AID Association initiatives dionysiennes
La pharmacienne Roselyne Bachelot-Narquin face aux généralistes du CoMeGAS :

CMU ET DISCRIMINATION LEGALISEE !

Pendant ce temps, d’autres médecins se remplissent les poches sans contrôle

dimanche 24 août 2008 par JMT

Le CoMeGAS rappelle que plus on descend dans l’échelle sociale, plus les populations sont malades et meurent tôt. Plutôt que de dresser des obstacles fondés sur des préjugés à l’encontre de patients plus malades que le reste de la population, le CoMeGAS demande une politique de santé publique réduisant réellement les nombreuses inégalités sociales de santé, plus importantes en France que dans le reste de l’Europe, à l’origine de morbidité et de mortalité plus élevées au bas de l’échelle sociale.

Non. Le CoMeGAS n’a pas mal interprété ...

...la circulaire de la sécu autorisant les médecins à porter plainte contre leurs patients bénéficiaires de la CMU.

vendredi 22 août 2008, par rennes info

Communiqué du CoMeGAS – 21 août 2008

Circulaire de la sécu sur le refus de soins aux bénéficiaires de la CMU complémentaire

Le 14 août dernier, la ministre de la santé, Madame Roselyne Bachelot, a été interrogée sur la radio RMC en direct de Pékin à propos de la circulaire de la sécurité sociale autorisant les médecins à porter plainte contre les patients bénéficiaires de la CMU complémentaires.

Le Collectif des Médecins Généralistes pour l’Accès aux Soins (CoMeGAS) a été amené le 1er août dernier à saisir de nouveau la HALDE sur le caractère discriminant de cette circulaire.

L’interview de la ministre peut être écoutée  : (à partir de la 10ème minute sur 19, durée : 2 mn environ)

Le communiqué de presse du 1er août, la lettre de saisie de la HALDE et la circulaire de la sécu sont disponibles à la page : .

La ministre s’attribue l’initiative de cette circulaire. Elle semble s’inscrire au contraire dans le cadre des recommandations à la sécurité sociale du "Rapport Chadelat" publié le 30 novembre 2006 suite aux premières saisies de la HALDE par le CoMeGAS et le CISS. La ministre estime que cette circulaire a été mal interprétée. Au contraire.

C’est la première fois qu’une circulaire autorise les médecins à porter plainte (le terme est précisé ainsi dans la circulaire) auprès d’un organisme de sécurité sociale, contre certains de ses assurés, sélectionnés selon des critères économiques et sociaux.

Pour une politique de santé publique fondée sur des faits et non sur des préjugés

Le CoMeGAS réaffirme la nécessité de fonder une politique de santé publique et d’accès aux soins des plus fragiles de notre société, sur des faits solides et des preuves établies, au lieu de jugements et d’opinions infondés, et d’a priori idéologiques.

Le CoMeGAS rappelle que le fait que les bénéficiaires de la CMU se comporteraient "moins bien" que le reste de la population ne repose strictement sur aucune preuve.

La "bonne éducation" n’est pas plus l’apanage de ceux qui payent que la "mauvaise" celui de ceux qui ne payent pas pour des motifs économiques et sociaux. Les initiatives du gouvernement de la république et celles de la sécurité sociale, pilier de la solidarité nationale, ne peuvent se fonder sur de tels préjugés idéologiques et malsains.

Le CoMeGAS rappelle que, à l’inverse de ce qui est écrit dans la circulaire et de ce que prétendent certains médecins, affirmer que la gratuité des soins « déresponsabiliserait » les patients, est une contre-vérité voire un mensonge. Les faits et les preuves existent en effet depuis longtemps qui démontrent la fausseté d’une telle affirmation. Ces faits et preuves ne doivent plus être ignorés ou niés.

Le CoMeGAS rappelle que plus on descend dans l’échelle sociale, plus les populations sont malades et meurent tôt. Plutôt que de dresser des obstacles fondés sur des préjugés à l’encontre de patients plus malades que le reste de la population, le CoMeGAS demande une politique de santé publique réduisant réellement les nombreuses inégalités sociales de santé, plus importantes en France que dans le reste de l’Europe, à l’origine de morbidité et de mortalité plus élevées au bas de l’échelle sociale.

