AID Association initiatives dionysiennes
Derrière le bling-bling, une autre (vraie) histoire ?

L’Affaire Betancourt

une revue de presse de la liste "Desmotscratie" et de contrefeux.com

mercredi 9 juillet 2008 par JMT

Opération "magnifique" de la seule armée colombienne juste un peu aidée de loin par la technologie étatsunienne ou mise en scène avec interception d’une opération de vente des otages par le groupe des FARC qui les détenait ? (les 20 millions de la Radio Suisse Romande) Et tout cela tombe très bien pour Uribe qui veut briguer un 3eme mandat inconstitutionnel et pour Sarkozy au plus bas dans les sondages et qui a besoin d’événements positifs pour sa présidence européenne.

De l’Ingrid Betancourt donnée pour mourante d’octobre dernier à la jeune femme en pleine santé, comme les autres otages, voilà un autre indice que cette libération était programmée du côté des FARC et facilité par l’armée colombienne qui a laissé passer le ravitaillement qu’elle aurait pu interrompre.

Et maintenant, on attend de voir qui manipule qui là-dedans....Qui sait, peut-être y aura-t-il une conclusion morale à cette affaire ? mais il va falloir sûrement attendre quelques années.....

Sainte Ingrid, tu nous gonfles Par Dominique Padovani

Par P B le mardi 8 juillet 2008, 21:47

Autant prévenir tout de suite, afin de m’éviter des tombereaux d’insultes, des lettres comminatoires, des mots d’oiseau, du papier bleu : j’en ai ras les pompons d’Ingrid.

Oh, n’allez pas croire que je sois sans cœur. J’ai le plus grand respect pour sa souffrance passée. Encore mieux : depuis que dans les papiers de l’un des chefs décédés des Farc, Raul Reyes, on a lu qu’Ingrid leur rendait la vie impossible, qu’elle ne baissait pas les yeux, qu’elle est restée face à ces saligauds fière et digne durant six ans, on s’incline avec considération. Chapeau bas donc à la prisonnière Ingrid, la rebelle de la forêt.

Est-ce la même qu’on a vu descendre de l’avion ? Une icône. Une perfection, une sainte qui a souffert pour racheter nos pêchés. La voici qui s’approche des micros ; à la main gauche, elle porte un chapelet. Devant toute la presse interloquée, elle s’agenouille et fait une petite prière, puis parle doucement.

Ses premiers mots sont pour la Vierge, puis pour Uribe, pas pour Sarkozy. Pas une phrase de colère ou de haine ne sort de sa bouche. Une icône, une perfection, une sainte. Comment a-t-on pu faire du mal à ce petit bout de femme, si bonne, si douce, si inoffensive ? Enfin ça, ça reste à prouver. Car le discours est parfaitement structuré, consensuel. Tout le monde il est beau, même les Farc à qui elle pardonne déjà. Elle est admirable, cette petite femme là,chantait Michel Simon.

Tout aurait pu s’arrêter là, et c’aurait été très bien. On chialait tous en remerciant la Madone et Uribe.

Mais il a fallu que notre grand pays des droits de l’Homme, et surtout son président en fassent trop, comme d’habitude. Conférence de presse à l’Elysée en pleine nuit, envoi d’un avion de la République avec la famille et Kouchner comme nounou ravie (il est toujours ravi, Kouchner), caméras en direct, bisous, chialades, embrassades, poutous, abrazades, sanglotades. Toute la panoplie de la compassion a été récitée.

C’était indiscret, et un tantinet malsain, cette mise en scène. D’autant que de retour dans le même avion de la République à Paris (pourquoi, alors que toute sa famille était en Colombie ?), sainte Ingrid a commencé à parler d’autre chose que des Farc. Six ans à remugler des idées noires, ça permet d’affiner une stratégie politique. On serait donc à la place d’Uribe, on ne serait pas rassurés : c’est sa place qu’elle veut, sainte Ingrid !

Mais après tout, ce sont leurs histoires, aux Colombiens. Qu’ils se dépatouillent entre eux. Non, le choquant, c’est l’exploitation médiatique d’Ingrid, à laquelle elle se prête avec complaisance :

Ingrid à France 2,

Ingrid à TF1,

Ingrid à l’Elysée,

Ingrid à la mairie de Paris,

Ingrid au Val de Grâce (elle se porte superbement, merci, alors qu’on la croyait à l’article de la mort, d’où l’empathie),

Ingrid et ses enfants,

Ingrid et sa maman,

Ingrid et sa soeur (qui n’a pas arrêté de chier pendant des années sur Uribe, on attend la contrition publique),

Ingrid et son ex mari français (le nouveau, colombien,il devrait se faire des cheveux, il a l’air d’être passé à la trappe),

Ingrid tenant la main à Nicolas,

Ingrid tenant la main à Villepin,

Ingrid recevant l’affection des passants dans les rues,

Ingrid de bon appétit au restaurant Marco Polo (avec 20 photographes devant les vitres),

Ingrid priant à l’église Saint-Sulpice (avec 20 photographes derrière les bénitiers),

Ingrid à l’hôtel Raphaël (l’un des plus chers de Paris, qui paye ?).

Une icône, une perfection, une sainte. Trop, c’est trop. Un peu de pudeur aurait été bienvenue ; à moins que tout cet étalage de belles images et de bons sentiments ne fasse partie d’un plan média ourdi depuis six ans : on ne naît pas sainte : on le devient. Ce n’est pas être hérétique que de constater qu’un magnifique plan marketing se déroule sous nos yeux ébahis.

Car le monde entier revendique Ingrid comme référence.

Référence de quoi ? Elle est une victime, que sa sottise crasse a entraîné à être capturée, et pas une combattante. Déjà, on sait que Nicolas, qui n’est jamais avare de colifichets, lui accrochera la Légion d’honneur. Pourquoi ?

Qu’elle sera l’invitée vedette du 14 juillet et passera nos troupes en revue. Pourquoi ?

Que de doctes imbéciles, présidente du Chili en tête, envisagent de demander pour elle le Prix Nobel de la paix. Pourquoi ?

Qu’elle sera reçue en grande pompe à l’Assemblée nationale. Pourquoi ?

Que le Pape la recevra bientôt. Pourquoi pas ?

