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généralisation des expérimentations du RSA prévues pour le 20è anniversaire du RMI

Le RMI bientôt fini, voila le RSA !

Martin Hirsch gagnerait-il son pari contre les libéraux de l’UMP ?

mercredi 16 juillet 2008 par JMT

Le RSA est destiné à réduire la pauvreté d’un tiers d’ici à 2012. Il part du présupposé selon lequel le travail n’est pas assez rémunérateur pour se prémunir contre la pauvreté.

Mais cette réforme contient aussi des postulats implicites. Le problème n’est pas tant l’insuffisance de la rémunération que le manque d’emplois, le sous-emploi, et les difficultés multiples que rencontrent les personnes sans emploi.

La fin du RMI est programmée

CLICANOO.COM

Martin Hirsch, le Haut commissaire aux solidarités actives, a annoncé la semaine dernière que le Revenu de solidarité active, le RSA, remplacera le RMI dès le 1er juillet 2009. Le dispositif, actuellement expérimenté dans 34 départements métropolitains, sera alors généralisé. L’Outre-mer est également concerné, même si le gouvernement n’a pas encore précisé la date de sa mise en application dans les territoires ultra-marins.

Après 20 années de services, le Revenu Minimum d’insertion (RMI) s’apprête à laisser sa place à un nouveau dispositif. L’allocation aux personnes démunies sera, à plus ou moins long terme, remplacée par le Revenu de solidarité active (RSA).

Piloté par Martin Hirsch, le haut-commissaire aux solidarités actives, le RSA est un dispositif qui permet aux allocataires de cumuler les minima sociaux comme le RMI ou l’API (allocation parents isolés) aux aides fiscales, notamment la prime pour l’emploi et les prestations familiales.

Pour le gouvernement l’objectif du RSA est clair : "Il s’agit d’encourager le travail, de faciliter le retour à l’emploi et de réduire le nombre de travailleurs pauvres. Il garantit que tout retour au travail donne lieu à une augmentation de revenus et que toute augmentation de revenus du travail se traduise par une vraie amélioration des ressources des familles", peut-on lire dans un document de présentation, disponible sur le site du Premier ministre.

Testé depuis un an dans 34 départements, la formule semble faire ses preuves. Un rapport publié la semaine dernière par le gouvernement indique en effet un taux de retour à l’emploi supérieur à 25 % dans les zones expérimentales. Le document souligne en outre que le RSA fonctionne particulièrement bien auprès des personnes qui étaient éloignées de l’emploi.

Une réforme de plusieurs milliards d’euros

Près des deux tiers des bénéficiaires du RSA étaient en effet allocataires du RMI depuis au moins deux ans et plus d’un tiers depuis quatre ans. Autre enseignement : il n’y a pas d’augmentation des emplois à temps partiel. Deux tiers des emplois se font en effet dans le secteur marchand et près d’un tiers des emplois sont des CDI ou des CDD de plus de six mois. Des résultats encourageants, qui expliquent que le gouvernement ait récemment décidé d’accélérer la généralisation du successeur du RMI.

La feuille de route prévoyait en effet une phase de test du RSA étalée sur 3 ans. Votée en août 2007, le dispositif ne devait donc pas être étendu à l’ensemble du territoire avant l’année 2010. Une date qui a finalement été ramenée au 1er juillet 2009.

Pour tenir ce délai, l’Etat devra cependant mettre la main à la poche. Bien que le budget global dédié au RSA n’ait pas été arrêté, son financement sera, selon toute vraisemblance, alimenté par la réallocation des 7,5 milliards de crédits consacrés aux dispositifs qu’il va remplacer (RMI, API…). Cette enveloppe sera complétée par un investissement public supplémentaire de 1 à 1,5 milliard d’euros, ainsi que par les économies attendues du "recentrage" de la prime pour l’emploi (PPE), soit une somme comprise entre 400 millions et 1 milliard d’euros.

L’Outre-mer concerné

Cette facture estimée du dispositif constitue le principal frein à son développement. Du côté de l’UMP, on juge en effet la mesure trop coûteuse. La dernière réunion de concertation consacrée au RSA, qui s’est tenue le mercredi 8 juillet, a cependant permis de déboucher sur un premier consensus.

Si la majorité des participants a accepté le principe d’une articulation entre le RSA et la PPE pour que les bénéficiaires puissent choisir entre l’un ou l’autre de ces deux dispositifs, ils ont néanmoins refusé que la PPE soit le principal financement du RSA.

