AID Association initiatives dionysiennes

DECHETS OU MATIERES PREMIERES ?

vendredi 4 juillet 2008 par JMT

Les poubelles débordent, les décharges aussi. En de nombreux endroits on se contente juste d’évacuer les ordures, le tri sélectif est incomplet et parfois non suivi d’une filière organisée de retraitement et de recyclage,. Pour certains élus, sans doute encore persuadés du pouvoir purificateur du feu (ah les mythes éculés !) l’incinération apparaît comme ultramoderne, voire "valorisante" parce qu’elle génère de l’énergie (chaleur et parfois électricité).

Les systèmes innovants ne sont pas légion, alors qu’ils permettent de transformer une partie de nos ordures en combustible qui ne fait nulle concurrence à l’alimentation. Mais tout n’est pas si simple et même les projets de méthanisation soulèvent des oppositions

Victoire en Auvergne pour les opposants à l’incinération

Clermont-Ferrand, le 18 juin 2008.

Le pôle de traitement des déchets Vernéa, prévu à Clermont-Ferrand, ne verra pas le jour. Mais si l’action locale a porté ses fruits, la politique nationale en matière d’alternatives à l’incinération reste bien frileuse, après un Grenelle de l’environnement qui a sévèrement déçu les partisans du recyclage.

Le préfet d’Auvergne, Dominique Schmitt, rend public un avis défavorable au projet Vernéa. Le pôle de traitement et de valorisation des déchets ménagers du Puy-de-Dôme tombe aux oubliettes, et avec lui, l’incinérateur conçu pour accueillir 170 000 tonnes de déchets par an.

Un projet à l’initiative du Valtom, syndicat pour la valorisation et le traitement des déchets du Puy-de-Dôme, remporté en janvier 2003 par Novergie (filiale de Suez), qui n’aura donc pas résisté aux assauts des ONG locales.

Parmi elles, un collectif de 531 médecins a pointé du doigt en octobre 2007 l’augmentation significative de certains types de cancers chez les riverains d’un incinérateur. Le Dr Jean Michel Calut, porte parole du collectif, regrette l’attitude des professionnels de l’incinération, qui jugent ces données obsolètes.

« Certes l’étude de l’Institut de veille sanitaire (InVS) ne permet pas d’incriminer un polluant particulier car elle porte sur des incinérateurs répondant aux anciennes normes. Mais garantir qu’en ayant réduit les dioxines, il n’y a plus de risque, cela relève de l’imposture médicale et scientifique. »

D’autant que les fameuses dioxines ne sont pas les seules molécules à inquiéter les médecins. Et pour cause : sur les 2000 composés volatiles émis pendant la combustion, seuls 50 sont retenus par les filtres d’un incinérateur. Reste alors un cocktail de substances dispersées dans la nature, dont on connaît mal les effets potentiels.

Risques sanitaires, localisation du site aberrante (au point le plus bas de la cuvette clermontoise), budget faramineux du projet (les 82 millions d’euros annoncés en 2003 auraient quasiment doublé en 5 ans)… Les arguments scandés par les pourfendeurs de Vérnea ont visiblement convaincu le préfet Schmitt.

LA DIRECTIVE SUR LES DÉCHETS DÉÇOIT

« Les eurodéputés ont oublié un point essentiel aux yeux des associations environnementales : la stabilisation de la production de déchets d’ici 2012, puis une réduction significative à l’horizon 2020. »

Nathalie Cliquot, chargée de la politique sur les déchets au Bureau Européen de l’Environnement, n’est pas la seule à être déçue. La révision de la directive-cadre sur les déchets, approuvée le 17 juin par le Parlement européen, était en discussion depuis janvier 2005.

Pour Sébastien Lapeyre, du CNIID, « le premier texte était lamentable, sans considération environnementale. Forcément, après ça, ils ne pouvaient faire que mieux. » La révision permet désormais aux incinérateurs au rendement énergétique supérieur à 0,6 de voir leur activité qualifiée de « valorisation énergétique » (le seuil est de 0,65 pour les nouvelles installations), avec, à la clé, des tarifs préférentiels sur la revente de l’électricité produite.