Qu’elle ira à Lourdes, voir la Vierge. Devraient suivre pour bien faire Fatima, Cuernavaca, Jerusalem, Czestochowa et La Chapelle-Montligeon.

Et qu’elle va écrire une pièce de théâtre sur ses six ans de captivité, tandis qu’un film va être tourné sur sa vie édifiante. Au moins pendant ce temps-là, on n’entendra plus parler d’elle. Il était temps.

Parce que, avec tout le respect pour tes souffrances et ton attitude, très chère et sainte Ingrid, trop c’est trop. Et maintenant, tu nous gonfles. Avec toute ma considération, bien sûr. Allez, on t’embrasse.

Video

La libération d’Ingrid Betancourt : le coup de grâce porté aux FARC ?

La libération d’ Ingrid Betancourt est-elle la conséquence de la stratégie politique de "sécurité démocratique" du président Uribe, ou de la fragmentation de la direction des Farc ?

Publié le 08/07/2008 par Jean-Jacques Kourliandsky chercheur à l’IRIS

Ingrid Betancourt, le triple miracle

Publié le 08/07/2008 par Emmanuel Ioannidis

voir les autres articles du dossier en cliquant sur le lien ci-dessus

La libération d’Ingrid semble avoir été le fruit d’un triple miracle : militaire, religieux et politique. La victime est désormais une sainte : incarnation du bien absolu puisqu’elle a longuement souffert, victorieuse contre le mal absolu incarné par les Farc.

Miracle militaire, à coup de millions de dollars

L’opération a été parfaite, en effet, et tellement parfaite, que l’on se demande à la fois comment les Farc ont pu être trompés si facilement et laisser s’échapper leurs otages les plus prestigieux, et pourquoi tout cela n’a pas été fait plus tôt. Ajoutons que ce miracle a été rendu possible uniquement grâce à des centaines de millions de dollars versés à la Colombie par les Etats-Unis (et nullement par la France) pour la modernisation et l’équipement de l’armée colombienne. Les allégations sur des sommes supplémentaires versées afin de réussir l’opération miraculeuse restent toujours à vérifier.

Miracle religieux : la victime est une sainte

Nous assistons à une interprétation radicalement religieuse du fait politique. Le premier pas : l’émotion explique l’information, qui à son tour ne fait que l’étaler massivement. Ensuite, on ne serait pas étonné d’ apprendre que Betancourt a été libérée par "Dieu avec l’aide de l’armée colombienne" (citation de ses propres propos). Les longues prières collectives à genoux défilent en direct sur nos écrans. Car c’est ainsi : la victime est une sainte. La vertu suprême n’est plus d’accomplir ou de créer quelque chose d’extraordinaire mais de subir longuement, le mérite suprême ne revient pas à celui qui possède activement une excellence mais à celui qui gère, tant bien que mal, une souffrance excessive. Incarnation sacrale du bien absolu puisqu’elle souffre, victorieuse contre le mal absolu incarné par les Farc, qui eux ne font que causer la souffrance.

Le miracle est assez lumineux pour nous faire oublier tout ce qui reste à l’ombre, c’est-à-dire les faits : qu’Ingrid Betancourt, avant sa captivité, était un personnage peu pris en sérieux par les colombiens qui maintenant l’adorent, qu’elle avait une très faible popularité dans les sondages politiques et que sa captivité était le résultat d’une erreur grossière dont elle avait l’entière responsabilité, à savoir se rendre dans un territoire contrôlé par les Farc sans la moindre protection policière. Mais la lecture sacrale des faits déforme tout : son acte imprudent devient maintenant d’un courage surhumain, comme cela sied à une sainte, dont l’aura est telle qu’on oublie aussi absolument toutes les autres victimes, capturées bien avant elle, et dont personne ne nous donne le moindre élément biographique. Leur souffrance étant, semble-t-il, secondaire.

Miracle politique, Sarkozy comme faux sauveur

Nous assistons enfin, ébahis, à la récupération politique, savamment orchestrée de l’événement. Les enfants de Betancourt remercient N.Sarkozy d’avoir pu rendre possible cette libération, et Betancourt elle-même déclare tout lui devoir. On croit mal entendre, car la surenchère d’émotions et "l’orgie des baisers" ont visiblement un piètre effet sur la mémoire : non seulement N.Sarkozy n’est pour rien dans la libération des otages, mais la diplomatie française, absolument pas informée de l’opération, était, comme cela est bien connu, adepte des pourparlers avec les Farc. Donc si cette méthode avait été adoptée, Betancourt serait certainement encore dans la jungle et pour très longtemps. Ajoutons que le président français a suscité la stupéfaction et la colère des colombiens en enregistrant une vidéo où il s’adressait directement au chef militaire des Farc (maintenant décédé) en lui donnant du Monsieur et le priant "solennellement" de libérer I. Betancourt.

Mais voici encore un contre-effet du miracle politique : quand Ségolène Royal dit la simple vérité, c’est-à-dire que N. Sarkozy n’est pour rien dans la libération (qu’il essaie pourtant de récupérer par tous les moyens), tous les médias, indignés, l’accusent de gâcher la fête et d’être rabat-joie - car les médias adorent les héros et les contre-héros absolus, on dirait qu’ils adorent être aveuglés par le trop de lumière qu’ils projettent eux-mêmes, et il n’est par conséquent absolument pas question de toucher à leur sainte d’un jour (qui se rappele de Florence Aubenas ?). Et, pour un jour, si la victime sanctifiée et victorieuse reconnaît du mérite à Sarkozy, tout le monde doit le faire également. Saluons donc la libération de la très sympathique et touchante Ingrid Betancourt sans pour autant être aveuglé par les trompe-l’oeil.

auteur : Emmanuel Ioannidis

Affaire Betancourt : ça sent l’arnaque ...

Par P B le vendredi 4 juillet 2008, 20:45

Une intox de politocards : Uribe, Bush, Sarkozy, Betancourt elle-même, une ambitieuse de première ! Une vraie bouffonnerie.

Le porte-parole du parti de droite au pouvoir (UMP) Frédéric Lefebvre [(au sujet des propos de Ségolène Royal ) a pour sa part jugé "pitoyable" de "tenter de rompre l’unité nationale" autour de la libération de Mme Betancourt.

