AID Association initiatives dionysiennes
Jour de joie pour AID

Notre amie Geneviève Payet a été honorée ce jour par la République

par Jean-Marc TAGLIAFERRI

lundi 24 juillet 2017 par JMT

Cela faisait quelque temps qu’on le savait...vu que Geneviève voulait inviter ses amis proches. En fonction des disponibilités des personnalités attendues, la date a varié plusieurs fois mais finalement a été fixée pour ce 24 juillet 2017. Pris par sa consultation, Bruno Bourgeon n’a pu se libérer et j’ai donc représenté AID à cette émouvante cérémonie.

Geneviève PAYET et AID

Cela faisait quelque temps qu’on le savait...vu que Geneviève voulait inviter ses amis proches. En fonction des disponibilités des personnalités attendues, la date a varié plusieurs fois mais finalement a été fixée pour ce 24 juillet 2017. Pris par sa consultation, Bruno Bourgeon n’a pu se libérer et j’ai donc représenté AID à cette émouvante cérémonie.

En fait je ne sais même pas depuis quand je connais Geneviève ! Après le 1er juillet 1997 c’est certain. Sans doute via ATTAC-Réunion et surtout ses diverses activités (1998), ou via AID (Mai 2003), probablement grâce à Véronique Veinberg (donc après Septembre 1999) très impliquée dans les milieux féministes réunionnais, avec probablement l’UFR et Huguette Bello.

Suite à la création du collectif Pas En Notre Nom-974 en Septembre 2002 par certain-e-s qui fonderont en Mai 2003 AID, est né le collectif La Réunion Contre La Guerre, Pour La Paix ( CLRCLGPLP) dont PENN-974 Assurait le secrétariat.

Après tout UFAL-Réunion et AID, rejointes par l’UFR ont été à la base d’un COLLECTIF REUNIONNAIS CONTRE LES FRANCHISES MEDICALES en Septembre 2007 avec pétitions adressées à nos parlementaires.

Il est sûr que je l’ai retrouvée aux Verts-Réunion, bien après mon entrée en 2004 puis à EELVR. Elle est depuis 6 ans chef de file de la Commission de Régulation et de Prévention des Conflits d’EELVR et a eu fort à faire pour aider à ramener le calme dans un parti déchiré par les égos.

Elle est aussi conseillère fédérale d’EELV et comme je l’avais précédée dans le poste, j’ai pu accompagner ses premiers pas dans ce panier de crabes et comme je suis depuis plus de 2 ans conseiller statutaire nous nous retrouvons donc plusieurs fois par an, avec notamment toute une joyeuse bande d’anciens d’AID ou d’EELVR comme Marie-Cécile SEIGLE-VATTE (ex-conseillère municipale d’opposition à Saint-Denis 2001-2008) ou Liliane LIGER (ex-collègue de la DDE et adhérente de la SREPEN) .

Et pourquoi se contenter d’une PAYET quand on peut en avoir deux ? élue elle-aussi au conseil fédéral au titre de la région PACA, Marie-Nicole est venue se joindre à nos rencontres depuis 2 ans. Et aujourd’hui, c’est à elle qu’on doit les photos originales de la cérémonie que nous publions ici

L’actuel président d’AID, Bruno BOURGEON a été adhérent d’EELVR jusqu’à fin 2011. Mais il connaissait Geneviève depuis 2001, parce qu’ils travaillaient tous deux à Felix-Guyon (lui jusqu’en 2004 avant d’aller à l’AURAR, elle jusqu’à sa retraite en 2014) et il l’a faite entrer au Comité Régional d’Ethique de la Réunion, dont il était président-fondateur et dont il est toujours vice-Président.

LA CEREMONIE DU 24 JUILLET 2017

A 10h30 la salle du conseil municipal de Saint-Paul était pleine aux 2/3 et quasiment la soixantaine de chaises occupées. Geneviève accueillait ses invités à l’entrée.

Après les discours et photos, un léger cocktail sans alcool a été servi aux participants

DISCOURS DU MAIRE DE SAINT-PAUL

Joseph SINIMALE, maire de Saint-Paul a accueilli assez brièvement l’assistance et exprimé sa satisfaction de voir une de ses administrées ainsi honorée et dans son hôtel de ville de surcroît.