Une circulaire discriminatoire : la pire des réponses à un vrai problème

La question de l’accès aux soins des plus défavorisés est un problème majeur de santé publique. Le ministère de la santé et la sécurité sociale ont raison de s’en saisir, mais il est aberrant de penser résoudre ce grave problème en stigmatisant ceux qui en sont victimes.

Le CoMeGAS réclame la mise en place, entre autres par la formation professionnelle conventionnelle financée par la sécurité sociale, d’ une formation des médecins à la problématique des inégalités sociales de santé, aux réalités des vies des populations précarisées, et aux spécificités sanitaires et relationnelles de leur prise en charge.

Le CoMeGAS demande que chaque usager du système de santé en France soit traité de la même façon quelle que soit la façon dont il accède aux soins. Le CoMeGAS réaffirme la dimension discriminatoire de cette circulaire, en appelle à l’arbitrage de la HALDE, et demande son retrait.

Contact presse : Docteur Philippe Foucras 0625172334

Voir en ligne : le blog du comegas

Remerciements à j.richaud pour l’alerte

Médecine de ville. Gagner plus sans travailler plus

Alternatives Economiques - n°271 - Juillet 2008

Alors que le gouvernement affirme sa volonté de traquer tous les délinquants, une corporation bafoue les lois sans subir la moindre sanction : les médecins de ville.

Ceux-ci se divisent en deux catégories dits "secteurs" : les praticiens du secteur 1 doivent respecter les tarifs conventionnels. Ils bénéficient en contrepartie d’une prise en charge de leurs cotisations sociales par l’assurance maladie.

Ceux qui relèvent du secteur 2 peuvent pratiquer des honoraires dits "libres", au-delà des tarifs conventionnels mais avec "tact et mesure".

Une récente étude du Collectif interassociatif sur la santé (CISS) confirme ce que chacun a pu constater : les dépassements pratiqués sont désormais sans tact ni mesure, alors qu’il est quasi impossible de trouver des spécialistes en secteur 1 dans de nombreuses agglomérations.

En outre, nombre de praticiens de ce secteur 1 pratiquent désormais des dépassements sauvages, sans que les caisses d’assurance maladie ne réagissent.

Enfin, nombre de médecins refusent de soigner les bénéficiaires de la CMU ou de l’aide médicale gratuite. Un sérieux problème en termes d’accès aux soins des moins aisés.

http://www.leciss.org/

Refus de soins aux bénéficiaires de la CMU : le CoMeGAS saisit de nouveau la HALDE

dimanche 10 août 2008, par rennes info

1er août 2008 - Communiqué de presse du CoMeGAS

Deux ans après sa première saisie de la HALDE suite aux refus de soins aux bénéficiaires de la CMU de la part de certains professionnels de santé, mis en évidence par un testing, le CoMeGAS (COllectif des MEdecins Généralistes pour l’Accès aux Soins) saisit de nouveau la HALDE pour les mêmes raisons.

La HALDE avait à l’époque (délibération 2006-232 du 6 novembre 2006) confirmé et précisé le caractère discriminatoire de ces refus de soins. Elle avait recommandé aux organismes de sécurité sociale, entre autres, de prendre les mesures nécessaires d’information des usagers et des professionnels de santé, de prévention et de sanction de ces comportements.

Les suites médiatiques et politiques qui avaient suivi avaient été importantes : rapports, prises de positions variées et polémiques, conférences de presse ministérielles et déclarations d’intention, etc. Le CoMeGAS avait été étrangement oublié lors des concertations qui avaient eu lieu.

En juin 2008, l’Assurance Maladie vient de publier sa « Lettre aux médecins » n° 29 et la circulaire 33/2008 qui autorisent les médecins à porter plaintes et réclamations contre les bénéficiaires de la CMU dont certains comportements seraient considérés comme abusifs. Parmi lesquels :

* retards injustifiés aux rendez-vous

* rendez-vous manqués et non annulés

* traitements non suivis ou interrompus

* exigences exorbitantes…

Or aucune étude n’apporte la preuve que ces comportements “abusifs” seraient plus fréquents chez les bénéficiaires de la CMU que chez les autres assurés sociaux.

