AID Association initiatives dionysiennes
21 ème chronique de la Macronésie

Le commerce mondial va tout régler en Afrique

par Dr Bruno BOURGEON, président d’AID

mardi 31 octobre 2017 par JMT

L’Afrique ? les Afriques ! le terrain de jeu des européens depuis 6 siècles, depuis qu’en 1402 un dieppois , Jean de Bethencourt, "découvrit" un archipel habité au large de la côte ouest appelé Iles Canaries. A propos, pur hasard même pas fabriqué de toutes pièces vu le titre de la chronique, les Canaries, province espagnole, ainsi que deux autres RUP portugaises de l’UE, les Açores et Madère, ainsi qu’un état souverain ex-colonie portugaise, les Iles du Cap-Vert, fait partie d’un ensemble géographique appelé Macaronésie :-)

L’Afrique du nord était certes connue depuis les Egyptiens, colonisée par les phéniciens, occupée par les romains suite aux guerres puniques et à la destruction de Carthage, mais le vaste désert du Sahara était un obstacle majeur. Il est probable qu’une expédition de navigateurs phéniciens ordonnée vers l’an -600 par le pharaon Nekao II en ait fait le tour. Bien sûr les Portugais, qui menaient leur propre reconquista contre le royaume arabo-andalou avaient conquis les "Presidios" (Ceuta et Melilla) qui allaient se retrouver plus tard dans l’escarcelle espagnole, mais il a fallu attendre les grandes expéditions d’Henri le Navigateur et Vasco de Gama pour que l’Europe commence à comprendre que l’Asie n’était pas la seule source de richesse du grand commerce mondial et qu’il était là aussi plus rentable d’aller se servir sur place en Afrique plutôt que d’acheter ce qui était apporté par les caravanes transsahariennes, depuis les grands empires subsahariens.

L’histoire des APE est donc une lointaine réminiscence du commerce triangulaire Europe-Afrique-Amériques, ou en d’autres lieux des "traités inégaux" ayant toujours le même but : s’assurer des monopoles de ressources précieuses à bas prix, souvent sous couvert bien évidemment d’intentions moins mercantiles à visée "civilisatrice". C’était la politique des comptoirs que toutes les puissances européennes pratiqueront, parfois en fondant ex-nihilo des villes comme Saint Louis du Sénégal, première colonie française fondée par des marins, encore de Dieppe en 1659, première commune d’outre mer, première ville d’outre mer à envoyer un député.

Dans la foulée de l’empire britannique, toutes les puissances européennes sauf la Hollande occupée en Indonésie (et même la Courlande) ont voulu progressivement passer du stade de comptoir au stade de colonie.... seule l’Ethiopie y ayant résisté (et subsidiairement le Liberia et la Sierra Leone à la tutelle plus indirecte)

Le commerce mondial va tout régler en Afrique

Faisons un petit tour en Afrique, où il fait si bon mourir. Voici un pays, le Kenya, un peu plus grand que la France, 42 millions d’habitants, dont au moins un million dans les bidonvilles de Nairobi, qui subit à deux reprises une sécheresse dans les territoires du Nord, en rapport (évidemment !) avec le changement climatique.

Première sécheresse en 2011, deuxième en ce moment même. 3 millions de Kenyans tirent la langue. Les éleveurs du Nord font de la transhumance au Sud, à grands renforts de fusils pour dégommer éléphants, zébus et autres gnous.

Pas de panique. Le commerce mondial va tout régler. L’Europe macronisée et vertueuse mène ses affaires en Afrique dans une totale opacité, et ce depuis 2002. L’APE, ça s’appelle. Accord de Partenariat Economique. Avec 79 pays d’Afrique, Caraïbes, Pacifique, parmi les plus pauvres. Comme de bien entendu.

Prenons un exemple, pas très écologiste, mais qui résume bien l’affaire : au Ghana, une tonne de cacao coûte 1300 $, un 4x4 dans les 120000 $. Donc 92 t pour avoir son 4x4. Pour avoir une t de cacao, il faut 8 ha. Chaque agriculteur ghanéen exploite en moyenne 0.8 à 1.2 ha.