"Que le Président Uribe reçoive la gratitude de l’ensemble du peuple français et qu’il soit assuré de notre reconnaissance." allocution de Sarkozy mercredi soir.

"Quand je prends le président Sarkozy par la main, quand je l’embrasse, quand je le regarde (...), je regarde à travers lui toute la France, vous tous qui avez partagé le même espoir, vous m’avez sauvé la vie" discours de Ingrid Bétancourt en France.

Libération d’Ingrid Betancourt : ce que ne dit pas la version officielle

04 juillet 2008 Par Claude-Marie Vadrot, Mediapart

Hollywood aura du mal à scénariser la libération d’Ingrid Betancourt. Le gouvernement colombien, avec l’aimable participation des Etats-Unis et d’anciens des services secrets israéliens, s’est déjà chargé de nous offrir un véritable conte de fées, prenant parfois les allures d’une bluette de série B.

Les médias prennent leurs lecteurs et leurs téléspectateurs pour des imbéciles en persistant à raconter sans le moindre recul, sauf celui de notre confrère Gilles Perez, et avec des trémolos dans la voix, le succès de « l’opération militaire » réussie par l’armée colombienne.

Ce n’est pas remettre en cause le courage d’Ingrid Betancourt, le plaisir d’apprendre enfin sa libération, ni son extraordinaire volonté de surmonter ses souffrances. Ce n’est pas minimiser le soulagement de ces familles. Mais le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d’armes, ce qui n’est qu’une reddition d’un groupe des FARC.

Car ce groupe, il y a un peu plus de trois mois, avait fait savoir aux autorités colombiennes, qui s’en firent officiellement l’écho plus tard, qu’il était prêt à se rendre. Et qu’il était prêt à rendre les otages sous son contrôle, en échange d’une immunité et d’un départ en exil pour la France.

C’est vers la fin du mois de mars, comme le quotidien El Tiempo s’en fit l’écho avec l’interview d’un prêtre, que le groupe chargé de la garde d’Ingrid Betancourt et des trois « militaires américains » (nul ne les a vus d’ailleurs depuis leur libération mercredi) a officialisé ses contacts avec le gouvernement colombien. Le marché proposé par quelques chefs fatigués et désorientés était clair : la livraison de la quinzaine d’otages contre de l’argent et l’immunité.

Les différents recoupements effectués auprès de journalistes de Radio Caracol, la radio qui diffuse tous les jours des messages à l’intention des otages, de l’agence de presse Anncol (réputée proche des FARC) et de journalistes colombiens qui ne veulent pas s’attirer les foudres de la présidence de leur pays, permettent de reconstituer l’histoire d’une reddition transformée en opération militaire.

Succès militaire qui permet opportunément de renforcer l’image de l’armée et d’un président par ailleurs occupé à faire modifier la constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois à la prochaine élection présidentielle.

Dès le mois de mars, de premières indications sur l’opération engagée

Le 25 mai donc, le lendemain de l’annonce de la mort du vieux chef des FARC, Manuel Marulanda, le président Uribe, au cours d’une réunion informelle avec des citoyens, déclara officiellement que le groupe de guérilleros qui gardait Ingrid Betancourt et les trois Américains était prêt à les relâcher en échange de l’immunité et d’une récompense. Pour le président il s’agissait de prévenir les fuites dans la presse sur une opération de « retournement » déjà engagée depuis au moins deux mois.

C’est en effet le 27 mars, au lendemain de la mort du chef des FARC, que El Tiempo, journal proche du gouvernement, publie sa première allusion à cette manœuvre. Il s’agit alors de mettre à profit la lassitude de nombreux guérilleros désorientés par la mort de Raul Reyes. Le vieux chef a été liquidé le samedi 1er mars par un missile frappant son camp situé moins de deux kilomètres à l’intérieur du territoire de l’Equateur.

Dans l’un des trois ordinateurs de Raul Reyes, chargé habituellement de négocier avec divers intermédiaires, avec la Croix-Rouge, avec le président équatorien et Hugo Chavez, les services de renseignements de l’armée colombienne, aidés par leurs conseillers américains, ont rapidement découvert le moyen de contacter le groupe chargé d’Ingrid Betancourt et de localiser la zone où il se cachait. A ce moment, d’ailleurs, un premier mécanisme de libération de la Franco-Colombienne était en cours de réalisation.

L’ambassadeur de France en Equateur l’a laissé entendre quelques jours après la mort de Raul Reyes. Paris savait alors que le négociateur des rebelles avait établi un camp provisoire en territoire équatorien. Il était en contact étroit avec la France et les gouvernements équatoriens et vénézuéliens. Le détachement présent sur le territoire équatorien, expressément autorisé par les émissaires du président Rafael Correa, avait pour mission d’organiser le transfert des otages, depuis cette zone frontière.

Surtout, Raul Reyes, responsable de la communication de la guérilla, souhaitait changer d’interlocuteur, les interventions bruyantes du Vénézuélien Hugo Chavez risquant de remettre en cause l’éventuelle libération des membres des FARC emprisonnés en Colombie. C’est en tous les cas ce qu’auraient rapporté aux services spéciaux équatoriens deux membres des FARC, rescapés de l’attaque du camp.

Ces deux membres ont confirmé que des éléments équatoriens armés avaient fourni une aide logistique permettant à la guérilla d’installer un poste de commandement et de communication provisoire. Ces deux rescapés ont depuis été mis en sûreté dans les environs de Quito, la capitale du pays.

La Colombie fait échouer un processus de libération via l’Equateur

Ces deux guérilleros ont décrit la précision de l’attaque qui a détruit ce camp, attaque à laquelle ils ont échappé parce qu’ils s’étaient éloignés de quelques centaines de mètres. Ils ont raconté que cinq bombes ont frappé simultanément la vingtaine d’hommes qui y vivaient depuis quelques jours.

Selon plusieurs sources, ces bombes ou missiles n’ont pas été largués par des avions colombiens mais par des appareils américains volant à haute altitude. Ils ont été guidés par le faisceau d’ondes émis par l’un des téléphones satellites utilisés par Raul Reyes.