Il a laissé au général Jean-François GROS, président de la Société des Membres de la Légion d’Honneur à La Réunion (SMLH), le soin de présenter plus précisément la lauréate.

DISCOURS DU GENERAL

Ce qu’il fit dans la foulée en se concentrant non pas sur le CV, les titres universitaires (nombreux) et les publications scientifiques (importantes) de la lauréate, déjà chevalière de l’Ordre National du Mérite depuis quelques années, mais insista sur les événements marquants de sa vie professionnelle et militante pendant 40 années.

Discours du général Jean-François GROS

Il rappela aussi l’historique de la Légion d’Honneur, créée par l’Assemblée Constituante désireuse de créer un ordre ouvert à tous les citoyens, militaires comme civils, pour remplacer les ordres de l’Ancien Régime réservés aux Nobles. La Légion d’honneur fut finalement organisée pratiquement par le Premier Consul Napoléon Bonaparte en 1802 mais la première cérémonie (collective) de remise de la nouvelle décoration fut organisée par l’Empereur Napoléon 1er.

Depuis plus de 2 siècles, la Légion d’Honneur a traversé tous les régimes politiques que la France a eu et maintenu les objectifs de ses origines révolutionnaires.

REMISE DES INSIGNES

Remise des insignes

DISCOURS DE LA NOUVELLE CHEVALIERE

Discours de Geneviève PAYET

Discours que j’ai prononcé le 24 juillet 2017 à la Mairie de Saint-Paul à l’occasion de la remise de mes insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur

Etoile Chevalier Légion d'Honneur

Monsieur le Sous-Préfet, chargé de mission cohésion sociale et jeunesse auprès du Préfet,

Madame la Députée Ericka BAREIGTS,

Madame la Députée Huguette BELLO, (absente)

Madame la Présidente du Conseil Départemental, (absente)

Monsieur le Maire de Saint-Paul,

Madame Nadine CAROUPANIN, Déléguée aux Droits des Femmes et à l’égalité entre les Femmes et les Hommes,

Cher-e-s partenaires,

Cher-e-s collègues,

Cher-e-s ami-e-s,

Ma Chère famille,

C’est Madame la Ministre des Outre-Mer qui en début d’année 2017 a pris l’initiative de proposer ma candidature à ce titre prestigieux. En ce jour je la remercie sincèrement.

Je remercie également le Général Jean-François GROS qui vient de me remettre ces insignes marquant mon entrée dans cet ordre. De vous à moi, je ne le connaissais absolument pas il y a de cela quelques semaines encore et j’ai découvert un homme généreux, disponible, d’une profonde sensibilité.

Merci à la Mairie de Saint-Paul qui nous accueille pour cette cérémonie. Ma famille est du sud de l’île, mais la Baie du meilleur ancrage est devenu mon port d’attache depuis plus de 35 ans maintenant.

Nombreux sont les visages dans cette assemblée qui me sont familiers et que j’apprécie. Si vous êtes là c’est parce qu’un jour nos chemins se sont croisés, c’est parce que vous avez, à un moment ou à un autre, joué un rôle dans ma vie. Merci à tous de votre présence ce matin, je la reçois comme un signe profond d’estime et d’amitié, auquel les années passant ont apporté toujours plus d’éclat.

Et parmi vous d’autres visages, tout aussi accueillants, d’une nouvelle famille que je découvre peu à peu, celle des membres de la Légion d’Honneur. Toutes ces personnes qui forcent le respect, par leur parcours et leur rayonnement, sont déjà pour moi une formidable source d’inspiration ... Peut-être, en tendant un peu l’oreille, percevez-vous quelques bruits joyeux et lointains. Ce sont les battements de coeur de mes enfants qui n’ont pas pu faire le déplacement et qui, à distance, partagent avec nous cette joie.