Le calcul est vite fait : il faut 500 ans d’exploitation du cacao à un exploitant ghanéen pour obtenir son premier 4x4. Eh bien, notre APE à nous, Européens écolos bobos, qui vilipendons si vivement le CETA ou le TAFTA, écrase les petits exploitants africains au profit de boîtes qui multiplient les produits d’exportation comme le cacao.

Pendant ce temps béni des nièmes colonies, la Chine, plus astucieuse que la Françafrique, colonise en douce, en investissant des milliards de dollars en Ethiopie, Algérie, Angola, Nigéria, Egypte, et tout récemment en Namibie.

Des milliers de techniciens chinois vont agrandir le port de Walvis Bay, la Baie des Baleines (au détriment desdites baleines et des flamants roses dont tout le monde se fout), seul port en eaux profondes de la côte namibienne. Ce port va devenir un géant mondial pour exporter de l’uranium, à partir d’une mine géante qui aura coûté 4 milliards d’€ aux Chinois. Pour ridiculiser les ambitions françaises sur l’uranium.

En outre, ChemChina vient de racheter le 28 juin le Suisse Syngenta, numéro 1 de l’industrie agro-chimique, qui venait d’être dépassé par l’association Bayer-Monsanto. Pour 43 milliards de dollars. Un rien. Et ambitionner de doubler la taille de Syngenta en 5 à 10 ans.

Résumons : l’ancien empire colonial européen, qui ne cesse de reculer, étrangle ceux qu’il peut encore étrangler, quand la Chine va massivement arroser de pesticides l’Afrique et l’Inde. Et, pendant ce temps, le gouvernement kenyan a interdit les sacs plastiques. Les crétins écolos boboïsés d’Europe et des States peuvent se réjouir, l’Afrique est sauvée !

Dr Bruno Bourgeon, président d’AID D’après Charlie Hebdo n° 1311

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CM21CommerceMondialAfrique

MEDIAS LOCAUX

* Courrier des lecteurs de Zinfos974 du Lundi 30 Octobre 2017 - 16:00

* Courrier des lecteurs du JIR

* Courrier des lecteurs du Quotidien du 2 Novembre 2017

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VIDEO

* Historique du Barrage hydroélectrique de Liouesso dans le Département de la Sangha(MATDGT)

Grands Travaux Ajoutée le 31 mai 2017

Le Président de la République Denis SASSOU NGUESSO a inauguré le barrage hydroélectrique de Liouesso le lundi 29 mai 2017 dans le département de la Sangha. Le coût des travaux a été évalué à plus de 64 Milliards de Fcfa grâce au financement en partie du gouvernement congolais et de la Chine. Avec une capacité de 19,92 Mégawatts, ce barrage vient renforcer le potentiel énergétique du pays. Il constitue pour les populations un véritable facteur de développement économique du département de la Sangha. (NDR La Sangha naît à Nola (Centrafrique) où la Kadéi (née dans le massif de l’Adamaoua au Cameroun) conflue avec la Mambéré (née dans le massif du Yadé en Centrafrique)

* Gateway to Southern Africa : The Port of Walvis Bay

Breakbulk Events & Media Ajoutée le 11 avr. 2016 Walvis Bay North Port Development project will be Namibia’s biggest to date. SADC Gateway will include ship repair yard for oil & gas vessels, dry bulk terminal with capacity for 100 million tons per year throughput, large vehicle input terminal, multipurpose and breakbulk terminals, and a liquid bulk terminal to support future refineries.

Chine-Afrique : ambivalences, présence et activité

Par CASSINI, Xavier AUREGAN, le 17 janvier 2017

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ChineAfrique Ambivale nces Présence et Activité

Le cabinet de conseil CASSINI, spécialisé dans l’analyse géopolitique et cartographique, propose un dossier cartographique réalisée en collaboration avec Xavier Auregan, docteur en Géographie-Géopolitique. Expert indépendant et partenaire de la société de conseil en géopolitique Arkaliz, il est Chercheur affilié au Centre de recherches et d’analyses géopolitiques (CRAG) de l’Institut français de géopolitique (IFG) et associé au Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG).

