AID Association initiatives dionysiennes
34 ème chronique de la Macronésie

SNCF : une cohérence macronienne

par Dr Bruno Bourgeon, président d’AID

lundi 26 février 2018 par JMT

Houlà BB ! Quel beau complot dévoilé ! On va t’accuser de "fake news" :-) Quelle outrecuidance anti-élites que d’oser ainsi hurler avec les loups contre un "rapport", dont certains ont déjà dit depuis un moment qu’un étudiant de première année aurait fait mieux, rapport signé il est vrai par un de nos calamiteux jeunes effendis, Jean-Cyril Spinetta (à peine 74 printemps, la Macronésie recycle à tour de bras :-) qui ressort ainsi d’un placard après avoir failli couler complètement Air France .

Immédiatement, vu son cursus, la question qui se pose est : après toutes ces années à sa tête, a-t-il raté son coup en ne la coulant pas complètement malgré les ordres reçus, ou a-t-il réussi en la noyant dans un conglomérat boursouflé à la poursuite d’un futur improbable bien loin du prestige d’antan en ayant bradé au privé les fruits de 70 ans d’investissement de l’Etat et du personnel ?

Mais sa biographie nous apprend aussi que de 2009 à 2013 il a été président du conseil de surveillance d’Areva et qu’il a, à ce poste stratégique, été bien incapable de défendre les intérêts publics qu’il représentait en empêchant "Atomic Anne" d’accumuler conneries sur conneries qui lui ont valu finalement d’être virée uniquement quand la faillite du groupe était inévitable.

C’est sûr qu’il fallait bien une telle "expertise" pour couvrir le "rapport" censé justifier la destruction délibérée d’un grand pan du service public, consubstantiel aux IVè et Vè républiques, en l’occurrence le groupe SNCF, principal opérateur ferroviaire, de cars et de fret en France, qui fait donc de l’ombre à un tas d’intérêts privés. N’oublions pas au passage le riche parc immobilier, tant de bâtiments que d’emprises ferroviaires au coeur des métropoles, là où le prix du mètre carré s’envole.

Une fois de plus les boutiquiers sans vision à long terme sont aux commandes, ayant, par leur politique même, mené à la faillite le bel outil légué par les générations précédentes, qu’ils ont été bien incapables de faire évoluer, tout comme ils ont salopé les terres agricoles et les prairies, détruites pour "bâtir" des friches industrielles ou commerciales, des parkings ou des autoroutes, ou bien au sol de plus en plus infertile suite à l’excès de chimie, d’irrigation, de labourage, à la disparition de l’humus, etc...

SNCF : une cohérence macronienne

Voici donc le rapport Spinetta, qui ouvre la voie du démantèlement, après celui de La Poste, celui de la SNCF. C’est du lourd. Du « rapport bombing », comme disent Les Echos. Cette fois, Emmanuel Macron s’attaque sérieusement à la SNCF.

Les « pistes de réflexion » lancées par le rapport, on les connait : suppression progressive du statut des cheminots, suppression des lignes secondaires non rentables, transformation des établissements publics en sociétés anonymes pour se mettre en conformité avec l’Europe, etc.

Le tout habillé de cette novlangue relayée par le système médiatique (« réinventer le modèle économique, muscler le business model », etc.), qu’on n’a même plus envie de décrypter. Et la foultitude de notions absentes : l’aménagement du territoire, le service public, ou la transition énergétique, ces vieilles lunes.

Or le rapport préconise la suppression de nombre de dessertes, et a été dénoncé par des ONG environnementales, qui soulignent que le train est essentiel pour combattre le réchauffement climatique.

« C’est en donnant une solution de transport alternative à la voiture et à l’avion satisfaisante que le gouvernement pourra réduire les émissions de gaz à effet de serre, tout en désenclavant les territoires de manière cohérente avec les engagements qu’il a pris pour préserver le climat », souligne le Réseau action climat (RAC, fédération de 20 associations nationales).

« Le train doit être encouragé pour les voyageurs et les marchandises », souligne la Fondation pour la nature et l’homme (FNH, ex-Fondation Hulot), pour qui « réinvestir en particulier dans les lignes secondaires jusqu’à présent délaissées, est indispensable ».

Le rapport, qui recentre sur les seules zones urbaines et périurbaines, représente, selon la FNH, « une menace pour l’accès de tous à la mobilité, la cohésion des territoires et le climat. La suppression d’un nombre trop important de lignes serait aussi contradictoire avec l’Accord de Paris » visant à juguler le réchauffement mondial.

