AID Association initiatives dionysiennes
Echec du capitalisme libéral ou volonté délibérée ?

Le retour des grandes famines ?

mardi 15 avril 2008 par JMT

Les appels à la mobilisation internationale se multiplient pour faire face aux crises alimentaires qui menacent la planète, la France appelant l’Union européenne à augmenter sa production agricole tandis que les Etats-Unis ont débloqué lundi une aide d’urgence.

Quand la flambée des prix alimentaires produit des émeutes de la faim

par Najib Gadi

source

Les émeutes de la faim

Et oui ça commence à occuper une place dans les médias. On commence (dans les pays riches) à parler des gens des pays pauvres qui sortent dans la rue parce qu’ils ont faim ou/et parce qu’ils protestent contre la flambée des prix alimentaires :

* 40 morts au Cameroun.

* Deux morts à Abidjan.

* Un mort en Egypte.

* Des blessés et des centaines d’arrestations au Burkina Faso et au Sénégal.

* 44 blessés par balle à Haïti.

* Des manifestations à Mexico, au Yémen et à Sefrou au Maroc, etc. etc.

Voici les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de la hausse des prix alimentaires :

Les causes sont multiples, parmi lesquelles

- La spéculation à la bourse de Chicago : pour absorber leurs pertes liées à la crise immobilière américaine (crise des subprimes), les traders se reportent maintenant sur les matières premières agricoles. Après quelques émeutes, l’Égypte a annoncé le jeudi 27 Mars 2008, l’arrêt temporaire de ses exportations du riz. Le vendredi 28 Mars 2008, le prix du riz dans la bourse de Chicago a augmenté de 30%.

- L’industrialisation des agro carburants : le bio-éthanol et le bio-diesel. C’est à dire qu’on préfère bruler du Maïs ou du blé pour remplir le réservoir de sa voiture pendant que des gens crèvent de faim. Comme il le dit bien Jean Ziegler (rapporteur spécial des nations unis pour le droit à l’alimentation), c’est un véritable crime contre l’humanité.

- Les plans d’ajustement structurels du FMI et de la Banque Mondiale : en échange des prêts accordés aux pays en voix de développement, le FMI et la Banque Mondiale obligent ces pays à respecter leur politique de "récupération des coûts". C’est à dire libéraliser des secteurs comme l’agriculture (entre autres) pour permettre à des investisseurs étrangers de venir s’y installer et obliger ces pays à orienter leurs production de matières premières d’exportation. Pour les experts de ces deux institutions, les pays tropicaux, semi-tropicaux ou semi-arides n’ont pas intérêt à cultiver du riz (par exemple). Pour ces experts, le riz doit être cultivé en Thaïlande ou en Viêtnam (avantages naturels).

Le petit documentaire de la BBC (Quand le FMI fabrique la misère) ci-dessous montre l’exemple du Ghana qui, à cause des suppressions des subventions locales imposées par le FMI et la Banque Mondiale, dépense maintenant 100 millions de dollars par an pour importer du riz des états-unis.

Suppressions des subventions locales aux paysans, libre échange, spéculation sur les matières premières. Il est temps que ça s’arrête.

Voir la vidéo quand le fmi fabrique la misère

La pression internationale monte face aux risques de crises alimentaires

LUXEMBOURG (AFP) - 14/04/08 23:56

AFP/Infographie :: 37 pays ont besoin d’une aide alimentaire urgente, selon la FAO

"Il va falloir doubler la production agricole mondiale d’ici à 2050 pour nourrir 9 milliards d’habitants sur la planète", a souligné le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, en proposant une initiative pour la sécurité alimentaire dans le monde à ses partenaires européens réunis à Luxembourg.

La France propose à l’Europe de "produire plus et mieux" et de rester "une puissance agricole forte" pour répondre au "contexte grave de crise" et "aux émeutes de la faim", comme celles qui ont frappé Haïti et fait plusieurs morts, entraînant le départ du Premier ministre.

Une manière de répondre à ceux qui, comme la Grande-Bretagne, prônent une baisse des subventions agricoles de l’UE.

Cette profession de foi intervient alors que les 27 sont en train d’établir un "bilan de santé" de leur Politique agricole commune (PAC). Et que la France entend lancer dès sa présidence de l’UE au second semestre la discussion sur la place de l’agriculture dans la politique européenne, en vue du débat difficile à venir sur son budget après 2013.