La présence chinoise en Afrique Réalisation : Xavier Aurégan pour Cassini et Diploweb.com

Les relations entre la République Populaire de Chine et l’Afrique sont tellement importantes qu’elles ont donné naissance à un nouveau mot : Chinafrique. Dans ce dossier cartographique consacré à la présence de la Chine en Afrique , nous vous proposons de comprendre les ambivalences diplomatiques entre la Chine et l’Afrique, la présence chinoise en Afrique et l’exemple significatif de l’agriculture.....

Chinafrique : l’envers du décor

Afrik.com jeudi 2 février 2017 / par Jean-Baptiste Lemoine En 10 ans, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique. Accusés de piller le continent africain de ses matières première, les dirigeants chinois poursuivent leurs investissements sur le continent africain, tout en essayant de ménager leur image.

travailleurs chinois sur le barrage de Liouesso, Congo Brazzaville 2015, photo AFRIK.COM/OZR

Du 7 au 12 janvier 2017, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a effectué une tournée remarquée dans cinq pays africains : Madagascar, Zambie, Tanzanie, République du Congo et Nigéria.

« Tradition diplomatique » de ces deux dernières décennies, selon son porte-parole, cette visite démontre la volonté de la Chine de renforcer sa coopération avec l’Afrique, où Pékin a déjà investi 150,4 milliards de dollars entre janvier 2006 et juillet 2014, d’après un rapport publié par le think-tank American Entreprise Institute et Heritage Foundation.

Il semblerait que ce ne soit qu’un début. Sur les 10 premiers mois de l’année 2016, les investissements chinois en Afrique se sont élevés à 2,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 31 % par rapport à la même période en 2015.

Lors du sommet Chine-Afrique de Johannesburg en décembre 2015, le Premier ministre chinois Li Keqiang a annoncé un objectif de 400 milliards de dollars d’échanges commerciaux d’ici 2020. Les principales transactions bilatérales concernent l’importation en Chine de matières premières (pétrole, minerais, bois, etc.) et l’exportation vers l’Afrique de textiles, de téléphones ou encore de voitures. Selon le quotidien français, 2 500 sociétés chinoises seraient en effet implantées en Afrique dans les secteurs des mines, de l’énergie, des télécoms, de la construction et des transports.

La surexploitation redoutée de la bauxite guinéenne

Génératrices d’activités de plus en plus diversifiées, ces entreprises sont régulièrement accusées de surexploiter les ressources du continent africain au détriment de l’environnement, sans création massive d’emplois locaux ni transfert de savoir-faire. « En Afrique, la Chine fait exactement ce que faisaient les puissances coloniales, affirme la primatologue britannique Jane Goodall. Ils veulent les matières premières pour alimenter leur croissance économique, ils prennent les ressources naturelles et laissent les populations encore plus pauvres. »

Pour illustrer ces allégations, l’exemple de la Guinée revient souvent dans les médias en raison de son sous-sol riche en or, en diamant et surtout en bauxite. Selon le ministère des Affaires étrangères, le pays de 12 millions d’habitants possèderait un tiers des réserves mondiales de ce précieux minerai rouge, qui sert à la fabrication d’aluminium.

Premier producteur mondial d’aluminium, la Chine a signé, via le consortium China Hongqiao Group, un accord avec le gouvernement guinéen en mars 2015 pour extraire 10 millions de tonnes par an. Mais le coût environnemental promet d’être lourd pour la Guinée. Avant elle, le Vietnam, la Malaisie et l’Australie ont renoncé à ce business pourtant lucratif suite aux dégâts importants causés par les exploitants chinois sur la qualité de l’eau et de l’air.