* * *

Soyez sûrs que chacun d’entre vous représente une lumière, qui m’a tantôt impressionnée, tantôt stimulée, tantôt réconfortée, mais qui m’a toujours donné envie de continuer. Vous formez à mes yeux la chaîne solide de mes rencontres successives et les maillons fidèles de mes engagements profonds, sans lesquels je ne serais pas là aujourd’hui en vous associant à cet honneur qui m’est fait. Vous avez accepté de me suivre dans mes idées, dans mes projets, j’ai souvent eu votre confiance et votre soutien. En reprenant ces mots du Petit Prince j’ai envie de vous dire que votre différence, loin de me léser, m’a toujours enrichie.

* * *

Je n’avais jamais imaginé vivre un jour ce qui se passe face à vous à l’instant présent. Dans mes représentations, et il n’y a pas si longtemps encore, la Légion d’Honneur n’était réservée qu’à des personnes tout à fait exceptionnelles. Et pourtant, même si je n’ai pas l’étoffe d’un héros, j’accepte avec humilité et fierté cette reconnaissance, car elle salue à la fois toute ma carrière dans la fonction publique et tous mes engagements associatifs qui font partie intégrante de ma vie.

Au moment où je vous parle, je vous l’avoue, je suis encore bouleversée par cet événement, plus encore par l’honneur qui m’est fait de partager avec vous cette douce épreuve. J’ai fait beaucoup de cours, de conférences, d’interventions dans des circonstances très différentes tout au long de ma vie publique. Pourtant, jamais une prise de parole ne m’a parue aussi émouvante, aussi difficile.

* * *

Être intégrée dans l’ordre de la Légion d’Honneur est un véritable exercice, fait d’honneurs certes, mais surtout d’obligations. C’est vous qui – grâce aux rencontres mais aussi aux conflictualités – avez fait mon histoire. C’est vous qui avez fait mon investissement militant et mon investissement professionnel. J’ai pu m’exprimer, et m’exprimer avec encore plus de précision, grâce à vous. Vous l’aurez compris, aujourd’hui ce n’est pas une personne que nous célébrons, mais cette histoire que nous avons en commun. Cette cérémonie qui nous rassemble honore une démarche collective, non une aventure solitaire.

Cette médaille n’était pas inscrite dans mon parcours, elle est le fruit de nos semailles collectives et solidaires. Que chacun/chacune d’entre vous l’accepte comme un juste retour de tout ce que vous avez accompli avec moi, en moi, pour moi.

C’est toi Papa qui très tôt m’as transmis un grand amour de la Patrie et j’ai été bercée dans cet environnement. Tu as toujours été très respectueux des valeurs de la République. La droiture de ton regard reflète toute une vie de labeur. Tu m’as accompagnée en me laissant toujours libre de mes choix, de ma vie ; de mes erreurs comme de mes réussites. Sois heureux encore longtemps, non pas de ce que je suis, mais de ce que tu as fait pour moi – et que peut-être, sans m’en rendre compte, je deviens.

* * *

Je vais tout vous dire. Une nomination commence toujours par une surprise. La nouvelle arrive un jour, vous n’y croyez pas. C’est une de ces surprises étonnantes, non de celles qui retranchent mais de celles qui ajoutent et s’imposent à vous.

Il faut que je vous raconte comment cet événement a fait irruption dans ma vie. Il y a toujours une histoire, car ça vous arrive d’un coup, un matin. Pour ce qui me concerne, c’est tout simple :

Cela s’est passé le dimanche 16 avril 2017, jour de Pâques. La veille, j’avais échangé au téléphone avec une femme qui me disait avoir évité de peu le calou que son compagnon avait lancé sur elle .... Malgré les mesures prises pour sa protection à cette époque-là, mon inquiétude à son égard n’avait pas diminué. Aussi, le lendemain, dès mon réveil, j’ouvre mon ordinateur pour m’assurer que rien de plus grave ne lui soit arrivé. Et, là, je peste, mais je suis aussi rassurée en même temps, car aucune actualité dramatique ne fait la Une du journal numérique, laquelle est monopolisée (je cite) par « la nomination des personnalités distinguées au titre de la Légion d’Honneur ». D’accord, mais, pour avoir vraiment la conscience tranquille, je passe rapidement pour accéder à la rubrique des faits divers, quand soudain mon regard se fige sur un nom, Mon Nom … ? Et là, je vous l’avoue, c’est comme si j’étais moi-même devenue la cible de ce calou !

