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Alors que la riche province de Santa Cruz a organisé son référendum autonomiste

La Bolivie dans la tourmente

lundi 5 mai 2008 par JMT

Bolivie : Un référendum pour l’autonomie de Santa Cruz

5/5/2008

Référendum sous tension hier en Bolivie. La région de Santa Cruz votait pour son autonomie. Un scrutin déclaré illégal et nul par les autorités nationales.

85% des électeurs se seraient prononcés en faveur de l’autonomie de la région de Santa Cruz, le plus vaste département, situé à l’est de la Bolivie. Un référendum y était organisé dimanche. Il a été émaillé de plusieurs affrontements entre autonomistes et anti ainsi que forces de l’ordre. Des urnes auraient notamment été brûlées. Selon les autorités locales, le scrutin s’est déroulé normalement dans 91% des bureaux de vote.

Ce référendum avait, avant même d’avoir lieu, été déclaré illégale par la Cour nationale électorale. Le président Evo Morales l’avait qualifié d’ « anticonstitutionnel » et « dictatorial ».

En revendiquant leur autonomie les habitants de Santa Cruz espèrent garder une part plus importante des recettes du gaz naturel de l’Etat et protéger leurs grands ranches et plantations des projets de redistribution des terres et des richesses à laquelle procède le président.

La région représente 30% du PIB national.

Au grand dam des autorités boliviennes, trois autres régions vont effectuer le même référendum en juin prochain.

Marie Billon

Santa Cruz : un référendum crucial pour l’unité du pays

Article publié le 04/05/2008 Dernière mise à jour le 04/05/2008 à 19:56 TU , avec notre envoyé spécial à Santa Cruz, Reza Nourmamode

Des affrontements auraient fait une vingtaine de blessés aujourd’hui dans un quartier populaire de Santa Cruz, alors que se déroule le referendum sur l’autonomie de cette région, poumon économique du pays. Santa Cruz est le fief de l’opposition de droite au gouvernement socialiste et indigéniste d’Evo Morales.

Suivie par trois autres des neuf régions du pays, elle a rédigé un statut d’autonomie avec de nombreuses prérogatives politiques et économiques. Le referendum est considéré comme illégal et séparatiste par le gouvernement bolivien qui ne lui reconnait qu’une valeur de sondage à grande échelle.

La Bolivie et la province de Santa Cruz. (Carte : RFI)

Affrontements à Santa Cruz entre partisans d’Evo Morales et autonomistes : « Nous sommes là symboliquement pour nous opposer au statut d’autonomie, à ce référendum anticonstitutionnel et illégal. »

écouter 1 min 4 sec 04/05/2008 par Reza Nourmamode

Partisans du président Morales et partisans de l’autonomie se sont affrontés ce matin à Santa Cruz, trois personnes auraient été blessées à la tête avant l’ouverture des bureaux de vote. Cela s’est passé dans le plus important quartier populaire de la ville.

Pour le pouvoir en place, le référendum sur l’autonomie n’existe pas. « Il s’agit d’une simple enquête d’opinion », a ainsi affirmé le président bolivien, Evo Morales. Dans le même temps, le gouvernement n’a pas ménagé ses critiques sur le scrutin, jugé à la fois illégal et séparatiste et considéré comme « un instrument au service de l’oligarchie locale ».

Pour le préfet de la région de Santa Cruz, l’opposant conservateur Ruben Costas, l’heure est en revanche à « l’avènement d’un processus libre et démocratique de déconcentration du pouvoir ».

La veille du scrutin, et après bien des atermoiements, l’Organisation des Etats américains (OEA) avait apporté son soutien au gouvernement d’Evo Morales et appelé à la préservation de l’unité territoriale de la Bolivie, sans toutefois condamner clairement le référendum.

Si la victoire du « oui » a lieu, comme le prédisent les derniers sondages, les deux camps devront de toute façon retourner à la table des négociations sous peine de blocage institutionnel et de division de facto du pays.

Des organisations sociales avaient promis de perturber le scrutin « Les urnes n’entreront pas à San Julian », c’est la promesse faite par les dirigeants de cette commune, bastion du parti MAS (Mouvement vers le socialisme), au pouvoir.

Plus généralement, les organisations sociales proches du gouvernement ont prévenu qu’elles empêcheraient la tenue du référendum dans les zones rurales de la région de Santa Cruz. A la veille du scrutin, le matériel nécessaire au vote était absent dans plusieurs communes.