Une prise de conscience de la Chine ?

En Guinée, les relations avec la Chine sont également entachées d’un scandale de corruption entre l’ancien ministre guinéen des mines, Mahmoud Thiam, et un conglomérat chinois pour obtenir l’exploitation d’un site minier contre une enveloppe de 8,5 millions de dollars. Les faits se seraient produits en 2009 et auraient impliqué d’autres ministres guinéens. Cette révélation fait d’ailleurs suite à une autre affaire mêlant l’ex-ministre et le groupe anglo-australien Rio Tinto.

Pour redorer son blason, la Chine a signé en décembre 2015 une série de prêts d’un montant de 60 milliards de dollars à destination des pays africains, dont 40 milliards à taux zéro ou préférentiels, d’après Le Monde. Cette somme, promise sur 10 ans lors du dernier sommet Chine-Afrique, vise à financer la construction d’infrastructures routières, ferroviaires et aériennes, mais aussi l’agriculture, l’industrialisation ainsi que des programmes d’éducation, de santé et de lutte contre la pauvreté.

Trois fois supérieur aux aides promises lors du sommet de 2012, cet engagement montre une prise de conscience de l’Empire du milieu, à présent soucieux de contribuer au développement socio-économique du continent africain. À moins qu’il s’agisse, comme certains le pensent, d’un investissement déguisé sur le long terme...

Diplomatie : le nouveau visage de la Chinafrique

Publié le 28 septembre 2017 à 19h08 Par Michael Pauron @MPAURON

Les relations sino-africaines entrent dans une nouvelle ère  : après la diplomatie économique, la politique reprend ses droits.

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », disait au super-héros Spider-Man son oncle mourant. C’est un peu l’idée que se fait l’empire du Milieu de sa diplomatie. À travers six épisodes de 45 minutes diffusés en Chine en août, cette dernière a été détaillée par le menu. Le leader Xi Jinping y est dépeint comme l’apôtre d’un nouvel ordre mondial, « l’envoyé de Dieu », selon Robert Mugabe, lequel apparaît dans ce documentaire.

11 mai 2017 Une enseignante en costume chinois à Nairobi au Kénya

Premier investisseur en Afrique en 2016 avec 36,1 milliards de dollars (30 milliards d’euros) engagés, porteur du projet pharaonique de la nouvelle route de la soie (One Belt One Road), incluant en partie l’Afrique de l’Est, la Chine veut désormais s’imposer sur le terrain diplomatique. Avec un double objectif  : conforter ses positions commerciales et diffuser le « rêve chinois » du président Xi Jinping.

Soutenu par les deux piliers qui régissent sa politique étrangère depuis la fin des années 1940, à savoir la reconnaissance d’une « Chine unique » – l’abandon des relations avec Taïwan est un préalable à toute coopération – et la non-ingérence, le soft power chinois censé équilibrer depuis dix ans sa puissance économique et militaire gagne du terrain. Cette nouvelle stratégie lui aurait coûté la bagatelle de 10 milliards de dollars, a estimé David Shambaugh, professeur à l’université George-Washington et auteur notamment de China’s Future.

Un magazine sur les relations entre la Chine et le continent africain

Pékin a déjà gagné sa bataille contre Taïwan. Le Burkina Faso et le Swaziland sont les deux derniers pays africains à reconnaître Taipei. En décembre, São Tomé-et-Príncipe rompait ainsi avec son vieil allié. « Une option géostratégique qui s’inscrit dans une vision plus large et cohérente de nos intérêts, de nos besoins réels de développement », explique le Premier ministre santoméen, Patrice Trovoada.

