AID Association initiatives dionysiennes
L’île Verte en voit detoutes les couleurs ?

Sale temps pour les énergies renouvelables

CLICANOO 9 JANVIER 2008

mercredi 9 janvier 2008 par JMT

Alors que la Région se fait secouer sur son projet géothermie dans la Plaine des Sables, EDF est parvenu à étouffer toute contestation quant à son projet de méga-centrale au fuel au Port-Est. Au comble de l’arrogance, le géant de l’électricité a tout simplement bâillonné l’Agence régionale de l’énergie Réunion (ARER), qui proposait une alternative solaire crédible. La Région ne pipe mot, l’Etat immobile se rend complice et les opposants à la géothermie ne voient pas plus loin que le piton Chisny. Qu’elle est belle, l’île verte...

C’est l’histoire d’une île qui se voit plus verte qu’elle n’est. Où des “écolos” auto-proclamés torpillent d’emblée un projet d’énergie renouvelable (EnR), la géothermie à la Plaine des Sables, susceptible de produire proprement et à bas coût 100 mégawatts, près d’un tiers de l’électricité de l’île.

Ceux-là qui crient au loup, sans même regarder ce qui se joue là-bas en bas au Port. “Touche pas à mon volcan !”, voilà ce qu’ils dénoncent et proposent. Il faut les voir les décideurs de la préfecture et de l’Etat, volontiers “visionnaires”, jurer leur soutien au grand projet “Réunion, île verte 2030”, et pondre en matière d’énergie un Plan pluriannuel d’investissement (PPI) totalement déconnecté du PRERURE (*) de la Région.

EDF ou l’art de la concertation

Il fallait la voir, cette grande réunion décentralisée du Grenelle de l’Environnement à Saint-Denis, cet “honneur” fait à notre île, mascarade s’il en est, pour mieux apprécier l’immobilisme d’aujourd’hui : toujours aucune réglementation thermique des bâtiments dans les DOM, ni d’obligation de chauffe-eau solaire dans les logements neufs, alors que a Réunion était prête à démarrer dès le 1er janvier 2008.

Ce qu’il ne faut surtout pas rater, c’est la politique d’EDF à la Réunion. Cotée en bourse, investissant à tout-va à l’étranger, EDF le géant de l’électricité (2e mondial derrière Gazprom) mène sur l’île une action bien maigre en faveur des EnR. Au contraire, EDF s’apprête à signer un chèque de 300 millions d’euros pour construire une nouvelle centrale thermique au fuel lourd de 206 MW, au Port-Est. La plus grosse jamais réalisée sur l’île, pour remplacer celle du Port-Ouest (125 MW) qui sera obsolète en 2010. Soit 80 MW fossiles supplémentaires.

L’occasion d’une nouvelle mascarade avec la mise en place, à l’initiative de la préfecture, d’une Instance locale de concertation (ILC), qui s’est réunie trois fois en fin d’année pour “débattre” du projet. De “concertation”, il n’y eut point. Pis, EDF en a profité pour bâillonner les voix discordantes.

D’abord celles des élus possessionnais, tous bords confondus, seuls au monde pour protester contre les volutes qui inonderont leur commune. Comme si le pétrole cher, le réchauffement climatique et la pollution de l’air n’étaient l’affaire que de quelques voisins de la pointe des Galets.

Celles de l’ARER ensuite, association chargée de promouvoir le PRERURE. Lors de l’ILC, l’ARER s’est en effet permise de proposer une solution alternative à EDF. Elle a démontré chiffres à l’appui qu’une option “chauffe-eau solaire” serait moins coûteuse et moins polluante que la centrale de 206 MW. En la limitant à la puissance de l’actuelle centrale et en installant 160 000 chauffe-eau solaires sur cinq ans, ceux-ci compenseraient les 240 gigawatts/heure produits par les 80 MW en surplus. Ce qui éviterait, comparés aux 206 MW prévus, l’émission de 1,5 million de tonnes de CO2 tous les 10 ans, et permettrait l’économie de 300 millions d’euros sur 20 ans.