Ma carrière : la voici dans ses grandes lignes

Diplôme en poche, après 5 années d’université en métropole, que j’avais avalées comme une gourmandise, je ne pensais qu’à une seule chose : revenir à La Réunion. A cette époque, bon nombre de jeunes de mon âge ne rêvaient que de partir vivre en métropole. En somme, je faisais le trajet en sens inverse. J’étais à contre-courant, et du coup le BUMIDOM n’a pas voulu de moi !

Quoiqu’il en soit, ma décision était prise : c’est parmi les miens, dans cette île, que je voulais vivre, travailler et faire mes enfants. Sans savoir ce que j’allais faire (les seules lettres que j’avais reçues en réponse à ma candidature étant négatives), j’étais cependant complètement sûre de moi, partant du principe freudien fraîchement acquis que « plus important que ce que l’on fait est ce que l’on est ».

Septembre 1977, huit jours après mon retour au pays, c’est toi Lucienne qui m’a suggéré de pousser la porte de la DRH de l’hôpital à St-Pierre. Quelle jeune psychologue n’a pas rêvé de démarrer sa vie professionnelle immédiatement, en psychiatrie, dans un hôpital tout neuf ! Ce fut le début d’une immense aventure qui a commencé il y a maintenant 40 ans et qui n’est toujours pas terminée.

J’ai consacré toute ma vie professionnelle à la santé psychique, en somme à ce monde intérieur ‘qui nous habite et qui nous agite’ comme se plaît à le dire quelqu’un qui m’est TRES cher, à cet espace qu’on pense invisible, fait de lumière et d’ombre, de rêves et de tempêtes. La tempête c’est la peur et c’est l’angoisse. La tempête c’est aussi la folie. Pourtant, il est toujours possible de maintenir allumée la petite flamme cachée qui brille en nous, de donner du sens à ce que nous vivons, de retrouver toutes les richesses qu’on pensait perdues. Vous l’aurez deviné, j’ai toujours passionnément aimé mon métier et j’ai eu la chance de pouvoir l’exercer sous toutes ses facettes. Au travail, je me suis toujours sentie un peu comme lorsque vous visitez une cathédrale et que vous vous laissez fasciner par le jeu des vitraux. La lumière vient de toutes parts, elle est multicolore comme la joie. Du coup, je ne me suis jamais lassée de ce qui se présentait à moi.

C’est toi Philippe, mon Cher et Tendre, qui m’a guidée dans toutes les nuances du soin psychique ... Devenir psychothérapeute ne consiste pas à appliquer de façon mécanique les savoirs enseignés à la faculté. C’est beaucoup plus compliqué que ça et c’est bien mieux en même temps ! En pratiquant je suis devenue comme un apprenant permanent qui allait sans cesse remettre en question ce qu’il savait, à la fois par un travail sur soi et avec d’autres. C’est ainsi que je suis parvenue à répondre de façon singulière à chacun de mes patients en souffrance.

C’est Georges qui m’a proposé d’exercer en binôme avec lui pour des missions d’expertise criminologique près la Cour d’Appel de Saint-Denis. C’était en 1978, j’étais encore une jeune débutante, c’était osé ! Là, c’est tout un univers qui s’est ouvert à moi. J’ai ainsi expertisé des centaines, que dis-je j’ai largement dépassé le millier, de détenu-e-s. Des années après j‘ai fait le choix de devenir expert judiciaire (en criminologie et en victimologie) et j’ai poursuivi seule cet exercice. Les attentes étaient si fortes du côté justice que mes fils me demandaient toujours pourquoi je recevais autant d’enveloppes du ‘Tribunal de Grande Insistance’ ? Ils ne se trompaient pas, mais il n’en demeure pas moins qu’au contact de ces hommes, de ces femmes, de ces jeunes aussi, tous mis en examen, j’ai découvert comment il était possible (en l’absence de toute demande de leur part) de susciter et de soutenir un travail d’élaboration en tenant compte de leur problématique et de la complexité des situations rencontrées face au judiciaire.