Côté ingérence, les diplomates chinois spécialisés sur l’Afrique ne nient pas les difficultés auxquelles ils sont parfois confrontés en raison de la situation politique (citant pêle-mêle l’Algérie, l’Angola ou la RD Congo), ils « n’interviennent pas car cela n’est dans l’intérêt de personne », affirme l’un d’eux. Tout en assurant  : « Mais nous rencontrons tout le monde  : pouvoir, grands partis d’opposition et certains représentants de la société civile. »

Une position qui a parfois ses limites. Lorsqu’une trentaine de salariés chinois ont été arrêtés en juin en Tanzanie, soupçonnés d’extraire illégalement du cuivre, Pékin est aussitôt intervenu, rappelant d’abord que les autorités sont vigilantes quant au respect des règles locales par ses ressortissants, mais s’inquiétant officiellement du manque de preuves ayant conduit à cette arrestation.

Car le dragon se soucie aussi de son image, et ce depuis longtemps. Peu enclin à communiquer, le géant asiatique y a pourtant travaillé minutieusement. D’abord en développant sa presse internationale. Lancé en 1988, le magazine Chinafrique est édité par le groupe de presse en langue étrangère le plus important du pays, le China International Publishing Group (CIPG publie 50 journaux en dix langues et 3 000 livres par an).

Distribué en Chine et en Afrique, ce mensuel qui cible avant tout les milieux d’affaires impliqués dans la coopération sino-africaine a ouvert un bureau en Afrique du Sud et engagé une collaboration avec le quotidien sénégalais Le Soleil. Le gouvernement se repose également sur son agence de presse Xinhua, dont le nombre de bureaux devrait atteindre 200 dans le monde d’ici à 2020.

Échanges culturels

Les instituts Confucius servent aussi cet objectif. Les 48 établissements présents en Afrique distillent l’idéologie chinoise et proposent des cours de mandarin. De même, la Chine distribue massivement des bourses aux étudiants africains. Les chercheurs Victoria Breeze et Nathan Moore de l’université d’État du Michigan, ont estimé que pour l’année 2014 le nombre d’étudiants africains en Chine a surpassé le nombre d’étudiants africains aux États-Unis et en Angleterre (la France restant en tête). Dix mille en 2015, ils devraient être 18 000 en 2018. De plus en plus de jeunes actifs sur le continent parlent aujourd’hui le mandarin, un atout indéniable pour trouver un emploi.

La Chine est même citée comme le deuxième modèle de développement à suivre, derrière les États-Unis

Finalement, l’empire du Milieu bénéficie d’une cote de popularité confortable en Afrique. Selon un sondage réalisé par Afrobaromètre sur 36 pays, 63 % des Africains ont une perception positive de son influence  ; ils sont 59 % selon une autre étude de l’agence Pew. La Chine est même citée comme le deuxième modèle de développement à suivre, derrière les États-Unis.

« Les relations sino-africaines vont continuer à se développer, l’avenir est prometteur », s’enthousiasme Franck Desevedavy, avocat associé du cabinet Asiallians, basé à Pékin. Lui qui accompagne de nombreux investisseurs chinois sur le continent confirme néanmoins un changement de paradigme dans les relations économiques.

Pour plusieurs chercheurs, la Chine pourrait en effet connaître ce que les Occidentaux ont éprouvé dans les années 1970  : des difficultés à se faire rembourser les dettes contractées par les pays africains. Les grands projets d’infrastructures qui ont mobilisé des dizaines de milliards de dollars sous forme de prêts pourraient ne pas se révéler aussi rentables qu’attendu.

« En moyenne, on estime la dette africaine vis-à-vis de la Chine de l’ordre de 5 %, c’est considérable », constate Thierry Pairault, directeur de recherche au CNRS. Une situation d’autant plus visible avec la crise des matières premières que vit actuellement un certain nombre de pays. En Angola comme en Algérie, dont les finances dépendent presque exclusivement des revenus des hydrocarbures, les projets sont suspendus, voire annulés.

La Chine investit sur le continent africain

Si les grandes entreprises publiques portées par les prêts bonifiés de l’État chinois pourraient voir leur activité faiblir, il en faudra plus pour décourager les entreprises privées. Elles seraient déjà 9 000 sur le continent, majoritairement des PME originaires des provinces de Zhejiang et du Fujian.