Outre un manque d’ambition, le CNIID dénonce également un conflit d’intérêt qui n’a pas fait grand bruit : la rapporteure de la directive au Parlement, Caroline Jackson, est membre du conseil d’administration de Shanks, groupe privé britannique de traitement des déchets …

Le préfet crée la surprise en refusant de signer le permis d’exploiter

Convaincu ou contraint ? Joël Fouilloux, président de l’Association contre l’implantation de l’incinérateur à proximité de l’agglomération clermontoise (ACIIPAC), rappelle que « la veille de la décision du préfet, le ministre Brice Hortefeux, (conseiller régional d’Auvergne) avait pris position contre l’incinérateur… ».

Par ailleurs, le Grenelle de l’environnement requiert l’incinération comme dernier recours au traitement des déchets. Or, Clermont Communauté a proposé en août 2007, le projet Ophrys, basé essentiellement sur le tri, comme alternative à Vernéa.

Avec un budget de 31 millions d’euros, Ophrys semble le candidat idéal pour préserver la santé et le portefeuille des contribuables. Le conseil général du Puy-de-Dôme a mis en place une commission qui doit désormais statuer sur l’avenir du traitement des déchets.

Chez Vernéa, évidemment, c’est la consternation. Le directeur, Bruno Turrier, regrette amèrement que l’incinérateur ait fait tellement d’ombre à un projet bien plus global, « un pôle de traitement complet, avec notamment une filière de traitement bio. »

La décision du préfet, dont il attend toujours la formalisation, le laisse perplexe : « Il refuse le projet pour des raisons soi-disant techniques, ce que nous ne comprenons pas. Le projet n’est ni surdimensionné, ni contraire aux orientations du Grenelle. Et en termes d’efficacité énergétique nous sommes conformes à la directive-cadre européenne, qui requiert un coefficient d’efficacité supérieur à 0,65, alors que le notre est de 0,7. »

Une politique nationale peu engagée dans la voie du recyclage

Une sentence similaire pourrait bien tomber sur les projets d’incinérateurs d’Arques (Pas de Calais), de Ponte Leccia (Haute-Corse), ou de Fos sur Mer (Bouches du Rhône), en proie eux aussi à de vives actions locales.

Nombreux sont ceux qui ont noté avec soin les paroles du Président de la république, prononcées en octobre dernier : « notre ambition c’est d’être en avance, d’être exemplaire. [...] La priorité ne sera plus à l’incinération mais au recyclage des déchets ».

Pourtant, le Grenelle de l’environnement a rejeté tout moratoire éventuel concernant la construction d’incinérateurs. Sébastien Lapeyre, chargé de mission « Incinération » au Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets (CNIID) ne l’imaginait d’ailleurs pas autrement : « c’était un peu utopique de croire en un moratoire, face au lobbying industriel de l’incinération. Mais malgré tout, le mouvement anti-incinération a gagné en crédibilité. Il a été soutenu par beaucoup d’ONG et nous avons su montrer que l’argument des dioxines est loin d’être le seul. »

A la question « pourquoi la France est-elle moins bonne recycleuse que ses pays voisins ? », le CNIID répond sur son site que non seulement la collecte sélective ne date que de 1992 dans notre pays, mais qu’également « la très grande majorité des installations d’élimination des déchets est gérée par deux multinationales qui se sont " partagées le marché en deux ".

La puissance du lobby de l’incinération est telle que les gouvernements successifs n’ont jamais impulsé une vraie dynamique pour le recyclage. » Pourtant, les incinérateurs sont loin d’être appréciés par les populations locales, à l’image du mouvement Nimby (Not in my back yard), que l’on pourrait traduire par « pas à côté de chez moi ».

Anne Farthouat Mis en ligne le : 27/06/2008

Grenelle : avancées timides sur les déchets

Mis en ligne le : 14/01/2008

Lors de la conférence de presse du mardi 8 janvier, le président de la République s’est engagé à appliquer scrupuleusement les conclusions du Grenelle de l’environnement. En ce qui concerne les déchets, la démarche semble insuffisante. Parfois jugées symboliques par les ONG, les mesures proposées par le groupe “Déchets” ne reflètent pas leurs attentes. Si les parties prenantes se disent globalement satisfaites, elles avouent s’être contentées de peu.

Chaque Français produit un kilo de déchets par jour. Dès lors, les mesures proposées par le groupe “Déchets” du Grenelle de l’environnement paraissent légères. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’il n’y a pas de réelle avancée par rapport aux propositions faites en 2005 par l’ancienne ministre de l’écologie Nelly Ollin.

