AID Association initiatives dionysiennes
Encore une magnifique manoeuvre pour détourner l’attention

L’AFFAIRE DE L’ECOLE ET DE LA SHOAH

Quand Président Bling-Bling se prend pour le magicien d’Oz.....et les pieds dans le tapis !

dimanche 17 février 2008 par JMT

Tout va mal pour lui : les "caisses de l’Etat sont vides", le déficit commercial 2007 a explosé, le pouvoir d’achat, argument majeur des promesses du candidat, loin de grossir s’effondre sous les coups de boutoir de nouvelles dépenses obligatoires, Neuilly part en quenouille, l’UMP commence à grommeler et les sondages ne sont pas bons. L’hyperprésident ayant constaté l’échec de sa période blingbling qui fatigue déjà les français et sa famille politique, accélère en compensation une autre opération commencée très tôt ( voir par exemple la nomination très symbolique de Christine Boutin au gouvernement Fillon) . Elle consiste à lancer à répétition des "missiles sociétaux" sur des terrains où ils peuvent occuper l’opposition, l’épuiser dans des ripostes finalement stériles (dans le domaine de la foi, on ne démontre pas et on ne convainc pas plus !) afin qu’elle "oublie" d’être performante là où les français l’attendent vraiment : institutions, pouvoir d’achat, services publics, emploi, . Je vous ai regroupé ici quelques informations sur cette manoeuvre digne du Magicien D’Oz

Sarkozy : morales religieuse et laïque sont "complémentaires"

13 février 2008 - 21h36 laposte.net

Le président et le gouvernement presque au complet ont participé mercredi au dîner annuel du Crif. Une première pour un chef de l’Etat.

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L’antisémitisme se combat "dès l’école"

14 février 2008 - 07h59 laposte.net

Nicolas Sarkozy a "demandé au gouvernement (...) de faire en sorte que, chaque année, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11.000 enfants français victimes de la Shoah".

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Darcos : "un travail d’Histoire, pas seulement de mémoire"

14 février 2008 - 12h49 laposte.net

"Il ne s’agit pas simplement d’un moment de ferveur", a déclaré le ministre de l’Education nationale, réagissant à l’initiative de Nicolas Sarkozy de "confier la mémoire" d’un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2.

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La proposition de Sarkozy fait débat

le 14/02/2008 - 19h13 laposte.net

Les enseignants se disent choqués et les politiques partagés après l’idée du président de confier à chaque élève de CM2 la mémoire d’un enfant victime de la Shoah. Des syndicats soulignent, par exemple, le danger du "développement d’une certaine morbidité" chez certains enfants.

2Les vives critiques du monde éducatif2

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Une démarche critiquée, une démarche saluée... La demande de Nicolas Sarkozy que chaque élève de CM2 perpétue la mémoire d’un des 11.000 enfants déportés de France et victimes de la Shoah a suscité jeudi de multiples réactions.

"Je ne crois pas que l’on puisse imposer la mémoire, que l’on puisse la décréter ou légiférer dans ce domaine", a par exemple réagi Dominique de Villepin sur Radio Classique. Selon l’ancien Premier ministre, la charge de la mémoire d’un enfant mort est en outre "quelque chose de très lourd à porter." "Vraiment ce président est incroyable", s’est exclamé Jean-Luc Mélenchon sur LCI "Un jour il est prédicateur (...) Maintenant le voilà transformé en instituteur, s’est insurgé le sénateur socialiste. Pourquoi vouloir "à tout prix infliger une cure de mémoire. Est-ce qu’on va faire pareil sur l’esclavage ? La commune de Paris ? Est-ce qu’on ne peut pas laisser la politique et la religion à l’écart de l’école", s’est-il interrogé.

2"Pas une mauvaise idée" pour Royal2

En revanche, pour Jean-François Copé, "cette démarche, qui invite les enfants de France à se sentir associés à l’indispensable devoir de mémoire, honore l’idée que nous nous faisons de notre République." "Chaque fois qu’on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire", a également estimé François Hollande sur France info. "Ce n’est pas une mauvaise idée", a également estimé Ségolène Royal. "Mais beaucoup d’écoles ont déjà mis en place cette action", a-t-elle fait valoir.

Les réactions ont été nombreuses dans le monde éducatif, qui souligne les "risques psychologiques" pour les élèves. A partir de la rentrée 2008, chaque élève de CM2 devra connaître le nom d’un enfant mort en déportation : il devra faire "une petite enquête sur la famille, le milieu, les circonstances dans lesquelles l’enfant a disparu", a précisé jeudi Xavier Darcos, le ministre de l’Education.

Le SE-Unsa s’est dit "particulièrement choqué" de cette initiative, posant la question : "A-t-on réfléchi à l’impact psychologique possible sur les élèves ?". "Il y a le risque que l’élève ait un sentiment de culpabilité pour le destin d’un élève duquel il n’est aucunement responsable", a affirmé à l’AFP le Snuipp-FSU, tandis qu’au Sgen-CFDT, on soulignait le danger du "développement d’une certaine morbidité" chez certains enfants.

Un pédopsychiatre confirme : "Je suis totalement contre l’idée de porter de manière individuelle ce genre de poids : c’est beaucoup trop lourd à cet âge-là, les enfants ne sont pas prêts. En revanche c’est un travail qui peut être fait collectivement, en classe", a déclaré Frédéric Kochman, qui dirige une unité pour pré-adolescents et adolescents à l’hôpital EPSM de Lille.