Il faudra donc trouver des fonds supplémentaires. Les arbitrages du Premier ministre et du Président de la République seront rendus dans les prochains mois. Il faudra aussi régler la question de l’ouverture du revenu de Solidarité active aux 18-25 ans. Cette demande, émanant des syndicats, est pour l’instant restée lettre morte. Le gouvernement a cependant indiqué qu’il était disposé à permettre des programmes expérimentaux sur certains territoires.

En attendant que ces deux points soient réglés, le gouvernement a déjà confirmé que le RMI disparaîtra dès l’année prochaine en métropole. Quid de la Réunion ? Notre département est pour l’heure exclu des zones pilotes. Fin 2007, le conseil général avait pourtant déposé sa candidature pour expérimenter trois ans durant le dispositif. Une demande légitime faite au gouvernement compte tenu du nombre important de bénéficiaires du revenu minimum d’insertion dans l’île.

Mais la candidature n’a pas été retenue par l’État. “Pour des questions juridiques et non politiques”, précise-t-on au palais de la Source. Des modalités d’application avaient pourtant été définies. Dans l’île, contrairement aux départements de la métropole, le revenu de solidarité active devait être réservé aux personnes créant une entreprise ou reprenant une activité salariée en dehors de la Réunion. Le conseil général avait même réussi à chiffrer la mesure : le RSA devait concerner environ un millier de personnes par an sur trois ans et coûter, au total, plus de 7,67 millions d’euros.

Des dispositions aujourd’hui oubliées, en attendant la généralisation du revenu imaginé par Martin Hirsch à l’ensemble des départements français, et donc à la Réunion. Sur cette question, le Département, en charge de l’insertion, dit d’ailleurs rester “attentif aux déclarations du gouvernement”. Si l’on en croit le document de travail faisant office de premier avant-projet de loi, le revenu de solidarité active pour les travailleurs les plus démunis sera mis en place dans l’ensemble du territoire national d’ici un an.

L’Outre-mer ne serait pas oublié, comme l’explique le cabinet du Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, même si pour l’instant, “le cas des Dom n’est pas arbitré”. Le gouvernement indique “qu’en l’état actuel des choses, il n’y a pas encore eu de décision officielle. Cependant, la Réunion comme l’ensemble des départements d’Outre-mer, ne sera évidemment pas exclue du dispositif RSA. Cela pourra démarrer au 1er juillet 2009, à l’image de l’ensemble des départements métropolitains, comme un peu après”. Le compte à rebours est bel et bien enclenché.

Dossier : Johan Équixor, Thomas Lauret

- Le calcul du RSA

Le revenu de solidarité active commence au niveau du RMI (soit 450 euros, hors forfait logement). Il garantit ensuite que toute heure travaillée apporte un gain substantiel de ressources, en permettant le cumul partiel des revenus d’assistance et du travail. Un taux de cumul de 65 % signifie que 65 % du revenu gagné par le travail reste dans la poche du salarié.

Ainsi, une personne seule au RMI (450 euros) reprenant un emploi à 500 euros (SMIC à mi-temps) percevra-t-elle 775 euros. Cette somme correspond à l’addition des 450 euros et de 65 % des 500 euros. Formellement, le RSA reçu en plus du salaire sera donc de 275 euros. Avec 60 % de son revenu, la même personne percevrait “seulement” 750 euros (dont 250 euros de RSA). Le montant de l’allocation sera de 313 euros pour un couple travaillant à plein-temps avec un enfant, soit une augmentation de 224 euros par rapport à aujourd’hui. Intérêt du RSA : il s’adresse aux bénéficiaires de minima sociaux reprenant un emploi comme aux travailleurs pauvres (en dessous ou au niveau du Smic) qui ne sont pas passés par la “case RMI”.

Ratenon : “Théoriquement intéressant, concrètemement irréalisable”

Jean-Hugues Ratenon, président de l’association “Agir pour nou tout”, ne croit pas beaucoup au succès du dispositif de Martin Hirsch dans la pratique. “Sur le papier, le RSA est intéressant. Mais est-ce que c’est un dispositif qui crée des emplois ? Je ne le crois pas. C’est la société, l’économie, qui crée de l’activité et pas tel ou tel nouveau contrat. La Réunion crée 5 000 emplois par an, et aura du mal à faire beaucoup plus que ça.