M. Barnier a aussi demandé une aide spécifiquement agricole plus importante de la part de l’UE aux pays pauvres, pour qu’ils se rapprochent de l’autosuffisance. Il a enfin plaidé en faveur de la plus grande fermeté de l’Europe dans les négociations commerciales mondiales à l’OMC, où l’Europe est sous pression pour réduire ses aides et droits de douanes agricoles.

L’initiative française a dans ce contexte été accueillie avec prudence par ses partenaires européens. Si tous, à l’image de la présidence slovène de l’UE, soulignent la gravité du problème de la flambée des prix alimentaires, certains soupçonnent la France de chercher à profiter du contexte international pour défendre ses intérêts de première puissance agricole de l’UE.

Le ministre portugais de l’Agriculture, Jaime Silva, a ainsi jugé qu’il ne fallait "pas mélanger" la question de la production alimentaire avec les négociations à l’OMC. En privé, les Britanniques redoutent que l’initiative française soit utilisée pour bloquer de nouvelles adaptations de la PAC.

Photographe : Saul Loeb AFP/Archives :: George W. Bush à la Maison Blanche, le 10 avril 2008

L’inquiétude grandit également aux Etats-Unis face aux événements en Haïti ou en Afrique, où la hausse spectaculaire des prix de denrées de base comme le blé, le maïs ou le riz, suscite aussi une grogne croissante.

Le président américain George W. Bush a annoncé lundi le déblocage d’une aide d’urgence de 200 millions de dollars, tandis que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a appelé la communauté mondiale à prendre des mesures immédiates et à long terme face à la crise alimentaire.

Dimanche la Banque mondiale avait lancé un appel à une intervention urgente, tandis que le Fonds monétaire international (FMI) mettait en garde contre des "conséquences terribles" si l’inflation se poursuit, avec "des centaines de milliers de personnes (qui) vont mourir de faim".

Lundi, le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, a enfoncé le clou en estimant que la planète se dirigeait "vers une très longue période d’émeutes" et de conflits liés à la hausse des prix et à aux pénuries.

Il a en outre jugé que la production massive de biocarburants, encouragée par les Etats-Unis et l’UE comme alternative aux hydrocarbures, constituait "un crime contre l’humanité" dans la mesure où elle tend à se substituer aux cultures alimentaires et encourage la hausse des prix.

La France presse l’Union européenne d’agir face aux crises alimentaires

LUXEMBOURG (AFP) - 14/04/08 16:22

La France a exhorté lundi l’Union européenne (UE) à tout faire pour rester une puissance agricole forte à la lumière des crises alimentaires qui secouent le monde, notamment en redoublant de fermeté à l’OMC, et à aider davantage les pays pauvres dans ce secteur.

A l’occasion d’une réunion avec ses collègues européens à Luxembourg, le ministre français de l’Agriculture Michel Barnier a présenté une "initiative européenne pour la sécurité alimentaire", face à un "contexte grave de crises".

A Haïti, des émeutes de la faim ont provoqué des violences meurtrières, coûté son poste au Premier ministre et obligé le président à décréter une baisse du prix du riz pour apaiser la colère de la population.

En Afrique, la hausse spectaculaire des prix de denrées de base comme le blé, le maïs ou le riz, suscite aussi une grogne croissante. Et le Fonds monétaire international (FMI) a prévenu ce week-end que "les conséquences seront terribles" si l’inflation se poursuit, avec "des centaines de milliers de personnes (qui) vont mourir de faim".

Dans ce contexte, M. Barnier propose que l’UE produise "plus et mieux" et reste "une puissance agricole forte", a-t-il dit à la presse à Luxembourg.

Une manière de répondre à ceux qui, comme la Grande-Bretagne, prônent une baisse des subventions agricoles de l’UE, alors que les 27 sont en train d’établir un "bilan de santé" de leur Politique agricole commune (PAC).

La France entend lancer dès sa présidence de l’UE au second semestre la discussion sur la place de l’agriculture dans la politique européenne, en vue du débat difficile à venir sur son budget après 2013.

