AID Association initiatives dionysiennes
Surpopulation carcérale, restrictions à la convenance des petits chefs et des caids, travail sous-rémunéré et sans droits,

Le monde pénitentaire appliquerait-il une drôle de justice ?

dimanche 31 août 2008 par JMT

Le gouvernement a hérité de ses prédécesseurs de droite et de gauche un certain nombre de prisons archaïques, mais il semble que les idées et le fonctionnement de la CGT pénitentiaire le soient aussi grâce à une magnifique application du principe corporatiste qui régit les syndicats français.

Ceux-ci prétendent toujours défendre les adhérents en interne sans vouloir changer les conditions politiques qui sont pourtant prépondérentes.

Là apparemment, la CGT voudrait interdire ce travail dans les prisons pour ne pas faire de "concurrence déloyale" aux entreprises existantes qui n’emploient pas de salariés au rabais. Bonne analyse économique ultralibérale.

Mais quand on connait les conditions de travail actuelles de ces centres d’appel, avec des petits chefs garde-chiourmes qui fliquent les travailleurs (tiens tiens, c’est du régime pénitentaire SANS les barreaux, avec juste la menace de mise à la porte pour tenir en laisse.) et des actionnaires qui réduisent les coûts sous peine de délocalisation, quel est l’avenir économique dans un champ "concurrentiel" de ces "centres d’appel" (mettons un peu à part les SAV réclamant une technicité bien que souvent ce soit une vaste fumisterie !) ?

Tenir un agenda à distance est à la portée de n’importe quelle secrétaire mauricienne, pondichérienne, haitienne ou marocaine à qui on peut parfaitement demander de parler correctement français et d’être disponible du fait des décalages horaires 24h/24. Bref aux modalités salariales françaises, la concurrence est très rude.

Alors pourquoi ne pas réserver ces emplois, qui sont de toute manière "à problèmes", aux prisonniers qui ne peuvent bénéficier de travaux extérieurs ? Cela permettrait de dégager des emplois et de rendre une dignité à des gens qui, sans emploi, sont dans l’obligation de mendier auprès de leur famille.

N’oublions pas aussi que les prévenus ne travaillent pas alors qu’ils restent parfois 2 ans en attente d’un procès. Comment font-ils financièrement ?

Rien n’oblige d’ailleurs à utiliser un "smic au rabais", sauf l’idée sous-jacente dans l’esprit de certains gardiens de prisons (ceux qui se prennent toujours pour des matons) , comme dans celui d’une partie de l’administration pénitentiaire et de la justice, que les prisonniers doivent "en chier un max" et que la privation de liberté ne leur parait pas une "peine" suffisante ?

Les sadiques ne sont pas forcément derrière les barreaux !

A côté de cela, PVT nous livre son analyse sur les cocoricos datiens sur la loi de 2007 et de même nous fournit les chiffres exacts de la surpopulation pénale en France

Réinsertion - Des téléopérateurs dans les prisons françaises ?

le 30/08/2008 - 22h28

Crédit Photo : TF1 Image d’archives

Selon la CGT, l’Administration pénitentiaire envisage d’installer des centres d’appels téléphoniques dans des maisons d’arrêt afin de fournir des emplois aux détenus. Le syndicat se dit opposé à ce projet en raison notamment de la concurrence que représente le travail à bas coût des détenus.

Afin d’améliorer la réinsertion des détenus en prison, l’Administration pénitentiaire (AP) souhaite valoriser le travail en prison. Et selon la CGT, elle envisagerait même d’installer à titre expérimental deux centres d’appels téléphoniques dans des prisons. Une porte-parole de l’AP a confirme effectivement l’existence de ces projets, sans plus de précisions.

Selon Xavier Burot, secrétaire fédéral CGT en charge des centres d’appels, ces projets pourraient concerner la centrale pour femmes de Rennes, où 15 à 20 postes seraient créés pour prendre les rendez-vous des commerciaux d’une entreprise, et une autre prison où serait installé un standard de renseignements téléphoniques.

