AID Association initiatives dionysiennes
Après la Russie, l’Australie, la Californie, l’ère des méga-incendies de forêt !

ALBERTA : le souffle du dragon

Une conséquence avérée du réchauffement climatique ?

lundi 9 mai 2016 par JMT

Après un hiver trop doux, deux mois sans pluies, une faible humidité, une température atteignant déjà 30° et des vents de 40km/h, la forêt boréale du nord-est de la province canadienne de l’Alberta s’est embrasée sur plus de 1600 km2 et les 100.000 habitants de l’agglomération de Fort McMurray , ville champignon née de l’exploitation des sables bitumineux de l’Athabasca dont le plus proche site d’extraction se trouve à 30km du centre-ville.

Le vent est-il en train de tourner pour les pétroliers ? Il se pourrait qu’ils l’aient anticipé (Voir l’article du JDE) ou pas ce qui pose des problèmes à l’Alberta mais aussi à tout le Canada (voir le 1er article de Novethic ). Voire plus loin car l’excédent de pétrole et de gaz de schistes , et la faible croissance ont réduit la demande mondiale en charbon et poussé à la faillite certaines compagnies qui pourraient ne pas pouvoir tenir leurs engagements environnementaux (voir le 2ème article de Novethic )

Fort McMurray, vous connaissez ?

C’est une petite ville du Nord-est de l’Alberta, au beau milieu d’une splendide forêt boréale, qui, jusque dans les années 70, stagnait à 30000 habitants, essentiellement des trappeurs et tout ce qui gravite autour du commerce de fourrures.

On découvre un gisement, le plus important gisement de pétrole lourd au Monde, avec le Bassin de l’Orénoque : les sables bitumineux, autour de cette petite ville. Au début peu attirant, car très difficile d’extraction, ce pétrole lourd n’était que peu exploité.

Puis le baril de pétrole s’est surenchéri progressivement, rendant ce gisement rentable. Les compagnies pétrolières ont investi les lieux, déboisé à tours de bras et de tronçonneuses, creusé jusqu’à 60 m de profondeur pour trouver les sables convoités. Fort McMurray a aujourd’hui 100000 habitants. Une ville sous la coupe réglée et privatisée des magnats du pétrole. L’Alberta est une province-pétrole.

Evacuation sous les fumées d’incendie

Et voilà qu’un gigantesque incendie ravage la forêt boréale autour de la ville. Il couvre 1600 km2, soit quinze fois Paris, trois fois le Lac Léman, et oblige cette ville de la taille de Poitiers à se vider en 48 heures. Il est hors de contrôle. Il est attisé par une sécheresse séculaire, des températures caniculaires en cette période de l’année (30°C à cette latitude), et des vents de l’ordre de 40 km/h.

La désertion de la population de cette ville-fantôme a diminué la production, naguère de l’ordre de 3 millions de barils, de 1 million de barils par jour. Et, en ces temps difficiles pour les industries du pétrole non conventionnel, du fait de la guerre économique que se livrent Saoudiens et Américains, l’exploitation des sables bitumineux, manne du gouvernement canadien, ne devient plus rentable et est en train de s’écrouler.

Toute une économie qui s’effondre, puisque les autres provinces envoient leurs ouvriers se faire exploiter dans l’Alberta. Pour l’économie canadienne, cet incendie est épouvantable, le dollar canadien étant indexé sur le gisement.

Et les experts d’en rajouter : « Dire que l’énergie fossile est l’avenir du Canada, c’est de la folie humaine ! » Pour deux raisons :

  La déforestation sauvage rendue nécessaire par l’exploitation des sables bitumineux, industrie la plus polluante au monde, est responsable de ces feux inextinguibles, car elle laisse à nu les brindilles et les branches et feuilles qui s’assèchent au vent et à l’absence de pluie ;

  Les records de chaleur observés sont liés au changement climatique induit par l’exploitation des énergies fossiles (entre autres). On marche sur la tête ! Que faire ? Peut-être ne pas s’y intéresser et abandonner cette province à son sort. Et prier pour qu’elle laisse ses sables en terre… Ou que l’incendie s’arrête…

Dr Bruno Bourgeon, président d’AID.

MEDIAS

* Courrier des lecteurs de Zinfos974 du Mercredi 11 Mai 2016 - 13:07

* JIR

* Le Quotidien

LIENS

* Du "Hollande bashing" : En veux-tu ? En voilà !