Elles pénètrent des secteurs aussi variés que la manufacture, l’agriculture, la banque, les assurances, les télécoms, le logement, le transport et la logistique. Le 10 septembre, Huajian Group a par exemple signé avec le Rwanda un accord portant sur l’implantation d’une gigantesque usine de production de chaussures, de vêtements, de sacs, mais aussi d’équipements électroniques. Coût de l’opération sur dix ans  : 1 million de dollars. Et 20 000 emplois à la clé.

Les partenariats sont de plus en plus nombreux, y compris avec les établissements financiers du continent

Le ralentissement – relatif – de la croissance en Chine (6,5 % prévu en 2017 contre 14,2 % dix ans plus tôt) pousse les entreprises à s’exporter. Et les taux de rentabilité en Afrique sont très alléchants  : selon le cabinet McKinsey, certaines amortissent leurs investissements en moins d’un an.

Les profits du secteur privé chinois en Afrique pourraient atteindre 440 milliards de dollars en 2025. Jack Ma, le milliardaire et fondateur du site de vente en ligne Alibaba, ne s’y est pas trompé, et compte lancer prochainement ses activités en Afrique du Sud, où il s’est rendu en juillet.

Autre phénomène, la collaboration entre les compagnies chinoises et d’autres sociétés étrangères. Les partenariats sont de plus en plus nombreux, y compris avec les établissements financiers du continent.

La tour Rabat-Salé (qui sera la plus haute d’Afrique avec 250 mètres) en est un exemple  : porté par le milliardaire marocain Othman Benjelloun, le projet est financé par son établissement BMCE Bank, mais la maîtrise d’ouvrage a été confiée à la China Railway Construction Corporation International, ainsi qu’aux Marocains de TGCC.

À Kribi, au Cameroun, la CHEC n’a pas hésité à s’allier au Français Bolloré pour la réalisation et la concession du port. En Égypte, selon nos informations, des investisseurs chinois étudient la possibilité de recourir à la finance islamique.

Après avoir voulu s’imposer militairement dans les années 1960, puis avoir usé de sa puissance financière ces vingt-cinq dernières années, la Chine, qui a su apprendre de ses erreurs initiales, veut aujourd’hui consolider ses relations « par le résultat, en aidant l’Afrique à se développer », confie une source diplomatique chinoise. Le départ d’une nouvelle saison dans la désormais célèbre série « Chinafrique ».

La lecture exclusivement ethnique des conflits en Afrique est fallacieuse

Hier au Rwanda ou aujourd’hui au Kenya, la dimension identitaire n’est qu’un vecteur parmi d’autres des crises, explique la chercheuse Sonia Le Gouriellec.

Par Sonia Le Gouriellec LE MONDE Le 26.10.2017 à 15h35

Sixième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud, le 9 juillet 2017, à Juba.

Nous avons tous en tête le génocide rwandais, qui opposait deux ethnies : les Hutu et les Tutsi. D’avril à juillet 1994, entre 500 000 et 1 million de Rwandais périrent (800 000 selon l’ONU). En France, très tôt, ce conflit a fait l’objet de controverses. Sur le rôle qu’aurait pu jouer la France, mais surtout sur l’interprétation des causes du génocide.

La lecture ethnique est très rapidement venue se confronter aux lectures plus complexes sur les causes sociologiques, politiques, historiques et régionales du génocide. Selon cette première lecture, les Tutsi et les Hutu seraient destinés à s’affronter et les massacres seraient le résultat d’une opposition raciste héréditaire et pratiquement constitutive de l’ADN des Rwandais et, plus largement, des Africains, condamnés aux tueries et aux barbaries spontanées sans dimension politique ni instrumentalisation.

Cette lecture n’est pas réservée uniquement aux conflits africains, mais l’explication ethnique se trouve être plus répandue concernant cette région du monde.