Ce sont Roland et Claude qui de tout temps se sont imposés à moi comme des Maîtres. Grâce à eux, a pris sens pour moi cette injonction de René CHAR : « Hâte-toi. Hâte-toi de transmettre. Ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance ». C’est par l’enseignement universitaire, à compter de l’an 2000, que je suis parvenue à libérer ma soif de donner et de recevoir, cet incessant besoin de faire vivre le fruit de mes recherches et de mes interrogations. Penser, douter, protester, décrypter, dire et re-dire, tempêter et toujours repartir en pensant régulièrement à ces mots de Saint Thomas d’AQUIN qui, en toute clairvoyance, ont traversé les siècles : « il est plus beau d’éclairer que de briller seulement ; de même est-il plus beau de transmettre aux autres ce qu’on a contemplé que de contempler seulement ».

C’est René qui m’a fait naître à la publication. Que de chemin parcouru depuis mes premières recherches pour le compte du CNRS et mon premier article en 1975 ! Malgré toutes les difficultés que j’éprouve face à l’acte d’écriture (oui, cela ne va pas de soi) je pense avoir toujours fait preuve de mesure, de discernement et de sérieux dans mes écrits. Mes centres d’intérêt et mes travaux se sont diversifiés (l’enfance, le conte, l’altérité, le secret, le deuil, l’amour, l’emprise, la prostitution, l’enfer-me-ment, la honte, les migrations, le consentement, …). Ma plume n’a jamais failli, elle m’est restée fidèle pour mon plus grand bonheur !

C’est Bruno qui en 2004 m’ouvre tout grand la porte du Comité Régional d’Ethique de la Réunion libérant soudain une bouffée d’oxygène qui m’était devenue essentielle depuis que j’avais intégré le tout nouveau Comité d’Ethique hospitalier pour questionner ma façon de voir, de penser et de faire.

Cette réflexion collégiale, brouillant les frontières convenues, m’autorisait enfin à abattre les cloisons des différentes disciplines et à croiser les regards universitaires et religieux, à réunir autour des sujets de société les plus sensibles et les plus graves : médecins, philosophes, scientifiques, anthropologues, économistes, juristes, etc. Jusqu’à présent, dans mes réflexions, autant professionnelles que personnelles, je n’ai jamais pu me passer de cette indispensable boussole que constitue l’éthique.

C’est Gérard qui m’initie à compter de 1999 à la victimologie clinique et au psychotraumatisme à travers ses nombreuses publications que j’ai dévorées. L’année suivante je participe à un stage qu’il anime à La Réunion. Notre compagnonnage n’a cessé de se consolider depuis cette époque. Grâce à lui et avec lui, la discipline s’est structurée dans notre département (formations diplômantes, lieux d’accueil et de soins, prises en charge spécifiques des victimes de catastrophes, d’accidents, d’agressions de toutes sortes).

Avec le soutien de l’Institut de Victimologie et plus tard celui de l’Institut de Criminologie de l’université Panthéon-Assas à Paris, nous avons pu confronter nos expériences avec nos partenaires en Afrique du Sud, dans les autres îles de l’Océan Indien (Maurice, Mayotte), en Nouvelle Calédonie et jusqu’au Conseil de l’Europe. Sans nul doute il serait des nôtres si nous lancions un DU spécifiquement axé sur les violences intrafamiliales à La Réunion !

Ce sont Rémi, Alain et Octave, mes trois fils, qui m’ont chacun à leur tour demandé : « Mais Maman, c’est quand que tu vas prendre ta retraite ? » Pourtant en 2014, lorsque je signe après avoir exercé pendant 37 années au sein de la Fonction Publique Hospitalière, au final c’est pour me consacrer complètement au bénévolat associatif … Maintenant, sur la route de mes prochaines années, je n’ai plus guère le temps de flâner, ni de contempler, car « quand je cesserai de m’indigner », comme dit GIDE, c’est que « j’aurai commencé ma vieillesse ». Sachez, mes doux Enfants Chéris, que vous êtes ce que j’ai réussi de plus beau dans ma vie !

Comment vous parler de ma pratique de la vie associative ?