Beaucoup avouent garder un goût amer : celui de l’abandon du moratoire sur les nouveaux incinérateurs. Dany Dietmann, maire de Manspach (Alsace) et auteur de “Déchets ménagers, le jardin des impostures”, résume la situation : « Bien sûr, on aurait préféré plus, mais c’est mieux que rien ».

Pas de moratoire, mais des taxes

Officiellement, les associations se sont félicitées des conclusions du groupe “Déchets”, longtemps attendues. Tous dénoncent cependant l’absence de moratoire sur les nouveaux projets de construction d’incinérateurs.

Dans un communiqué de presse, le Groupe des experts scientifiques sur les dangers de l’incinération (GESDI) affirme que la France « détient le record absolu en nombre d’incinérateurs d’ordures ménagères par tête d’habitant en Europe ».

Faudrait-il alors suspendre la construction de nouvelles installations ? « On pourrait mutualiser les incinérateurs existants pour les rentabiliser » explique Dany Dietmann, « mais on n’a pas su dire non au lobby des incinérateurs ».

Daniel Béguin, directeur Déchets et sols à l’ADEME, justifie ce choix : « Un moratoire sur les nouveaux incinérateurs aurait été traduit par la population comme la reconnaissance d’une dangerosité de l’incinération pour la santé ». Pour l’organisme public, il n’y a aucune preuve de risques sanitaires liés au fonctionnement des incinérateurs, au grand dam des associations de médecins.

Des mesures ont cependant été proposées pour inciter à réduire les quantités de déchets incinérés. Les incinérateurs devront payer la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), qui sera réaffectée aux plans locaux de prévention des déchets. « C’est un excellent outil pour rééquilibrer les différentes filières » explique Daniel Béguin.

Pourtant, pour parvenir à une taxe de 5 à 40 euros la tonne de déchets, il a fallut batailler. « Au départ, on avait même évoqué la possibilité d’une taxe à zéro euro pour les incinérateurs qui produisent de l’énergie » raconte Sébastien Lapeyre, chargé de campagne Incinération et mise en décharge au Centre national d’information indépendante sur les déchets (CNIID).

On peut également craindre que les producteurs ne remplacent par exemple le verre par du plastique, ce qui réduirait le poids des emballages sans en diminuer le flux. « Il n’y a aucun frein incitatif pour limiter l’incinération, ni pour résoudre le vrai problème : nous produisons trop de détritus » ajoute Sébastien Lapeyre.

Réduction des déchets, en théorie

Sur le fond du problème, une réduction de 25kg de déchets par habitant et par an, sur cinq ans, a été décidé. Eco-Emballages s’est également engagé à réduire les emballages de 1kg par habitant et par an, sur la même période. La démarche est raisonnable, mais ne s’accompagne pas de mesures incitant les producteurs à limiter leurs déchets.

Qui, alors réduira les déchets ? Certes, il est prévu que, dès 2008, la contribution financière des producteurs passe de 47% à 80% pour la gestion des déchets d’emballage. « C’est un progrès qu’on n’espérait pas il y a trois ans, et qui aidera les collectivités » explique Daniel Béguin.

Pourtant, aucune conclusion ne va dans le sens d’une limitation du suremballage que dénoncent les associations de consommateurs. « Certains supermarchés ont mis en place des plateformes de déballage, ce qui ne fait que déplacer la source de déchets » soutient Dany Dietmann. Pour pousser le consommateur à réduire ses déchets, une tarification incitative obligatoire pour l’enlèvement des ordures ménagères doit être mise en place. Aux dires de tous, c’est un réel progrès.

Un manque de déchets ?

« Un moratoire sur les incinérateurs aurait inévitablement aboutit à une augmentation des flux de déchets en décharge » explique Daniel Béguin. Pourquoi pas à un renforcement de la filière de recyclage, dont les volumes traités ont connu une baisse de 2% en 2007, d’après la Fédération de la récupération, du recyclage et de la valorisation (Federec) ?

« Nous ne récupérons pas assez de déchets triés pour nos usines » avoue Francis Tesca, président-directeur général du Groupe Tesca, spécialisé dans le recyclage des plastiques. « On en vient à douter de la réelle volonté de recycler des autorités ». En théorie, la volonté a été prouvée par la décision de diminuer de 15% les déchets destinés à l’enfouissement ou l’incinération d’ici 2012.