Pour la FNH, il faut « remettre les camions sur les rails », revaloriser les trains classiques qui « à 160 voire 200 km/h ont leur place dans un futur écologique », et développer les services (par exemple la complémentarité train-vélo, les transports collectifs, les véhicules partagés).

Selon une étude SNCF-Carbone 4 citée par le RAC, un voyage en train Intercités émet environ 15 fois moins de CO2 par passager que le même trajet en covoiturage, et 5 à 15 fois moins qu’en autocar.

A propos de la novlangue macronienne, la trouvaille que lance Spinetta dans ses interviews : les TGV ne doivent pas aller au-delà de leur « zone de pertinence », à savoir 2-3 heures de trajet.

Comme le remarque Mediapart, qui a décidé que la « zone de pertinence » du train n’était que de 2-3 heures ? Qui a décidé que le contribuable refusait de payer pour maintenir un réseau de lignes secondaires en France ? On voit bien la « zone de pertinence » du train, par la vision spinetto-macronienne : un strict enclos entre l’avion, pour les élites, et les cars Macron pour les ploucs : pauvre train !

Mais comment protester ? Avec quels mots ? Quels chiffres ? Une « zone de pertinence », c’est scientifique, mathématique, irrécusable. Tous les experts vous le répètent. On l’a calculée pour vous.Qui va contester cette notion ? Qui va mettre en balance la « dette » de la SNCF, avec les exigences de l’aménagement du territoire, ou du service public ?

Dans l’immédiat, des économistes. Il en reste. Ça ne va pas durer. On veille à tarir la source, par une autre réforme qui est chargée de la besogne, la réforme du bac, présentée concomitamment, et qui vise, entre autres, à noyer la spécialité Sciences Economiques dans un océan de spécialités, comme l’explique dans Alternatives Economiques l’économiste Stéphane Beaud.

Rien à dire, tout est cohérent.

Dr Bruno Bourgeon, président d’AID, http://aid97400.lautre.net

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REFERENCES

* SNCF : des ONG dénoncent le rapport Spinetta, au nom du climat

AFP parue le 15 févr. 2018 à 19h34

Le rapport Spinetta sur l’avenir du rail, qui préconise notamment la suppression de nombre de dessertes, a été dénoncé jeudi par des ONG environnementales, qui soulignent que le train est "essentiel" pour combattre le réchauffement climatique.

* SNCF : vers une disparition du statut de cheminot ?

15/02/2018 à 08h57

Le rapport sur la réforme du modèle ferroviaire français rédigé par l’ex-patron d’Air France est remis au gouvernement ce jeudi. Il devrait contenir des propositions chocs comme la suppression du statut de cheminots pour les futures recrues de la SNCF.

* Réforme de la SNCF

26/02/2018 10:59 CET | Actualisé il y a 4 heures

Le gouvernement préserve ces petites lignes que le rapport Spinetta voulait fermer Même si 80% du trafic se fait sur un tiers du réseau, Edouard Philippe a choisi de ne pas se lancer dans un projet qui provoquait la colère des élus locaux.

SNCF - Soulagement pour les usagers des "petites lignes" de la SNCF. En présentant ce lundi 26 février à Matignon la méthode et le calendrier de la réforme de la SNCF, Edouard Philippe a annoncé que le gouvernement refusait d’engager "une réforme des petites lignes".

"Ce n’est pas une réforme des petites lignes. Je ne suivrai pas le rapport Spinetta sur ce point. On ne décide pas la fermeture de 9000 km de lignes depuis Paris sur des critères administratifs et comptables. Dans bien des territoires, le rail est au cœur de la stratégie des régions pour le développement des mobilités", a souligné le Premier ministre.

* Le rapport Spinetta est signé par une élite qui ne connaît pas la France

Gaël Brustier — 26.02.2018 - 11 h 26, mis à jour le 26.02.2018 à 11 h 51 273

Le rapport Spinetta rend plus évident le divorce entre deux France, celle des métropoles et celle des bourgs, petites et moyennes villes. Le Premier ministre doit annoncer ce lundi les mesures retenues. Il n’exclut pas d’avoir recours aux ordonnances pour couper court à toute contestation.

* Réforme de la SNCF : le gouvernement aura recours aux ordonnances pour « faire voter les principes clés avant l’été »

LE MONDE | 26.02.2018 à 10h44 • Mis à jour le 26.02.2018 à 14h29 | Par Guy Dutheil

Comme le craignaient les syndicats, le chef du gouvernement a choisi de reprendre à son compte l’essentiel des préconisations contenues dans le rapport Spinetta.


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