Au-delà de ce blocage de matériel, les mouvements sociaux de la région avaient envisagé d’organiser des marches de protestation contre le référendum, au risque de provoquer des affrontements avec les partisans de l’autonomie. On voit que cela s’est effectivement produit aux premières heures du vote ce dimanche.

De son côté, la Cour électorale de Santa Cruz a annoncé que tout serait fait pour que l’ensemble des quelques 950 000 électeurs inscrits dans la région puissent participer au scrutin. Cependant, le gouvernement ayant jugé le référendum illégal, les forces de l’ordre ne sont pas autorisées à veiller au bon déroulement du vote. Ce sont donc environ un millier de policiers municipaux désarmés qui ont été mobilisés.

La Bolivie sous haute tension

samedi 03 mai 2008, 23:39

L’armée bolivienne a averti samedi contre le risque d’une division du pays, placé sous haute tension à la veille d’un référendum sur l’autonomie de la riche région de Santa Cruz, un vote contesté par le président socialiste Evo Morales.

« On ne peut exclure le risque d’un grave danger qui constitue une menace pour l’intégrité du territoire », a déclaré le général Mario Ayala Ferrufino, au nom du Conseil suprême de la Défense nationale.

La province rebelle de l’est du pays, poumon économique doté des principaux gisements de gaz, invite dimanche ses habitants à se prononcer sur un statut d’autonomie, revendiquant le droit de gérer ses ressources et créer sa propre police.

Un tel statut peut entraîner de « graves conséquences pour l’unité du pays » et il « ne peut ni ne doit être appliqué », a affirmé le représentant des forces armées.

Le référendum est jugé illégal par le gouvernement de M. Morales, premier amérindien à devenir président en Bolivie, qui dénonce la volonté séparatiste de la région dominée par l’opposition libérale et dont la population est en majorité blanche ou métisse.

« Je parie sur la conscience de notre peuple qui veut l’unité du pays », a déclaré vendredi soir le chef de l’État dans une interview à la version espagnole de la chaîne d’information américaine CNN.

Les autorités centrales ont prévenu qu’elles ne reconnaîtraient pas le vote dont l’issue ne semble faire aucun doute, les sondages accordant plus de 70 % de voix en faveur du « oui ».

Proche ami du président vénézuélien Hugo Chavez, bête noire de Washington en Amérique latine, M. Morales, qui dénonce une conspiration orchestrée par les Etats-Unis pour le renverser, a reçu l’appui de son allié équatorien Rafael Correa.

« Ce qui arrive en Bolivie n’est pas une action isolée. Cela se passe avec le soutien des pays étrangers qui veulent déstabiliser la région », a affirmé samedi M. Correa.

L’Organisation des États américains (OEA) a rejeté « toute tentative de perturber » l’ordre constitutionnel, exprimant sa « solidarité avec le peuple de Bolivie » après une réunion d’urgence à Washington.

Le référendum fait planer un risque de guerre civile sur le pays, où la crise attise la fracture ethnique entre les paysans pauvres des Andes, fidèles à M. Morales, et les grands propriétaires agricoles des riches plaines de l’est.

Plusieurs centaines de soldats ont été envoyés en renfort dans la région de Santa Cruz, où des vigiles privés et un millier de gendarmes municipaux ont été chargés d’assurer la sécurité du scrutin.

À l’appel de plusieurs organisations sociales, les partisans du gouvernement ont juré d’empêcher le déroulement du vote, notamment dans les bastions pauvres.

Chef de la Confédération des colonisateurs de Bolivie, une puissante organisation paysanne, Fidel Surco a affirmé à l’AFP que les organisateurs du vote porteraient « la responsabilité d’un bain de sang ».

La région de Santa Cruz, qui se défend de faire sécession, compte 2,5 millions d’habitants, soit le quart de la population bolivienne, et produit le tiers de la richesse nationale.

Le gouverneur de la région, Ruben Costas, a appelé la population à se « mobiliser dans la paix », après avoir mis le feu aux poudres en prédisant la naissance d’une « seconde république décentralisée ».

La province mène depuis plusieurs mois une fronde contre M. Morales dont elle rejette le projet de Constitution prévoyant une redistribution de la manne gazière et une réforme agraire pour mettre fin aux latifundia.

L’enjeu du vote est d’importance, d’autant que la rébellion fait tâche d’huile dans trois autres régions prospères, qui ont mis sur les rails un référendum similaire en juin.

(D’après AFP)

La Bolivie d’Evo Morales au bord de l’explosion

Lamia Oualalou, à Santa Cruz de la Sierra 02/05/2008

Evo Morales Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

L’organisation dimanche d’un référendum dans les provinces orientales du pays renforce les craintes de sécession.