De son côté, la CGT se prononce contre ce projet. "Si nous comprenons l’enjeu pour la réinsertion et la socialisation des détenus que peut représenter le travail en milieu carcéral, les explications qui nous ont été données ne permettent pas de lever nos inquiétudes légitimes sur l’impact que ce projet pourrait avoir", affirment dans un communiqué commun trois branches de la CGT. Une délégation de la fédération CGT avait été reçue mercredi au ministère de la Justice.

"Dans le secteur des centres d’appels, l’apparition d’un nouveau concurrent à bas coût (le salaire d’un détenu pour ce type de travail serait situé entre 45 % et 70 % du SMIC) et sans les garanties offertes par le Code du travail, accentuera la pression exercée, déjà forte en raison des délocalisations, sur les salariés du secteur", dénonce la CGT dans son communiqué.

"Cela ternira encore un peu plus l’image du métier de télé-opérateur déjà fortement mis à mal par le comportement de certains employeurs du secteur", ajoute la CGT, qui relève que ce travail n’apportera pas aux détenus "une nouvelle qualification, pourtant essentielle à la préparation à la sortie", sans compter le "stress particulièrement important" de ce métier.

(D’après agence)

L’analyse des statistiques pénitentiaires de Pierre Victor Tournier

Arpenter le champ pénal par Pierre V. Tournier

vendredi 29 août 2008 21:13

Les comptes du Lundi. Moins de récidivistes ? Plus ?

Lu à la une du site du Ministère de la justice sous le titre « Bilan de la loi du 10 août 2007 » : « La loi du 10 août renforçant la lutte contre la récidive des majeurs et des mineurs marque la volonté de Rachida Dati de mener une politique pénale ferme et efficace pour assurer la sécurité des Français […].

Au 1er juillet 2008, 10 783 décisions ont été prises par les tribunaux à l’encontre des récidivistes majeurs, des peines planchers ont été prononcées dans 51 % des cas en première instance, et dans 65 % des cas en appel. Sur les 231 décisions prises à l’encontre des récidivistes mineurs, des peines planchers ont été prononcées dans 45 % des cas ».

Ainsi, apprend-on que du 11 août 2007 au 1er juillet 2008, 11 014 condamnations ont été prononcées à l’encontre de personnes qui ont commis, en état de récidive légale, des crimes ou des délits passibles d’au moins 3 ans d’emprisonnement (art. 132-18-1, 132-19-1 du code pénal) (1). Cela donne de l’ordre de 12 600 condamnations sur 12 mois.

Dresser un bilan (positif ?) de la loi du 10 août et de son efficacité en terme de dissuasion, consisterait à savoir, en premier lieu, si ce nombre est inférieur - et de combien - à ce qui a pu être observé avant l’application de la loi.

Le seul élément de comparaison dont nous disposons portait sur des données provisoires de 2005 soit 13 054 condamnations en récidive légale (2), correspondant aux critères de la loi du 10 août 2007, c’est-à-dire un ordre de grandeur identique, avant et après la loi, surtout quand on pense à l’impact que la loi a pu avoir sur la propension à retenir ou non la récidive, comme circonstance aggravante (3).

Ne serait-il pas souhaitable que la Sous-direction de la statistique du Ministère de la justice produise, au plus vite, ce type de données à partir des condamnations de 2006 et de 2007 inscrites au casier judiciaire ?

PVT

(1) Enquête mensuelle menée par la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) auprès des parquets. (2) Evaluation faite par la DACG. (3) Voir la contre-circulaire diffusée par le Syndicat de la magistrature qui incitait les magistrats à écarter la circonstance aggravante de récidive.

Population sous écrou (France entière) au 1er août 2008

Au 1er août 2008, 67 565 personnes sont sous écrou (+ 3 496 en un an, soit + 5,5 %) soit : 16 572 prévenus détenus (- 2,3 %), 47 211 condamnés détenus (+ 6,5 %), 3 333 condamnés placés sous surveillance électronique (+ 42 %), 449 condamnés en placement à l’extérieur, sans hébergement pénitentiaire (+ 5,6 %).

Le nombre de personnes détenues est de 63 783 (+ 2 494 en un an, soit + 4,1 %).