Les Britanniques, s’ils partagent le souci d’aider les pays pauvres à faire face aux crises alimentaires, sont méfiants. Ils préfèrent traiter ces questions au niveau international plutôt qu’européen, notamment dans le cadre du G8.

L’exercice initié par la France "ne doit pas consister à résister à la réforme de la PAC ou à faire pression en faveur d’une politique plus protectionniste", a déclaré un diplomate à l’adresse de la France.

Car, pour M. Barnier, la situation actuelle prouve que l’UE doit rester intransigeante dans les négociations en cours à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), où elle est sous pression pour réduire ses aides et droits de douane agricoles.

"Nous avons une raison supplémentaire avec cette crise d’être vigilants pour empêcher tout accord déséquilibré, a-t-il argumenté.

Si les déclarations d’intention sur la sécurité alimentaire devraient faire l’unanimité des 27, la France, soupçonnée de défendre aussi ses intérêts nationaux - elle est la première puissance agricole européenne - risque d’avoir plus de difficultés à emporter l’adhésion sur les autres volets de sa proposition, notamment sur l’OMC.

Photographe : Dominique Faget AFP :: Le ministre slovène de l’Agriculture Iztok Jarc, le 14 avril 2008 au Luxembourg

A Luxembourg, le ministre slovène de l’Agriculture Iztok Jarc, dont le pays préside l’UE, s’est borné à reconnaître que l’inflation alimentaire était "un problème très sérieux pour le monde et pour l’Europe".

La France milite aussi pour encadrer strictement le développement des biocarburants afin qu’ils ne prennent pas la place des cultures alimentaires.

Elle demande enfin à l’UE de "réorienter les aides au développement et à la coopération vers l’agriculture", domaine délaissé à ses yeux depuis 30 ans, et de faire profiter les plus pauvres de son expertise agricole pour qu’ils retrouvent "une forme de souveraineté alimentaire".

Pour ce qui est des 500 millions de dollars supplémentaires réclamés par le Programme alimentaire mondial (PAM) pour faire face à l’inflation des prix agricoles, Bruxelles a rappelé lundi avoir déjà débloqué récemment 160 millions d’euros pour l’aide alimentaire et promet simplement d’"examiner" à nouveau la situation.

Haïti : la Banque mondiale octroie 10 millions de dollars après les émeutes de la faim

WASHINGTON (AFP) - 13/04/08 21:29

La Banque mondiale (BM) va octroyer 10 millions de dollars à Haïti et y envoyer des experts pour aider les autorités haïtiennes à répondre à la crise alimentaire, qui a généré de violentes émeutes et coûté son poste au Premier ministre haïtien.

Photographe : Thony Belizaire AFP/Archives :: René Préval (g) et Jacques-Edouard Alexis (d) le 5 mars 2008 à Port-au-Prince

L’équipe d’experts de la Banque se rendra en Haïti dans les prochains jours pour rencontrer le gouvernement et les partenaires internationaux et mettre en place des mesures d’urgence.

L’aide débloquée vise à permettre au gouvernement de "réagir à la hausse des prix de l’alimentation, qui deviennent inabordables pour les familles pauvres", explique le communiqué, publié alors que la Banque mondiale tient son assemblée semestrielle à Washington.

Toute la semaine dernière, de violentes émeutes de la faim ont secoué plusieurs villes en Haïti, dont la capitale Port-au-Prince, faisant au moins 5 morts et 200 blessés.

Le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis a été destitué samedi par une motion de censure votée par des sénateurs lui reprochant de ne pas avoir répondu aux attentes de la population.

Des incidents ont à nouveau éclaté samedi après-midi, alors que les activités économiques reprenaient un cours plus normal à Port-au-Prince après plusieurs jours de paralysie.

Des soldats de l’ONU ont tiré des gaz lacrymogènes, selon des témoins cités par des médias, et un policier de l’ONU nigérian a été tué par balles.

La Mission des Nations unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah) a condamné "avec fermeté" dimanche le meurtre de ce policier, un père de famille de 36 ans, et annoncé l’ouverture d’une enquête conjointement avec la police haïtienne, afin de poursuivre "avec la plus grande détermination" les auteurs de "ce crime abject".

Le calme était revenu dimanche à Port-au-Prince. Aucun incident n’était signalé dans l’ensemble du pays, en ce jour habituellement calme en Haïti où la population se rend traditionnellement à l’église.