Ayant réussi à se procurer quelques jours auparavant le numéro de ce téléphone, et en accord avec le gouvernement colombien, les responsables américains ont estimé nécessaire de mettre un terme à la négociation qui était sur le point d’être finalisée. La libération d’Ingrid Betancourt était alors programmée pour le 8 mars, journée internationale de la femme.

L’objectif de cette attaque, toutes les informations et tous les indices l’indiquent, était de remettre en cause la libération d’une otage médiatique. Car, dans ces conditions, cette libération aurait redoré la réputation d’une guérilla en perte de vitesse ; elle aurait été portée au crédit de l’Equateur, du Venezuela et de la France. La mort, dans des conditions mal éclaircies, le vendredi 7 mars, d’un autre dirigeant des FARC, Yvan Rios, ne pouvait qu’accentuer la tentation de rupture de tout processus de négociation.

Si ces deux opérations ont été concertées, il est évident qu’elles visaient à affaiblir la fraction des guérilleros désireuse de sortir de l’impasse et de négocier les libérations.

Le président Correa de l’Equateur déclara alors publiquement : « Regardez la bassesse d’Alvaro Uribe, il savait qu’en mars douze otages allaient être libérés, parmi eux Ingrid Betancourt. Il le savait et il a utilisé ses contacts pour monter ce traquenard et faire croire au monde qu’il s’agissait de contacts politiques et pour lancer un écran de fumée sur son action injustifiable. »

Une négociation directe avec le groupe détenant Ingrid Betancourt

Une autre partie de poker politique pouvait alors être engagée par les Colombiens. Elle consista à prendre contact directement avec le groupe identifié gardant Ingrid Betancourt, et à le convaincre que la reddition était la meilleure des solutions.

L’armée se rapprocha d’eux ; elle cessa de harceler ce groupe d’une centaine de personnes. Ce qui lui a permis de se procurer plus facilement des médicaments et des provisions, pour les guérilleros et pour les otages. D’où l’apparence de meilleure santé des otages libérés mercredi : ils ont eu le temps de reprendre des forces, même s’ils n’étaient évidemment pas conscients de ce qui se tramait.

Il n’y a eu, en dépit de la version officielle, aucune infiltration des services spéciaux militaires. Simplement, avec l’aide logistique (et notamment le support de drones) américaine, le groupe a été suivi jour après jour pendant que se préparait par radio, et par l’intermédiaire d’un émissaire, le scénario de reddition.

Scénario reposant, comme l’a expliqué Ingrid Betancourt, sur une évacuation de sécurité par une ONG imaginaire. De quoi faire admettre, à ceux qui n’étaient pas dans le secret, l’arrivée de plusieurs hélicoptères, puisque les FARC ne disposent pas de ce type de moyens aériens.

Il a évidemment fallu plusieurs semaines pour qu’un maximum de chefs du groupe soient convaincus. La condition de ce groupe des FARC étant d’abord l’impunité promise et l’assurance qu’aucun coup de feu ne serait tiré.

Le contrat a été respecté. Vers le 15 juin, le gouvernement colombien a fait demander à la France si l’offre d’accorder l’asile aux rebelles, offre faite tant par Nicolas Sarkozy que par François Fillon, tenait toujours. La réponse ayant été positive, la phase finale de l’opération a été mise en route sans que les rebelles aient à se déplacer, les otages étant à peu près désormais « présentables ».

Il ne restait plus, au moment du dénouement, qu’à accréditer l’invraisemblable version d’une opération militaire surprise, résultat d’une opération d’infiltration. La réalité est moins glorieuse pour l’armée colombienne. Mais l’essentiel est la liberté d’Ingrid Betancourt et de ses quatorze compagnons de captivité.

Le gouvernement Colombien a-t-il menti ?

Publié 3 juillet 2008 Amérique latine

Le journaliste espagnol Pascual Serrano sur le site aporrea s’interroge sur la libération d’ingrid Bétancourt, voici son article rapidement traduit. j’ajouterai pour appuyer ses dires le fait que visiblement Nicolas sarkozy a retardé son intervention télévisuelle pour parler à son homologue Uribe. Il a d’ailleurs, dans son allocution, félicité non pas seulement legouvernement colombien mais tous ceux qui avaient contribué à cette libération y compris le président Chavez. ce qui tranchait singulièrement sur le ton des journalistes qui expliquaient à l’unanimité que la “fermeté” d’uribe avait payé.

Pascual Serrano nous montre qu’il ” existe des doutes sur le fait que l’armée colombienne a intercepté la libération pour la présenter comme un succès du gouvernement. Les Farc déjà avaient exprimé aux délégués européens avec lesquels ils s’étaient réunis leur volonté de libérer les rebelles. “

Par Pascual Serrano Fecha de publicación : 03/07/08 traduit pour socio13 par danielle Bleitrach

03 julio 2008. – A partir de ce que le Ministre de la Défense colombien, Juan Manuel Santos, a présenté comme une brillante opération des services de renseignements militaires la libération de Ingrid Betancourt et de quatorze autres prisonniers des FARC , la réalité est que cela s’est produit justement quand deux délégués européens, le français Noel Sáez et le suisse Jean Pierre Gontard, étaient entrés en contact avec la direction de la guerilla pour mettre en oeuvre la libération. Les FARC avaient exprimé déjà leur intention à cet égard, et le gouvernement avait autorisé les contacts, qu’il suivait de très près.

Le premier juillet dernier un communiqué de l’Exécutif colombien, lu par le secrétaire de presse du palais présidentiel, César Mauricio Velásquez, signalait que deux émissaires européens étaient entrés en Colombie dans les derniers jours et avaient demandé au Gouvernement l’autorisation pour se déplacer en vue d’une rencontre directe avec le secrétariat (cúpula) des FARC, autorisation que le gouvernement avait accordée.

Egalement le journal espagnol El País a repris l’information le même premier juillet .

Bogotá a autorisé la réunion de deux négociateurs européens pour révoir les conditions pour de futures enrencontres pour discuter le sort des prisonniers des FARC, selon les médias colombiens. L’ancien consul de France à Bogotaha, Noël Sáenz et le diplomate suisse Jean-Pierre Gontard sont partis au début de la fin de la semaine passée jusqu’à un point de rencontre dans les montagnes que le gouvernement n’a pas facilité et ils auraient pu s’être réunis là avec les membres du secrétariat des de la guérilla, le principal organe de direction, y compris avec le nouveau dirigeant des FARC, Alonso Cano.