Le nombre de détenus en surnombre est de 14 069 (+ 1 474 en un an, soit + 16 %)

* Nombre de détenus en surnombre : évolution « 2007 – 2008 » (France entière)

2007

1er janvier 1er février 1er mars 1er avril 1er mai 1er juin 9 780 10 413 11 047 11 589 11 734 11 816

1er juillet 1er août 1er sept 1er octobre 1er nov. 1er déc.

12 595 12 003 11 591 11 913 12 313 12 605

2008

1er janvier 1er février 1er mars 1er avril 1er mai 1er juin

11 948 12 813 12 996 13 869 14 124 14 237

1er juillet 1er août 14 589 14 069 ACP

Prisons - Nouveau record du nombre de détenus en France

le 18/07/2008 - 18h52

Avec 64 000 personnes incarcérées dans les prisons hexagonales au mois de juillet, la France serait sur le point de battre un nouveau record. L’absence de grâce présidentielle lors du 14 juillet aurait contribué à aggraver la situation.

Les prisons françaises pourraient atteindre au mois de juillet, un nombre de détenu encore jamais égalé su le territoire. Selon une source syndicale pénitentiaire, le nombre des personnes incarcérées dans les prisons hexagonales devrait dépasser les 64.000 au mois de juillet.

Ce nouveau record intervient dans un contexte de surpopulation carcérale et à quelques jours de la décision du président de la République, Nicolas Sarkozy, de ne pas accorder de grâce lors du traditionnel 14 juillet.

Le chiffre officiel, habituellement communiqué chaque mois par l’Administration pénitentiaire, n’était pas disponible vendredi matin. Mais toujours selon une source syndicale pénitentiaire, l’Administration pénitentiaire aurait confirmé, vendredi, que "le chiffre des 64.000 était dépassé, ce qui n’est pas étonnant compte tenu de l’évolution récente."

Au 1er juin, les 200 prisons françaises renfermaient 63.838 détenus, établissant un nouveau record au-dessus du pic atteint en juillet 2004 qui faisait état de 63.652 détenus. Le nombre de places disponibles était de 50.807 en juin, ce qui donne un taux de densité carcérale de 126%, largement au-dessus de la moyenne des Etats-membres du Conseil de l’Europe qui s’élève à 102%.

Deux détenus pour une place

Près des deux tiers (63%) des établissements pénitentiaires sont en surpopulation et, parmi ceux-ci, 7% ont une densité de 200% avec en moyenne deux détenus pour une place. Les maisons d’arrêt, où sont enfermés les prévenus en attente de leur jugement ainsi que les condamnés à de courtes peines, sont de loin les plus touchées par le surpeuplement.

Jusqu’à présent, la France profitait de la période estivale, souvent tendue dans les cellules, pour désemplir les prisons au moyen des grâces collectives du 14 juillet. Depuis son élection en 2007, Nicolas Sarkozy a décidé de ne plus user de ce droit présidentiel, qu’il considère comme "quasi-monarchique."

Afin de désengorger les prisons, le futur projet de loi pénitentiaire, actuellement soumis à l’avis du Conseil d’Etat et qui doit être présenté en Conseil des ministres fin juillet, prévoit de développer les assignations à domicile pour les condamnés à de courtes peines (moins de deux ans) ou les personnes en attente de procès.

(D’après agences)

Qui se cache derrière le travail des détenus

Réalisé par Jean-Etienne Juthier, JDN Economie 08/11/2007

Sommaire

Des entreprises très discrètes

Les grands chiffres de l’emploi des détenus

Qui travaille pour qui ?

Des salariés presque comme les autres

Le coût ne fait pas tout

"Les questions de morale sont omniprésentes"

En savoir plus

© SIGES

Des employés payés 3,70 euros de l’heure, cela existe aussi dans l’Hexagone. Ce sont les quelques 10.000 détenus français employés par l’administration et des entreprises françaises.

Des sociétés qui n’apprécient pas vraiment la publicité, qu’elles soient d’anciennes clientes, comme Manutan, ou même organisatrices du travail en prison, comme Sodexho ou Suez, qui ont créé des filiales pour l’occasion.

Découvrez ce monde très discret.