Une politique à forte odeur de pétrole... mercredi 5 novembre 2014

* Dix mesures urgentes pour le climat par Bruno BOURGEON... samedi 6 décembre 2014

* Wikipédia : Incendie de Fort McMurray

Les pétroliers doivent changer leur modèle d’affaire

Le 09 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg

Plate-forme de forage de Kashangan sur la Mer Caspienne

Plateforme de forage de Kashangan sur la Mer Caspienne

Moins rentables, plus risqués, le pétrole et le gaz ne sont plus ce qu’ils étaient. Raison de plus pour inciter les Majors à changer de stratégie.

Presqu’un milliard d’euros.

C’est le magot que Total est prêt à mettre sur la table pour s’offrir Saft. Un pétrogazier qui investit dans l’un des leaders mondiaux des batteries à haute performance, qu’est-ce que ça cache ?

Tout simplement une évolution de la stratégie de la Major française. Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné sait qu’une partie de sa croissance devra être puisée dans d’autres sources d’énergie que le pétrole et le gaz.

Raison pour laquelle la ‘septième sœur’ vient de créer une direction Gas Renewable & Power, en charge des activités dans l’électricité, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique du groupe. Objectif fixé pour la nouvelle entité : réaliser 20% du chiffre d’affaires global dans les prochaines années. Audacieux.

A bout de souffle

En s’ouvrant aux énergies ‘bas carbone’ et aux services énergétiques, le poids lourd du CAC 40 fait un peu figure de pionnier. Ses concurrents privés boxant dans la catégorie des super lourds peinent à renouveler un modèle d’affaires que d’aucuns décrivent comme à bout de souffle.

Depuis une quarantaine d’années, le business pétrolier est bâti sur trois piliers : réduire les coûts, accroître le volume des réserves exploitables à bas coût (sources de revenus futurs) et servir toujours plus de dividendes aux actionnaires.

Un trio désormais perdant. Des éléments de preuve ? En voilà. Les résultats du premier trimestre 2016 d’ExxonMobil, de Total, de la Shell, de BP et de Chevron sont tous en très net recul par rapport à ceux de 2015.

Et ce n’est pas la faute de la seule dégringolade des cours du brut (amorcée début 2014). Structurellement, les grandes compagnies pétrolières ne font tout simplement plus rêver les investisseurs, souligne un récent rapport de l’institut britannique des affaires internationales (RIIA)[1].

Les Seven peinent à remplir leur contrat

A force de comprimer les coûts et de laisser les compétences techniques aux parapétroliers, les Seven peinent à remplir leur contrat. Lorsque les difficultés s’amoncellent, les anciens aventuriers de l’or noir font pâle figure.

En mer Caspienne, 7 compagnies devront investir 160 Md$ (140,3 Md€) -trois fois plus que prévu- pour exploiter avec retard le champ de Kashagan[2], pour une durée non encore déterminée.

Dans le golfe du Mexique, l’avidité de BP et son incapacité à encadrer son prestataire Halliburton sont à l’origine du naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon et de la marée noire qui a suivi.

Présenté parfois comme la nouvelle Arabie, l’Arctique résiste aux assauts des bateaux et des plates-formes de forage. Résultat : les pétroliers ne découvrent plus assez de nouveaux gisements. En 2014, l’addition de nouvelles réserves n’avait jamais été aussi faible depuis 2010, note Paul Stevens, auteur du rapport pour le RIIA.

En bourse, c’est le début de la déroute. Depuis 2009, le taux de retour sur investissement des sociétés pétrolières est systématiquement deux fois moindre que celui des industriels. Pis : depuis 2011, les pétroliers doivent céder des actifs (dans le raffinage, notamment) ou emprunter pour continuer de servir aux actionnaires les dividendes attendus. Pas bon signe, ça.

Le rendez-vous de 2028

La signature de l’accord de Paris jette une nouvelle pierre dans le jardin des pétrogaziers. En limitant à 2°C le réchauffement entre le XVIIIe et la fin du XXIe siècle, les 196 pays signataires ont aussi limité la consommation d’énergies carbonées (charbon, pétrole, gaz naturel).

Pour avoir une chance sur deux d’atteindre ce Graal climatique, la communauté internationale ne peut remettre dans l’atmosphère plus de 3.000 milliards de tonnes de dioxyde de carbone. Nous avons épuisé les deux tiers de nos quotas. Et au rythme actuel de consommation, nous aurons fini d’émettre le dernier millier de milliards de tonnes en… 2028.

Dit autrement, le respect des 2°C nous oblige, collectivement, à laisser dans le sol 82% des réserves de charbon, le tiers des réserves de brut et la moitié de celles de gaz naturel. De quoi faire chuter sensiblement la valeur des fameuses réserves.