Les consultations pour la désignation d’un nouveau Premier ministre n’avaient pas encore commencé, dans l’attente de la lettre de démission de M. Alexis, selon le président de la Chambre des députés, Eric Jean-Jacques.

Photographe : Thony Belizaire AFP/archives :: Des Haïtiens attendent une distribution d’essence, le 11 avril 2008 à Port-au-Prince

Pour tenter d’apaiser la colère de la population, après une semaine de manifestations violentes et de pillages, le président René Préval a annoncé samedi une baisse de 15% du prix du sac de riz.

La Banque mondiale souligne qu’en Haïti, "le prix du riz, du maïs, des haricots, de l’huile de cuisson et d’autres denrées alimentaires de base ont augmenté significativement ces derniers mois".

Le prix d’un sac de 50 kilos de riz, l’aliment de base en Haïti, a doublé pour atteindre 70 dollars dans un pays où 80% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.

"Avec cette nouvelle aide de 10 millions de dollars, la Banque mondiale va soutenir les efforts du gouvernement pour augmenter rapidement les programmes de minima sociaux, y compris les repas dans les écoles, tout en poursuivant des mesures de long terme pour créer des emplois", a commenté Yvonne Tsikata, directrice de la région Caraïbes à la BM.

Depuis 2005, la BM a fourni approximativement 220 millions de dollars de soutien à Haïti.

En présence des importateurs de riz, le président Préval, élu en 2006 et candidat de la majorité pauvre du pays, a réaffirmé samedi que le gouvernement allait "encourager la production nationale pour faire face à la hausse des prix dans le monde".

"Notre préoccupation c’est la faim, c’est le travail", estimait pour sa part, Pierre, 30 ans, un habitant de Port-au-Prince, qui menaçait de manifester à nouveau si le prochain gouvernement n’écoute pas les revendications de la population.

« Une hécatombe annoncée »

Jean Ziegler. (Reuters)

La production massive d’agrocarburants provoque une envolée des prix alimentaires mondiaux, catastrophique pour les pays du Sud, explique Jean Ziegler, conseiller à l’ONU sur l’alimentation.

Recueilli par C.Lo.

LIBERATION QUOTIDIEN : lundi 14 avril 2008

Jean Ziegler est rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. Ce sociologue suisse est l’auteur de L’empire de la honte (Livre de poche, 2008).

2Les « émeutes de la faim » sont-elles un facteur d’instabilité planétaire ?2

Oui, parce qu’elles ne sont pas conjoncturelles, mais structurelles. Elles ne sont pas directement liées à des phénomènes climatiques (sécheresse en Australie) ou de développement (nouvelles classes consommatrices en Inde ou en Chine). Quand le prix du riz flambe de 52% en deux mois, celui des céréales de 84% en quatre mois, et quand le prix du fret explose avec celui du pétrole, on précipite 2 milliards de personnes sous le seuil de pauvreté.

2Quelles peuvent être les conséquences ?2

On en voit les prémices aujourd’hui, avec les champs de riz gardés par l’armée en Thaïlande, la bataille pour le pain en Egypte, les morts par balles à Haïti. On va vers une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. Avant la flambée des prix déjà, un enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 5 secondes, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées ! C’est une hécatombe annoncée. Les ménages consacrent de 10 à 20% de leur budget dans l’alimentation en Occident, et de 60 à 90 % dans les pays les plus pauvres : c’est une question de survie.

2Où sont les responsabilités ?2

Principalement dans l’indifférence des maîtres du monde, pays riches ou grands émergents. Les opinions publiques s’offusquent-elles de la famine dans le nord de l’Inde, comme il y a deux ans, ou des populations du Darfour ? Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à 6 milliards de subventions, une politique de biocarburant qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d’un crime contre l’humanité pour sa propre soif de carburant… On peut comprendre le souhait du gouvernement Bush de se libérer de l’emprise des énergies fossiles importées, mais c’est déstabilisant pour le reste du monde. Et quand l’Union européenne décide de faire passer la part des biocarburants à 10 % en 2020, elle reporte le fardeau sur les petites paysanneries africaines…

2Les biocarburants ne sont pas seuls responsables…2

Les pays les plus pauvres paient leur quittance au FMI. Malgré les allégements de dette, 122 pays avaient une ardoise de 2 100 milliards de dollars de dettes cumulées en 2007. Les plans d’ajustement structurels du FMI imposent toujours des plantations d’exportation qui doivent servir à produire des devises et permettre aux pays du Sud de payer les intérêts de la dette aux banques du Nord. Ajoutez à cela les subventions agricoles à l’exportation qui laminent les marchés agricoles locaux, et vous arrivez à une situation explosive….