Le travail des détenus en prison

Publié le 24/10/2006

Sur une population carcérale de 56 311 détenus au 1er octobre 2006, près de 18 000 d’entre eux travaillent. Peu rémunérés, sans contrat de travail, ces "faux salariés" représentent une main-d’oeuvre bon marché, flexible et soumise.

SOMMAIRE

Un droit au travail inexistant

Le travail en prison est considéré comme un outil d’insertion ou de réinsertion. Mais qu’en est-il vraiment ?

Etre actif pour être libre

Que pensent les "faux salariés" de leur situation professionnelle ?

En savoir plus

Des liens et des livres pour aller plus loin sur le sujet.

Un droit au travail inexistant

Le travail en prison est considéré comme un outil d’insertion ou de réinsertion. Mais qu’en est-il vraiment ?

Depuis l’entrée en vigueur de la loi de 22 juin 1987 relative au service public pénitentiaire, le travail des détenus n’est plus obligatoire en France.

Mais l’article 720 du Code de procédure pénale institue un droit au travail pour la population pénale. Il impose une obligation de moyens en vue de procurer une activité professionnelle aux détenus qui en font la demande.

L’idée est aussi de considérer le travail en prison comme un outil d’insertion ou de réinsertion. La réalité est pourtant encore bien loin de cet objectif. De nombreux freins persistent : un tissu économique plus ou moins dynamique en fonction de l’implantation des lieux pénitentiaires, des difficultés à attirer les entreprises "recruteuses", une surpopulation carcérale, mais aussi des chefs de détention peu réceptifs ou des populations pénales difficiles...

Des formes de travail bien spécifiques.

Les détenus peuvent se voir proposer du travail de service général c’est-à-dire lié au fonctionnement des établissements pénitentiaires : restauration, blanchisserie, cantine, maintenance, peinture...

Ils peuvent aussi réaliser des travaux de production (confection, menuiserie, imprimerie, informatique, reliure...) pour le compte d’une régie ou en sous-traitance.

D’autre part, des entreprises privées délocalisent une partie de leur activité dans les prisons. Les détenus peuvent ainsi être amenés à faire des travaux de montage, d’assemblage, de conditionnement ou de façonnage. Cette forme d’emploi concerne la majorité des détenus.

Enfin, certains détenus travaillent à l’extérieur des établissements pénitentiaires en semi-liberté, pour le compte de collectivités publiques, d’associations ou d’entreprises.

160 euros par mois.

Les détenus sont payés à l’heure ou au nombre de pièces, la rémunération varie entre 180 et 450 euros par mois. Le "SMIC détenu" s’élève à 45 % de celui à l’extérieur (soit environ 3 euros/h).

Les mieux lotis travaillent sur des pièces de moteurs d’avions militaires, numérisent des photos et films de l’INA ou du Ministère de la culture, travaillent dans les secteurs de la menuiserie, de la métallurgie. Mais le lot commun reste la confection d’échantillons de moquette, le tri d’oignons, la réalisation d’échantillons de maquillage.

Un droit au travail inexistant.

Hormis ceux qui travaillent en dehors des murs des prisons, les détenus ne signent aucun contrat de travail. Ils n’ont donc pas le statut juridique de salarié. Il n’y donc aucune disposition relative à la durée de l’emploi et de la période d’essai, ni au contenu du poste, aux objectifs professionnels, au licenciement.

Ils n’ont pas droit à des compensations financières en cas de maladie ou d’accident du travail. Ces "faux salariés" ne bénéficient ni de congés payés et n’ont aucune possibilité d’expression collective. Le travail est encore considéré par le personnel pénitentiaire comme un outil essentiel de gestion de la détention, plutôt qu’une mesure favorisant la réinsertion des personnes incarcérées.

Une main d’oeuvre idéale ?

Certaines entreprises peuvent considèrer le travail pénitentiaire comme une variable d’ajustement à la conjoncture économique. En effet, les ateliers de détenus offrent dans certains cas les caractéristiques d’un sous-traitant idéal.