2"Le terrain de l’émotion"2

Après la demande de Nicolas Sarkozy de faire lire la lettre du jeune résistant communiste fusillé Guy Môquet, le 17 octobre dans tous les lycées, les syndicats d’enseignants s’irritent de ce qu’ils perçoivent comme une nouvelle "injonction" du président : "les collègues en ont assez", selon le Sgen-CFDT. Le SE-Unsa déplore que le président vienne "se situer à nouveau sur le terrain de l’émotion, après l’épisode de la lettre de Guy Môquet", au détriment de la compréhension d’un contexte. Il serait bon de laisser faire les enseignants et de leur faire confiance pour transmettre le devoir de mémoire", a déclaré Bernard Kuntz, du Snalc-Csen, classé à droite.

Message entendu par le ministre : il a reconnu que l’idée était "un peu normative" et promis de ne pas "mettre un policier dans chaque classe de CM2". Il a confié à Hélène Waysbord-Loing, présidente de l’Association de la Maison d’Izieu, une mission "en vue d’élaborer les documents pédagogiques valorisant ce travail confié aux enseignants du primaire".

Côté parents d’élèves, Faride Hamana, de la FCPE, a jugé "l’approche proposée intéressante dans la mesure où il y a un travail de fond réalisé par les enfants", mais a estimé que la demander à 10 ans était "un peu tôt : il vaudrait mieux le faire au collège". Le président du Crif a quoi qu’il en soit qualifié d’"importante" la décision de Nicolas Sarkozy, car, a-t-il dit, elle "répond à notre préoccupation d’agir le plus tôt possible parce que les comportements antisémites débutent très tôt".

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La proposition de Sarkozy au menu de sa visite à Périgueux

le 15/02/2008 - 12h58 laposte.net

Le déplacement du chef de l’Etat intervient alors que sa proposition pour la mémoire de la Shoah en CM2 fait débat.

Nicolas Sarkozy est à Périgueux vendredi pour un déplacement sur le thème de l’école et de la réforme de l’enseignement primaire, en compagnie du ministre de l’Education nationale et maire de la ville Xavier Darcos. Le chef de l’Etat a visité une école primaire de la ville et devait s’entretenir avec les élèves et les parents d’élèves, avant de prononcer un discours. Reviendra-t-il sur sa proposition concernant le devoir de mémoire sur la shoah ?

Jeudi, sa demande que chaque élève de CM2 perpétue par un travail personnel la mémoire d’un des 11.000 enfants de France victimes de la Shoah a soulevé les critiques du monde éducatif, qui souligne les "risques psychologiques" pour les élèves. Le SE-Unsa s’est dit "particulièrement choqué" de cette idée, le Snuipp-FSU a soulevé le risque d’un "sentiment de culpabilité", et le Sgen-CFDT le danger "d’une certaine morbidité". L’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a estimé jeudi qu’on ne peut pas "imposer la mémoire". "Je trouve que c’est une idée étrange", a-t-il déclaré sur Radio Classique en estimant que "la charge de la mémoire d’un enfant mort, c’est quelque chose de très lourd à porter".

Le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, Jean-François Copé, a quant à lui soutenu la proposition en estimant que "c’est dès l’enfance qu’il faut permettre la découverte de l’autre". Le numéro un du PS François Hollande a approuvé l’initiative du chef de l’Etat : "Chaque fois qu’on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire", a-t-il estimé

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Sarkozy : "on ne traumatise pas les enfants"

- le 15/02/2008 - 14h31 laposte.net

Dans son discours sur l’école vendredi à Périgueux, le président a défendu son idée de confier la mémoire d’un enfant victime de la Shoah à un élève de CM2. Il a aussi prôné un renforcement de l’instruction "civique et morale à l’école", passant par la réhabilitation du drapeau tricolore, de la figure de Marianne et de l’hymne national.

2Sur la mémoire d’un enfant victime de la Shoah à un élève de CM22

Sa proposition fait débat depuis mercredi. Vendredi, il s’est expliqué. Dans son discours sur l’école primaire prononcé à Périgueux, Nicolas Sarkozy est revenu sur son idée de confier la mémoire d’un enfant victime de la Shoah à un élève de CM2. "On fait un grand tumulte là-dessus et on n’en fait pas sur parfois ce que voient comme films nos enfants, ce qu’on leur laisse d’images violences, dégradantes et gratuites." Mais "il s’agit d’une démarche contre tous les racismes, toutes les discriminations, toutes les barbaries", a-t-il dit. "Croyez-moi, on ne traumatise pas les enfants en leur faisant cadeau de la mémoire de ce pays" et cette proposition est dictée, selon lui par la nécessité de faire des écoliers français "des enfants aux yeux ouverts". "Si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, ne vous étonnez pas que ça se reproduise. C’est l’ignorance qui fait la reproduction de situations abominables, c’est pas la connaissance", a-t-il lancé.