Dire à un demandeur d’emploi qui veut trouver du travail qu’on va lui en donner un, c’est très bien. Encore faut-il que tous les publics soient concernés, et notamment les jeunes de moins de 25 ans qui ne touchent aucune aide. Mais la Réunion est-elle capable de créer 70 000 à 100 000 emplois pérennes dans l’immédiat ? Rien n’est moins sûr. On reste enfin dans la logique de la précarité. Les contrats d’avenir sont un échec, le CUI, est un dispositif bordélique. Le RMA, un échec total… Attendons de voir pour le RSA, mais attention à ne pas vendre du rêve aux gens dans la détresse

Le combat de Hirsch

Martin Hirsch, ancien président d’Emmaüs, est arrivé au gouvernement en mai 2007 pour mettre en place le Revenu de solidarité active, un dispositif qui doit permettre aux plus pauvres de cumuler les minima sociaux et les revenus tirés d’un emploi.

Nommé haut-commissaire aux solidarités par le Président Sarkozy, il a pour but de mettre en œuvre un dispositif censé faire en sorte que ceux qui retrouvent un travail n’y perdent pas en termes de revenus. C’est le cas aujourd’hui à cause d’un effet pervers du système que les économistes qualifient de “trappe à inactivité”.

Si Martin Hirsch a été pressenti dès le départ pour ces fonctions au sein du gouvernement, c’est notamment parce qu’il a piloté, en décembre 2004, une commission baptisée “familles, vulnérabilité, pauvreté”, dont plusieurs membres ont créé en janvier 2006 l’agence nouvelle des solidarités actives, laquelle a passé une convention avec l’État. Il en résulte que 34 départements métropolitains expérimentent actuellement le revenu de solidarité active. Avant une probable généralisation à l’ensemble du territoire national au 1er juillet 2009.

Les victimes collatérales du RSA

21 Mai 2008 par Hélène Périvier

Le RSA est destiné à réduire la pauvreté d’un tiers d’ici à 2012. Il part du présupposé selon lequel le travail n’est pas assez rémunérateur pour se prémunir contre la pauvreté. Mais cette réforme contient aussi des postulats implicites. Selon Hélène Périvier, le problème n’est pas tant l’insuffisance de la rémunération que le manque d’emplois, le sous-emploi, et les difficultés multiples que rencontrent les personnes sans emploi.

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Revenu de solidarité active : du concret pour le retour à l’emploi

02/10/07 - 10H20 Enjeux-Les Echos

Expérimenté dans l’Eure, le revenu de solidarité active devrait, à terme, remplacer le RMI. Mais son efficacité dépendra de la refonte des minima sociaux.

En avril 2005, lorsque la commission Familles, vulnérabilité, pauvreté, présidée par Martin Hirsch, a proposé la création d’une nouvelle allocation, baptisée revenu de solidarité active (RSA), la plupart des observateurs ont salué la qualité des analyses développées... tout en supputant qu’elles finiraient, comme tant d’autres, en nid à poussière dans les armoires gouvernementales.

Ce n’est pas le moindre des mérites de l’ex-président d’Emmaüs que d’avoir su faire mentir le pronostic. Trente mois plus tard, le RSA a bel et bien pris corps. Depuis le 1er juin, il est expérimenté dans huit cantons de l’Eure. Et 27 autres départements devraient suivre, certains d’entre eux dès le mois prochain. Au total, près de 55 000 personnes, RMistes et bénéficiaires de l’allocation de parent isolé (API), sont potentiellement concernées.

Avec, en ligne de mire, une généralisation possible fin 2008, qui donnerait lieu, non pas à un énième ravaudage, mais à une remise à plat complète des minima sociaux. Reste à savoir si les expérimentations du RSA confirmeront les espoirs placés en lui. Et surtout si les contraintes budgétaires ne dénatureront pas le projet initial.

Lutte contre les trappes à inactivité

L’objectif est d’en finir avec un système " absurde ", pour reprendre l’expression du Premier ministre François Fillon lors d’une visite sur le terrain fin juillet. Le jugement n’est pas excessif.

Chaque fois décrétées avec la meilleure volonté, les mesures empilées depuis vingt ans ont rendu le dispositif aussi hermétique que contre-productif.