Selon ce journal :

Les FARC se sont déclarés disposés à libérer 40 prisonniers, Betancourt parmi eux (elle a aussi la nationalité française), trois étatsuniens, ainsi que des autres politiques, policiers et membres de l’Armée ciolombienne, en échange de 500 guérilleros prisonniers. Partmi les prisonniers que les FARC souhaitent voir libérer, il y a trois extradés aux Etats-Unis. Parmi eux Ricardo Ovidio Palmera, Simón Trinidad.

Selon le journal français Le Figaro , les émissaires français Noel Sáez, et le suisse , Jean-Pierre Gontard, s’étaient réunis lundi dernier dans la jungle colombienne avec une personne proche du nouveau chef des Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (Farc), Alfonso Cano. Déjà deux semaines auparavant, des sources proches de l’Elysée avaient indiqué que la France avait établi avec succés un contact avec le nouveau secrétaire des FARC, même si l’ambassadeur français en Colombie, l’avait démenti alors.

En Colombie, le journal El Tiempo, proche du gouvernement , a reconnu que deux délégués internationaux avaient pu s’être réunis avec Alfonso Cano :

Les chargés de mission sont le français Noel Saez et le suisse Jean Pierre Gontard, autorisés par le Gouvernement pour la négociation avec le groupe rebelle dans la recherche de la libération des prisonniers. Une source de Casa de Nariño avait confirmé que « depuis trois jours les deux européens avaient entamé le chemin pour concretiser la rencontre » dans une zone non déterminée.

La même source n’avait pas écarté la possibilité que la réunion ait lieu avec le chef guérillero qui avait remplacé Manuel Marulanda Vélez ‘Tirofijo’, qui était mort le mois passé en mars. Ceci signifiait que les canaux de communication des FARC, pratiquement fermés depuis la mort de ‘Raúl Reyes’ le premier mars passé commençaient à s’ouvrir à nouveau.

Le Gouvernement a donné des garanties.

 »Le gouvernement avaient garanti aux deux les facilités d’avance pour leurs contacts. Ils leur donnèrent les facilités pour que la réunion soit un succès » avait noté le fonctionnaire.

Depuis la Casa de Nariño avait aussi informé que les deux diplomates leur avaient demandé au FARC qu’ils acceptent la proposition d’une zone de rencontre pour commencer des discussions autour d’un éventuel échange humanitaire.

La version du gouvernement colombien sur la libération est que les militaires infiltrés dans la guérilla avaient trompé le commandant César des FARC en l’incitant à regrouper les otages et les enlever dans un hélicoptère qui en fait était celui de l’Armée camouflé, faisant croire au commandant guérillero qu’ils se rendaient là où ils rencontreraient Alfonso Cano, le plus haut chef des FARC.

Le doute qui germe sur cette version est que si les guerilleros qui surveillaient les prisonniers n’avaient pas déjà eu des consignes sur l’imminence d’une libération, ils n’auraient pas collaboré d’une manière aussi ingénue à une aussi suspecte transaction. Ou jusqu’à quel point la libération était déjà d’accord entre la direction des FARC et les médiateurs envoyés par la France déjà, dans le dernier moment, l’armée colombienne a intercepté la libération pour la présenter comme une opération militaire victorieuse.

En réalité, il s’agissait d’une opération similaire à ce qui s’est passé lors du bombardement du campement de Raúl Reyes en Ecuador. Dans le premier cas le gouvernement colombien a vu que la libération était en cours et a préféré éliminer militairement les porte-paroles guerilleros pour faire avorter cette libération, tandis que dans ce cas-ci ils ont intercepté en pilotant eux la libération pour la présenter comme un succés exclusivement militaire et gouvernemental.

www.pascualserrano.net

Quelques repères pour une tentative de décryptage des enjeux politiques de l’affaire Ingrid Bétancourt

Par P B le vendredi 14 mars 2008, 15:12

Voici un complément d’informations pour tenter d’éclairer les enjeux politiques qui déterminent l’implication des principaux protagonistes dans l’affaire de l’otage "franco"-colombienne : pourquoi le cas Bétancourt fait-il remuer ciel et terre ? [ Tout complément d’informations susceptible de compléter celui-ci est le bienvenu. ]

Qui est Ingrid Bétancourt :

==> Ses origines sociales

— > issue de la haute bourgeoisie colombienne : fille de Gabriel Betancourt, ancien ministre colombien de l’Éducation (sous la dictature du général Gustavo Rojas Pinilla) et de Yolanda Pulecio, 25 ans plus jeune que son époux, ancienne reine de beauté du département de Cundinamarca devenue députée en 1986 puis sénatrice en 1990. Elle passe une partie de son enfance en France, lorsque son père obtient un poste à Paris. Son père est alors ambassadeur de Colombie à l’UNESCO [ source ].

==> Son parcours politique :

— > très faible audience en Colombie : La candidate ne représentait que 0,3% d’intentions de vote aux élections de 2002.

— > élue députée en 1994 sous l’étiquette du Parti libéral en distribuant des préservatifs.

— > puis sénatrice en 1998 sous l’étiquette du parti Oxygène Vert qu’elle vient de fonder, mais sans avoir jamais milité pour l’environnement. Distribution de masques à oxygène à cette occasion (pollution oblige !).

— > candidate à la présidence lors de l’élection 2002 (avec distribution de Viagra cette fois-ci !). Mais la lutte contre l’insécurité dont Uribe fera son cheval de bataille éclipse sa bataille contre la corruption.

==> Ses rapports avec la France :

— > nationalité : colombienne de père et de mère. Elle obtint un passeport français à la faveur de son mariage avec Fabrice Delloye en 1981, membre du corps diplomatique français, en poste au Pérou depuis fin 2007 comme attaché culturel. Divorce en 1990.

— > Ingrid a été une amie intime de Dominique de Villepin quand il était son professeur à Sciences-Po à Paris.