2Sur la réhabilitation des emblèmes nationaux2

Cette mémoire de la Shoah s’inscrira dans le cadre d’une instruction "civique et morale à l’école" renforcée, de même que d’autres symboles, d’autres "repères" pour le président : le drapeau français, Marianne et la Marseillaise. "L’affirmation des valeurs morales, l’énonciation de règles de comportements applicables à tous sont une absolue nécessité", a-t-il plaidé. "Cette instruction civique et morale prévoit notamment l’apprentissage des règles de politesse, la connaissance et le respect des valeurs et emblèmes de la République française." Or, a-t-il dit, "ce n’est pas faire du nationalisme que d’apprendre à nos enfants à respecter le drapeau de la nation qui est la leur" -, Marianne, et l’hymne national, "à l’écoute duquel ils devront se lever". "L’hymne national ne se siffle pas". "Devant le drapeau pour lequel nos anciens sont morts, on se lève (...) Ce sont des repères, des valeurs".

2Sur l’échec scolaire2

Evoquant la réforme de l’enseignement scolaire, "la plus importante depuis des décennies", le chef de l’Etat a annoncé son objectif : "diviser par trois, d’ici la fin de la mandature, le taux d’échec scolaire, à la sortie du CM2". Car "contrairement à une opinion longtemps admise et encore répandue, notre école primaire ne se porte pas bien. Chaque année, ce sont plus de 15% des élèves qui en sortent en grande difficulté : soit plus de 100.000 enfants par an !", a-t-il déclaré. "Dès le mois de septembre, dans toutes les écoles primaires, il y aura deux heures de pédagogie en plus pour vos enfants en difficultés", a affirmé le président. Et "les nouveaux programmes présenteront l’ensemble d’un cursus scolaire recentré sur le français et les mathématiques".

2Sur l’évaluation des enseignants2

Les professeurs des écoles seront désormais évalués "tous les deux ans, au lieu de quatre actuellement en moyenne", a annoncé le président. L’évaluation "s’attachera d’abord aux progrès des élèves, et non au choix de telle ou telle méthode pédagogique, que je veux laisser à la libre appréciation de l’enseignant", a-t-il expliqué. "Nous allons concentrer tous nos efforts sur les résultats (...) La méthode m’indiffère." "Parallèlement, nous allons doter notre école primaire d’un véritable système d’évaluation permettant d’identifier rapidement les difficultés et de promouvoir les solutions qui marchent. Deux évaluations nationales témoins seront créées, qui serviront à mesurer chaque année les acquis des élèves au CE1 et au CM2", a-t-il dit. "Chaque famille recevra systématiquement, non seulement les résultats de son enfant, mais également ceux de son école (...) Un devoir de transparence."

voir la vidéo de LCI.fr

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Marie-José Chombart de Lauwe, déportée

communiqué par Luc Douillard on ze webblog

Marie-José Chombart de Lauwe a été interrogée par Hélène Perraudeau pour l’édition nationale du quotidien « Ouest-France » paru le vendredi 15 février (avant qu’on ne connaisse l’opposition de Simone Veil à ce projet présidentiel.)

« Monsieur Sarkozy joue sur l’affectif » Une question à...

Marie-José Chombart de Lauwe, présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation, a été déportée, à 18 ans, à Ravensbrück. Cette Résistante a été chercheuse au CNRS, spécialiste de l’enfance.

Que pensez-vous de la proposition du président pour entretenir la mémoire des enfants déportés ?

Comme pour la lettre de Guy Môquet, Monsieur Sarkozy joue sur l’affectif, au risque de minimiser l’Histoire. Tous les enfants ne sont pas forcément préparés à assumer une telle charge psychologique.

Plutôt que de miser sur l’émotion, il serait plus intéressant d’expliquer aux élèves le contexte dans lequel ces enfants sont morts et les raisons de l’antisémitisme. Il faut donc un tout travail autour qui soit bien encadré. Il est également important de dire aux jeunes générations que des gens – des Résistants, des Justes – ont lutté pour sauver des enfants juifs.

Car si c’est légitime d’insister sur le drame et l’horreur du génocide, il ne faut pas non plus donner l’impression que tout le monde a été passif. Certains se sont battus, ont caché des enfants, ont résisté. On ne peut pas occulter tout ce mouvement de sauvetage. Il faut tenir compte des deux types de déportation : la déportation de persécution – celle des Juifs, notamment – et la déportation de répression, qui concernait les Résistants. C’est tout cet ensemble de faits que les enfants doivent connaître.

[Texte intégral de l’interview. « Ouest-France », 15.02.2008, toutes éditions, page 4.]

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La condamnation sans appel de Simone Veil

le 15/02/2008 - 22h55 laposte.net

Le projet du président d’associer chaque élève de CM2 à un enfant victime des persécutions nazies est "inimaginable, insoutenable", dit-elle. L’idée provoque une levée de boucliers. Enseignants, historiens et psychologues sont plus que perplexes.

Plus qu’un débat, une polémique... La condamnation la plus symbolique vient de Simone Veil. "On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans". Simone Veil, déportée à 16 ans et demi à Auschwitz, juge "inimaginable, insoutenable et injuste" la proposition de Nicolas Sarkozy d’associer chaque élève de CM2 à un enfant victime des persécutions nazies. Le projet annoncé mercredi par le Chef de l’Etat continuait vendredi de semer trouble.

"On ne peut pas demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter", a expliqué Simone Veil l’ancien ministre sur le site de l’Express. Pour elle, la suggestion de Nicolas Sarkozy risque aussi d’attiser les antagonismes religieux : "Comment réagira une famille très catholique ou musulmane quand on demandera à leur fils ou à leur fille d’incarner le souvenir d’un petit juif ?", s’interroge-t-elle.