Notre pays bénéficie grâce à la loi 1901 d’un formidable dispositif, il faut bien le dire ! La vie associative est un espace citoyen de liberté et de créativité à nul autre pareil. Il offre toutes les garanties et, en même temps, il ouvre sur tous les possibles.

Pour ma part, je l’ai décliné à trois reprises avec grand bonheur et en assurant successivement la présidence de chacune de ces associations :

* L’Association des Psychologues de l’Océan Indien (APsyOI) a vu le jour en 1983. A cette époque aucune formation, aucune publication, aucune manifestation à destination spécifiquement des psychologues. Pourtant, d’un côté, ce corps professionnel ne cessait de prendre sa place dans le paysage sanitaire, social, éducatif et judiciaire à La Réunion ; d’un autre, le titre de psychologue allait être légalement reconnu et protégé deux ans plus tard par décret ministériel. Pendant une dizaine d’années, cette association a organisé les regroupements de ces professionnels et des journées à thème autour d’universitaires de renom au niveau national et international. C’est Jacky qui a été le maître d’oeuvre de ces actions de formation. Un bulletin d’information mensuel a été édité, puis complété par une véritable revue clinique, co-animés par Philippe et moi-même.

* L’Antenne Réunionnaise de l’Institut de Victimologie a été lancée en 2002 avec l’appui de l’Institut de Victimologie à Paris et sous le label Prévenir la Violence de la Chaire de l’Unesco. C’est avec Jean-Loup et une équipe locale de bénévoles enthousiaste et engagée que nous avons décliné sous de multiples volets notre savoir-faire auprès des personnes victimes, l’exercice de cette pratique donnant lieu par la suite à diverses publications. Il est à savoir que l’ARIV a créé en son sein, à La Réunion, une Ecole de Victimologie et une Ecole de la Paix qui a reçu l’agrément de la Coordination pour l’éducation à la non-violence et à la paix. L’ARIV, c’est encore et toujours un espace d’accueil, d’interventions et de formations. Cette association, qui va fêter dans quelques jours ses 15 ans d’existence, travaille en réseau et en relation avec les institutions et diverses associations qui interviennent dans le domaine de l’aide aux victimes. C’est Pascaline, avec laquelle j’ai toujours oeuvré tant au plan professionnel qu’associatif, qui a pris la Présidence de l’ARIV en février 2016.

* Le Réseau Violences IntraFamiliales (Réseau VIF) est arrivé tout naturellement en 2013 dans l’environnement social, sanitaire et judiciaire. Cette fédération résulte d’une impulsion donnée par l’ARIV et à laquelle se sont joints d’autres partenaires, dont certains sont présents ce jour et je les remercie. Les conditions étaient désormais réunies pour que les acteurs envisagent à partir d’un nouveau prisme la prise en charge des violences familiales graves. Travailler ensemble autrement est la devise du Réseau VIF qui intervient sur un mode global et systémique, tant auprès des femmes victimes que des auteurs de violences et des enfants confrontés à ces violences entre leurs parents. C’est avec Sophie, notre Directrice, que je travaille en parfaite harmonie pour la réussite de cette incroyable aventure ! La richesse de ces expériences me permet d’affirmer que le monde associatif constitue un formidable terreau pour donner vie à des projets, mettre en chantier le collectif, engager les institutions et responsabiliser les réseaux. Pour autant, je le confesse, cette expérience peut aussi s’avérer humainement très éprouvante, notamment lorsque l’idéal militant se heurte aux effets de réalités qui complexifient sa trajectoire et peuvent compromettre sa réussite.

Ce sont Sophie, puis Nadine, nos brillantes Déléguées aux Droits des Femmes, qui au fil du temps, m’ont donné les moyens pour soutenir un combat qui, à mes yeux, est inconditionnel pour le devenir et l’équilibre de notre société. J’en suis profondément convaincue, rien ne se fera tant que notre humanité n’aura pas définitivement affronté pour le dépasser le problème de l’égalité entre les hommes et les femmes. Si l’émancipation féminine est une des plus grandes réussites de certains pays de l’Occident, le reste du monde est encore largement à conquérir. Si le sexisme est bien condamné par nos institutions de la République, il doit encore être combattu autour de nous !