Dans de nombreux cas, la reprise d’un emploi par un RMiste ne se traduit que par une poignée d’euros supplémentaires à la fin du mois, quand elle n’aboutit pas au contraire à une perte de revenus ! Le RMI est en effet une allocation différentielle, c’est-à-dire qui vient s’ajouter aux autres revenus pour atteindre un niveau donné (440 euros par mois pour une personne seule).

Quand l’allocataire perçoit un salaire, son RMI diminue d’autant. Lorsqu’il s’agit d’un emploi à temps plein et correctement payé, l’écart de revenus avec la situation antérieure est nette. Mais la plupart des postes accessibles aux RMistes sont aujourd’hui des postes à temps partiel et payés au Smic.

L’intérêt financier d’un retour à l’emploi devient alors faible voire nul. Bien sûr, des mécanismes d’intéressement ont été mis en place pour lutter contre ces " trappes à inactivité ". Le RMiste qui retrouve un job peut ainsi cumuler, pendant les trois premiers mois, salaire et RMI. Si ses horaires excèdent un mi-temps, il touche également une prime de 1 000 euros le quatrième mois.

Mais ces dispositions manquent de cohérence et demeurent peu lisibles pour les bénéficiaires. Surtout, elles restent limitées dans le temps : l’intéressement décroît sensiblement après le quatrième mois, et disparaît au bout d’un an.

Franchir le seuil de pauvreté

Le dispositif a donc été conçu pour remédier à ces carences. A commencer par ces situations ubuesques où un RMiste qui travaille deux à trois matinées par semaine ne gagne finalement rien de plus que celui qui choisit de rester chez lui.

" Le RSA procure une incitation financière dès la première heure d’activité ", souligne Patricia Amiens, qui coordonne l’action sociale pour le conseil général de l’Eure dans la zone d’expérimentation. Tous les mois, l’allocataire fournit sa dernière feuille de paie. Le montant de son RSA est ensuite calculé selon le nombre d’heures travaillées, le salaire et la situation familiale, avec l’ambition de lui faire atteindre ou dépasser le seuil de pauvreté (788 euros par mois, soit 60% du revenu médian).

Laissés libres d’élaborer leur barème, les départements volontaires pour l’expérimentation ont en effet été priés d’encourager les " petites " reprises d’emploi, de quelques heures à peine. " Dans notre cas, reprendre un quart de temps plein permet de franchir le seuil de pauvreté ", poursuit Patricia Amiens.

A l’autre extrême, à temps complet, le seuil de pauvreté peut être dépassé de 25%, selon la composition familiale. Le revenu à la fin du mois est donc corrélé au nombre d’heures travaillées, contrairement au système actuel, dont les effets de seuil ou les décrochages désorientaient les allocataires.

Surtout, ce mécanisme s’applique pendant trois ans, et non plus sur douze mois seulement. " Sortir les allocataires de l’angoisse du court terme augmente les chances de retour durable à l’emploi, argumente Christophe Fourel, directeur général de l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa), créée en janvier 2006 pour accompagner les expérimentations. En les sécurisant, on leur permet de se projeter dans l’avenir. Si l’expérimentation se révèle concluante, le dispositif pourrait être pérennisé. "

Une nouvelle méthode

A l’image du barème, les modalités du RSA ne sont pas figées. Ses créateurs comptent sur les expérimentations en cours pour valider le principe, et fignoler les détails. Une méthode inédite en France. " Contrairement aux pays anglo-saxons, nous n’avons pas l’habitude de tester les dispositifs sociaux avant de leur donner force de loi, regrette Christophe Fourel. On dépense donc parfois des milliards pour des réformes qui se révèlent a posteriori inefficaces, comme ce fut le cas avec la prime pour l’emploi.

Avec le RSA, l’idée est d’éprouver la pertinence du dispositif avant de l’étendre à tout le pays. " Ce processus d’expérimentation est complété par une consultation régulière des allocataires, par le biais de groupes témoins, afin de ne pas passer à côté des attentes des principaux intéressés.

Généralisation de l’expérimentation

La phase de test est toutefois malmenée par l’accélération du calendrier. A l’origine, elle devait durer trois ans. Mais Martin Hirsch évoque désormais une possible généralisation du RSA à la fin 2008, ce qui coïnciderait avec le vingtième anniversaire du RMI.