2"Armer moralement les enfants contre les idéologies extrêmes"2

"Il ne s’agit pas de s’identifier de façon morbide à un enfant mort en déportation, mais de faire acte de vigilance", estime pour sa part Serge Klarsfeld, président de l’Association des fils et filles des déportés juifs de France, qui soutient la proposition de Nicolas Sarkozy."Il s’agit d’armer moralement les enfants contre les idéologies extrêmes", dit l’historien et avocat dans Libération.

Après l’historien Henry Rousso, dénonçant un "marketing mémorial", Annette Wieviorka, spécialiste reconnue de l’histoire de la Shoah et petite-fille de déportés, s’élève elle aussi contre la proposition de Nicolas Sarkozy. "Je pense qu’il y a quelque chose de réellement monstrueux de vouloir faire porter par un enfant de neuf, dix, ou onze ans la mémoire d’un enfant mort à une autre période", a-t-elle dit sur France Info.

Parmi les enseignants, les premières réactions sont négatives. Le Snuipp-FSU, majoritaire dans le primaire, évoque les "risques de troubles psychologiques (...) de sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d’un élève." Le syndicat des enseignants-Unsa se dit "particulièrement choqué de cette initiative du président, qui ignore tout de la façon dont un jeune se construit."

2"Quelque chose de très lourd à porter"2

Sur le plan politique, François Bayrou, président du MoDem a critiqué une décision prise "sans que l’on y ait réfléchi." L’ex Premier ministre Dominique de Villepin a jugé "étrange" la démarche du chef de l’Etat, estimant que la charge de la mémoire d’un enfant mort est "quelque chose de très lourd à porter". "Cette façon de faire traduit un manque de respect et une étonnante légèreté", a souligné Ségolène Royal. Mais tant le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, que Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, soutiennent ce projet. Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, a quant à lui souligné qu’il fallait aborder "avec tact et désintéressement" le devoir de mémoire. "Je ne juge pas des intentions de Nicolas Sarkozy. (...) Mais ce sont des sujets très graves", a-t-il déclaré.

Face à la polémique, le président a de nouveau défendu vendredi son idée de faire parrainer par des élèves de CM2 des enfants victimes de la Shoah par la nécessité d’avoir "des enfants aux yeux ouverts". (Lire notre article) "Si vous ne leur parlez pas de ce drame-là, ne vous étonnez pas que ça se reproduise. C’est l’ignorance qui fait la reproduction de situations abominables, c’est pas la connaissance", a-t-il dit lors d’un discours à Périgueux, en Dordogne. "Faites de nos enfants des enfants aux yeux ouverts, sans complaisance", a-t-il ajouté, en réponse aux critiques qu’a suscitées le parrainage annoncé, à partir de la rentrée prochaine, des 11.000 enfants français victimes de la Shoah par des élèves de 10 ans.

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Communiqué DEI-France

DEFENSE DES ENFANTS INTERNATIONAL dei DEFENCE FOR CHILDREN INTERNATIONAL dci DEFENSA DE NIÑAS Y NIÑOS INTERNACIONAL dni

Section française, 41 rue de la République, 93200 Saint-Denis ; 01 48 30 81 98 www.dei-france.org contact@dei-france.org

DOC-42 – 16 février 2008, entièrement consacré ce jour au communiqué de DEI-France à propos de la décision du président de la République relative à la mémoire de la Shoah, et aux articles de presse et réactions suscités par cette décision.

Lettre documentaire sous la responsabilité de Bernard Defrance, vice-président : dei@bernard-defrance.net

Communiqué du 16 février 2008 de DEI-France

Education historique et civique : mémoire et solidarité.

Suite à la décision du chef de l’Etat de faire porter par chaque élève de CM2 la mémoire d’un enfant juif victime de la Shoah, DEI-France condamne cette instrumentalisation de la mémoire de ces enfants, qui n’appartient à personne et dont aucun pouvoir politique ne saurait disposer et encore moins organiser une sorte de distribution indécente sur les épaules des enfants actuels.

Pour DEI-France, l’indispensable travail de mémoire relatif à l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale doit nécessairement faire partie de l’éducation aux droits de l’homme des enfants de ce pays, et pas seulement en CM2. Mais elle condamne le caractère émotionnel et individualisant de cette décision, par ailleurs parfaitement absurde : les nombres d’enfants victimes de la Shoah et d’actuels élèves de CM2 ne coïncident évidemment pas... et il y aurait donc certains élèves vivants prenant en charge la mémoire des enfants morts, et d’autres qui en seraient dispensés ? De plus, le poids psychologique résultant de cette prise en charge nominative - qui pourrait facilement créer une culpabilité forte chez certains enfants ou les renvoyer à l’angoisse de leur propre mort – serait un fardeau bien trop lourd pour des enfants de dix ans.

Une pédagogie par le réveil des traumatismes et des culpabilités, dans un pathos démesuré, est inacceptable. La barbarie commence par la confusion et le détournement de sens : l’histoire doit être enseignée aux enfants selon une approche qui éveille leur raison, leur esprit critique et leur sens des responsabilités et non en leur faisant endosser de façon extrêmement malsaine et perverse la « mémoire » de crimes qu’ils n’ont pas commis.