Pour preuve, il a fallu attendre 1985 pour qu’en France soit reconnue l’égalité des époux dans la gestion des biens de la famille et des enfants. Il nous a fallu une loi en 2014 pour que l’exercice des responsabilités politiques par les femmes soit respecté. Le chemin est encore long pour lutter contre les idées reçues, les inégalités, les violences, les stéréotypes de genre, le sexisme, … Nous le savons tous, partout sur la planète, de trop nombreuses femmes et filles sont encore et toujours victimes d’injustices, de cruautés. Dans notre monde, nous avons une dette envers des millions de femmes qui se battent au quotidien pour obtenir la reconnaissance de leurs droits fondamentaux. La lutte n’est pas terminée !

Mais si j’ai pu prendre une part dans le combat en faveur de la cause des femmes et de l’égalité, c’est bien parce que je le porte avec bon nombre d’entre vous qui me faites l’honneur de votre présence aujourd’hui.

Que puis-je vous dire sur mes autres engagements ?

C’est toi Jean-Marc qui a fait vibrer en moi un sens politique qui ne demandait qu’à éclore face à une contradiction qui m’apparaissait de plus en plus insupportable : l’impossibilité de conjuguer dans un même mouvement la finitude de notre planète et l’épuisement de ses richesses matérielles et énergétiques par l’espèce humaine à laquelle nous appartenons ; une espèce qui ne cesse de croître et dont les besoins sont exponentiels. Mon engagement en politique a toujours été conforté par un partage d’une grande richesse qui nourrit ma réflexion. Quel bonheur de rencontrer sur le terrain des hommes et des femmes, merveilles d’engagement, de motivation, d’innovation et d’humanisme !

Ce sont Réjane, Jean-Louis et maintenant Daniel, mes chefs de choeur successifs, qui soutiennent mon irrépressible besoin de musique et mon désir de faire progresser l’élève que je suis au Conservatoire de Région depuis tant d’années maintenant. Si seulement ils avaient la mesure de l’immensité de mes lacunes malgré toute la volonté que je déploie et mon assiduité pour tenter d’y remédier …

Malgré cela, que de merveilleuses expériences vécues autour d’oeuvres magistrales que j’ai eu le bonheur de travailler comme une dentelle infinie que l’on voudrait parfaite. Je remercie Alain MONTCOUQUIOL de me prêter cette réflexion que je souhaite leur adresser : « Une passion qui ne s’épuise jamais, … porte en elle le désir de toujours tout remettre en jeu encore et encore ». Est-ce la source à laquelle je m’abreuve pour garder l’énergie qu’on me connaît ?

Mais alors, quelle place pour ma famille au regard de ces passions qui m’animent et qui dévorent une grande partie de mon temps… Que mes proches et mes amis me pardonnent d’avoir parfois été peu disponible. Je sais que j’ai pu leur manquer de temps à autre, voire souvent à leurs yeux, mais j’ai toujours été attentive et aimante.

Je l’assume malicieusement, c’est avec un infini plaisir que j’ai manqué de concision !

Mais comment résister au plaisir de partager ces moments avec vous ? Je suis très touchée par cette marque de reconnaissance que la France, ma patrie, m’adresse ; la République qui reconnaît, qui distingue, qui honore. Cette décoration n’est pas pour moi un aboutissement, mais une responsabilité de plus.

Cette distinction honorifique me concerne tout autant que ma famille. Sans elle, sans mon mari, sans mes enfants, je n’aurai pas trouvé la force, l’équilibre, qui permettent de résister aux situations difficiles. Merci pour votre compréhension, votre patience parfois, votre soutien et votre amour toujours.

Mais vos regards complices n’ont pas la capacité de masquer les sentiments profonds qui me troublent lorsque je pense à celles (ma mère et ma soeur) qui ne sont plus de ce monde et qui me manquent terriblement en cette matinée surtout. Comment ne pas penser au bonheur qu’aurait été le leur de participer à ce moment de joie ? Maman, j’aimerais tant que tu sois là pour tenir dans la paume de tes mains cette délicate fleur rouge …

Merci également à mes amis, ils comptent tant pour moi, certains sont là, fidèles, attentifs.