Pas une cause unique de conflit

La littérature sur le lien entre ethnie et conflit est très riche et de nombreuses controverses ont opposé les analystes. Pour les uns, le continent africain serait « condamné » aux affrontements ethniques, et pour les autres, les ethnies n’existent pas et ne seraient que des groupes artificiels créés à des fins de manipulation ou de domination politique, notamment par le colonisateur.

Nous ne nions pas l’existence d’« ethnies », au sens d’une « identité » distincte d’un autre groupe. En revanche, il est aisé de démontrer que l’ethnie n’est pas une cause unique de conflit. Si tel était le cas, tous les groupes ethniques du monde seraient perpétuellement en conflit, alors que la plupart du temps ils vivent paisiblement côte à côte. Donc, l’ethnie seule n’est pas une cause de conflit. Cela ne veut pas dire que les appartenances identitaires ne sont pas cruciales dans la guerre. Elles peuvent même très certainement venir alimenter le conflit.

Pour Paul D. Williams, les analystes doivent s’intéresser à l’« ethnie plus », c’est-à-dire chercher les causes additionnelles aux conflits. L’ethnie n’est qu’un vecteur. Ce qui apparaît à première vue comme des combats entre ethnies est bien souvent entièrement lié à des luttes entre les élites, pour la puissance politique ou matérielle. Ainsi, au Soudan du Sud, le conflit était au départ une opposition entre élites pour l’accès au pouvoir, avant de se cristalliser sur l’appartenance ethnique et une opposition entre Dinka et Nuer. Ce conflit est devenu effectivement un conflit semblant de nature ethnique, mais sa cause est bien plus complexe.

Manifestation lors du festival Oromo, le 1ᵉʳ octobre 2017, à Bishoftu, en Ethiopie.

Difficultés de gouvernance

Parmi les causes des conflits, on retrouve ainsi les manipulations politiques, les crises politiques (assassinats politiques, entre autres), les crises économiques, comme l’accès aux ressources ou à la terre. Ainsi, en Ethiopie, la dimension ethnique est forte dans le conflit qui oppose les Oromo et les Amhara au régime éthiopien, mais c’est une erreur d’analyse que de réduire ces tensions à une question ethnique. Les Oromo, les Amhara et les Tigréens représentent chacun des groupes très hétérogènes.

Les contestations qui ont conduit à l’instauration de l’état d’urgence, en 2016, et à la répression de l’opposition trouvent leurs racines dans l’annonce par l’administration de la capitale, Addis-Abeba, d’intégrer plusieurs municipalités voisines à son plan d’extension urbaine, et donc d’empiéter sur la région Oromo. Les manifestants ne rejettent pas le fédéralisme ethnique en lui-même, mais le fait que le régime ne se soit jamais démocratisé et que les retombées économiques ne bénéficient pas à tous.

On retrouve les mêmes difficultés de gouvernance dans d’autres pays d’Afrique. Les dirigeants considèrent l’Etat comme leur bien personnel et s’accaparent ainsi les ressources du pays. Le statut de président devient celui de « big man », inspiré par une stratégie d’accumulation financière pour s’assurer une clientèle électorale dépendante. Le Kenya est un bon exemple de gouvernance dite néopatrimoniale, où l’ethnie constitue un mode de mobilisation commode pour les politiciens qui se disputent le pouvoir et les ressources attenantes à celui-ci.

Dans ce pays, les élections de 2007 ont conduit à la mort de plus 1 000 personnes et provoqué 350 000 déplacés. Les élections organisées le 8 août 2017 se sont déroulées dans un climat relativement serein. Néanmoins, la Cour suprême a décidé, le 1er septembre, d’invalider l’élection présidentielle au regard des irrégularités de la Commission indépendante électorale. Si cette décision est une avancée démocratique notable, dans l’immédiat, la réorganisation du scrutin a radicalisé les différents camps et ethnicisé les discours.