Si le symbole politique est bien tentant, la nouvelle échéance arrive un peu vite pour évaluer les vertus du dispositif sur la durée. " C’est un compromis, admet-on dans l’entourage du haut commissaire. Une expérimentation plus longue permettrait de tirer plus d’enseignements, mais les différences de traitement qu’engendrent les expérimentations seront difficilement tenables au-delà d’un an.

" L’application du RSA ne concernera en effet que certains cantons dans chaque département pilote. A quelques pâtés de maisons près, deux allocataires reprenant un emploi ne seront pas logés à la même enseigne. Surtout, les expérimentations réservent pour des raisons budgétaires le bénéfice du RSA aux RMistes et aux bénéficiaires de l’allocation de parent isolé.

Les chômeurs de longue durée en sont exclus, tout comme les " travailleurs pauvres " déjà en place. Encore un compromis, pour des raisons budgétaires, avec le projet élaboré en 2005. Si ces différences de traitement devaient perdurer, elles risqueraient de " plomber " dès sa création l’efficacité du nouveau dispositif : imaginé pour résorber les inégalités entre travailleurs pauvres, il aboutirait au contraire à les amplifier.

De surcroît, les expérimentations actuelles du RSA n’ouvrent pas le dossier des " droits connexes ", ces aides sociales dispensées par l’Etat, les communes ou les associations. Dans l’Eure, on en a recensé pas moins de 54 liés au statut de RMiste, de l’exonération de la redevance télé ou de la taxe d’habitation aux réductions pour la cantine des enfants.

Or ces différentes dépenses viennent grever les comptes lors de la sortie du RMI. Comme le soulignait le rapport de 2005, lutter contre les trappes à inactivité suppose de changer de logique et d’attribuer ces aides sur des critères de revenus. Une réforme indispensable, mais qui s’annonce très complexe.

Martin Hirsch n’ignore pas ces manquements au projet initial. Mais le haut commissaire aux Solidarités actives privilégie pour l’heure une approche pragmatique. La même qui a conduit cet homme de gauche à accepter le poste que lui offrait Nicolas Sarkozy au sein du gouvernement.

Sa priorité semble avoir été de faire rapidement du RSA une réalité, même expérimentale. Il compte bien remédier aux lacunes lors de la généralisation envisagée pour la fin 2008. Pourra-t-il engager à cette date la remise à plat complète des minima sociaux qu’il ambitionne ? Et surtout, obtiendra-t-il les milliards nécessaires pour faire du RSA autre chose qu’un RMI vaguement amélioré ? Il en fait le pari.

Quelques chiffres

1,21 million de foyers perçoivent le RMI en métropole et dans les DOM (au 31 mars 2007). Un chiffre en diminution de 3,9% sur un an. 200 000 personnes touchent l’allocation de parent isolé (API), en progression de 5,9% en 2006. Sources : Dress, haut commissariat aux Solidarités actives.

14% des RMistes occupent une activité professionnelle. Sources : Drees, haut commissariat aux Solidarités actives.

2 millions de " travailleurs pauvres " sont recensés en France : les revenus des ces salariés, souvent à temps partiel subi et faiblement payé, ne leur permettent pas de dépasser le seuil de pauvreté. Sources : Drees, haut commissariat aux Solidarités actives.

LE CALENDRIER S’ACCÉLÈRE

Avril 2005 Parution du rapport de la commission Familles, vulnérabilité, pauvreté, présidée par Martin Hirsch. Le revenu de solidarité active (RSA) figure parmi les quinze résolutions préconisées pour lutter contre la pauvreté.

Janvier 2006 Création de l’Agence nouvelle des solidarités actives (Ansa).

Décembre 2006 La loi de finances de 2007 rend possible l’expérimentation du RSA dans quinze départements.

Mai 2007 Election de Nicolas Sarkozy et nomination de Martin Hirsch au poste de haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté.

1er juin 2007 Début de l’expérimentation dans le département de l’Eure.

1er août 2007 Adoption de la loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (Tepa), qui élargit les possibilités d’expérimentations et le nombre de départements concernés.

Octobre-novembre 2007 Démarrage des expérimentations dans les autres départements.

Fin 2008 En cas de succès des expérimentations, généralisation du RSA et réforme d’ensemble des minima sociaux.

MARTIN HIRSCH* : " LE RSA EST UN ÉLÉMENT D’UNE STRATÉGIE GLOBALE DE LUTTE CONTRE TOUS LES FREINS À L’EMPLOI "

* Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Enjeux - Le revenu de solidarité active a-t-il vocation à remplacer le RMI ?