Imposer un stress-test climatique

Le sujet commence d’ailleurs à inquiéter les investisseurs. Ces dernières semaines, de très nombreux fonds souverains, banques, fonds d’investissement, fonds de pension ont déposé ou soutenu des motions lors des assemblées générales d’Anadarko, d’ExxonMobil, de Chevron ou d’Occidental. Leur idée force : imposer la réalisation de stress-tests climatiques aux grands pétroliers pour évaluer les effets d’une politique ‘carbo-contraignante’ sur leur stratégie.

Le Carbon Tracker Initiative (CTI) enfonce le clou. Dans une étude publiée en fin de semaine passée, la boîte à idées britannique évalue les actifs des pétrogaziers selon deux scénarios : on continue comme si de rien était (scénario BAU) ou l’on s’attache à atteindre les objectifs de l’accord de Paris (scénario 2°C).

Dans le premier cas, les compagnies développent les gisements qu’elles ont en portefeuille. Dans le second, les compagnies s’adaptent à la baisse de la demande de pétrole et de gaz et n’exploitent que les gisements ‘nécessaires’. Selon les simulations de CTI : le ‘portefeuille 2°C’ vaut 43% de plus que le portefeuille ‘BAU’ avec un baril à 60 $ (52,6 €), 15% de plus avec un baril à 80 $ (70 €), et 5% de plus avec un baril à 100 $ (87,7 €).

Avec un baril à 120 $, les deux portefeuilles ont la même valeur. Au-delà, l’exploitation à outrance reste la plus rentable. Pour les seuls financiers.

[1] Plus connu sous son surnom de Chatham House.

[2] Le plus grand gisement d’hydrocarbures du monde découvert depuis 1980.

Fort McMurray : vers la fin des sables bitumineux canadiens ?

Le terrible incendie qui sévit depuis le 1er mai au nord de la province de l’Alberta, dans l’Ouest canadien, vient de mettre un sévère coup d’arrêt à la production de sables bitumineux et menace les infrastructures du plus grand site mondial d’exploitation pétrolière.

Publié le 10 mai 2016 par Novethic

Sur l’Highway 63, proche de Fort McMurray et non loin des flammes qui ravagent le secteur, la police régule l’évacuation des habitants et des travailleurs, le 6 mai dernier.Cole Burston / AFP

Un dernier bilan estime à environ 1 600 km2 les superficies ravagées, soit seize fois celle de Paris, par celui qu’on appelle déjà "la bête". Avec plus de 100 000 personnes mises en sécurité loin des flammes, le Canada fait face à l’évacuation la plus importante de son histoire. Heureusement, pour l’heure, aucune victime n’est à déplorer, mais la catastrophe frappe en plein cœur une région pétrolière déjà lourdement éprouvée par la chute des prix du pétrole.

Celle que l’on surnommait "Fort McMoney" il n’y a pas si longtemps, tant sa croissance paraissait sans limite, tournait déjà au ralenti ces derniers mois. Construite au milieu d’une forêt boréale sur l’une des plus grosses réserves de sables bitumineux au monde, la ville, qui a vu sa population grimper de 10 000 à 80 000 habitants avec l’arrivée des compagnies pétrolières dans les années 90, a perdu 35 000 emplois en 2015. Le triple, si l’on y ajoute les intermédiaires et les sociétés liées à l’industrie pétrolière.

En plus de la crise, les compagnies pétrolières doivent maintenant composer avec le nouveau gouvernement libéral de Justin Trudeau et sa volonté de plafonner les aides publiques à la production des sables bitumineux et de limiter leur empreinte carbone.

Le poumon économique de l’Alberta asphyxié

Les unes après les autres, les compagnies suspendent pour une durée indéterminée leurs activités. Les pipelines ferment. Le géant des sables bitumineux Suncor, qui produit jusqu’à 400 000 barils/jour dans la région, a évacué 10 000 personnes, incluant des employés, leurs familles et des résidents de Fort McMurray, dimanche 8 mai. Toutes les activités de ses sites au nord de la ville ont été suspendues plus tôt dans la semaine. Syncrude, sa filiale, avait déjà mis la clef sous la porte samedi et des avions de l’armée avaient été dépêchés pour évacuer ses 4800 salariés des sites Aurora et Mildred Lake.

