisse songeur. Il ne semble pas, comme d’autres, dévoré par l’appât du gain lorsqu’il prend la tête d’Elf. Cependant, et ce n’en est peut-être que plus terrible, il a vite pris les habitudes de la maison ; au mieux, il s’est contenté de fermer les yeux.

Il paraît parfois étonné, avec le recul, de son attitude d’alors. Le président du tribunal et les spectateurs de la pièce aussi, malgré tout ce qui a été écrit sur les malversations de la firme... Chez Elf « l’africaine », la réalité dépassait la fiction et, en tout cas, selon la juge Joly, les faits jugés à grand bruit à Milan durant l’opération « Mani pulite » contre la corruption en 1992. La magistrate a d’ailleurs relaté, dans un livre, les entraves qui furent mises à son enquête (2). La mise en scène, sobre, de Nicolas Lambert s’en fait habilement l’écho.

Portant uniquement sur la présidence de M. Le Floch-Prigent, les événements jugés révèlent un système qui remonte au début de la Ve République. Conçu comme un outil du néocolonialisme hexagonal, il a servi, jusqu’à la fin des années 1990 (3), à entretenir des régimes autoritaires ou dictatoriaux sur le continent noir.

Les principaux protagonistes de cette affaire de détournements de fonds (300 millions d’euros) ont été condamnés à de lourdes peines : cinq ans ferme pour MM. Le Floch-Prigent et Sirven, quatre ans ferme pour M. Tarallo (4). Mais c’est un système politico-économique, auquel la présidence de M. Mitterrand ne changea rien, qui est ici jugé.

Elf, la pompe Afrique a triomphé au festival « off » d’Avignon, en 2005, avant de jouer les prolongations à Paris et en province fin 2005 - début 2006. Pour le comédien et auteur Nicolas Lambert, il s’agit d’une forme de théâtre civique qui ne repose que sur le soutien du public (5). Debout face à des spectateurs que l’on sent attentifs, il joue aussi des silences. Certaines phrases demeurent comme suspendues. On attend des noms. On ne les entendra pas. Une affaire à suivre...

Anne-Cécile Robert.

1) Elf, la pompe Afrique, compagnie Un pas de côté, 75, rue Léon-Frot, 75011 Paris ; 01-74-30-33-03. En tournée en France à partir du 14 janvier 2006 : www.septcollines.com

(2) Eva Joly, Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, Gallimard, coll. « Folio Documents », Paris, 2004, 269 pages, 4,70 euros. Voir ici

(3) Lire Olivier Vallée, « Elf au service de l’Etat français », Le Monde diplomatique, avril 2000.

(4) Ayant fait appel, M. Tarallo verra sa peine alourdie à sept ans de prison ferme.

(5) Le journaliste Daniel Mermet a consacré deux émissions au spectacle : Elf, la pompe Afrique-1 (format Real Audio) diffusée le 15 février 2005 et Elf, la pompe Afrique-2 (format Real Audio) diffusée le 16 février 2005. Le cédérom des émissions et le texte de la pièce (96 pages) sont disponibles aux éditions Tribord, Bruxelles, 12 euros.

Le correspondant des AMD à St Denis de La Réunion

Jacques Pénitot

0692 93 97 25

PROCHAINES SEANCES PROGRAMMEES

Lundi 13 Octobre à 18h45 : Université de St Denis, salle Vladimir Canter, "Elf, une affaire d’Etat"

Jeudi 16 Octobre : Repaire de Là-Bas Si J’Y Suis n° 36

Jeudi 23 Octobre : Cafeco n° 136


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