Martin Hirsch - Oui, à condition que le dispositif démontre son efficacité, ce que nous espérons évidemment. Le système actuel, bâti autour du RMI, a été pensé pour combattre la pauvreté telle qu’elle existait il y a vingt ans.

Depuis, on n’a pas cessé de bricoler, en sédimentant des actes administratifs qui font que les RMistes n’ont pas, dans de nombreux cas, d’intérêt financier à retravailler. Un RMiste qui reprend par exemple un emploi au Smic à temps partiel n’augmente ses revenus qu’au-delà de 14 heures de travail par semaine !

Avec le RSA, l’objectif est que chaque heure travaillée procure un supplément de revenu. Cela dit, il ne faut pas être naïf. Les obstacles à l’emploi ne se résument pas à la question financière : manque de formation, déficit d’accompagnement, problème de garde d’enfants... Le RSA peut enclencher un mécanisme vertueux, mais c’est un élément d’une stratégie globale, qui implique de s’attaquer simultanément à tous les freins à l’emploi.

De nombreux RMistes ne sont pas en état, au moins à court terme, de retourner sur le marché du travail. Seront-ils pour autant concernés par le nouveau système ?

M. H. - Bien sûr. Ceux qui reprendront un emploi verront leur RSA calculé en fonction de leur situation familiale, du nombre d’heures travaillées et de leur salaire. Les autres toucheront le RSA à taux plein, qui leur assurera un niveau de revenu à peu près égal au RMI aujourd’hui. En appliquant le même dispositif à tous les allocataires, l’objectif est d’éviter la stigmatisation de ceux qui ne travaillent pas, comme c’est le cas pour les RMistes aujourd’hui.

Les expérimentations actuelles réservent le bénéfice du RSA aux RMistes et bénéficiaires de l’allocation parent isolé. De fait, les autres demandeurs d’emploi, ainsi que les travailleurs pauvres en sont exclus...

M. H. - La généralisation remédiera à ces inégalités. La réforme à venir sera nécessairement une réforme d’ensemble, il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus dans les discussions que j’ai avec François Fillon et Nicolas Sarkozy. Ma lettre de mission mentionne d’ailleurs explicitement les travailleurs pauvres. Mais cela ne se fera évidemment que si le RSA fait la preuve de son efficacité.

A quel coût ? En 2005, la commission que vous présidiez avait avancé un chiffrage de 6 à 8 milliards d’euros...

M. H. - L’estimation faite à l’époque était plus qu’approximative. Des simulations plus rigoureuses font état d’un peu plus de 2 milliards d’euros, ce qui semble plus réaliste sur le plan budgétaire. Et encore, ce calcul ne prend pas en compte les économies induites : si les retours vers l’emploi augmentent, les sommes consacrées au RMI baisseront mécaniquement.

Certains observateurs critiquent le RSA, en estimant qu’il va favoriser la création d’emplois mal rémunérés et à temps partiel...

M. H. - Mais ces emplois-là, ce ne sont pas les salariés qui ont choisi de les occuper ! Pour lutter contre la précarité et le temps partiel subi, il convient d’agir sur les dispositifs de soutien à l’employeur, les abattements de charges notamment. Le RSA, lui, est tourné vers les salariés. Les travailleurs pauvres sont contraints d’accepter des postes peu qualifiés et faiblement rémunérés. Refuser de les aider reviendrait à leur appliquer le principe de " double peine " !

LIONEL STEINMANN

Liens

Rapport de l’Inspection Générale des Finances sur lamise en place du Revenu de Solidarité Active

Site du Premier Ministre :Qu’est-ce que le revenu de solidarité active ?

Le RSA, une voie d’insertion dans le monde salarial ? par le groupe Alpha


Forum

  • Le RMI bientôt fini, voila le RSA !
    25 juillet 2008, par AC ! 21 DIJON
    Bonjour, très intéressante étude qui devrait être diffusée largement. Toutefois une donnée qui nous semble peu exploitée concernant le RMI et donc le RSA, c’est que ces deux dispositifs ne permettent la cotisation à la retraite. les politiques, et énarques vont se prendre en boomerang dans peu de temps les décisions qu’ils décident au nom des plus démunis. Les textes sont explicitent, mais très peu soulignent cet aspect de la misère actuelle et de la paupérisation de la société future. Claude
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