Shell suspend lui aussi sa production d’Alban Sands, évaluée à 225 000 barils/ jour, soit 17% de la production quotidienne en Alberta. Imité par Nexen Energy, sur son site de Long Lake, le seul à avoir essuyé quelques dégâts matériels limités ; Athabasca Oil Corp, dont l’usine de Hangingstone se trouvait à moins de 5 kilomètres du brasier le week-end dernier ; ConocoPhillips, qui a dû évacuer le personnel de son usine Surmont et les résidents de Fort McMurray qui avaient trouvé refuge dans son camp de travail. Imperial Oil, qui produit 110 000 barils/ jour, va devoir leur emboiter le pas pour son site de Kearl.

Les travailleurs en danger

En revanche, les compagnies Husky Energy et Connacher Oil and Gas ont pour l’instant seulement prévu une réduction de leur production leur permettant, d’après elles, de se concentrer sur l’évacuation de leurs employés.

Husky Energy souhaite se contenter d’une baisse de régime de son projet Sunrise à environ 10 000 barils/jour (contre une moyenne de 27 000 barils/jour habituellement). Cenovus Energy assure avoir renvoyé le personnel de son usine de Christina Lake à titre de précaution, à l’exception de l’équipe de base, mais sa production est restée inchangée pour le moment.

De son côté, Canadian Natural Resources Limited refuse d’évacuer ses employés. Samedi dernier, environ 1 000 travailleurs étaient encore bloqués sur le site de l’entreprise. Une décision dont se défend la compagnie en assurant qu’il n’y a aucun risque autour du site.

Des témoignages d’employés et de leurs conjointes sont néanmoins venus corroborer les faits. "A cause de la fumée, les travailleurs commencent à avoir mal aux yeux et à vomir", attestait un employé à Radio-Canada. "Ils leur demandent de continuer à travailler dans une situation extrême", affirme une femme dont l’époux a dû démissionner avant de quitter le site.

La production réduite de moitié

Les experts parlent d’une chute de la production de 1 à 1,5 million de barils par jour. Ce qui représente une perte de la moitié de la production de sables bitumineux, qui atteignait 2,43 millions de barils par jour en fin d’année dernière. Environ les deux tiers de la production totale de pétrole brut au Canada, selon l’Association canadienne des producteurs pétroliers.

L’impact économique global pour la région est encore inchiffrable, mais les premières estimations font état de 6 milliards d’euros pour la reconstruction de Fort McMurray, sans compter le coût pour les assurances, évalué à environ 6,3 milliards.

"Aucune compagnie n’est en mesure d’estimer à quel moment les employés évacués pourront reprendre leur activité. Et leur bilan mettra certainement des mois à arriver", assure Martin Poirier, le porte parole de l’organisation Non à une marée noire dans le Saint-Laurent, qui suit de près le dossier.

A court terme, la catastrophe menace sérieusement l’industrie des sables bitumineux. Mais sur le long terme, "les craintes de voir les politiques pousser les projets d’oléoducs pour relancer l’économie sont réelles", s’inquiète Martin Poirier. Notamment le projet Énergie Est, dont la menace semblait s’éloigner.

Soutenir la région en accompagnant la transition

Avec près de 25% de son économie encore liée à l’industrie pétrolière, le pays sera lui aussi touché. Mais après un tel drame humain et écologique, "l’opinion publique ne devrait pas les soutenir ! On va nous dire qu’il faut relancer l’industrie pour que les gens de Fort McMurray s’en sortent. Relancer l’économie oui, mais pas avec les sables bitumineux. Nous allons devoir trouver une stratégie d’opposition et une façon de soutenir les populations albertaines dans leur transition", affirme le porte parole.

Et le groupe Iron and Earth (Fer et terre), formé d’anciens travailleurs de l’industrie des sables bitumineux, l’a bien compris. Il demande au gouvernement albertain d’investir dans des programmes de formation afin de reconvertir 1 000 électriciens de l’industrie du gaz et du pétrole pour qu’ils puissent travailler dans l’énergie solaire. Même s’il réalisent qu’ils ne retrouveront pas les salaires mirobolants perçus pendant l’âge d’or de "Fort McMoney".

Johanna Sabys

Faillite de Peabody : la crainte d’un désastre environnemental

Le numéro un américain du charbon, endetté à hauteur de 10 milliards de dollars, a déposé le bilan le 13 avril. Il s’agit pour lui de se restructurer.

C’est en tout cas ce qu’affirment ses dirigeants. Cela passera par la fermeture de certaines mines. Or la loi américaine oblige à remettre en état les terres exploitées. Le groupe Peabody en a-t-il les moyens ? Plusieurs associations et des élus locaux tirent déjà la sonnette d’alarme.