Une approche globale, en tenant compte des crédits d’impôts, de l’allégement du réseau et des créations d’emplois (1 000 sur 5 ans), montre que l’option solaire ferait économiser 1 milliard d’euros sur 20 ans. Aujourd’hui à 36%, la part des énergies renouvelables dans le mix péi serait stabilisée, alors qu’elle passera à 29% avec le tout-fuel.

La réaction d’EDF fut cinglante : membre du bureau de l’ARER et en partie financeur de l’association, EDF a tout simplement fait passer une motion interdisant désormais aux techniciens de l’ARER de s’exprimer sur les projets énergétiques réunionnais. ça s’appelle passer en force, avec la complicité de l’Etat.

L’ARER n’a qu’à remballer sa raison d’être et ses illusions d’une politique partagée. Exit aussi, de facto, le rêve d’autonomie énergétique de la Région pour 2025. La collectivité fait d’ailleurs preuve d’un silence assourdissant. Tout juste a-t-on entendu Philippe Berne affirmer qu’il souhaitait “une centrale de même puissance”. “Avec 200 MW, EDF tire une balle dans le pied des EnR.

Mais nous ne sommes pas le préfet, il y a un PPI.” La Région fera-t-elle des remarques lors de l’enquête publique qui démarrera bientôt ? “Oui”, répond timidement le vice-président, justifiant le bâillonnement de l’ARER qui aurait “dépassé ses missions”.

Où sont les révoltés ?

L’ARER avait aussi proposé qu’EDF paie en compensation une taxe pour chaque tonne de CO2 émise en plus de l’ancienne centrale, ou que l’entreprise finance des projets du type “Le Port, ville solaire” et récemment Bras-Panon. Projets initiés et portés par l’ARER.

Ou qu’EDF profite de son implantation près de l’océan pour développer l’énergie thermique des mers (ETM), intéressante pour l’aquaculture, la climatisation et la production d’eau minérale. L’entreprise ayant déjà prévu de puiser l’eau de mer pour faire tourner sa centrale, en allongeant les tuyaux, l’ETM deviendrait réalité.

Idées étouffées aussi par EDF. “Cette centrale, c’est le début d’une lutte. Elle doit être le catalyseur d’une révolte généralisée pour être véritablement exemplaire, et d’abord sur la maîtrise de l’énergie”, appelait il y a trois mois Laurent Gautret, directeur technique de l’ARER.

Où sont les révoltés ? Ceux qui se ruent sur les écrans plasma et les clim’ ? Ceux qui réservent leur zèle à la seule anti-géothermie ? Ceux qui trustent les tranches du PPI avec leur fuel et leur charbon ? Ceux qui profitent de l’aubaine du marché photovoltaïque, juteux pour eux mais tellement confidentiel ? Ceux qui se contentent d’utopies à horizon 2050 ? Bienvenue sur l’île verte, île où la récente visite d’un expert formé par Al Gore a attiré moins d’une dizaine de personnes.

Sylvain Amiotte

(*) Plan réunionnais pour l’utilisation rationnelle de l’énergie et les énergies renouvelables.

source Clicanoo du 9/1/2008


Forum

  • Bilan : 20.000 chauffe-eau électriques !
    16 juin 2008, par jeanicot

    La LOOM 2000, ça n’est pas seulement la bidep et le congrès que les électeurs ont sanctionné aux municipales 6 mois après. C’est aussi la décentralisation de la politique des énergies renouvelables et des économies d’énergies. C’est la Région qui gère depuis cette date les enjeux énergétiques de la Réunion. Le SIDELEC est propriétaire du réseau électrique et concède sa gestion à EDF. Huit ans après, il est utile de faire le bilan de cette décentralisation, à plus forte raison lorsqu’on entend la Région se gargariser de son record de France de chauffe-eau solaire.

