AID Association initiatives dionysiennes
Deux sites remarquables à suivre

BIOSPHERE-INFO et PASSEUR DE SCIENCES

Proposé par Dr Bruno BOURGEON , président d’AID

lundi 4 avril 2016 par JMT

L’extrême droite invente des coupables désignés, boucs émissaires censés expurger leurs fautes et nous délivrer du mal. De l’autre l’écologie politique voudrait s’attaquer aux causes structurelles qui forment cette crise systémique que nous traversons en interrogeant le mode de production lui-même. Complexité contre idées simples, prise en compte de la nature contre naturalisation du social…

BIOSPHERE-INFO, Vivre l’écologie sans dictature au XXIè siècle

lien vers l’article

Pour recevoir gratuitement ce bimensuel BIOSPHERE-INFO, il suffit de s’inscrire à cette adresse

BIOSPHERE-INFO n° 368 (1er au 15 avril 2016)

L’extrême droite invente des coupables désignés, boucs émissaires censés expurger leurs fautes et nous délivrer du mal. De l’autre l’écologie politique voudrait s’attaquer aux causes structurelles qui forment cette crise systémique que nous traversons en interrogeant le mode de production lui-même. Complexité contre idées simples, prise en compte de la nature contre naturalisation du social…

L’écologie et le néo-populisme sont les deux candidats pour remplacer les systèmes partisans droite/gauche issus du XIXe siècle. Nous pourrions même avoir la montée d’un "écolo"fascisme... ou un système démocratiquement renforcé s’il y a vraiment formation d’un peuple écolo.

1/2) La crainte d’un écofascisme pas si écolo que ça

Bertrand Méheust, la politique de l’oxymore (éditions La Découverte 2009)

En agrégeant toutes les crises à un niveau inouï, en combinant inégalités des richesses et pénurie des ressources, le drame écologique a une capacité de nuisance sans précédent : celle de nous ramener au pire de l’homme et de la barbarie.

D’ici à 2050, la synergie des crises alimentaires, énergétiques, climatiques et démographiques va en effet entraîner une dégradation rapide et brutale du niveau de vie à l’occidentale. Il y aurait toutes les raisons d’être pessimiste.

Je suis convaincu qu’une catastrophe est en gestation, mais je ne partage pas la conviction que les démocraties modernes possèdent les ressorts nécessaires pour la prévenir et l’affronter.

Je crains que la métamorphose espérée n’intervienne trop tard pour enrayer la crise écologique, et ne manifeste ses effets que pendant et après la catastrophe, un peu comme le pacifisme n’empêche pas les guerres mais se développe dans leur sillage.

En effet toute société cherche à persévérer dans son être. Le marché, en s’efforçant par tous les moyens de poursuivre sa course, mettra l’humanité en péril. Il possède encore de nombreux espaces, de nombreux interstices et il pourra continuer de se déployer. Mais comme nous vivons dans un monde fini, sa saturation globale est inéluctable, et plus on aura déployé d’ingéniosité pour le prolonger, plus les effets différés seront dévastateurs.

Il n’y aura pas de planète de rechange. Ou encore, pour dire les choses de façon plus brutale, la saturation se traduira pour l’humanité par une véritable descente aux enfers. Chaque instant qui passe nous éloigne davantage du moment où un autre avenir serait encore possible.

Harald Welzer, Les guerres du climat (éditions Gallimard, 2009)

Certes, les contre-tendances vont se développer. Les signes les plus évidents de la destruction de la biosphère conduiront à une désobéissance civique de plus en plus répandue, ainsi qu’à des violences contre le système techno-industriel, et l’inventivité humaine ne manquera pas de trouver quelques remèdes partiels à l’inéluctable détérioration des ressources naturelles. Mais tout cela viendra trop tard. A supposer qu’une partie de l’humanité ait réussi à décélérer, l’inertie du système sera telle que la grande masse des humains continuera à descendre aux enfers.