Le CoMeGAS dénonce le caractère discriminatoire de ces mesures, voire illégal pour celle concernant l’observance des traitements. L’Assurance Maladie semble ainsi cautionner les a priori négatifs et infondés de certains médecins envers les plus fragiles de notre société.

Le CoMeGAS saisit de nouveau la HALDE pour que le caractère discriminatoire de ces mesures prises par l’Assurance Maladie soit reconnu et qu’elles soient annulées.

Le CoMeGAS souligne le caractère consternant d’une situation qui amène l’Assurance Maladie solidaire à autoriser des soignants à porter plainte contre ses assurés, pour tenter de régler ce qui ne sont que des difficultés relationnelles, dues à des a priori envers les plus fragiles de notre société.

Cela dresse le constat d’une formation insuffisante des professionnels de santé, et des médecins en particulier, à la connaissance des réalités de vie des populations les plus fragiles et les plus malades de notre société et à leur prise en charge, alors que, du fait de leur mission soignante, ils devraient en être les “experts”.

Le CoMeGAS juge prioritaire que la formation à la prise en charge des populations précarisées soit inscrite dans les programmes universitaires des futurs médecins, et dans les thèmes de formation médicale conventionnelle des médecins financés par l’Assurance Maladie

Le CoMeGAS estime enfin que cette situation révèle une réflexion éthique insuffisante au sein de l’Assurance Maladie sur les problématiques des soins aux plus fragiles, due sans doute à l’absence des représentants de ces populations au sein de ses structures de conseil.

Ces carences amènent à répondre sans discernement à des demandes abusives de la part de professionnels de santé fondées sur des a priori sur les « pauvres ». Elles conduisent le pilier de la solidarité nationale qu’est l’Assurance Maladie à prendre des mesures discriminatoires pour lutter contre des discriminations !

Le CoMeGAS souhaite que l’Assurance Maladie tienne compte de l’expérience des populations précarisées et des professionnels de santé qui les accompagnent avant de décider de telles mesures.

Contact : Dr Philippe Foucras 0625172334

Lire :

la lettre de saisie de la Halde par le CoMeGAS

la « Lettre aux médecins » n° 29 de l’Assurance Maladie

la circulaire 33/2008 de l’Assurance Maladie

Voir en ligne : Les patients en CMU offerts à la vindicte

Santé - Très chers médicaments

Publié le 03/07/2008 - Modifié le 04/07/2008 N°1868 Le Point

Les laboratoires pharmaceutiques jouent la surenchère dans le prix des médicaments. Mais la Sécurité sociale ne peut plus suivre. Peut-on continuer à tout rembourser ? Le débat est lancé. Anne Jeanblanc

Les médicaments de maladies longue durée bientôt moins remboursés ?

Santé - Enquête sur les scandales d’un système à bout de souffle

Mille euros par jour et par patient, c’est le prix d’un médicament récemment mis sur le marché et remboursé par la Sécurité sociale, pour traiter une maladie rare. L’équivalent d’un Smic quotidien.

L’an dernier, l’Assurance-maladie a déboursé plus de 100 000 euros de médicaments pour 1 800 personnes ; elle a même payé plus de 1 million d’euros pour quelques malades. Et ce montant risque d’être de plus en plus souvent atteint avec l’arrivée des nouveaux produits.

Alors, afin de faire des économies, la Sécu a suggéré, avant de faire marche arrière, de ne plus rembourser qu’à 35 % les médicaments à vignette bleue actuellement pris en charge à 100 % dans le cadre des affections de longue durée (cancer, diabète, sida, etc.) et de faire régler la différence par les assurances complémentaires.

Une éphémère mesure qui a suscité un tollé, mais qui montre bien l’inquiétude des responsables de la santé quant à la pérennité de notre système de protection sociale.

Des traitements au coût astronomique.