    Le vrai bilan il suffit d’aller le lire dans le rapport de la chambre régionale des comptes, rendu en 2006, sur la gestion du SIDELEC : Selon l’Insee, 98 % des résidences principales recensées en 1999 étaient desservies en électricité, alors que 63 % des habitations ne disposaient pas encore d’eau chaude courante ( !). Pas besoin d’être visionnaire pour comprendre qu’a ce moment là, si rien (ou si peu) n’était fait, ces 63% de foyers allaient s’équiper en électrique, moins chers à l’achat. N’importe quel gestionnaire porté vers l’avenir et le durable, aurait donc compris que le challenge était d’équiper ces 63% de foyers, en solaire et de tendre vers le remplacement des chauffe-eau électriques existants. La chambre régionale des comptes n’a pas manqué de commenter l’activité du Sidelec : « faible et inappropriée ». La responsabilité du choix de l’eau chaude d’origine électrique incombe bien à la Région depuis 2000.

    Huit ans après, le bilan de la Région et de l’ARER est lamentable : 60% des foyers de la Réunion sont équipés en électrique ou en gaz. 20.000 chauffe-eau électrique ont été importé l’année dernière, et pire encore : seulement 10.000 installations solaires ont été posées. Pourtant il ne s’agit pas de technologie high tech comme l’énergie thermique des mers ou incertaine comme la géothermie : elle est basique, les entreprises existent déjà et la main d’œuvre en attente d’un vrai boulot ne manque pas : Il aurait donc suffit de volonté politique pour jouer sur l’octroi de mer et les aides afin de permettre à chacun de s’équiper, et booster les emplois nécessaires pour tripler la production actuelle. Et bien non ! Pour ne pas faire ombrage aux bénéfices des importateurs, l’ARER et la Région ont choisi de ne pas toucher à l’octroi de mer et remettre sans cesse à plus tard les fameuses normes thermiques nécessaires depuis 10 ans pour préparer l’époque du baril a 200 dollars, dont le vice président de région se gargarise tant sur les médias.

    Idem pour les autres énergies renouvelables : alors qu’il n’a suffi que de quelques années aux entreprises privées pour démarcher chez les particuliers afin d’obtenir un maillage serré de panneaux publicitaires, de relais de radiotéléphone, l’ARER veut faire croire depuis GERRI 2030 que le photovoltaïque ne peut plus être installé sur les toitures existantes et lorgne à présent sur le saccage des terres agricoles avec ses usines photovoltaïques. La Région lorgne sur le cœur du parc national qui ne sera pas inscrit à l’UNESCO pour ses forages géothermiques. Après 8 ans de tazages en tout genre (« le choix de la route du littoral dans les années 60 c’est pô nou », « les 75% de surcoût de la route des tamarins c’est les hollandais », « 60% et 20 000 chauffe-eau électriques, ça pas nous lotèr »), on veut nous faire rêver à lotonomi énergétique aujourd’hui pour nous faire croire que les terres agricoles et les espaces naturels doivent être vendus aux industriels. En 2025 les industriels, les élus irresponsables et l’ARER seront riches, le gaspillage d’énergie sera leur manne et nous, nous continueront de payer les surcoûts.

    Jeanicot

  • Oui à la géothermie, forer à la Plaine des Sables non !
    10 janvier 2008


    - Un potentiel géothermique sur roches sèches exploitable à Salazie (hors du péimetre de la plaine des sables qui était susceptible d’être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO) est confirmé depuis 1986 à salazie !!!

    - Les investigations supplémentaires qui devaient être faites au pied du massif du piton des neiges ne l’ont pas été.

    - la probabilité de trouver des eaux chaudes sous la plaine des sables est estimée par les "experts" a la rencontre-géothermie 2005 est de 50% pour un potentiel ridicule de 20Mw.

    Il ne s’agit donc pas d’etre anti-géothermie comme cela est dit dans cet article, mais simplement de vérifier d’abord les pistes en dehors de la zones inestimable de la plaine des sable, endroit le plus photographié de l’ile.

    personne ne s’est d’ailleur exprimé anti geothermie. cet amalgame est faux et reducteur.

    plus d’info ici : Géothermie oui, forer la Plaine des sables non.

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