Comment finira l’affaire du changement climatique ? Pas bien. Ses conséquences marqueront la fin du rationalisme des Lumières et de sa conception de la liberté. Il se pourrait qu’un jour le modèle tout entier de la société occidentale, avec toutes ses conquêtes en matière de démocratie, de libertés, de tolérance, de créations artistiques, apparaisse aux yeux d’un historien du XXIIe siècle comme un vestige incongru.

Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. La violence a toujours été une option de l’action humaine.

Les hommes changent dans leurs perceptions et leurs valeurs, en même temps que leur environnement et sans s’en rendre compte : c’est le phénomène des shifting baselines. Des processus sociaux comme l’holocauste ne doivent pas être compris comme une « rupture de civilisation » ou une « rechute dans la barbarie », mais comme la conséquence logique de tentatives modernes pour établir l’ordre et résoudre les problèmes majeurs ressentis par des sociétés. Il est des livres qu’on écrit dans l’espoir de se tromper.

La Terre vue de nuit

Le Feu vert (1ère édition 1980, réédition Parangon 2009)

Face au désordre socio-économique croissant, la tentation d’un écofascisme va donc devenir omniprésente, préparée déjà par la montée généralisée des extrêmes droite en France et ailleurs. Les différentes sortes de terrorisme amplifient d’ailleurs la militarisation de nos sociétés.

Alors peut-être qu’une dictature au nom de l’écologie serait un moindre mal. Dans un livre « Le Changement », achevé en 1990 mais resté longtemps dans les cartons puis édité en 2013 aux éditions Le pas de côté, Bernard Charbonneau (1910-1996) avait fait un raccourci saisissant de l’ambiguïté de la démocratie de masse qui est en fait orientée par un leader : « Toutes les révolutions commencent dans la classe dirigeante. En Russie soviétique, la fin du régime porte un nom : Gorbatchev. » Il avait développé son analyse dans un livre antérieur.

Un beau jour, le pouvoir sera bien contraint de pratiquer l’écologie. Une prospective sans illusion peut mener à penser que le virage écologique ne sera pas le fait d’une opposition dépourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour où elle ne pourra plus faire autrement.

Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie : ils ne croient qu’au pouvoir. Pour contrôler les dangers de moyens de plus en plus puissants et fragiles parce que complexes, gérer un espace et des ressources qui s’épuisent, prévoir et maîtriser les réactions humaines qui empêcheraient de le faire, on est obligé de renforcer l’organisation.

L’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints. Déjà commence à se tisser ce filet de règlements assortis d’amendes et de prison qui protégera la nature contre son exploitation incontrôlée. Que faire d’autre ?

Hans Jonas, Le principe responsabilité (1ère édition 1979, éditions du Cerf 1990)

Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) a fait éditer son livre « le principe responsabilité » pour la première fois en 1979, juste au moment du deuxième choc pétrolier. Mais il écrivait avant la chute du mur de Berlin (1989), il se trompait donc lourdement sur l’efficacité d’un système centralisé dont on louait à l’époque les vertus de la planification impérative.

On ne pourra contester à l’homme politique le droit de mettre en jeu l’existence de la nation au profit de l’avenir si vraiment l’extrême est en jeu. Le péril qui menace la communauté devient une puissante impulsion de l’homme de courage à proposer sa candidature et à s’emparer de la responsabilité.

Pour appliquer cette nouvelle éthique, un système libertaire serait préférable pour des raisons morales, mais les systèmes moralement bons sont des systèmes précaires ; l’Etat peut seulement être aussi bon que le sont les citoyens. De plus l’homme politique peut supposer idéalement dans sa décision l’accord de ceux pour qui il décide en tant que leur chargé d’affaires, mais des générations futures on ne peut obtenir de facto un accord. Par conséquent « La tyrannie communiste paraît mieux capable de réaliser nos buts inconfortables que le complexe capitaliste-démocratique-libéral ».