Le Soliris traite une grave maladie du sang, qui touche de 700 à 1 000 personnes en France. Administré par perfusion tous les quinze jours, il préviendrait les récidives de thrombose. Il améliore en tout cas la qualité de vie des patients et leur évite le recours à une transfusion sanguine toutes les trois semaines, pratique assez coûteuse mais surtout non dénuée de risques, a fortiori quand elle est répétée aussi souvent.

Certains spécialistes estiment cette prise en charge à vie parfaitement justifiée. D’autres posent la question du choix du remboursement d’un produit non indispensable à la survie, qui augmente la susceptibilité aux infections (ses bénéficiaires sont vaccinés contre la méningite) et surtout à ce tarif : 350 000 euros par patient et par an. En d’autres termes, n’y aurait-il pas mieux à faire avec cet argent ?

Cette question, qui mêle à la fois éthique, politique et choix de société, risque de devenir récurrente dans les années à venir. « Des traitements qui ont un prix astronomique pour notre système de santé, ce n’est pas récent, note Noël Renaudin, le président du Comité économique des produits de santé. Mais, actuellement, les prix n’ont plus de limite. » De plus, les produits dont le coût journalier flirte avec celui d’un salaire mensuel se multiplient, mettant en danger notre bonne vieille Assurance-maladie.

« Autrefois, en France, un traitement coûtait quelques centimes d’euro par jour et c’est encore le cas de beaucoup de génériques, rappelle Noël Renaudin. Avec les médicaments des années 1990-2000 destinés à soigner des maladies chroniques fréquentes et donc vendus en très grande quantité, on arrivait à 1 euro ou un peu plus par jour, soit près de 500 euros par an. Aujourd’hui, les nouveaux produits peuvent atteindre 100 000, 300 000 et jusqu’à 500 000 euros par an et par patient. Même si ces derniers ne sont pas très nombreux, cela fait beaucoup d’argent. »

Le premier palier a été atteint au début des années 2000, avec un nouveau traitement de la leucémie myéloïde chronique (1 000 nouveaux malades chaque année en France), le Glivec, qui coûte de 30 000 à 40 000 euros par an et par patient. C’est désormais le 8e produit remboursé par l’Assurance-maladie.

En 2007, un peu plus de 111 millions d’euros ont servi à acheter 55 000 boîtes et à soigner environ 3 000 patients. « Les factures peuvent aussi augmenter dangereusement avec la multiplication de traitements d’un coût relativement élevé, chez des malades souffrant de plusieurs pathologies », ajoute Jean-Marc Aubert, le directeur délégué à la gestion et à l’organisation des soins de la Caisse nationale d’assurance-maladie.

C’est le cas des maladies auto-immunes liées à une hyperactivité du système immunitaire. Les anti-TNF alpha, des traitements au nom barbare utilisés contre la polyarthrite rhumatoïde, coûtent de 15 000 à 20 000 euros par patient et par an, pour une population évaluée à un peu plus de 30 000 personnes.

Rentabiliser les investissements.

Pendant longtemps, les firmes ont misé sur les blockbusters , ces médicaments destinés à traiter des maladies fréquentes et susceptibles de rapporter plus de 1 milliard de dollars. Aujourd’hui, elles s’attaquent à des cibles beaucoup plus réduites.

D’abord, parce qu’il est de plus en plus difficile d’innover contre les grandes affections chroniques. La plupart d’entre elles bénéficient déjà de traitements assez satisfaisants.

Ensuite, parce que les progrès réalisés par la médecine lui permettent désormais d’isoler des sous-types de pathologies. Plus question, par exemple, de parler de « cancer », mais de « sous-populations tumorales », aux caractéristiques définies contre lesquelles il faut trouver un traitement susceptible de coûter très cher, afin que le laboratoire qui l’a mis au point puisse rentabiliser son investissement malgré le nombre réduit de patients auxquels il est destiné.

Autre motif qui explique le changement de stratégie des firmes pharmaceutiques : les avantages substantiels accordés aux traitements des maladies orphelines, celles qui touchent moins d’un individu sur 2 000.

