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DIX ANS APRES "DESARMER LES MARCHES".......

Les subprimes font chavirer les marchés financiers

Par Jean-Pierre AVERMAETE

mercredi 23 janvier 2008 par JMT

Elles ont bon dos les subprimes.

Elles ont bon dos les subprimes. La crise actuelle n’a rien à voir avec cette forme hypothécaire, mais bien avec ce que les banques en ont fait. La crise n’en est pas une de liquidité ou de crédit, mais une exclusivement bancaire. Il faut cesser de se leurrer avec les discours de gens avisés qui n’expliquent pas grand-chose.

Pour faire court, les caisses hypothécaires octroyaient des fonds à qui en avait besoin selon les modalités en vigueur. Qu’il y ait des contractants moins solvables que d’autres, toute caisse bien gérée maîtrisait parfaitement l’affaire. Malheureusement, ces caisses se sont fait aborder par les banques et leur ingénierie financière. Ces dernières leur ont proposé de réemballer leurs créances hypothécaires de sorte à les récupérer d’emblée. Les caisses ont acquiescé.

Pour ce faire, les banques érigeaient des conduits spéciaux qui émettaient un emprunt (ou plusieurs) dont le produit allait servir à "racheter" les contrats hypothécaires. L’amortissement de ces emprunts était intégralement couvert par le remboursement des hypothèques. Risque initial : nul.

Pour distinguer les contractants de première classe des autres, l’emprunt des conduits était généralement scindé en plusieurs tranches. Chaque tranche répondait à un degré de solvabilité des contractants sous-jacents et était couverte à plus de 100% du montant émis. La marge devant servir à pallier les quelques défaillances toujours possibles.

Il va de soi que la tranche couverte par les contractants les moins solvables était celle rapportant le plus. Une autre clause figurait aussi dans cette structure : si par malheur un défaut de remboursement affectait une des tranches, le conduit ferait une ponction sur la tranche la pus faible de toutes pour couvrir le manque.

Les caisses hypothécaires récupérant leurs avoirs bien plus rapidement, ont tout mis en oeuvre pour trouver de nouveaux contractants. Elles se sont mises à faire appel à des commerciaux, à assouplir les conditions des contrats. Une fois les nouveaux clients coincés, les nouvelles hypothèques ont été réemballées de la même manière et le caroussel s’est remis à tourner de plus belle.

Ce qui est vrai pour les caisses hypothécaires, l’est tout autant pour tous les organismes de crédit spécialisés, de crédit-bail, de prêts, etc... Le moindre crédit était restructuré de cette façon.

Au début, seuls les spéculateurs et quelques fonds spéculatifs étaient intéressés par ces emprunts adossés. Bien vite, ces fonds ont entassés les tranches les plus rémunératrices et donc les plus risquées, réalisant des profits exorbitants. Tant et si bien que les banques, voyant que leurs produits rapportaient gros, ont décidé de se les vendre à elles-même. Elles se sont mises à créer des SIV (Structured Investment Vehicles), des conduits hautement spéculatifs.

Ces créations démarraient avec un faible capital. Ce dernier servait de nantissement à l’obtention d’un prêt bancaire ou obligataire de dix, voire ving fois plus élevé. Avec cet argent, les conduits achetaient les tranches les plus rentables disponibles sur le marché. L’effet de levier était par conséquent énorme.

Il va de soi que les profits réalisés par les conduits n’apparaissaient jamais dans les bilans bancaires. Le risque était insignifiant, car les prêts contractés étaient toujours tructurés de la même manière que les tranches hypothécaires achetées, de sorte que le conduit encaissait toujours le différentiel de taux d’intéret.

Ce manège a sévi des années durant. Il a attisé toutes les bulles financières, partout, dans le monde entier. Aucun pays occidental n’est épargné. Car tous veulent profiter de cette manne miraculeuse. Mais comme toujours, le système bancaire est incapable de garder mesure.

Dans l’intervalle, les déficits américains prennaient des proportions inquiétantes et le dollar commençait à souffrir sur le marché des changes. Les autorités américaines craignaient que les étrangers n’ôtent leurs billes du pays ce qui accélérerait l’effondrement du billet vert.

Il fallait à tout prix que l’argent continue d’affluer aux USA pour soutenir la conjoncture. Et comme ce pays vivait aux crochets du reste du monde (les ménages américains dans leur ensemble sont endettés à 133% de leur revenu !), il n’existait qu’une solution : le relèvement des taux d’intérêt. Greenspan l’a entamé à la fin de son exercice, Bernanke l’a poursuivi. Les relèvements étaient annoncés longtemps à l’avance, afin de permettre à tous ces spéculateurs de se repositionner à temps.

Décélération cnjoncturelle et inflation

La lente hausse des taux américains avait pourtant un effet pernicieux sur tous ces produits hautement sophistiqués. Ils les renchérissaient. De plus, la plupart des crédits étant directement liés au niveau des taux d’intérêt, la hausse de ces derniers augmentait automatiquement les charges financières. La crise était en fait amorcée dès le début de ce millénaire. Personne n’en avait cure, car les banques ont continué de réemballer tout ce qui passait entre leurs mains. Elles se sont même mises à réemballer ce qui était déjà emballé.