Emeutes de la faim

Le Monde Diplomatique lundi 14 avril 2008

Des « émeutes de la faim » ont secoué ces derniers jours l’Egypte, le Maroc, l’Indonésie, les Philippines, Haïti — où elles ont fait au moins cinq morts et abouti à la chute du gouvernement —, ainsi que plusieurs pays africains : Nigeria, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mozambique, Mauritanie, Sénégal, Burkina Faso... Si l’Afrique est particulièrement vulnérable, c’est parce qu’elle subit la « destruction systématique de ses agricultures vivrières », dénonçait Jean Ziegler, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme des Nations unies pour le droit à l’alimentation, dans un article publié en mars sur notre site : « Réfugiés de la faim ».

« Entre 1972 et 2002, le nombre d’Africains gravement et en permanence sous-alimentés a augmenté de 81 à 203 millions. Les raisons sont multiples. La principale est due à la politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne.

Les Etats industrialisés de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont payé à leurs agriculteurs et éleveurs, en 2006, plus de 350 milliards de dollars au titre de subventions à la production et à l’exportation. L’Union européenne, en particulier, pratique le dumping agricole avec un cynisme sans faille. Résultat : la destruction systématique des agricultures vivrières africaines.

Indice de développement humain, 2005 - Carte de Philippe Rekacewicz

Prenons l’exemple de la Sandaga, le plus grand marché de biens de consommation courante de l’Afrique de l’Ouest. La Sandaga est un univers bruyant, coloré, odorant, merveilleux, situé au cœur de Dakar. On peut y acheter, selon les saisons, des légumes et des fruits portugais, français, espagnols, italiens, grecs, etc. — au tiers ou à la moitié du prix des produits autochtones équivalents.

Quelques kilomètres plus loin, sous un soleil brûlant, le paysan wolof, avec ses enfants, sa femme, travaille jusqu’à quinze heures par jour… et n’a pas la moindre chance d’acquérir un minimum vital décent.

Sur 52 pays africains, 37 sont des pays presque purement agricoles.

Peu d’êtres humains sur terre travaillent autant et dans des conditions aussi difficiles que les paysans wolof du Sénégal, bambara du Mali, mossi du Burkina ou bashi du Kivu. La politique du dumping agricole européen détruit leur vie et celle de leurs enfants. »


Forum

  • Le retour des grandes famines ?
    20 avril 2008, par Brieuc

    Les émeutes de la faim sont purement et simplement le résultat de la cupidité sans borne des riches de toute la planète (et il y en a partout). Jean Ziegler affirme depuis plusieurs années que la Terre produit aujourd’hui assez de calories alimentaires pour nourrir 12 milliard d’humains (à 2700 kcal/jour). Nous sommes moins de 7 milliards, et pourtant presque un milliard est chroniquement sous-nourri, des dizaines de millions en meurent chaque année, essentiellement des enfants.

    Au Etats-Unis, et dans les autres pays qui vivent le même "rêve", c’est près de 25% de la nourriture qui n’est pas consommée, mais jetée à la poubelle !

    Monsieur Barnier a beau jeu de dire qu’il faudra doubler la production alimentaire mondiale d’ici 2012 ! Si cela est vrai, alors cela signifie qu’il faudra produire 2700 kcal/jour pour 24 milliard d’humains ! C’est plus du double du pic de population attendu par les démographes (consensus entre 9 et 11 milliards, avec des divergences plus lointaines pour certains modèles). A qui va profiter cette sur-production démentielle ? Certainement pas à la Terre, déjà bien essoufflée par 50 ans de productivisme débridé. Certainement pas aux humains les plus pauvres, qui ne trouveront pas plus à manger sans argent demain qu’ils n’y parviennent aujourd’hui !