Les bras chargés de tracts, David Sejas a du mal à cacher son excitation en pénétrant dans les locaux de l’Union des jeunes de Santa Cruz. Chef de l’association, le jeune homme de 34 ans est un des principaux militants de la campagne en faveur de l’autonomie du département de Santa Cruz, le plus riche de Bolivie, qui sera soumis à référendum demain.

La consultation est illégale, condamnée par le gouvernement d’Evo Morales et par les organismes internationaux, mais David n’en est que plus enthousiaste. Il connaît par cœur l’argumentation légitimant ce divorce de la région avec le reste du pays : « Nous sommes deux millions, nous produisons 46 % des richesses du pays, et pourtant l’État ne nous en repasse que 15 %», débite-t-il.

Pour imposer l’autonomie, son association est prête à se battre, armes à la main. David en est fier : « C’est la meilleure façon d’en finir avec le gouvernement communiste de narcotrafiquants d’Evo Morales », conclut-il.

La revendication de l’autonomie n’est pas une nouveauté en Bolivie, un des seuls pays n’ayant pas de structure fédérative d’Amérique latine. Elle est très nette à Santa Cruz, mais aussi à Tarija, Beni, Pando, les quatre départements de l’est du pays qui concentrent l’essentiel des richesses : le gaz, les meilleures terres agricoles et les forêts.

Pendant longtemps, la revendication était le slogan d’une poignée de politiques locaux, d’autant plus intéressés qu’ils sont aussi les principaux propriétaires terriens de la région. Mais elle s’est étendue depuis l’élection d’Evo Morales, en décembre 2005.

2Maladroit sur le plan politique2

Pragmatique sur le terrain économique il a réussi à imposer aux compagnies d’hydrocarbures une augmentation des impôts , le premier Indien à la tête de l’État s’est montré beaucoup plus maladroit sur le front politique. Soucieux de s’attaquer aux grands propriétaires locaux, qui refusent notamment d’entendre parler de réforme agraire, Evo Morales, issu des terres occidentales, a balayé dès la deuxième année de son mandat toute velléité d’autonomie.

« C’est une incompréhension totale de ce qui se passe dans l’est du pays : tout le monde, riche ou pauvre, veut plus d’autonomie », se désole José Mirtenbaum, de l’université Gabriel René Moreno, à Santa Cruz. Conséquence, Evo Morales a réussi à redorer le blason des caciques locaux.

D’autant que le projet du président, une nouvelle Constitution censée refonder l’État bolivien, a perdu en légitimité aux yeux de la population. Incapable de négocier avec la droite le projet de Constitution, et pressé par les mouvements sociaux, Morales a opté pour le passage en force, en imposant un texte voté dans un lycée militaire, en l’absence de députés d’opposition. Pour faire taire ces derniers, des mineurs armés de dynamite ont été appelés en renfort.

2« Société précolombienne »2

C’est un paradoxe : Morales a été élu avec une large majorité, tout comme son parti, le MAS. Mais ce dernier, dominé par des leaders issus du monde rural indigène, continue à faire de la politique comme dans le passé : en adoptant la technique du fait accompli et des postures radicales pour tenir tête à l’opposition.

« Cette politique d’affrontement a renforcé le sentiment dans les classes moyennes urbaines que le gouvernement ne se préoccupait que des communautés indigènes des hauts plateaux », souligne Franck Poupeau, chercheur de l’Institut français des études andines à La Paz. Alors que dans les campagnes les plus pauvres ont bénéficié d’allocations du gouvernement, le quotidien des classes moyennes dans les villes s’est dégradé avec le surgissement de l’inflation sur les produits alimentaires.

Il en est de même sur le plan symbolique : les travailleurs des villes rêvent surtout de paix sociale, mais la nouvelle Constitution prévoit d’abord de promulguer la « whiphala », la bannière multicolore des communautés indigènes au rang d’emblème national, et de légaliser la justice communautaire.

Des politiques louables qui ont pour objectif d’en finir avec l’exclusion des Indiens, majoritaires dans le pays, mais caricaturés par les médias privés, contrôlés par les grands groupes de Santa Cruz. « Notre véritable chef de campagne s’appelle Evo Morales, plus il tente de faire passer ses projets en force, plus il rêve de société précolombienne, plus nous gagnons de points », jubile Juan Carlos Uranda, un des principaux auteurs du traité d’autonomie de Santa Cruz.

Selon les derniers sondages, près des deux tiers des habitants de Santa Cruz seraient prêts à imposer leur autonomie quitte à provoquer une véritable guerre civile.

Liens

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