Thomas L.Friedman La Terre perd la boule, trop chaude, trop plate, trop peuplée (1ère édition 2008, Saint-Simon 2009)

Cette analyse est reprise aujourd’hui en louant les vertus non du système soviétique, mais celui de la Chine maoïste.

Si seulement l’Amérique pouvait être la Chine. Rien qu’une journée ! Les dirigeants chinois possèdent la faculté de couper court à tous les intérêts particuliers, à tous les obstacles bureaucratiques, à toutes les craintes de répercussions électorales, pour simplement décréter des changements radicaux dans les prix, les règlements, les normes, l’éducation et l’infrastructure.

C’est un atout de poids quand il s’agit de réaliser un changement aussi considérable qu’une révolution verte, où vous êtes confrontés à des intérêts acquis, enracinés, grassement financés et fortement retranchés, où vous devez motiver des opinions publiques pour qu’elles acceptent des sacrifices (p.442)

Un matin de fin 2007, les commerçants chinois se sont réveillés en apprenant que le Conseil d’Etat venait d’annoncer que tous les supermarchés, toutes les boutiques, auraient interdiction de distribuer gratuitement des sacs en plastique. Et le tour était joué.

L’Amérique a entamé en 1973 une procédure de retrait des carburants comportant du plomb, et ce n’est qu’en 1995 que l’on n’a plus vendu sur le sol américain que de l’essence sans plomb. La Chine a décidé d’adopter le sans-plomb en 1998 ; la nouvelle norme a été appliquée partiellement à Pékin en 1999, et, dès 2000, toute l’essence vendue sur le territoire national était sans plomb (p.443).

On peut espérer qu’il en soit autrement car toute dictature, même exercée au nom du peuple ou de l’écologie, mène irrémédiablement au désastre : les manipulations des foules ne sont jamais porteurs de bonne nouvelle. Il reste donc à mettre en œuvre ce que Hans Jonas envisageait incidemment : « Naturellement il serait préférable qu’on puisse confier la cause de l’humanité à une conscience authentique qui se propagerait. »

2/2) Une espérance : la formation d’un peuple écolo

Il y a le probable et le possible. Le probable c’est l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle, le possible c’est de faire en sorte que ça se passe le plus en douceur possible. La raison d’espérer, c’est que les citoyens ont pris les devants. Il se forme un peuple citoyen au niveau national et international.

Le Documentaire « Demain » qui parcouru la planète pour recenser les initiatives susceptibles de la sauver : oscarisé. Vague de conversion bio en France, plus 17 % des surfaces en un an, 10% des emplois agricoles. Deux millions de spectateurs devant la télé pour Cash investigation sur le danger des produits chimiques. Enercoop submergé de demande d’abonnement.

Au niveau international, succès de l’encyclique Laudato Si qui montre un pape François profondément écolo. Lors de la remise du trophée du meilleur acteur aux Oscars 2016, Leonardo DiCaprio rejoint le pape : « The Revenant est un film sur la relation entre les hommes et la nature. Le changement climatique est une réalité, c’est notre défi le plus important. Nous devons soutenir les chefs d’État qui luttent contre les grandes entreprises et les grands pollueurs et qui défendent les peuples indigènes et les milliards de défavorisés que personne n’écoute. Au nom de nos enfants, de nos petits-enfants, je vous remercie pour ce trophée ».

Bien entendu, entre la face sombre de l’humanité ou l’intelligence des situations que nous pouvons révéler, nous ne pouvons pas déterminer à l’avance ce qui l’emportera. Leonardo DiCaprio ajoutait : « Cette planète, comme cette victoire et ce film, n’est pas acquise », a-t-il insisté.

Paul et Ann Ehrlich répondaient déjà en 2013 à la question « L’humanité peut-elle éviter un effondrement causé par des famines ? » : « Oui, nous le pouvons malgré le fait que nous estimons nos chances à 10 %. Aussi sombre que cela puisse paraître, nous pensons que pour le bien des générations futures, cela vaut la peine de lutter pour que ces chances passent à 11 %. » Les citoyens et les politiques doivent travailler ensemble avec le même objectif, « L’écologie d’abord ».