En revanche, DEI-France engage le ministère de l’Education Nationale à valoriser les très nombreuses expériences pédagogiques conduites par des enseignants* qui permettent une véritable connaissance et reconnaissance de cette période historique, pour notamment prévenir les résurgences intolérables des « négationnismes ». Ce travail pédagogique fait partie de l’éducation à la citoyenneté, laquelle implique la compréhension du devoir de désobéissance civique quand les droits de l’homme (et de l’enfant) sont bafoués. Et s’il est capital d’apprendre aux élèves d’aujourd’hui à honorer la mémoire d’enfants disparus à jamais dans les horreurs de l’histoire, il est non moins important de leur enseigner la solidarité envers leurs contemporains opprimés, où qu’ils soient vivants, et notamment dans leurs propres classes, où les chaises vides d’enfants, emprisonnés et expulsés aujourd’hui du seul fait d’exister, ne manquent pas de leur rappeler la duplicité de ceux qui prétendent dénoncer les crimes passés et contribuent aux violations des droits de l’enfant d’aujourd’hui.

Fait à Paris, le 15 février 2008

* Voir le bref compte-rendu d’une expérience conduite à Bobigny, ci-après ; consulter également, les diverses contributions et réflexions que cette initiative du président de la République a suscité chez les membres du réseau DEI-France

2Travail de mémoire à Bobigny2

Une classe était allée visiter le mémorial de la Shoah, et avait remarqué le nom d’une petite fille de Bobigny, âgée de 5 ans, Albertine Tchelebi. Les enfants ont souhaité en savoir plus et leur maître les a accompagnés dans leur recherche. Ils sont allés voir dans la rue où elle avait habité, mais personne ne se souvenait d’elle. Ils ont écrit en Pologne, aux archives d’Auschwitz, mais elle avait été gazée dès son arrivée, avec sa mère. Ils ont retrouvé un homme qui était parti dans le même convoi qu’elle et ils sont allés l’interroger. Ils sont allés aux archives départementales. Ils ont lu beaucoup d’articles sur la guerre et la déportation. Un ancien résistant est venu dans la classe et ils ont participé à la cérémonie de réhabilitation de la gare de Bobigny (c’est la gare qui était utilisée pour les convois de déportation de Drancy) comme lieu de mémoire.

Un petit documentaire a été édité à la suite de ce travail, et il a été envoyé au Mémorial de la Shoah. La ville de Bobigny a décidé de rendre hommage à cette brève vie en donnant son nom au nouvel espace numérique de la ville.

Les enseignants ont veillé à ne jamais sombrer dans le pathos, sans pour autant voiler les émotions légitimes. Sans leur travail, personne ne saurait aujourd’hui qu’il y a eu une petite Albertine qui a vécu là, si près de l’école. Elle a été un peu arrachée à l’oubli par ce travail, puisqu’une plaque explique à l’entrée de l’espace numérique pourquoi on honore sa mémoire.

2Les points saillants de cette expérience :2

- ce sont les élèves eux-mêmes qui sont à l’origine de cette quête ;

- il s’agit du travail collectif de toute une classe qui s’initie aux rigueurs de l’enquête historique ;

- certes, pas de pathos ! mais une émotion vraie qui n’est pas incompatible avec l’exercice de la raison critique ;

- la reconnaissance « politique » - au plus noble sens du mot – de leur travail d’arrachement à l’oubli.

Témoignage sur cette expérience communiqué par Véronique Decker, professeure des écoles à Bobigny, membre du Conseil d’administration de DEI-France.

communiqué par Luc Douillard on ze webblog

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Indécent

samedi 16 /02/2008 Bruno Testa for clicanoo.com

Après avoir rajouté une louche de Guy Môquet dans sa campagne présidentielle, une louche de religion chrétienne lors de son dernier déplacement au Vatican, Nicolas Sarkozy a décidé de mettre une louche de Shoah dans son cocktail politique.

Ça ne mange pas de pain, surtout quand on va en grandes pompes au dîner du Crif, ce que ne s’était jamais avisé de faire jusque là un président français. Le Conseil représentatif des institutions juives de France, qui ne rate pas une occasion de s’en prendre à la politique française quand elle n’encense pas Israël, est une association qui prétend abusivement représenter tous les juifs de France. Ce qui, très heureusement, n’est pas le cas.

On aimerait d’ailleurs beaucoup savoir ce que représente réellement le Crif ? En tout cas beaucoup moins que ce que sa force de frappe dans les médias ( « On se croirait à Cannes », a naïvement déclaré Ramada Yade à propos du dîner !) pourrait laisser supposer. Comme il est de bon ton quand on va chez des amis, Nicolas Sarkozy a amené un cadeau. Un gâteau ? Mieux que ça !

L’annonce qu’à partir de la rentrée de 2008, tous les enfants de CM2 se verront « confier la mémoire de l’un des 11000 enfants morts dans la Shoah ». Pourquoi le CM2 et pas le CM1 ou le CE2 ? On n’en sait rien. Ce que l’on sait, c’est qu’une fois de plus notre président de la République confond tous les registres.

Avec les conséquences que l’on peut d’ores et déjà prévoir. Il ne manquera pas d’autres « communautés » pour exiger que l’on prenne en compte la mémoire de leurs enfants. Après tout il ne doit pas manquer d’enfants victimes de l’esclavage ou de la colonisation française dont on pourrait reprendre les prénoms ou les patronymes.