Les salaires sont bas et l’absence de droit du travail garantit une souplesse indéniable. Un volant de main-d’oeuvre inutilisé étant toujours disponible, il permet aux entreprises de réagir très vite à une commande, et la rémunération à la pièce permet d’obtenir des cadences élevées. Inversement, en cas de retournement de conjoncture, les ateliers de détenus sont les premiers sous-traitants sacrifiés.

Etre actif pour être libre

Que pensent les "faux salariés" de leur situation professionnelle ?

Pour Marie Patin, présidente de l’Arapej Ile-de-France (association réflexion action prison et justice), une structure qui travaille sur l’insertion des détenus, avoir une activité entre quatre murs, est "une manière de vivre le temps de détention d’une manière non-linéaire, non rythmé et infantilisé.

De se responsabiliser aussi." Grâce à l’argent gagné, les détenus améliorent leur ordinaire, ne sont pas un poids pour leur famille. "Ils cantinent c’est-à-dire qu’ils s’achètent des produits frais et hygièniques, des revues, du tabac. Certains envoient de l’argent à leur famille, d’autres règlent les parties civiles..."

Sans oublier que cette expérience, aussi peu qualifiante soit-elle, prouve qu’ils peuvent s’assumer, être actif

En savoir plus

voir le site

TEMOIGNAGE DE DETENU EN 2003

Comment payer le travail carcéral ?

Extrait du Combat Syndicaliste CNT AIT 7 rue St Rémésy 31000 TOULOUSE (FRANCE)

Préface

Prison. Le mot est à la mode. Pas un jour ne se passe sans qu’un politicien, plus ou moins véreux, n’en claironne les éloges.

Alors, puisqu’ils veulent qu’on en parle, parlons-en. Pour dire la vérité. Pour dénoncer la machine à broyer.

Dans notre dernier numéro, c’est de Benoît qu’il s’est agi. Benoît, éjecté de sa cellule juste pour qu’il ait le temps de mourir « dehors ». Un cas pas du tout exceptionnel. Encore moins exceptionnel est le quasi-esclavage auquel sont réduits les prisonniers par l’État français. En toute légalité républicaine, bien sûr.

Comme le précédent, ce texte a été écrit par un prisonnier. Nous en reproduisons l’essentiel, en omettant les lignes qui pourraient permettre d’en localiser l’auteur, et nous rappelons que depuis sa création, Le Combat syndicaliste de Midi-Pyrénées est envoyé gratuitement aux prisonniers politiques et sociaux intéressés. Ils peuvent nous le demander (ne pas oublier le numéro d’écrou).

Comment payer le travail carcéral ?

Après des lustres d’exploitation extraordinaire, dans les hautes sphères de la pénitentiaire, un "brain storming" agite dangereusement les pauvres cervelles des responsables : Comment payer le travail carcéral ?

Et tout ce tracas, par la faute de quelques parlementaires qui surent fermer les yeux si longtemps. Mais, un jour, sans qu’on ne sache dire pourquoi celui-là, ils ont fini par s’indigner de la surexploitation ou plutôt de l’esclavage récurent dans les prisons du beau pays de France.

Il est vrai que dans des établissements, on dégotte des gars bossant 7 jours sur 7, jusqu’à 10 heures par jour pour quelques 70 euros à la fin du mois...

Comme partout, l’exploiteur profite de la misère pour faire chuter le prix de la force de travail. C’est la loi d’airain du capitalisme, n’est-ce pas ?

Et où y a-t-il plus de misère que dans les prisons ?

Lorsque le directeur de la Régie Industrielle des Etablissements Pénitentiaires fait la retape devant les chambres d’industrie, ne vante-t-il pas l’embellie d’une telle main d’oeuvre ? Pourquoi s’en priverait-il ?

Tout d’abord, une docilité garantie à toute épreuve.

Si un détenu quitte le boulot, dix candidats se présenteront le lendemain. Si le prisonnier refuse la tâche, s’il rompt le contrat qui n’a de contrat que le nom, il sera jeté au mitard, menacé de transfert et il perdra plusieurs mois de grâce en étant considéré comme une forte tête...