    C’est la totalité de notre mode sociétal qu’il faut changer, de la finance à l’agriculture, en passant par la pêche, l’industrie manufacturière, la justice, la santé, l’éducation, etc.

    C’est une révolution contre l’argent-roi qu’il nous faut, ou plutôt, car je préfère être "pour" quelque chose que "contre" autre chose, une révolution pour le vivre ensemble et la conscience planétaire.

    Brieuc

  • LES EMEUTES DE LA FAIM EN HAÏTI
    16 avril 2008, par MARCHAU Jean-Pierre

    Depuis quelques jours, la hausse des prix des céréales provoque de violentes émeutes dans une trentaine de pays parmi les plus pauvres de la planète.

    Les « experts » occidentaux se penchent sur la crise et évoquent divers facteurs : la spéculation internationale, la croissance démographique, la hausse du cours du pétrole, le développement des agrocarburants (100 millions de tonnes de céréales sont utilisées annuellement pour les produire ) , la rapidité des changements des habitudes alimentaires, etc.

    Sans négliger l’intérêt de ces analyses, il y a lieu de s’interroger sur les causes proprement politiques.

    Prenons le cas exemplaire de Haïti où des milliers de personnes manifestent depuis des jours au cri de Nou grangou ! (« nous avons faim » en créole) car le prix du riz, céréale de base des Haïtiens, y a connu une hausse brutale, le sac de 50 kilos passant de 35 à 70 dollars en peu de temps alors que 80 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

    Jusqu’au début des années 1980, Haïti pratiquait l’autosuffisance alimentaire et produisait l’essentiel du riz consommé localement.

    Aujourd’hui, près de 80 % du riz consommé par les haïtiens est importé des USA. L’île a perdu sa souveraineté alimentaire et dépend désormais étroitement de l’aide internationale. Comment en est-on arrivé là ?

    En 1995, un an après le retour au pouvoir du Président Aristide soutenu par les USA, le FMI a contraint Haïti à réduire ses tarifs douaniers sur le riz de 35 % à 3 %, ouvrant ainsi la porte à une forte augmentation des importations de cette céréale (+ 150 % entre 1994 et 2003) et provoquant l’effondrement de la production locale au point que les régions rizicoles concentrent aujourd’hui les taux les plus élevés de malnutrition et de pauvreté.

    La crise a une origine politique : les grandes puissances imposent aux pays pauvres de démanteler leurs protections douanières, mais elles se réservent, elles, le droit de subventionner leur agriculture.

    Le marché mondial du riz est dit « résiduel », c’est-à-dire que l’essentiel de la production ( plus de 90 %) de riz est produit et consommé localement.

    Parmi les pays exportateurs, les USA mènent une politique délibérée de production excédentaire à des fins d’exportation, politique soutenue par une quantité importante de subventions publiques directes ou indirectes.

    Car le coût de production du riz américain est deux fois plus élevé que celui de ses principaux concurrents : selon une étude du Département d’Etat, les 2/3 des producteurs américains seraient incapables de couvrir leurs coûts de production s’ils ne recevaient des aides massives du gouvernement.

    Si l’on prend des chiffres précis, entre 2000 et 2003, la culture et le traitement d’une tonne de riz blanc US coûtaient en moyenne 415 dollars mais grâce aux subventions, cette même tonne se vendait 274 dollars sur le marché de l’exportation soit 34 % en dessous de son coût réel.

    Ce qui a permis au riz US d’être moins cher que le riz haïtien et de s’imposer en situation de quasi monopole sur ce marché, provoquant l’effondrement de la production locale et la ruine des petits cultivateurs.

    Non seulement les producteurs de riz américains bénéficient de subventions diversifiées mais ils peuvent aussi écouler leurs stocks dans le cadre de l’aide alimentaire qui devient ainsi, cyniquement, un instrument de conquête des marchés locaux.

    Les émeutes de la faim en Haïti sont certes directement provoquées par la flambée du cours mondial des céréales mais elles sont avant tout une conséquence de la dépendance alimentaire créée par la politique de dumping commercial des Etats Unis combinée à la « libéralisation » des échanges imposée par le FMI.

    Jean-Pierre Marchau

    (Saint-Denis)

    Publié le 16 Avril 2008 dans le Quotidien de la Réunion

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