Lors de la présidentielle de 1974, il n’y avait pas de parti pour soutenir le candidat René Dumont, seulement un homme de terrain soutenu par des associations : Les Amis de la Terre, Comité antinucléaire de Paris, Droits du piéton, Ecologie et Survie, Association pour la protection contre les rayonnements ionisants, Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin, Nature et Vie, Défense et protection des animaux, La Gueule Ouverte, etc.

Les associations sont indispensables pour donner une visibilité à la société civile, pour accroître le capital social d’un pays, pour préparer l’avenir. La participation active à une association devrait même être conseillée pour les adolescents. Cela paraît beaucoup plus important que de réussir le baccalauréat.

Mais voici au niveau environnemental la situation actuelle. D’un côté un parti mal médiatisé, EELV, qui compte de moins en moins d’adhérents, éclaté entre différentes tendances, ne sachant plus où aller. De l’autre des ONG puissantes, comme Greenpeace France (160 000 donateurs) ou WWF France (180 000 adhérents) et innombrables mouvements quand on compte les associations ponctuelles ou spécialisées, les zadistes, et même les Nimby (Not In My BackYard, faites-le loin de chez moi). Ces mouvements divers ne cultivent guère les relations avec l’écologie politique, et vice versa.

Comment rétablir un peu de synergie entre parti et associations ? Une participation à une association environnementaliste pourrait être obligatoire pour les militants de l’écologie politique.

Ce genre d’obligation est d’ailleurs inscrit dans les statuts du PS : ses membres « doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association » (statuts du Parti socialiste – titre 2, les militants - Article 2.2 : obligations syndicales et associatives des adhérents).

Démographie, énergie, climat : l’équation explosive

31 mars 2016, par Pierre Barthélémy

Champ de panneaux photovoltaïques dans le Nevada. © Black Rock Solar.

Peut-être se souvient-on encore de la belle unanimité des nations sur laquelle s’est achevée, en décembre dernier, la COP21, la conférence internationale sur le changement climatique. Non contraignant, l’accord de Paris prévoit de faire en sorte que la hausse moyenne des températures à la surface du globe se maintienne en deçà de 2°C – voire, idéalement, de 1,5°C – par rapport aux valeurs préindustrielles.

Il y a eu une jolie photo, des sourires, de la satisfaction affichée d’être parvenu à mettre tout le monde d’accord. Et puis chacun a remballé ses affaires, est rentré chez soi, retourné à son quotidien de décideur politique ou de journaliste, aux prochaines échéances électorales, à sa campagne présidentielle, qui en France, qui aux Etats-Unis, etc. Parce que ces échéances semblent plus proches, plus urgentes, plus importantes, parce qu’on a l’impression qu’il reste du temps avant que le signal d’alarme du réchauffement climatique ne se déclenche.

Pourtant ce signal sonne déjà en continu. C’est ce que vient de rappeler, avec une cruauté froide et noire, une étude américaine publiée dans le prochain numéro de la revue Energy Policy. Signé par Glenn Jones et Kevin Warner (université A&M du Texas), cet article s’interroge sur notre capacité à résoudre ce qui est probablement un des plus grands défis du XXIe siècle, un casse-tête où se confrontent trois éléments : la croissance de la population mondiale, ses besoins en énergie et la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique en réduisant drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

Ses deux auteurs rappellent quelques chiffres que chacun d’entre nous devrait avoir en tête. D’abord quelques données démographiques : la population mondiale était de 1,6 milliard d’individus en 1900, contre 7,2 aujourd’hui et elle devrait, selon les projections de l’ONU, tourner autour de 11 milliards de personnes à la fin du siècle. A chaque heure de chaque jour, il y a en moyenne sur Terre 9 300 humains de plus qu’à l’heure précédente.