— > Au printemps 2001 elle rédige en français une autobiographie qui bénéficiera d’une promotion très efficace orchestrée par le duo Séguéla - Fixot (les éditions). S’appuyant sur un patronyme à la consonance typiquement de chez nous, c’est le début de sa notoriété en France. Les médias vont se piquer d’intérêt pour cette "franco"-colombienne, présentée comme une héroïne se dressant face aux forces de la corruption dans son pays. Plutôt jolie, femme politique au profil héroïque, assimilée française, Ingrid Betancourt a tout pour séduire médiatiquement, y compris des relais influents dans le milieu de la politique (amitié avec Villepin alors secrétaire général de l’Elysée depuis 1995) et des médias dominants.

Les conditions de l’hyper-médiatisation de son enlèvement par les Farc

==> Conditions de son enlèvement :

— > le 23 février 2002, elle a joué les têtes brûlées en dépit de tous les conseils de prudence qui lui avaient été donnés ce jour-là. Elle a même signé une décharge pour franchir un barrage militaire !!! Sa porte-parole Clara Rojas, laissée libre, refusa de la laisser seule aux mains de ses ravisseurs.

==> Ses accointances politiques

— > nouvelle figure de la scène médiatique, amie personnelle de Dominique de Villepin devenu ministre des Affaires étrangères, la cible de ce kidnapping, un parmi des milliers d’autres en Colombie, va immédiatement bénéficié d’un traitement de faveur. Dès le 8 mars 2002, Chirac lui dédie la journée de la femme ! Sarkozy a fait de même il y a quelques jours.

— > Astrid la soeur d’Ingrid est désormais mariée avec Daniel Parfait, ambassadeur de France en Colombie en 2003 au moment de la rocambolesque tentative de libération. C’est à cette époque qu’elle était devenue sa maîtresse.

==> L’effet de mode est lancé.

— > la population française s’associe à l’élan compassionnel. A ce jour on dénombre 1826 communes en France ayant fait de l’otage une citoyenne d’honneur.

— > des comités Ingrid Betancourt se mettent en place regroupés dans une Fédération internationale !

— > des événements sont organisées avec participation de people

— > sa photo est affichée en grand sur les murs de l’Hôtel de ville de Paris depuis le 23 février 2004

— > les membres de sa famille investissent les médias où ils sont généreusement invités

Une affaire d’Etat en France !!

==> liée à l’otage par une solide amitié, Dominique de Villepin va organiser une expédition secrète pour l’exfiltrer de la jungle colombienne. L’opération impliquant un avion militaire Hercules C-130 avec 11 espions français à son bord capotera sur l’aéroport de Manaus (Amazonie brésilienne). Officiellement, ni le Premier ministre de l’époque, ni le président français n’étaient au courant. pas davantage que les autorités brésiliennes et colombiennes.

==> devant toute cette mobilisation au plus haut niveau de l’Etat français, la valeur politique de l’otage grimpe en flèche !

Uribe

==> situation politique :

— > le président colombien élu en 2002 sur le thème de la sécurisation du pays et l’éradication des Farc mène une politique intransigeante à l’égard de ce groupe classé terroriste

— > Le 18 mai, 2007 le président colombien s’est fermement prononcé en faveur d’une option militaire pour libérer les otages. "Ici, il n’y aura pas de petits jeux avec ces bandits des Farc, ici, il n’y a pas de zone démilitarisée", a-t-il dit.

— > en dépit d’une pauvreté très forte, Uribe, après avoir fait modifier la constitution en 2004 est réélu en 2006 avec plus de 60 % des voix et 56 % d’abstention ! Sa politique de fermeté face aux Farc est soutenue par plus de 80% des Colombiens d’après un sondage récent.

==> son passé :

— > En 1991, un rapport officiel du Pentagone (rapport du Defense Intelligence Agency publié par l’hebdo NewsWeek en août 2004) classait Uribe parmi la centaine de personnalités directement impliquées dans le soutien au narco-trafic en Colombie.

En tant que maire puis gouverneur puis sénateur de Medellin, il était alors décrit par les Etats-Unis comme un « Politicien et sénateur spécialisé [dedicated] dans la collaboration avec le Cartel de Medellin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux », « ami proche » du célèbre parrain de la drogue Pablo Escobar.

Le même rapport américain précisait au passage que, loin de la légende familiale de persécution par les FARC qu’Uribe reprend systématiquement, son père, Alfredo Uribe, a été « assassiné pour ses liens avec les narcotrafiquants ». ( source : complété par cette autre )

— > Ce n’est pas tout. Comme gouverneur de Medellin, Uribe a aussi directement soutenu la mise en place des réseaux paramilitaires (Autodéfenses Unies de Colombie) qui terrorisent le pays. Il a contribué au relatif climat d’impunité dont ils jouissent dans le cadre de la loi Justice et paix votée le 22 juin 2005 ( voir : premiere source et deuxième source ).

— > Fin 2006, la paperasserie glanée sur le disque dur du chef « Jorge 40 » lève par exemple le voile sur un plan évoquant la planification de massacres ainsi que des fraudes électorales en faveur de l’intronisation d’Uribe en 2002 et 2006. Ce qui mouille au passage un paquet de personnalités politiques avec qui Uribe partage sa sellette. Aujourd’hui, 46 membres du Congrès sont dans la ligne de mire de la justice colombienne pour leurs liens présumés avec les milices d’extrême droite. (source : http://tinyurl.com/35t7lm )

— > depuis novembre dernier, huit proches du président colombien ont été incarcérés pour collusion présumée avec les groupes paramilitaires d’extrême-droite.

— > d’après une récente découverte des escadrons de la mort d’extrême-droite auraient tenu des réunions préparatoires dans le ranch même d’Uribe.

Conclusion personnelle : une population excédée par l’insécurité peut plébisciter un personnage peu vertueux pourvu que celui-ci incarne l’espoir de voir la paix revenir.

Les USA :

==> un leadership planétaire se conquiert et se préserve

— > les Etats-Unis mènent une politique hégémonique à l’échelle de la planète. Dans les zones instables, ils ont besoin d’implanter une présence armée. C’est le cas en Amérique du Sud où les mouvements de gauche sont de plus en plus menaçants face aux oligarchies corrompues et exploiteuses qui ont partie liée avec les intérêts états-uniens.