Les enfants juifs martyrisés ont le droit au respect comme toutes les victimes de l’histoire. Pas d’être bêtement instrumentalisés entre la poire et le dessert. Espérons que les instituteurs et les parents d’élèves refuseront cette indécente mascarade !

repris en ligne sur le site Altermonde-sans-Frontières

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Sarkozy "a la volonté très nette de ne pas céder"

le 17/02/2008 - 11h59 laposte.net

La mémoire d’un enfant victime des nazis pourrait être confiée à toute la classe, et non plus à chaque élève de CM2, précise dimanche sa directrice de cabinet. Emmanuelle Mignon souligne qu’un travail va être effectué avec la communauté éducative "pour voir la meilleure manière de faire".

"Transmettre la Shoah est essentiel, le président de la République a la volonté très nette de ne pas céder sur cet enseignement". Dans le Journal du Dimanche, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, réaffirme la volonté du chef de l’Etat d’associer, d’une manière ou d’une autre, les élèves de CM2 aux enfants victimes des persécutions nazies. Mais face aux vives critiques qui pleuvent sur cette proposition depuis deux jours, la conseillère de Nicolas Sarkozy précise que si ce projet voit le jour, il sera nécessaire de "soutenir et aider les enseignants dans cet enseignement. Nous sommes au travail pour le faire sans fléchir et d’une manière adaptée à chaque âge".

Selon elle, "certains enseignants ont du mal à aborder la Shoah devant leurs élèves, ne savent pas comment s’y prendre, expriment un désarroi croissant. Des comparaisons avec d’autres conflits surgissent". "Personne ne conteste" qu’il existe d’autres drames "mais ce sont des drames politiques. Les enfants palestiniens, vietnamiens, d’autres encore ont été victimes de conflits politiques, qui doivent et qui sont enseignés, mais avec la Shoah, les enfants ont été victimes du racisme. En enseignant la mémoire de ce génocide, on prémunit toute la société contre ce fléau", estime-t-elle dans le JDD.

2"Ouverts" aux propositions2

La directrice de cabinet du chef de l’Etat répond également aux critiques émises par Simone Veil, qui a estimé samedi qu’on ne pouvait pas "demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort", car "cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter". "Elle a raison", déclare Emmanuelle Mignon dans le JDD.

"On va travailler avec la communauté éducative et avec tous ceux qui s’investissent dans la mémoire de ces sujets, pour voir la meilleure manière de faire. Il ne s’agit ni de traumatiser, ni de culpabiliser les enfants, mais il ne faut pas non plus les infantiliser en permanence", ajoute-t-elle. "Il a été suggéré que la mémoire d’un enfant victime de la Shoah puisse être confiée à une classe entière. Nous sommes tout à fait ouverts à ce genre de propositions", affirme-t-elle également.

Cette montée au créneau de la conseillère de Nicolas Sarkozy sera-t-elle suffisante ? Pour l’heure, les critiques n’ont pas cessé. Dernière en date à faire entendre sa voix, l’Association des professeurs d’histoire et de géographie a qualifié dimanche de "fausse bonne idée" la proposition du président de la République. Avant de dénoncer "une fois de plus, une intervention intempestive du pouvoir politique dans l’utilisation de la mémoire et par contrecoup de l’histoire".

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L’Elysée persiste, Hollande pour un débat

le 17/02/2008 - 21h08 laposte.net

Le Premier secrétaire du PS demande à Nicolas Sarkozy de retirer son projet sur la mémoire de la Shoah et de soumette au débat une nouvelle proposition. La mémoire d’un enfant victime des nazis pourrait être confiée à toute la classe, et non plus à chaque élève de CM2, a précise dimanche la directrice de cabinet du président.

Quelques jours après l’annonce controversée de Nicolas Sarkozy de "confier la mémoire" des enfants tués durant la Shoah aux écoliers de CM2, François Hollande a appelé dimanche soir au retrait du projet, demandant à Nicolas Sarkozy de soumettre au débat une nouvelle proposition à même de favoriser un consensus. "Je constate qu’il y a aujourd’hui du dissensus, de la polémique là où il devrait y avoir rassemblement", a dit le premier secrétaire du Parti socialiste au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro.

"La proposition n’a pas été suffisamment réfléchie, pensée, l’initiative n’a pas été préparée, elle a été improvisée. A partir de là, il faut la retirer et éviter qu’il y ait des risques de troubles", a-t-il ajouté. Selon lui, il faut "que les juifs eux-mêmes, et notamment la Fondation pour la mémoire de la Shoah dont Mme Simone Veil est la présidente d’honneur, puisse exprimer un souhait et une implication. De la même manière, il faut que les enseignants puissent être associés à une telle initiative".

2"Ne pas céder"2

Auparavant dans la journée, Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, avait déclaré que l’Elysée était déterminé à mener à bien son projet de parrainage d’enfants victimes du nazisme par des élèves de CM2. "Transmettre la Shoah est essentiel, le président de la République a la volonté très nette de ne pas céder sur cet enseignement". Mais face aux vives critiques qui pleuvent sur cette proposition depuis deux jours, la conseillère de Nicolas Sarkozy précisait dans le Journal du Dimanche que si ce projet voit le jour, il sera nécessaire de "soutenir et aider les enseignants dans cet enseignement. Nous sommes au travail pour le faire sans fléchir et d’une manière adaptée à chaque âge".