En pratique, il y a encore du chemin. Dany Dietmann a mis en place un système de tri et de valorisation des déchets dans sa commune. Les détritus non retraités sont envoyés vers les incinérateurs. « On nous a reproché de ne fournir que des matières peu énergétiques, qui ne brûlent pas bien, et on nous a réclamé notamment des plastiques » explique le maire de Manspach.

Si le fait même de proposer une nouvelle orientation pour le traitement des déchets est une avancée en matière environnementale, beaucoup reste à faire.

La filière recyclage, absente des débats et exclue du processus, est la grande oubliée de ce Grenelle. « Nous sommes des acteurs qui essayons de réfléchir pour améliorer les choses, nous méritons d’être plus écoutés » déplore Francis Tesca.

Les mesures les plus avancées doivent encore passer l’obstacle du Parlement. « Le vrai risque, c’est que toutes ces questions environnementales ne soient finalement pas votées » explique Sébastien Lapeyre.

Dans un communiqué de presse, le CNIID a par ailleurs fait part de sa volonté de questionner les candidats aux municipales sur leur politique en matière de déchets, pour ne pas « s’arrêter à ce qui a été acté au Grenelle de l’environnement ».

Rouba Naaman

A Montpellier, les riverains contestent la méthanisation à grande échelle

Mis en ligne le : 28/09/2007

Alors que les déchets restent une question sensible au sein du Grenelle de l’environnement, le projet de Vinci à Montpellier crée la polémique. Le groupe y construit actuellement un centre de tri automatique et de méthanisation des ordures ménagères pour traiter 203 000 tonnes par an. Les riverains s’inquiètent, en dépit des précautions prises sur ordre du préfet, et s’estiment en danger.

Dans le langage courant « usine à gaz » évoque le type même du système hasardeux et compliqué. Les riverains de l’unité de méthanisation en construction sur la Zone artisanale de Garosud, à Montpellier, ont dû potasser sérieusement leur physique et chimie pour comprendre de quoi il retournait.

Peut-être est-ce ce qui les rend si exigeants vis à vis de cette établissement qu’ils voient sortir de terre avec anxiété. Personne ne conteste la méthanisation en soi..On n’imagine plus laisser fuir le méthane des ordures, puissant gaz à effet des serre, sans le capter.

Le méthane se forme en milieu fermé, pauvre en oxygène, par la décomposition de fragments animaux et végétaux. Au centre des décharges, où les restes organiques se mêlent aux résidus inertes, le processus dure des décennies ; et le gaz s’en élève en pure perte, ou du moins s’élevait, car les pays riches, de nos jours, installent des tuyaux pour le récupérer ; le plus souvent, hélas, pour le brûler dans des torchères.

On retire ainsi des décharges, tous les ans, 105 millions de tonnes « d’équivalent CO2" estime l’IPCC(International Panel on Climate Change), Comité International sur le Changement de Climat. Reste que ce "biogaz" d’ordures ménagères, surtout composé de méthane, recèle de l’énergie inemployée.

Depuis le premier choc pétrolier, on pense à la production de biogaz à partir de déchets domestiques avec, comme résidu, un compost destiné à enrichir les sols. Les petits projets écologistes des années 70, conçus pour les pays pauvres, ont laissé place aux usines suisses automatisées qui traitent, chaque année, 15 000 à 25000 tonnes de déchets organiques purs : restes de cuisine, tontes de pelouses, tailles de haies etc. Partisans comme opposants de l’unité contestée de Montpellier citent en exemple ces réalisations, et l’on construit à Garosud huit réacteurs suisses Kompogaz. La controverse se situe ailleurs.

Un projet "absurde"

François Vasquez, de l’Association des Riverains de Garosud, candidat de Cap 21 aux récentes législatives, trouve cette usine "absurde" pour plusieurs raisons.

Sa taille, pour commencer : il s’agit selon lui, de la plus grosse en France. L’agglomération de Montpellier regroupe 400 000 habitants. Les réacteurs devraient traiter, après séparation du tout-venant des ordures ménagères, 100 000 tonnes de déchets organiques ou biodéchets, y compris les cartons souillés et haillons de textiles naturels.

Le centre de valorisation organique (CVO) en construction à Lille Séquedin affiche la même capacité : 100 000 t. pour plus d’un million d’habitants. Encore le COV de Séquedin, situé au bord d’un canal, sera-t-il alimenté par voie d’eau.