Mieux encore, l’ingénierie financière s’affirmait capable de couvrir n’importe quel risque, même celui d’une défaillance. Les dérivés de crédit sont apparus. Ils représentent aujourd’hui quelque 4.500 milliards de dollars, soit un peu moins que la moitié du PIB des USA. Les banques ont "couvert" par ce biais une large partie de leurs créances. Pour elles, le risque total était devenu ridicule. Elles ne sont jamais posées la question de savoir si leurs contreparties étaient solvables.

Petit à petit, la hausse des taux finissait par faire quelques victimes. Des emprunteurs n’étaient plus en mesure de rembourser leur dette. Avec pour conséquence que l’amortissement des tranches hypothécaires émises par les conduits spécialisés devenait caduc. Dès que la marge palliative avait disparu, la clause de transfert des remboursements des tranches les plus faibles vers les plus fortes entrait en jeu, répendant le problème sur l’ensemble. Ce qui à l’origine semblait un atout s’avérait finalement etre un inconvénient majeur.

Les SIV, quasi exclusivement investis dans les tranches les plus faibles, avec leur énorme effet de levier, ont été les premières victimes notables. Cela commence avec la banque d’affaire Bear Stearns en juillet dernier. Ce sont quelques uns de ses conduits qui se retrouvaient dans l’embarras. La banque augmente d’emblée le capital de ses propres conduits. Mais au lieu de le faire avec son propre capital, la banque le fait par crédit. On est Américain dans l’âme ou pas, n’est-ce pas. Ce crédit s’obtient auprès d’autres organismes bancaires qui, bien sûr, se posent des questions.

Petit à petit les banques se rendent compte qu’elles sont dans le même bain. Petit à petit, elles refusent d’octroyer du crédit à leurs congénères se retrouvant dans cette mélasse. Ces derniers pouvaient frapper à la porte des banques centrales, mais c’était alors confesser qu’elles étaient dans l’embarras. Elles ont préféré éviter cette honte.

Les autres institutions spéculatives n’ont pas chicané aussi longtemps. Les fonds se sont empressés de se débarrasser de tous ces emprunts adossés, même à perte, et ont cherché de nouveaux débouchés. Ils se sont quasiment tous rabattus sur les marchés à terme des matières premières. Marchés particulièrement étroits.

Submergés par cette avalanche de capitaux, les cours des matières premières ont grimpé dès ce moment de façon vertigineuse. Et nos experts de nous affirmer que c’était dû à la croissance chinoise et indienne. Croissance qui daterait alors du mois d’août de cette année !?! On se demande parfois comment ces gens raisonnent.

Cette speculation nouvelle a réalimenté l’inflation. Et les économies occidentales se trouvent dans cette situation contradictoire : en pleine décélération conjoncturelle avec augmentation de l’inflation.

Une hérésie économique ! Pour les banques centrales, la situation est insoluble. Elles ont tenté d’inonder le marché de liquidités. La crise impirait. Elles ont réduit leurs taux directeurs. Rien n’y fit. Les banques refusaient toujours de fournir du crédit. Au contraire, elles s’empressaient de réclamer au plus tôt ce qu’elles avaient concédé, élargissant ainsi la crise sur l’ensemble de l’économie.

Aujourd’hui, leurs innombrables conduits privés, leurs créances et leurs couvertures s’avèrent non seulement sans valeur, mais non négociables. Face à chaque engagement, elles constatent que leur perte est double. Les banques sont virtuellement en faillite, qu’on se le dise.

Que faire ?

Que faire ? Les banques centrales comprennent que leur arsenal est inefficace. Elles n’ont pouvoir que sur l’acitivté proprement bancaire, celle économiquement justifiée, pas sur la spéculative. Reste l’Etat. Celui-ci se contente dans un premier temps de réclamer davantage de transparence - Sarkozy vient de réitérer cette demande. Cela ne résout rien, bien entendu.

L’administration américaine propose un rabais des impôts sur le revenu. Une idiotie. Pour qu’on puisse en profiter, il faut déjà réaliser un revenu ou un profit. De plus, ce genre de mesure ne s’opère qu’après coup. Elle ne favorisera pas la consommation, comme on le prétend. Car quand bien même le surplus de revenu serait acquis, comme les ménages américains sont totalement endettés, les banques s’empreseront de le confisquer. Mesure inutile, donc.

D’ailleurs les Bourses l’ont bien vite compris puisqu’elles ont dégringolé par la suite. Cette dégringolade, comme celle d’aujourd’hui, plus instructive encore, provient des banques. Le gros de l’épargne et des placements boursiers se trouvent au sein de fonds de placement. Entités gérées par les banques. Ce sont donc elles qui engendrent le marasme boursier. Et quand les médias parlent de panique des boursicoteurs, ils se trompent lourdement. Il s’agit d’une panique du secteur bancaire.