La directrice de cabinet du chef de l’Etat répondait également aux critiques émises par Simone Veil, qui a estimé samedi qu’on ne pouvait pas "demander à un enfant de s’identifier à un enfant mort", car "cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter". "Elle a raison", déclarait Emmanuelle Mignon dans le JDD. "On va travailler avec la communauté éducative et avec tous ceux qui s’investissent dans la mémoire de ces sujets, pour voir la meilleure manière de faire. Il ne s’agit ni de traumatiser, ni de culpabiliser les enfants, mais il ne faut pas non plus les infantiliser en permanence", ajoute-t-elle. "Il a été suggéré que la mémoire d’un enfant victime de la Shoah puisse être confiée à une classe entière. Nous sommes tout à fait ouverts à ce genre de propositions", affirmait-elle également.

De son côté, le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, a souhaité dimanche un "débat" autour de l’annonce du président de la République. "C’est un débat noble, il mérite d’avoir lieu sans qu’on se jette des invectives. Ayons ce débat dans le respect et la compréhension mutuelle, je crois que c’est ce que nous pourrions faire de plus intelligent", a déclaré Patrick Devedjian sur Canal+.

La ministre de la Justice Rachida Dati a elle qualifié d’"idée très belle, très généreuse" l’annonce controversée du président. "A une époque où on dit que les jeunes ont perdu leurs repères, le devoir de mémoire est extrêmement important", et "garder la mémoire des crimes les plus atroces qui aient pu survenir dans notre humanité, et donc pouvoir transmettre cette mémoire, et dès le plus jeune âge, c’est une idée très belle, très généreuse", a-t-elle assuré sur LCI.

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voir le dossier Shoah du CNDP


Forum

  • L’AFFAIRE DE L’ECOLE ET DE LA SHOAH
    19 février 2008, par jean-Pierre MARCHAU

    Edito du Monde

    Fait du prince

    LE MONDE | 18.02.08 | 13h48

    Provoquer pour mener le débat public sur les terrains de son choix, ériger des "tabous" ou supposés tels pour mieux les bousculer, épater pour mieux dérouter : la méthode Sarkozy est maintenant parfaitement rodée. Il vient d’en faire une nouvelle démonstration en proposant, le 14 février, de "confier" à chaque élève de CM2 la mémoire d’un des 11 400 enfants juifs de France déportés et assassinés par les nazis pendant la seconde guerre mondiale.

    Cette nouvelle initiative du président de la République est au moins contestable, plus sûrement déplorable. Comme souvent depuis neuf mois, l’obsession de surprendre conduit à l’improvisation, à la confusion et au fait du prince.

    Il est pour le moins singulier, par exemple, que Nicolas Sarkozy n’ait même pas pris la peine de consulter Simone Veil, qui était pourtant placée à sa droite lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) où il a lancé son idée. Cela lui aurait évité d’entendre la présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, elle-même déportée, déclarer que son "sang s’est glacé" en entendant cette proposition "insoutenable". Et bien d’autres après elle.

    De même, cela l’aurait dispensé de devoir bricoler en urgence une position de repli consistant à confier à l’ensemble d’une classe, et non à chaque élève, la mémoire d’un enfant juif. Cela lui aurait enfin évité de se voir opposer les très nombreuses actions menées, depuis des années, par l’éducation nationale pour transmettre cette mémoire et en faire partager à la fois la connaissance et l’émotion.

    La confusion ensuite. Non pas celle qui opposerait l’émotion de la mémoire à la connaissance de l’histoire. La seconde, à l’évidence, ne perd rien à se nourrir de la première. Mais comment ne pas mesurer qu’une mise en exergue aussi spectaculaire de la Shoah est de nature à aiguiser la concurrence des mémoires, déjà ravageuse, comme l’ont amplement démontré, il y a peu, les polémiques sur la mémoire de l’esclavage et de la colonisation.

    L’injonction présidentielle, enfin. Comme lorsqu’il s’avance sur le terrain des religions, on ne discutera pas des convictions de Nicolas Sarkozy, sauf à engager contre lui un procès d’intention. Mais de quel droit le président de la République entend-il imposer à tous les enfants - et à tous les enseignants - de France de prendre en compte l’émotion qui est la sienne sans une réflexion préalable avec tous ceux que préoccupe légitimement cette question ?

    Le fait du prince n’est pas récusable parce qu’il ne serait pas sincère, mais parce qu’il est le fait du prince. Etre le premier des Français ne donne pas tous les droits.

    Article paru dans l’édition du 19.02.08

  • L’AFFAIRE DE L’ECOLE ET DE LA SHOAH
    18 février 2008, par JMT

    Publié ce jour sur la lettre de diffusion du site marseillais "Rouge Midi"

    La lettre d’une mère de famille et parente d’élève à Paris

    Voila que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de banane Guy Moquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, M. Sarkozy prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».

    Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle de par la grâce de ses parents la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non français, qui au long de l’histoire humaine furent déportés, séparés des leurs, rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés…sur les 5 continents.

    Et qui le sont encore.

    Elle porte en elle la mémoire future de ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici, maintenant, en France devant ses yeux de fillette de 4 ans. Elle porte en elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban,... de tous ces enfants marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs…

    Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d’elle. Qui animent son âme autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence, entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh, musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant, dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.

    Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confiée par l’école la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il n’appartient pas à mon sens au Président de la République de choisir de faire à ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est notre famille.