Les habitants de Garosud craignent, eux, de voir passer des camions d’ordures ménagères, voire de résidus industriels, des confins du département. Un « tourisme des déchets » qui irait, disent-ils, à l’encontre de textes votés au Parlement Européen. Les villages de Fabrègues et Castries, pressentis pour enfouir les déchets ultimes, arguent également de leurs sols calcaires poreux et contestent le projet.

Risques toxicologiques

Deuxième inquiétude, la situation de l’usine à 50 m de la première maison et 200 m d’un lotissement, entre exploitations agricoles, zone commerciale et artisanale, grande surface de vêtements et villas. Il suffirait d’une sonnerie de portable, pour provoquer le chaos.

Les grosses unités de méthanisation en Espagne (Ecoparques, Valorga) se trouvent, expliquent les opposants montpelliérains, à 2 km du premier habitant. En outre, le tri des ordures y est soumis à surveillance humaine, par mesure de sécurité.

Plus encore que l’accident, les voisins de l’usine redoutent les émanations d’hydrogène sulfureux. Ce gaz nauséabond au quotidien, typique des décompositions, devient en effet inodore à forte concentration. Il tue alors rapidement - « en deux respirations » selon Vasquez. Le 13 novembre 2005, à Rhareistedt en Allemagne, il a fait quatre morts, dont le directeur de l’usine de méthanisation (10 000 tonnes), venu voir ce qui se passait et qui n’a rien senti.

Pour l’Observatoire des déchets de l’agglomération de Montpellier, association d’experts, ingénieurs et universitaires, qui s’interdit de sortir d’un avis technique, les risques se multiplient, devenant moins maîtrisables, avec la taille de l’usine, le nombre de réacteurs et la proximité de la zone habitée.

Pendant l’enquête publique, en 2006, plutôt que de sexprimer officiellement, l’Observatoire a préféré écrire une lettre confidentielle au préfet. Par la suite, celui ci a imposé dans son arrêté trois mesures qui ont surpris : présence sur le site de personnel 24h sur 24, obligation pour la direction d’organiser des secours depuis l’usine en cas d’accident, et interdiction de traiter des déchets extérieurs à l’agglomération.

Si tout ce se passe comme prévu, à l’été 2008, trois sortes de déchets se traiteront dans l’usine dans le strict isolement, explique Nicole Stamm, élue (Verts) de l’agglomération : en premier lieu, des bio-déchets des nombreux restaurants de la ville, des cuisines collectives et de celles des Montpelliérains qui recevront des sacs d’une couleur particulière pour les y déposer (cette collecte séparée n’a pas commencé).

Deuxièmement des biodéchets de meilleure qualité encore, sélectionnés parmi les premiers, puisque l’on comprendra, avec l’usage, quelle provenance fournit "les plus nobles". biodéchets. De ces deux lignes de transformation, après diverses étapes de tri, sortira en trois semaines du biogaz transformé en électricité, GDF refusant les gaz à composition variable, et deux composts respectivement de bonne et haute qualité.

La troisième ligne traitera les « poubelles grises » d’ordures ménagères en vrac, ce qui enrage les opposants, persuadés que l’on pousse les citoyens à jeter n’importe quoi. Triées, comme les biodéchets, par une série de tambours aux perforations de plus en plus petites, et débarrassées, par aimantation, des métaux ferreux, ces ordures séjourneront ensuite dans le « BRS », un procédé inventé par Vinci, qui ne souhaite pas donner de détail sur son fonctionnement.

Tous les déchets y resteront plusieurs jours, en sorte d’amorcer la méthanisation et opérer un dernier tri automatique, avant d’entrer dans les réacteurs, explique Novergie (groupe Suez) chargé d’exploiter l’usine pour dix ans.

La seule crainte de Nicole Stamm est que des miettes de verre ne bloquent la machinerie. Mais les opposants se demandent à quel moment les petits objets de métaux lourds, piles de montre, par exemple, se trouveront évacués du circuit. Ils craignent qu’ils ne contaminent la matière en BRS, et estiment, d’avance, que le compost ne trouvera pas preneur. Cependant, pour Novergie, pas de doute, ce compost répondra aux normes et se vendra.

Selon qui a raison, le volume de déchets ultimes à stocker en décharge à la sortie de l’usine peut varier de beaucoup. A Fabrègues en particulier, le projet rencontre des résistances, car le site choisi se trouve au dessus de la nappe phréatique qui prolonge l’étang de Thau. Sujet d’autant plus délicat, que les parcs à moules et à huitres abondent dans cette vaste pièce d’eau alimentée par une source en profondeur.