Mine de charbon dans le Kentucky. La loi américaine oblige les charbonniers à remettre en état les terres exploitées.Luke Sharrett / AFP

En annonçant sa faillite le 13 avril dernier, Peabody, le numéro un du charbon, a aussi précisé sa nouvelle feuille de route : "renforcer la trésorerie et réduire la dette". Le charbonnier va donc devoir vendre, ce qu’il essaie de faire depuis des mois sans succès, ou plus probablement fermer certaines de ses 26 mines aujourd’hui en activité.

Un scénario qui inquiète au plus haut point Sharon Buccino, l’une des directrices de l’organisation non-gouvernementale NRDC : "avec cette faillite, la priorité va être mise sur la santé financière de l’entreprise plutôt que sur la santé des terres qu’elle a exploitées".

En théorie, Peabody a l’obligation légale de remettre en état les sites miniers sur lesquels le groupe s’est implanté. La loi fédérale américaine de 1977, baptisée Surface Mining Control and Reclamation Act, prévoit qu’un terrain exploité doit retrouver ses contours initiaux puis être végétalisé.

Les cours d’eau et les nappes phréatiques doivent quant à eux être dépollués. Une responsabilité environnementale que reconnaît d’ailleurs Peabody : en annonçant sa faillite, le groupe a ainsi promis de rester "concentré sur un objectif de développement durable pour parvenir à la meilleure remise en état des terres au service des générations futures".

Mais au-delà des mots, il y a la réalité des chiffres. La dette de Peabody, estimée à 6,3 milliards de dollars à la fin 2015, dépasserait aujourd’hui les 10 milliards. Ses actifs ne sont plus valorisés qu’à hauteur de 11 milliards de dollars. Et le coût du nettoyage, même s’il est encore très difficile à évaluer, se chiffrera sans aucun doute en centaines de millions de dollars pour chaque site concerné.

Le piège du système des self-bonds

Peabody s’est-il suffisamment assuré pour assumer une telle responsabilité environnementale ? C’est l’autre motif d’inquiétude des associations de protection de la nature et des élus locaux. Dans le passé, les géants du charbon avaient un budget dédié ou payaient des assureurs spécialisés.

C’est le système des "bonds". Mais Peabody s’est livré ces dernières années à un tour de passe-passe en ayant recours à des "self-bonds", une sorte d’auto-assurance sur la base de sa seule réputation, de ses seuls dires.

"Au lieu de mettre de côté de vraies sommes d’argent pour garantir qu’ils rempliront bien leurs obligations légales en matière de remise en état des mines, les dirigeants de Peabody ont dit aux autorités : ’regardez, nous sommes assez forts, vous pouvez nous faire confiance, nous aurons de quoi payer’. Ce qui n’est pas vrai de notre point de vue", décrypte Margrethe Kearney, avocate du Environmental Law & Policy Center, mobilisée depuis des mois sur le sujet.

Peabody a ainsi garanti, grâce à des self-bonds, 1,4 milliard de dollars de frais de nettoyage, selon les déclarations faites à la SEC, l’organisme de contrôle de la Bourse américaine. Pour le seul Etat du Wyoming, d’où est extrait presque la moitié du charbon américain, ce sont 900 millions de dollars de budget "remise en état" qui reposent sur les seules déclarations de bonne volonté du charbonnier.

Peabody doit présenter au plus vite des garanties

Il y a donc urgence à agir pour que la facture du nettoyage des mines exploitées par Peabody ne retombe pas directement sur les contribuables américains. "A court terme, il faut vraiment renforcer le plus vite possible les limites du système et n’autoriser les self-bonds que pour les entreprises qui sont vraiment en bonne santé financière. Ce qui n’est évidemment pas le cas des groupes en faillite comme Peabody", insiste Sharon Buccino, de NRDC.

Des requêtes en justice ont ainsi été déposées dans le Wyoming et l’Illinois pour que ces deux États retirent immédiatement à Peabody le droit d’utiliser des self-bonds et ainsi l’obliger à débloquer sans attendre des fonds en vue du nettoyage futur. Quitte à précipiter la chute définitive du charbonnier.

Il n’y a de toute façon pas d’alternative, prévient Jeremy Nichols, de la société de protection de la nature Wild Earth Guardians. "La seule solution, c’est de se focaliser dès maintenant sur le seul nettoyage et de tourner le dos définitivement à l’exploitation du charbon. C’est terrible parce ça représente tellement d’emplois dans le Wyoming par exemple. Mais nous pouvons laisser tout ça tomber en ruine petit à petit : les salariés, les communautés qui vivent autour des mines et les terres évidemment. Ou nous pouvons commencer dès maintenant la transition vers un avenir sans charbon".

Fannie Rascle, correspondante aux Etats-Unis


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