    Il n’y a pas que la Shoah, Mr. le Président. Maints massacres furent perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces que celui de la Shoah.

    Quel est ce besoin que vous nous démontrez donc là, un besoin de repentance ? Ce mot que vous refusez à tout crin à ceux qui ne vous le demandent même pas, mais qui voudraient juste prononcer le mot de mémoire sans se faire éconduire ? Qu’allez-vous donc faire dans cette galère ? Quel besoin de s’aplatir dans le vent d’une seule direction, sous les tapis du souvenir d’une seule victime ? Vous nous avez suffisamment dit lorsque cela vous arrangeait que les enfants n’étaient pas comptables des fautes de leurs pères.

    Ma fille ne se verra confier par vous la mémoire d’aucun enfant d’une seule confession, d’une seule déportation, d’un seul esclavage, d’un seul massacre.

    Ma fille ne sera jamais l’objet de votre manipulation de l’histoire, de l’émotion, du drame humain au service de vos seuls biens et besoins personnels, politiques ou autres.

    Elle ne croulera pas sous le poids de votre culpabilité ou de vos obédiences.

    Elle grandit libre dans sa connaissance de l’autre, des ses bonheurs et malheurs, grands et petits, auxquels nous désirons l’éveiller pour qu’elle puisse partager le poids, plus tard, avec ceux qui souffrent.

    Mon enfant, nos enfants, grandissent à présent dans une France dont mes parents, humains généreux s’il en fut, auraient profondément honte.

    Si ma mère n’était pas morte, elle défilerait aujourd’hui du haut de ses 89 ans, pour vous faire savoir qu’il suffit.

    Qu’il suffit de l’outrager.

    Qu’il suffit de choisir dans les souffrances humaines celles qu’il vous agrée d’honorer et celles qu’il vous indiffère d’ignorer. Quand ce n’est pas celles qu’il vous arrange de rejeter dans de lointaines poubelles.

    Qu’il suffit de gesticuler, justifiant toutes les exactions de la France dans l’Ailleurs en ne supportant pas que l’Ailleurs vienne vivre dans la France.

    Qu’il suffit de faire la leçon à des enseignants sur ce qu’il convient de faire partager d’histoire à leurs élèves, alors qu’ils nous font tous les jours partager, à nous parents, la fin de l’histoire d’une éducation nationale que vous rendez exsangue.

    Qu’il suffit de tuer les familles, je pèse mes mots, en envoyant vos sbires arracher les portes, arracher les affaires personnelles, arracher les êtres de leur travail, arracher les hommes de leur famille, arracher les mères de leurs enfants, ce que vous faites tous les jours, ici, en France.

    Quand vous offrirez de la France un autre spectacle aux yeux de nos enfants.

    Quand vous cesserez de nous mettre en deuil chaque matin de l’une des qualités d’accueil, de soin, de solidarité, d’éducation, de liberté, d’égalité, de fraternité... qui devraient être la nature, l’essence, la colonne vertébrale de notre pays.

    Quand vous vous préoccuperez, aussi, de ce qui se passe dans une salle de classe lorsque les maîtresse malades ne sont pas remplacées, au collège lorsque les adultes si dévoués soient-ils à leur mission, n’y sont pas assez nombreux.

    Quand vous proposerez à nos enfants la prise en considération de toutes les souffrances des humains à travers l’histoire, sans quantification, sans classification.

    Quand vous nous aiderez véritablement à les construire dans le respect de l’autre sous les yeux d’une République exemplaire.

    Quand vous tiendrez vos promesses de protéger tous les opprimés, toutes les femmes opprimées, tous les déshérités, tous les enfants déshérités...

    Quand vous ferez véritablement preuve d’un courage révolutionnaire et visible en cessant les exactions, en ramenant vos chiens.

    Quand vous serez capable de ne plus fabriquer visiblement et incessamment un pathos bien ciblé, d’héroïsme ou de pitié, c’est tout comme, pour dissimuler la déconstruction de l’humain et de l’espoir que vous vous acharnez à promouvoir.

    Quand vous serez ce que vous n’êtes pas, quand vous ne serez plus ce que vous êtes.

    Je cesserai d’être en deuil de mon pays idéal.

    Je cesserai de ne pouvoir plus lire les journaux et de pleurer chaque jour à la découverte des nouveaux nuages.Un grand mal est toujours suivi d’un grand bien. La citoyenneté profondément humaine, sincère, dévouée, invisible, muette pour l’instant, s’amplifie chaque jour qui passe avec son lot d’expulsés amis, de justes condamnés, ...

    La réponse à votre action est dans cette résistance contre laquelle vous ne pouvez strictement rien. La pensée et le coeur sont irréductibles.

    Ma fille se construit, comme bien d’autres enfants, par la grâce d’adultes conscients de leur devoir d’« êtres au monde » parmi d’autres « êtres au monde ».

    Ces enfants seront des adultes, nombreux et imperturbables, des lions, auxquels il incombera de développer à une échelle jamais vue les valeurs de beauté et de bonté de la vie, pêchées dans le meilleur de chacune de leurs origines, passées au tamis du métissage, cimentées entre elles par la liberté et l’empathie réunies.

    Vous ne sauriez apprendre à mon enfant cela que je choisis de lui apprendre.

    Son espoir et sa force sont entre les mains de son père et de sa mère.

    Claire Malbos

    Paris , le 14 février 2008

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