Marie-Paule Nougaret

Méthanisation de 100 % des biodéchets à Calais

Mis en ligne le : 06/08/2007

C’est une première en France : Calais valorise 100% de la partie fermentescible de ses déchets ménagers. Une unité de méthanisation, inaugurée en décembre 2006, va accueillir 27 000 tonnes de biodéchets chaque année, et produire 6,6 MW d’électricité. Un investissement de 20 millions d’euros qui doit permettre de traiter 50% de l’ensemble des déchets.

L’unité de méthanisation de la fraction fermentescible des ordures ménagères de la région de Calais a été inaugurée le 8 décembre 2006. C’est la première installation en France capable de valoriser 100% des biodéchets (résidus alimentaires, graisses, déchets verts) des 160 000 habitants de l’agglomération. Le constructeur est Valorga International, filière du groupe espagnol Urbaser, spécialisé dans le traitement biologique des déchets.

La production a débuté en février, avec une montée en charge progressive pendant six mois. L’usine doit " digérer " 27 000 tonnes de déchets par an, dont 1000 tonnes de déchets graisseux, en produisant de la chaleur et du biogaz.

Elle complète le centre de tri des emballages, la plate-forme de collecte du verre et le réseau des déchèteries du Sevadec (Syndicat d’élimination et de valorisation des déchets du Calaisis). L’ensemble a été conçu selon une démarche HQE (Haute Qualité Environnementale), avec l’appui technique et financier de l’Ademe.

Un projet initié en 1995

" L’objectif est de valoriser 50% de l’ensemble de nos déchets ", explique Christophe Guerre-Genton, directeur du Sevadec. " Nous devrions l’atteindre dès 2007, et respecter ainsi les règles du plan départemental d’élimination des déchets prévues pour 2011. "

Le projet a été initié en 1995. Il s’inscrit dans les objectifs de 2011 du plan départemental d’élimination des déchets, qui vise à valoriser 50% de l’ensemble des déchets produits. L’investissement de 20 millions d’euros a bénéficié de subventions de l’Ademe (1 M€) de l’Union européenne (1,8 M€) et du conseil régional (95 000 €).

" Après avoir étudié les différentes technologies de traitement des biodéchets, nous nous sommes tournés vers la méthanisation, qui avait l’avantage de pouvoir être mise en œuvre dans un environnement urbain très dense ", indique Christophe Bogaert, chargé de mission au programme valorisation matière de l’Ademe Nord-Pas-de-Calais.

Le procédé retenu est une méthanisation en régime thermophile (55°C) avec un temps de séjours moyen de 21 jours et une agitation par injection de biogaz. Les déchets sont réceptionnés dans une halle mise en dépression et les graisses stockées dans une cuve. Une chaîne de préparation des déchets verts et biodéchets permet d’extraire les corps indésirables et de faciliter la dégradation de la matière organique.

Les déchets ainsi préparés sont introduits dans le digesteur, après ajout d’eau issue de la station d’épuration, pour atteindre un flux entrant à 28% de matière sèche et de graisse, en vue de réguler la production de biogaz.

La chaleur, issue de la méthanisation des biodéchets, sert à accélérer le processus de décomposition, et chauffe les bâtiments du Sevadec. Si elle est excédentaire, elle pourrait même alimenter de futures serres agricoles, construites sur les réserves foncières du site. L’électricité, produite par un générateur de 950 kW à partir du biogaz, est revendue au réseau, à un prix plus élevé que le tarif d’achat à EDF. La production annuelle d’électricité est évaluée à 6600 MWh.

L’unité de méthanisation va traiter les graisses alimentaires des restaurants d’entreprise, d’hôpitaux, et des établissements scolaires. 1000 tonnes seront collectées chaque année. Les graisses ont un fort pouvoir méthanogène. Elles stimuleront la fermentation des déchets verts, plus difficile à méthaniser, et permettront de réguler la production de l’unité pendant le week-end, lorsque la matière à traiter diminue.

La collecte des biodéchets a été organisée par le Sevadec, qui a aussi informé les usagers sur la façon d’utiliser leurs quatre poubelles (verre, emballages, fermentescibles, tout venant). Un comité de suivi a été mis en place. Ses indicateurs permettent de vérifier le bon déroulement de la collecte, de la méthanisation, et la qualité des composts obtenus issus de l’unité.

Raphaël Baldos


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