— >La Colombie leur sert de plate-forme militaire [1] au nom du plan Colombie de lutte contre le narco-trafic. Ce prétexte les autorise à masser des troupes en Colombie qui le cas échéant, le moment venu, pourront prété main forte aux forces colombiennes. Toujours dans le cadre de ce plan, la Colombie reçoit chaque année une manne de 600 millions de dollars.

— > Alvarado Uribe a obtenu que les Etats-Unis passent l’éponge sur son passé trouble en contrepartie d’un soutien indéfectible de la Colombie à leur politique impériale dans la région. Ce qui fait dire à Chavez que Uribe est le valet (le chiot) de Bush.

— > à Manta en Equateur, les USA disposent de leur plus grande base militaire implantée en Amérique Latine. L’accord de coopération du 25 novembre 1999 expire en 2009. Le président Correa a fait savoir qu’il n’y aurait pas de renouvellement. Un refus qui n’est certainement pas du goût des dirigeants états-uniens qui, du fait de l’élection de Rafael Correa, ont perdu en Equateur les interlocuteurs fantoches habituellement à leur solde.

Les Farc ( Forces Armées Révolutionnaires de Colombie)

==> sont la principale force rebelle colombienne engagée dans le conflit armé colombien, établies en 1964 comme branche armée du Parti communiste colombien, d’obédience marxiste-léniniste.

==> leur financement provient du trafic de la drogue et du rançonnement des familles d’otages

==> les Farc, première guérilla de Colombie avec 17.000 hommes, réclament la libération de 500 de leurs hommes incarcérés en échange de 56 otages qu’elles détiennent, dont trois Américains et la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt.

==> depuis 2005 elles sont considérées comme organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne.

L’implication de la France :

— > Bétancourt jouit donc d’une renommée grandissante au moment de son enlèvement en 2002. Villepin est intimement lié à elle. Son cas va donc faire l’objet d’une médiatisation exceptionnelle. Mais les efforts diplomatiques de la France ne donneront aucun résultat.

— > l’arrivée de Sarkozy change la donne. Impétueux, il sent qu’il y a un énorme coup politique à jouer.

— > en mai 2007, les Farc ont proposé une sorte de marché à Nicolas Sarkozy : ils lui demandent d’intervenir en faveur de la création d’une zone démilitarisée des municipalités de Florida et de Pradera (sud-ouest) pour négocier un échange de prisonniers, notamment d’Ingrid Betancourt.

Qualifiant le président colombien Alvaro Uribe d’"ennemi acharné de l’échange humanitaire", le numéro deux des Farc estime que les bons offices de Nicolas Sarkozy "seront déterminants pour obtenir le retour chez elle d’Ingrid et d’autres prisonniers" susceptibles d’être échangés. Le numéro deux des Farc a également souligné "la volonté totale" des rebelles de rencontrer les émissaires des gouvernements français, suisse et espagnol. Ces "rencontres auront lieu" quand les conditions seront "favorables", a-t-il ajouté (source : ).

— > Il met la pression médiatique et politique sur Uribe pour accélérer le cours des choses. S’implique dans les négociations. Reçoit Chavez et l’introduit comme négociateur auprès des Farc. Probablement à la demande de celles-ci. Il offre une tribune internationale aux Farc assez inespérée. Il veut des résultats rapides et il ne recule pas devant les amabilités. Ainsi est-il prèt à se rendre à la frontière de la Colombie avec le Vénézuéla pour recueillir, tel un héro libérateur,l’otage : retentissement médiatique planétaire assuré pour notre président communicant, mais aussi pour les Farc et le Vénézuéla. Scénario qui n’est pas du goût de la Colombie et des Etats-Unis.

Le conflit d’intérêt franco-(colombien-états-uniens) :

— > en cela il contrarie fortement la politique de Uribe à l’égard du mouvement armée. Le président colombien est convaincu que le temps joue en sa faveur dans sa politique d’élimination des Farc qu’il pourchasse avec son armée.

— > il y a donc un conflit d’intérêt entre Bogota et Paris. Uribe veut jouer la montre. Sarkozy veut aller le plus vite possible. Chacun des deux veut recueillir les lauriers médiatiques et toucher les dividendes politiques de la libération de l’otage.

— > et surtout Uribe (et les USA) ne veulent pas laisser aux Farc le bénéfice médiatique et politique d’une libération accordée envers et contre l’intransigeance d’un président colombien acculé à passer pour un être sans coeur jusque et y compris avec des otages à bout de forces.

— > Sarkozy a décidé de la jouer solo pour son compte perso sur ce coup-là, répétant en cela sa stratégie lybienne. Cela contrarie sérieusement les projets de "l’ami" états-unien ! Et dans ces cas-là, ça ne rigole pas ! [2]

Avec Chavez le dossier des otages se politise davantage

— > de part son rayonnement international et son positionnement politique franchement hostile à Bush et Uribe, l’intervention de Chavez comme médiateur accroît immanquablement le retentissement international de la libération de l’otage Bétancourt ; la saga prend donc un nouvel essor.

— > automatiquement ses adversaires sur la scène internationale se doivent de le marquer à la culotte. Pas question de le laisser inscrire des points à leur détriment.

Le trio Farc-Vénézuéla-Paris fait aboutir des libérations

— > la médiation de Chavez porte ses fruits. Uribe le sait et voit cela d’un mauvais oeil. Il démet Chavez des fonctions de médiateur officiel qu’il lui avait confiées. Mais les tractations se poursuivent. L’opinion publique internationale est favorable à Chavez. Les Farc vont libérer trois premiers otages. Il est prévu que l’armée colombienne cesse ses assaults pendant une période négociée afin de permettre le déplacement des otages dans la jungle. Officiellement les opérations sont donc suspendues. Dans les faits il n’en est rien. Curieux ! Toujours est-il qu’une première tentative échoue. Il faudra attendre plusieurs jours avant que Clara Rojas ne soit libérée avec une autre otage politique.

— > un mois plus tard, ce sont quatre autres prisonniers qui seront élargis. Uribe se retrouve sur la défensive.