Cet extraordinaire bouquet de connaissances, de talents, de vitalité que vous composez, s’est formé autour de moi, tout au long de ma vie, je vous dois ces belles rencontres qui ont encore bien du chemin à parcourir ... C’est, j’en suis pleinement consciente, grâce à beaucoup d’entre vous, que je viens de recevoir les insignes de Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.

Merci à vous qui représentez toutes mes familles : ma famille naturelle, ma famille au travail, ma famille associative, ma famille politique, ma famille musicale. Vous évoquez aussi pour moi, par les souvenirs auxquels vous êtes associés dans mon histoire, toutes les étapes de ma vie. J’ai une pensée pour plusieurs personnes proches et amis qui n’ont pas pu venir.

Avant de conclure je souhaite vous poser cette question : « Ai-je été assez claire pour vous montrer que seule au monde, on ne fait jamais rien ? »

L’Honneur

Cette valeur qu’est l’Honneur fait désormais un peu plus partie de moi qu’auparavant. Je ne suis pas encore très à l’aise avec cette mission qui m’est confiée, je vous promets d’y travailler. VOLTAIRE, toujours impressionnant par sa capacité de synthèse, a déclaré que « l’honneur est un mélange naturel de respect pour les hommes et pour soi-même ». Alors, s’il en est ainsi, j’ai encore du travail à faire parce que je crois que je me suis un peu oubliée. Serait-ce par excès de modestie ?

Mais, de toute évidence, d’autres l’ont fait à ma place. Je tiens à remercier collectivement celles et ceux qui, dans toutes les étapes du projet, ont plaidé pour ma nomination à partir de mon parcours personnel, professionnel et associatif. J’ai été particulièrement sensible au fait que celle-ci ait été transmise à la Grande Chancellerie puis à la Présidence de la République sur proposition de Madame la Ministre des Outre-Mer en reconnaissance du travail que j’ai effectué dans l’aide aux victimes.

Dédicaces

Je terminerai par ces vers de Paul ELUARD qui à la fois résument mon parcours et disent, Ma Chère Ericka, Ma Chère Huguette, pourquoi je continue :

« La nuit n’est jamais complète

Il y a toujours, puisque je le dis

Puisque je l’affirme

Au bout du chagrin une fenêtre ouverte

Une fenêtre éclairée

Il y a toujours un rêve qui veille,

Désir à combler, faim à satisfaire,

Un coeur généreux

Une main tendue, une main ouverte,

Des yeux attentifs

Une vie,

La vie

A se partager. »

Je dédie cette décoration à mon père sans qui, pour moi, rien de tout cela n’aurait eu lieu, tout simplement !

Je dédie aussi cette décoration à une Grande Dame qui vient de nous quitter. Simone VEIL a marqué notre temps. Elle symbolise le combat dont nous sommes tous les héritiers pour l’égalité entre les femmes et les hommes, les libertés publiques et la justice entre les peuples. Par-delà le ciel, qui croit nous séparer de toi, je t’adresse Très Chère Simone ces quelques mots de Valérie LARMIGNAT qui toujours font écho en moi : « quand les vieux se sentent bien et acceptent cette terre comme celle de leur sépulture, alors les jeunes, en paix avec leurs racines, iront mieux aussi ».

Merci à tous, merci pour tout !

Exemplaire téléchargeable :

PDF - 607.3 ko
Discours de la nouvelle chevalière

qui a été remis en version papier aux participants

PHOTO OFFICIELLE

Photo officielle

de gauche à droite le maire de Saint-Paul Joseph Sinimalé, la députée de la 1ere circonscription de la Réunion,, Ericka Bareigts, Geneviève Payet et le Général Jean-François Gros

LIENS PRESSE LOCALE

* IPRéunion du 24/07/2017 à 14:00 : Geneviève Payet reçoit la Légion d’honneur

* Zinfos974 : communiqué du Lundi 24 Juillet 2017 - 15:45

LIENS INTERNES

* 40ème anniversaire de l’officialisation par l’ONU de la Journée Internationale des Femmes le 8 mars

Une contribution de Geneviève PAYET pour AID


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