Les racines de l’amalgame patrimonial remontent à l’histoire du pays ; la colonisation britannique s’accompagnait en effet d’une ségrégation territoriale. L’accès à la propriété foncière était défini par l’appartenance communautaire. Claire Médard l’a démontré : « C’est bien l’existence d’inégalités matérielles et le fait que ceux qui en sont victimes les interprètent en termes ethniques alors qu’elles résultent d’un clientélisme politique, qui explique les violences récentes. » Au Kenya, les hommes politiques ont joué sur les réactions identitaires, mais ce sont des enjeux économiques et fonciers qui sont la véritable source des oppositions politiques.

Un homme brandit une machette et un couteau lors d’affrontements avec les forces de l’ordre dans le quartier de Kibera, à Nairobi, lors de l’élection présidentielle kényane, le 26 octobre 2017.

Critère racial

On le voit, l’approche uniquement ethnique exclut toute analyse des événements ayant conduit au conflit et les « dépolitise ». De quoi cette lecture est-elle le symptôme ? Comment expliquer qu’elle soit particulièrement répandue dans l’étude des conflits en Afrique ?

Il semblerait qu’au-delà des classifications identitaires, l’analyse dépend du rapport entre l’observateur et l’observé. La lecture exclusivement ethnique est, en partie, héritière des travaux sur l’anthropologie de la race, élaborée à la fin du XIXe siècle. Cette littérature refuse de penser le racisme en Afrique comme une idéologie construite politiquement et socialement. L’étude de la trajectoire du concept d’« ethnie » est particulièrement éclairante.

Les Grecs opposaient les « ethnè » et la « polis ». Les sociétés, unies par la culture mais non organisées en cités-Etats, étaient des « ethnè ». L’ethnologie serait littéralement la science des sociétés qui sont « a-politiques » et qui, à ce titre, ne peuvent être des « sujets » de leur propre histoire. Cette définition « négative » se perpétue dans la tradition ecclésiastique, qui appelle « ethnè » les païens, par opposition aux chrétiens.

C’est à partir du XIXe siècle que le critère racial est intégré. Il faut noter que cette période correspond à la domination européenne sur le reste du monde. Dans l’Essai sur l’inégalité des races humaines (1854), le comte de Gobineau utilise l’adjectif « ethnique » d’une façon ambiguë, le mot commençant à désigner par moments le mélange des races et la dégénérescence qui en résulte. Si l’usage du terme « ethnie » s’est popularisé au détriment d’autres mots comme celui de « nation », c’est sans doute qu’il s’agissait de classer à part certaines sociétés, en leur déniant une qualité spécifique.

Jeux de pouvoir

Cette qualité, dont l’absence les rendait dissemblables et inférieures aux sociétés européennes, c’est l’historicité ; et, en ce sens, les notions d’« ethnie » et de « tribu » sont liées aux autres distinctions par lesquelles s’opère le grand partage entre anthropologie et sociologie : société sans histoire/société à histoire, société préindustrielle/société industrielle, société sans écriture/société à écriture.

Il convient de se méfier des explications simplistes et essentialistes où les conflits sont vus comme inhérents aux cultures africaines, déterminés uniquement par les identités. Pourtant, cette lecture continue d’être reprise et guide les commentaires sur les conflits en Afrique. Or, sur ce continent comme partout ailleurs, l’ethnie n’est pas une réalité figée ou immuable, mais au contraire se trouve en constante évolution. Elle est le fruit d’un continuel processus d’hybridation et de sédimentation historique.

Il faut donc porter notre attention sur les jeux de pouvoir locaux, sur les relations internationales africaines et sur l’intégration du continent au grand jeu mondial. La lecture exclusivement ethnique est extrêmement réductionniste, très spéculative et profondément fallacieuse.

Sonia Le Gouriellec est chercheuse à l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (Irsem).

Cet article a d’abord été publié sur le site The Conversation.

LIENS

* Wikipédia : Accords de partenariat économique

* Wikipédia : ChemChina

* Wikipédia : Chinafrique

* Wikipédia : Kénya

* Wikipédia : Mine d’uranium de Husab

* Wikipédia : Nouvelle route de la soie

* Wikipédia : Walvis Bay



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