Un statut particulier leur a en effet été accordé en 2000, pour inciter les entreprises à développer des médicaments contre ces affections jusqu’alors négligées. Une trentaine de traitements spécifiques sont actuellement commercialisés en France.

Des maladies orphelines qui concernent environ 3 millions de personnes en France et pour lesquelles il serait criminel de ne pas financer la recherche. Mais dont chacune d’elles peut ne toucher que quelques dizaines à 30 000 patients.

Qui va donc payer ?

Si, dans l’avenir, chaque malade « orphelin » recevait un traitement aussi onéreux que le Soliris, plus des deux tiers de notre produit intérieur brut y passeraient... Les laboratoires se sont donc engagés massivement dans cette voie.

« C’est courageux de leur part, estime toutefois Jean-Jacques Zambrowski, médecin hospitalier, économiste de la santé et qui, en tant que spécialiste en médecine interne, traite des maladies rares, graves et compliquées.

La recherche d’un médicament orphelin est particulièrement hasardeuse, notamment parce qu’il est difficile de valider des résultats sur des populations très réduites de malades. » Néanmoins, devant la multiplication de ce type de traitements, certains responsables de la Santé demandent de réviser la notion de médicament orphelin.

Autre évolution de la recherche thérapeutique aussi prometteuse que coûteuse : celle des médicaments dits de « niche » souvent issus des biotechnologies. « Leur prix de revient est très élevé car ils sont fabriqués à partir de cellules vivantes ou de fragments de cellules vivantes, et non par des procédés de chimie de synthèse, explique le docteur Jean-Jacques Zambrowski.

Ces fabrications sont extrêmement délicates, avec des exigences de qualité et de sécurité considérables. Et ces médicaments apportent souvent une solution radicale à des patients qui jusque-là n’en avaient aucune et leur permettent de retrouver une vie sociale. »

Certes, mais à quel prix ? On compte actuellement sur le marché une dizaine de médicaments à plus de 100 000 euros par an et par patient. Et de nombreux autres sont en expérimentation. Qui va payer ?

« Quand un nouveau traitement apporte un bénéfice réel contre une maladie, le laboratoire est en position de monopole, explique Noël Renaudin. Si son médicament prolonge par exemple de 50 % la survie des patients, il ne va pas vouloir le vendre une fois et demie le prix du traitement actuel, mais cinquante fois. Notamment parce qu’il a pu être long et difficile à trouver ou à fabriquer. »

Reste que tous les spécialistes sont d’accord : un jour, les industriels devront revoir leurs prétentions, car aucun système d’assurance ne pourra résister. Les experts français réfléchissent donc au meilleur moyen de restreindre l’utilisation des médicaments les plus onéreux aux patients qui en ont le plus besoin.

A la demande du Parlement, la Haute Autorité de santé (HAS) s’est attelée à la tâche en s’appuyant, comme le fait la Grande-Bretagne, sur l’indice Qaly (voir encadré page 60). « La HAS a la difficile charge de rendre complémentaires la logique individuelle-répondre à la demande du patient en lui donnant un traitement adapté-et la logique collective », estime le professeur Laurent Degos, qui dirige cette institution.

« Si les gens connaissaient le montant de certaines de nos dépenses, ils penseraient qu’on est tombé sur la tête, admet Noël Renaudin. En réalité, il est normal d’investir autant dans les soins des maladies graves. Mais il est aussi logique de chercher à rationaliser les dépenses. »

Contrôles et sanctions.

A l’hôpital, des « contrats de bon usage », signés par chaque directeur avec l’agence régionale de l’hospitalisation, régissent la prescription-et donc le remboursement-des médicaments onéreux.

En cas de contrôle, les pénalités infligées par l’Assurance-maladie sont très lourdes si l’emploi d’un médicament ne colle pas avec les recommandations des autorités de santé. « Les produits proposés en médecine de ville sont parfois donnés avec moins de discernement, regrette Jean-Jacques Zambrowski.

