AID Association initiatives dionysiennes
Grenelle de l’Environnement :

désaccord de fond sur le remède à appliquer !

La montagne accouchera-t-elle d’une souris ?

dimanche 22 juin 2008 par JMT

La mise en oeuvre du Grenelle de l’Environnement et sa traduction législative soulèvent de nombreuses interrogations. Pour passer de la théorie à la pratique, il reste un pas de géant à franchir. Certains craignent un saut de puce. Explications.

POLITIQUE - Actu-Environnement.com - 14/06/2008

Chez les uns, impatience et doutes. Chez les autres, frilosité et pragmatisme. Le consensus qui entourait les conclusions du Grenelle de l’Environnement semble beaucoup moins solide à l’heure de sa mise en œuvre.

D’un côté les ONG, à l’image de Nicolas Hulot cette semaine, s’impatientent et rappellent l’urgence écologique. Toutes lancent un appel pour davantage de courage politique.

De l’autre côté, le monde économique s’inquiète de la mise en place de mesures trop brutales, jugées dangereuses pour les entreprises et la croissance.

Au centre, le gouvernement rassure, explique, justifie… Le Grenelle est un outil permanent, un processus qui a été lancé et qui doit faire face aux grands enjeux du XXIè siècle. Nous poursuivons un double objectif : mettre en place des mesures précises mais aussi refonder ensemble la civilisation, expliquait Nathalie Kosciusko Morizet, lors d’un entretien télévisé, enregistré et diffusé au Salon de l’Environnement et des Métiers durables.*

Oui mais voilà… Quand les ONG pointent du doigt l’impérativité d’une révolution des modes de pensée, de consommation et de production, autrement dit une refondation profonde de notre civilisation, les entreprises s’attardent sur l’impact qu’auraient les mesures prises sur leurs chiffres comptables et leurs impératifs économiques. Un dialogue de sourd, diraient certains…

Des ONG alarmistes…

Le Grenelle de l’environnement implique un vrai tournant en France, une réorientation des choix politiques, économiques, explique Jean-Paul Besset, porte parole de la Fondation Nicolas Hulot. Nous ne sommes pas totalement satisfaits. C’est un processus qui doit avancer en prenant des mesures beaucoup plus significatives.

Si la traduction des 273 mesures issues du Grenelle de l’environnement dans la loi de programmation satisfait globalement les associations de défense de l’environnement, celles-ci s’inquiètent de la portée réelle qui va être donnée à cette loi.

Le Grenelle était un formidable inventaire environnemental non exhaustif mais ce n’est pas suffisant. Aujourd’hui, nous sommes dans une tergiversation immobile. Ma crainte est qu’on ait l’impression que tout est réglé…, commente Serge Orru, directeur général du WWF France. Notre empressement répond à des situations qui sont catastrophiques. La situation est extrêmement grave, à un point tel qu’elle nous parait virtuelle. Cessons la dénégation, nous devons nous mouvoir avec une extrême urgence.

Ce qui résiste, c’est un noyau culturel, un noyau dur inscrit dans nos gênes culturels et dans nos infrastructures économiques et sociales. On ne peut pas imaginer faire autrement que comme on fait aujourd’hui, note Jean-Paul Besset. Pourtant, on n’ira pas sur la pointe des pieds, il va falloir passer de l’incitatif au dissuasif, il faut des politiques beaucoup plus ambitieuses et déterminées.

… face au pragmatisme économique des entreprises

Le monde des entreprises, de son côté, prône la prudence. Il y a des points d’inquiétude, commente Dominique Hoestlandt, président du comité Environnement du MEDEF.

Par exemple, où va-t-on en matière de fiscalité écologique ? Il y a une certaine naïveté de croire qu’on change les comportements en taxant. Il faut être attentif aux effets d’une fiscalité trop forte.

Le bonus malus appliqué aux voitures a marché parce qu’il existe des solutions de remplacement. L’appliquer à des secteurs où les gens n’ont pas le choix est plus dangereux. On touche à l’économique, qui ne va pas très bien aujourd’hui. Vouloir tout faire en même temps, c’est inquiétant. Peut-on y arriver ?

Et d’ajouter : la vraie sphère d’action, c’est l’Europe. C’est bien de vouloir donner l’exemple. Mais on ne peut pas donner l’exemple seuls si le monde ne suit pas…Il faut une clarification…

Didier Imbert, directeur exécutif en charge du Développement durable chez Sita France est du même avis : Les mesures sont très ambitieuses. En matière de fiscalité incitative, il faut faire attention, y aller avec progressivité et modération… Il faut éviter la double charge et la double peine pour les entreprises. Le changement nécessite des investissements. Si à ça s’ajoute une fiscalité forte, ça va coûter cher aux entreprises.

Agir coûtera cher, mais ne rien faire peut coûter encore plus cher, relève alors Richard Michel, président directeur général de La chaîne parlementaire et modérateur du débat, faisant allusion au rapport Stern qui chiffrait le coût de la lutte contre le changement climatique.

Aujourd’hui nous subissons les conséquences économiques de l’incapacité des entreprises à avoir anticipé les évolutions, commente Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris, chargé du développement durable, de l’environnement et du plan climat. Il y a un décalage extrêmement fort entre ce que nous disent ceux qui savent (les experts, scientifiques…) et notre capacité collective à engager la mutation.

Quid du politique ?

© legrenelle-environnement.fr - 2007

Il reste un grand chemin à parcourir avant que le Grenelle ne sorte de son champs écologique pour inonder l’ensemble de la société, constate Jean-Paul Besset. Le Grenelle ne semble pas avoir influer sur l’ensemble des choix politiques.

Pour exemple, la loi de modernisation de l’économie. L’idée de développer la concurrence entre les grandes surfaces nous semble contradictoire avec le Grenelle de l’environnement. Cela aura pour conséquence une hausse des transports, un étalement urbain, un encouragement des productions intensives…C’est contre le commerce de proximité…

Pascal Ferey, vice-président et Président de la commission Environnement de la Fédération nationale des Syndicats d’Exploitants agricoles (FNSEA) regrette lui aussi un manque de cohérence : Je n’ai pas aimé le manque de courage politique.

Pour la question des OGM, nous avions trouvé un consensus sur une haute autorité. J’aurais aimé que le Président de la République dépose une clause de sauvegarde. Le verdict tombera à l’automne avec le vote des différentes lois Grenelle.

S.FABREGAT

* Jean-Paul Besset, Pascal Ferey, Dominique Hoestlandt, Didier Imbert, Serge Orru et Denis Baupin participaient à une conférence « Grenelle : les premiers résultats » organisée le 12 juin dernier.

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