La dégringolade d’aujourd’hui est plus révélatrice encore. Suivons les faits de la journée. Wall Street ayant limité les dégâts la veille, les Bourses européennes entament la journée en confiance. Puis Trichet monte au créneau et annonce qu’il maintient les taux directeurs inchangés. Les Bourses s’effondrent à nouveau.

Or, si on analyse rationnellement la situation, l’annonce de Trichet aurait dû mettre du baume dans le coeur. En effet, s’il n’estime pas nécessaire d’abaisser les taux, c’est que la crise n’affecte pas tellement le secteur bancaire européen, c’est que la conjoncture résiste convenablement et c’est que l’inflation ne pose pas encore trop de problèmes.

Un message somme toute rassurant. Or les Bourses, par le biais des banques bien sûr, se tassent. Là on déduit d’emblée que les banques sont déçues. Elles ne se sentent pas soutenues par la BCE. Elles s’imaginent que la BCE les abandonne à leur triste sort - ce qu’elle a de mieux à faire, soit dit en passant. Alors, elles s’activent à vendre ce qui leur reste de négociable pour combler les innombrables trous dans leur bilan. C’est dire si la crise est pire encore qu’on ne l’imagine.

Parfois on entend des incongruités invraissemblables. Ainsi, plusieurs banquiers affirment que le montant vertigineux des tous ces produits issus des restructurations et de réembballages sont exagérés. Le montant réel ne ferait même pas 20% du total. Et ceci parce que bon nombre des produits en circulation font double, voire triple, quadruple, quintuple, ... emploi. Il faut donc consolider l’ensemble pour obtenir la valeur réelle. Argument hautement fallacieux.

Pour pouvoir consolider des engagements divers, il est indispensable que les parties contractantes soient identiques et que les engagements soient de même nature. Or, le principe fondamental des structures financières basées sur les produits dérivés est justement de profiter de petits déséquilibres, d’isoler certaines parties, de créer des anomalies pour dégager des profits, des moyens.

Il est donc quasiment impossible de consolider le moindre produit dérivé. Ce n’est pas parce qu’on a un engagement vis-à-vis de quelqu’un et qu’on l’ait couvert avec autrui, que l’ensemble disparaît. Au contraire ! On l’a doublé.

Il est grand temps que les politicards interviennent, sinon la catastrophe sera franchement d’envergure planétaire. Il devient impératif que les banques soient confinées à leurs tâches commerciales, propices au déroulement économique, et qu’on les oblige à rejeter toute activité spéculative.

Il est tout aussi impératif que le négoce sur les places financières soit dûment reréglementé pour éviter la répétition de telles dérives. Mais quand on entend votre speedy Gonzales de président qui réclame plus de libéralisme, on peut craindre le pire.

Il faut en tout temps raison garder, fichtre !

Amitiés anti-bancaires,

Jean-Pierre AVERMAETE

Jean-Pierre AVERMAETE a écrit avec Arnaud ZACHARIE :

Mise À Nu Des Marchés Publics - Les Dessous De La Globalisation

qu’il est possible de se procurer d’occasion ici

Résumé du livre :

La globalisation des marchés financiers est devenue un élément central de l’organisation de nos sociétés. Des crises financières à répétition aux, licenciements boursiers, des manipulations comptables aux toiles financières des réseaux terroristes, de la course à la rentabilité au faux-départ de la nouvelle économie, l’humanité vibre désormais au rythme des marchés financiers.

Mise à nu des marchés financiers propose un voyage initiatique au sein de cet univers complexe, en répondant à quatre questions :

Q’est-ce que les marchés financiers ?

Qu’est-ce que la globalisation des marchés financiers ?

Quelles sont les incidences socio-économiques néfastes de la globalisation des marchés financiers ?

Comment ramener les marchés financiers au service du développement humain ?

Il se veut abordable aux citoyens non-initiés et sa structure en questions-réponses, son lexique détaillé et ses descriptions didactiques en font un outil pédagogique d’une brûlante actualité

Les auteurs :

Jean-Pierre AVERMAETE est journaliste économique à Trends-Tendances et au Tijd ancien gestionnaire dans une banque d’affaires et ancien opérateur en Bourse, membre du réseau scientifique d’ATTAC-Belgique, économiste.

Arnaud ZACHARIE est porte-parole et coordinateur du réseau scientifique d’ATTACBelgique, chercheur au CADTM, coauteur de Sortir de l’impasse (2002), diplômé en relations internationales, en études européennes et en communication.

Autre publication :

En 1998 Jean-Pierre AVERMAETE publiait avec Luc DOUILLARD sur le site Attac Contrôle et réglementation des marchés financiers

Il y a 10 ans, cela faisait un mois que le Diplo avait publié sous la signature d’Ignacio Ramonet un texte "Désarmer les marchés" qui allait rapidement lancer l’aventure d’ATTAC.

Dès janvier 1998 s’échangeaient les premiers messages de ce qui allait devenir la liste "talk", fermée cette année et remplacée par "discutez@attac.org" .

C’est sur cette liste que j’ai pu découvrir Jean-Pierre. .JMT


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