Et l’Assurance-maladie, qui n’a pas accès aux diagnostics, ne peut pas savoir si le médicament a été prescrit à bon escient. Peut-être faudra-t-il un jour lui donner les moyens de détecter les anomalies et de les combattre. »

En clair, la Sécurité sociale a le droit de connaître exactement ce qu’elle finance. Y compris pour des traitements relativement peu chers, les médicaments autour de 15 euros ne représentant que 16,5 % des produits vendus, mais 67,3 % des dépenses.

Autre point faible : les Français seraient particulièrement friands des médicaments les plus récents, en général bien plus chers que les autres. « Cet effet de mode n’est pas justifié pour bon nombre de patients parfaitement soignés par des traitements efficaces bien connus des médecins, note Jean-Marc Aubert. Et il est franchement mauvais pour l’équilibre financier de notre système d’assurance sociale. »

Récemment, le New England Journal of Medicine a publié les résultats d’un essai thérapeutique montrant que l’Inegy, le nouvel anticholestérol vedette de Merck et de Schering-Plough, ne permettait pas de dissoudre les plaques d’athérome à l’intérieur des artères, comme les firmes l’avaient supposé.

Or il coûte trois fois plus cher que les traitements anticholestérol de base vendus sous forme de génériques. Quelques jours plus tôt, The Lancet publiait un essai comparant les nouveaux et les anciens médicaments destinés aux schizophrènes. Lui aussi concluait que la nouvelle génération de molécules n’était pas plus efficace, seulement mieux tolérée, mais pour un coût jusqu’à vingt fois plus élevé.

Selon les experts, les prix de nouveaux traitements risquent fort d’être à l’origine de tensions croissantes. Ils vont encore creuser l’inégalité dans l’accès aux soins entre le Nord et le Sud ; voire, à l’intérieur même des pays riches, entre les citoyens qui ont le sentiment de trop payer en impôts et assurances alors qu’ils sont en bonne santé et les malades qui demandent toujours plus. Pour tous, la pilule risque d’être amère à avaler.

L’exemple anglais

Quand Elaine Barber, une mère de famille de 41 ans atteinte d’un cancer du sein, s’était vu refuser en 2005 son traitement par le National Health Service (NHS), l’équivalent britannique de la Sécurité sociale, la nouvelle avait provoqué une levée de boucliers.

Le NHS, qui arguait que le traitement-évalué à 28 000 euros-n’était pas rentable, était revenu sur sa décision. Mais, pour une Elaine Barber, des centaines de malades se voient refuser des traitements similaires en Grande-Bretagne.

Depuis 1999, outre-Manche, un National Institute for Health and Clinical Excellence calcule la « profitabilité » de chaque médicament en fonction de son indice Qaly (quality adjusted life year) qui va de 0 (décès) à 1 (santé parfaite).

Cet « indice de qualité de vie ajustée » tient compte des bénéfices apportés par le traitement en termes de longévité et de qualité de la vie, mais comparés à son coût. En clair, un médicament qui améliore la durée de la vie mais n’allège pas les souffrances, ou, à l’opposé, qui soulage mais sans repousser la date de l’échéance finale risque donc de ne pas être administré. Des limitations que les Britanniques semblent bien accepter.

Qaly pourrait bien un jour, en France aussi, servir à justifier le refus de certaines prescriptions. Dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008, la Haute Autorité de santé (HAS) a été chargée de réfléchir à l’intégration de paramètres médico-économiques dans l’évaluation du service médical rendu par un médicament qui détermine in fine son niveau de remboursement.

Pour l’heure, les experts français refusent des solutions aussi brutales. « La HAS s’intéresse plus au service rendu à la collectivité-ce qui inclut donc aussi les problèmes d’organisation et les aspects sociologiques et éthiques- qu’à l’impact purement financier », précise son directeur, Laurent Degos.

« Contrairement à nous, les Anglais refusent de rembourser l’EPO pour le cancer du sein métastatique ou récidivant, parce que le traitement n’allonge pas la durée de la vie, et pourrait même la raccourcir de quelques jours chez certaines patientes, cite en exemple le docteur Jean-Jacques Zambrowski, médecin hospitalier et économiste de la santé.