Secundo, une précarité totale qui ferait rêver les pires prédateurs du Medef and Co.Le travailleur est payé à la tâche, comme dans les ateliers du 19ème siècle. Bien sûr aucun point retraite et, s’il arrive un accident, on ne lui payera pas d’arrêt maladie. On le remplace tout bonnement.

Pas d’état d’âme. Même s’il a cotisé au prix fort pendant dix ans [1]. Pas un rond pour lui. Qu’il crève ! Et s’il ose la ramener, il faut qu’il sache que la grève est durement réprimée et, en tant que mouvement collectif, sévèrement punie par les tribunaux.

Quand ce n’est plus par la force du bâton que nous descendons dans les ateliers, c’est par la carotte que nous balade devant les naseaux le Juge d’Application des Peines. Car, si on travaille, on bénéficiera d’un mois supplémentaire de grâce.

Alors on n’est pas très regardant. Et si on fait assez de pièces, qu’on bosse à fond en courbant l’échine, la paye ainsi engrangée nous permettra de « faire amende honorable », c’est le cas de le dire, puisque nous rembourserons à crédit les parties civiles.

A la Centrale de ..., le calcul est vite fait : le juge vous octroie un deuxième mois de grâce pour 190 euros déboursés par an. Drôle de comptabilité !

Quoiqu’on ait fait, quel que soit le crime, si on a un petit pécule, on pourra se faire pardonner par mensualités et, après une décennie de petits profits, gagner un an. En prison, l’hypocrisie est élevée au rang de vertu suprême !

Mais il y a des pauvres, des plus pauvres que nous, pour qui 1 euro représente un peu de nourriture supplémentaire. Non seulement pour eux mais surtout pour leurs mômes laissés à l’extérieur et souvent loin, en Colombie, en Afrique... Il y a tant de misère dans les prisons !

Dans ce pays où l’on paye les jours de liberté comme des paquets de sucre ou de spaghetti, tout ça ne leur dit pas comment payer les journées de travail !

Ici, on embauche à 7 heures et on débauche à 13 heures. On fait la journée continue dans notre journée continue de taulard. Et chaque été, nous avons cinq semaines de vacances si l’on peut dire, mais on ne partira pas à la mer...

S’ils nous donnent des congés, ce n’est pas par bonté d’âme, ils n’ont simplement plus assez de personnel pour surveiller les ateliers et la détention... Jamais nos congés ne sont payés. Et cela 67 ans après les lois de 1936...

Depuis l’an dernier, la question de la rémunération du travail carcéral était en souffrance. Les rapports contradictoires se sont multipliés. Les commissions se succédèrent et les plus agités des fonctionnaires se démenèrent...

Et puis un surfeur de la vague des tolérances zéro, le nouveau ministre, s’empressa d’éclairer le débat d’une pensée lumineuse : « En vérité je vous le dit, le travail en prison n’est pas un travail comme les autres ». Conséquence toute logique, l’exception de cette exploitation perdurera. Nous ne sommes que des prisonniers, pas grand chose finalement. Pas tout à fait des hommes, même pas des ouvriers.

Ouf ! Enfin, tout est clair, le problème est à nouveau re-posé sur des bases saines...

Maintenant, comme l’inquisition détermina si les femmes ou les indiens d’Amérique avaient une âme, il faut qu’ils décident : sommes-nous des moitiés d’ouvrier donc à travail égal salaire de moitié, ou sommes-nous des tiers d’ouvriers ?

Même pas un tiers-état. Rien. Et ce rien qui va au boulot chaque matin de la semaine aux mêmes heures que vous, travailleurs à part entière, se demande bien souvent où sont passés les songes de l’unité ouvrière.

Un prisonnier

[1] Un détenu cotise en pure perte pour les assurances, accident de travail, veuvage, vieillesse, maladie et maternité, RDS, CGS, et tutti quanti.

VIDEO

Niveau record pour la surpopulation carcérale

11 juillet 2007 - 20h00

Alors que le texte de loi pénitentiaire sera présenté à l’automne, la situation dans les prisons pose de graves problèmes pour les détenus et les surveillants.


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1778360

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SERVICES PUBLICS, NOTRE BIEN COMMUN !  Suivre la vie du site Justice et Polices   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

Creative Commons License