— > à ce stade je n’écarte pas l’hypothèse d’une "rançon" versée aux Farcs (par le Vénézuéla ... ) pour les "décider" à rendre leur liberté aux otages

— > les discussions se poursuivent. France, Suisse, Espagne et Equateur sont également impliqués.

La Colombie viole la frontière équatorienne pour éliminer le N°2 des Farc

— > pris de vitesse, Uribe et son alliés états-unien [3] décident d’agir et de frapper un "grand" coup. Reis, n°2 des Farc, négociateur de la libération des otages sera liquidé avec 16 compagnero(a)s en territoire équatorien. Leur camp a fait l’objet d’un bombardement nocturne avant d’être investi par des soldats colombiens venus chercher le cadavre de Reis et ses ordinateurs portables (miraculeusement indemnes !!)

— > en agissant ainsi, Uribe fait d’une pierre deux coups :

- il affaiblit le commandement des Farc et ainsi accélère sa progression dans la guerre sans merci qu’il mène face aux Farc

- il complique considérablement le processus de libération des otages dont Betancourt et donc le retarde conformément au but qu’il poursuit

Une partie d’échecs : tout est bon à prendre pour marquer des points politiquement

— > Correa et Chavez sont alliés sur la scène politique sud-américaine où ils préconisent une politique socialisante et clairement adversaires de la Colombie et de son protecteur (suzerain) états-uniens, adeptes du système économique libéraliste qui permet aux dominants de conserver leurs positions.

— > mais dans l’affaire de la libération des otages il est médiatiquement impossible au duo Uribe/Bush de faire autrement que de paraître officiellement ne pas s’opposer aux efforts entrepris pour y parvenir. Tandis que dans l’ombre tout est mis en oeuvre pour saboter le processus.

— > dans les faits, pas question de les laisser-faire à leur guise ; rappelons-le, Uribe veut abattre les Farc avant d’obtenir la libération des otages. Il a besoin de temps. La survie des otages dans ce contexte n’est plus une donnée prépondérante.

— > de leur côté les USA veulent déboulonner Chavez, promoteur du socialisme du XXIe siècle, grand pourfendeur de l’Empire US et assis sur des réserves pétrolières considérables. Toute avancée de sa part doit être contrée sous peine de le laisser renforcer ses positions sur la scène politique internationale, forcément à leur détriment in-fine.

==> des ordinateurs miraculeusement rescapés qui révèleraient opportunément des documents accablants pour l’Equateur et le Vénézuéla

— > en vertu de l’adage qui préconise l’attaque comme la meilleure des défenses, l’intervention meurtrière en territoire équatorien va être mise à profit pour discréditer les états voisins d’Equateur et du Vénézuéla

— > bien qu’ayant exterminé les occupants du campement des Farc, les bombes larguées auraient miraculeusement épargné les trois ordinateurs portables de Reis.

— > l’inspection du contenu des documents contenus sur le disque dur révèleraient des contacts entre les Farc et le gouvernement équatorien ainsi que le financement à travers une société écran des Farc par le Vénézuéla à hauteur de 300 millions de dollars. Ici le conditionnel est indispensable [4]

— > Uribe prétend tone qu’il va traîner Chavez devant la Cour Pénale Internationale

— > à propos de ce volet de l’affaire qui ressemble fort à une intox, voir cet article

==> écran de fumée ou vérité ?

— > qu’elles soient avérées ou non au terme des vérifications confiées aux experts de pays étrangers, les accusations portées par Uribe ont au moins un effet de diversion pour retourner l’opinion publique internationale prise à témoin de la violation de la souveraineté de l’Equateur par ses forces militaires.

— > ces accusations instillent l’idée que Chavez soutient un groupement classé terroriste depuis 2005. Souvenons-nous que l’Afganistan fut envahi au motif qu’il soutenait Ben Ladden. La lutte contre le terrorisme est l’argument vertueux, avec la défense de la démocratie, dont se servent les USA pour intervenir là où ça sert leurs intérêts d’Etat impérialiste.

Voici donc quelques éléments de lecture de la situation autour de la fameuse affaire Betancourt devenu un enjeu politique considérable sur la scène politique internationale que chacun des protagonistes tente d’exploiter à son avantage sous le couvert officiel de nobles intentions ressassées au public.

Mise à jour suite à la libération le 2 Juillet 2008 :

Le gouvernement Colombien a-t-il intercepté la libération pour la transformer en succès de la solution militaire ? (voir ci-dessus copie de l’article)

un dessin de Patrick Mignard

Voici un éclairage très intéressant

Ingrid Bétancourt avec son aura d’héroïne glamour revenue de l’enfer après avoir résisté aux méchants est utilisée médiatiquement pour lancer le produit Uribe, fer de lance de la lutte menée par les intérêts impérialistes, Etats-Unis en tête, contre l’espérance bolivarienne incarnée par Chavez notamment ! suite

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Contre-Feux est édité par Hi-Pi / Hi-Media Publishing, 20 rue du Sentier, 75002 Paris

[1] Le Général Oscar Naranjo, commandant de la police nationale, a déclaré aux journalistes que ce n’était pas un secret que le corps militaire et policier de la Colombie maintenait « une très forte alliance avec les agences fédérales des Etats-Unis ».

[2] Les bombes lancées sur le camp des FARC visaient sans aucun doute à envoyer un message à Sarkozy de ne pas se mêler des affaires de l’impérialisme yankee dans sa « cour arrière ». Par ailleurs, ne peut-on considérer à l’image de l’analyse amorcée dans ce billet que la mauvaise passe médiatique traversée par Sarkozy en février n’était pas totalement aléatoire. Ne faut-il pas y voir un rappel à l’ordre donné par l’establishment, y compris international, par voie de presse contrôlée interposée. Hypothèse plausible...

[3] Les responsables colombiens ont ouvertement reconnu le rôle des agences américaines de renseignement dans l’instigation et la coordination de l’assassinat ciblé du 1er mars

[4] Ainsi que le rapporte Greg Palast, le document en question comporte un seul passage où il est question des 300. Mais il n’est pas précisé de quoi il s’agit. Là encore, une prudence élémentaire semble de mise. L’occase est trop belle pour le duo Bush-Uribe d’exhiber pareil trophée de chasse à la face de l’opinion publique internationale !


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