Moyennant quoi, certaines femmes sont épuisées par leur anémie. Elles arrivent tout juste à passer du lit au fauteuil, alors qu’elles pourraient vivre quasi normalement leurs derniers mois. » Un bénéfice qui est loin d’être jugé aussi net par tous ses confrères. Il n’empêche, en France, la première des EPO, l’Aranesp, se classait en 2006 au 5e rang des produits remboursés par l’Assurance-maladie. Coût : 135 millions d’euros.

Anne Jeanblanc et Frédérique Andréani

Entretien avec Pierre Le Coz

Agrégé de philosophie, docteur en sciences de la vie et de la santé et vice-président du Comité consultatif national d’éthique. Pour ce fin connaisseur de l’histoire de notre système de protection sociale, une parenthèse est en train de se fermer.

« Pendant longtemps, la France a considéré que la santé d’un individu n’avait pas de prix et que le médecin ne devait pas agir en comptable. Notre société était individualiste, c’est-à-dire qu’elle était au service de l’individu : ce dernier ne devait pas être sacrifié à l’intérêt collectif.

On pouvait se payer le luxe d’opérer tout le monde, y compris quand ce n’était pas indispensable. Cette philosophie a prédominé jusque dans les années 80. Puis on a commencé à s’interroger sur les sommes englouties au nom de la santé de chacun. La position utilitariste, déjà en vigueur dans les pays anglo-saxons, a commencé à émerger chez nous, suscitant beaucoup de réticences de la part des médecins. Mais ils ont dû admettre que notre système allait "dans le mur", et qu’il fallait donner la priorité à l’intérêt de la collectivité.

L’individualisme a vécu. Nous assistons à la fin d’une période glorieuse de notre histoire. Avec le vieillissement de la population-que l’on n’a pas correctement anticipé-et la multiplication des pathologies associées à l’allongement de la vie, on s’inquiète des dépenses à venir.

Nos ressources n’étant pas illimitées, il faut essayer de les répartir de façon plus rationnelle. Aujourd’hui, on est bien obligé d’admettre que, si la santé n’a pas de prix, elle a un coût. Et les médecins doivent désormais tenir compte du prix des médicaments dans leurs décisions.

Notre vision va devenir "sacrificielle" : il vaut mieux correctement prendre en charge un père de famille de 40 ans, qui est rentable pour la société, qu’une personne de 80 ans qui n’a plus toute sa tête.

C’est évidemment un constat tragique. Mais nous n’avons pas le choix. Reste à trouver le meilleur équilibre entre les intérêts de l’individu et l’intérêt collectif. »

Propos recueillis par Anne Jeanblanc

Une santé sonnante et trébuchante

Dépenses de santé : 187 milliards d’euros en 2006. 78 % pour l’Assurance-maladie, 13 % pour les assurances complémentaires 9 % pour les ménages.

Budget de l’Assurance-maladie : environ 145 milliards d’euros par an, soit 10 % de notre PIB.

Les soins hospitaliers représentent 50 % des dépenses de santé.

Coût d’acquisition d’un scanner Rayons X conventionnel : de 800 000 euros à 1 million d’euros.

Coût d’acquisition d’une IRM de dernière génération : 2 millions d’euros en intégrant les travaux d’aménagement.

Salaire brut d’un médecin hospitalier : de 2 500 à 7 000 euros par mois, selon l’échelon et l’ancienneté.

Salaire brut d’un professeur des universités-praticien hospitalier en fin de carrière : 54 337.

Dépenses de médicaments : 20,3 milliards d’euros en 2006. Ce qui représente 2,5 milliards de boîtes de médicaments délivrées par les officines de ville.

Chaque Français coûte en soins plus de 2 600 euros par an. Presque l’équvalent de 3 Smic.

Nous dépensons en soins médicaux autant dans la dernière année de notre vie que pendant tout le reste de notre existence, quel que soit l’âge du décès.

Le principal poste de dépense est le cardiovasculaire avec 3 milliards d’euros de remboursement par an (soit 22,5 % des dépenses totales), suivi du système nerveux central (17,6 % des dépenses).

Une trithérapie contre le sida revient à environ 15 000 euros par an et par malade.

Source Le Point


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