Ensuite viennent les besoins annuels en énergie de l’humanité. En 1900, ceux-ci s’élevaient à 6 400 milliards de kilowattheures (kWh), contre un peu plus de 150 000 milliards de kWh aujourd’hui. Si l’on prend en compte l’évolution de la population au cours de cette période, cela signifie que la consommation d’énergie par personne a plus que quintuplé en 115 ans.

Le chiffre moyen de 21 100 kWh par personne et par an ne doit pas masquer les très grandes disparités actuelles. Ainsi, on estime qu’environ 20 % de la population mondiale n’a pas accès au réseau électrique, qu’un membre de l’Union européenne consomme près de 37 000 kWh par an contre 83 000 pour un Américain moyen. A chaque heure de chaque jour, nous extrayons des entrailles de la Terre 3,7 millions de barils de pétrole brut, 932 000 tonnes de charbon et 395 millions de mètres cubes de gaz naturel.

Enfin arrive l’objectif de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C. Pour conserver 50 % de chances d’y parvenir, cela impose que l’humanité ne doit pas avoir émis plus de 2 900 gigatonnes de CO2 depuis 1870.

Précisons ici qu’entre 1870 et 2010, près de 1 900 gigatonnes de dioxyde de carbone d’origine anthropique ont été envoyées dans l’atmosphère et que le rythme actuel des émissions ne fait qu’augmenter. Si les sociétés humaines parvenaient ne serait-ce qu’à stabiliser leur consommation de combustibles fossiles, la barre des 2 900 gigatonnes de CO2 serait atteinte en 2038. A chaque heure de chaque jour, nous relâchons 4,1 millions de tonnes de CO2.

A partir de ces données, Glenn Jones et Kevin Warner ont établi quelques projections pour dessiner le portrait de la transition énergétique vers un monde décarboné.

Comme la population mondiale va encore considérablement augmenter d’ici à 2100 et comme la consommation d’énergie par personne va elle aussi poursuivre sa hausse, notamment dans les pays émergents, ils estiment qu’en 2100, la production globale annuelle d’énergie sur Terre devra avoir plus que doublé par rapport à aujourd’hui et qu’elle devrait flirter avec les 320 000 milliards de kWh. Voilà le résultat chiffré de l’équation explosive qu’évoque le titre de ce billet.

Si l’humanité a réellement l’intention de suivre le traité de Paris, elle doit commencer dès maintenant à réduire la part des énergies fossiles et investir massivement dans les énergies renouvelables. Produire 320 000 milliards de kWh en 2100 implique en effet d’avoir installé d’ici là près de 14 millions d’éoliennes de 5 mégawatts (en tenant compte du nombre réel d’heures de fonctionnement et du facteur de charge), 650 000 kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques (soit l’équivalent du territoire de la France, départements et régions d’outre-mer inclus), ainsi que 2 millions de kilomètres carrés de fabriques à biocarburants à base d’algues...

Les calculs des deux chercheurs montrent que si l’on veut rester en-deçà des 2°C, il faut que la part des renouvelables dans le "mix" énergétique passe à 50 % en 2028 et ce à l’échelle mondiale ! Pour mémoire, elle ne s’élève qu’à 9 % aujourd’hui, en incluant l’hydroélectricité. Si on se concentre sur l’éolien, le solaire et les biocarburants, il faut multiplier par 37 les infrastructures actuelles. Encore ces estimations ne prennent-elles pas en compte l’énergie nécessaire pour extraire les matières premières utilisées dans la fabrication de toutes ces installations !

N’importe qui aura déjà compris qu’on se berce d’illusions si l’on pense pouvoir atteindre les objectifs du traité de Paris, surtout quand on se souvient qu’il a été fixé par des personnes dont les convictions environnementales s’avèrent souvent très circonstancielles et dont l’agenda ne dépasse en général pas l’horizon de la prochaine élection.

Alors 2028 et 2100... Les auteurs de l’étude jugent nettement plus probable un scénario à 2,5 ou 3°C. Est-ce une manière de se rallier à un courant de pensée qui estime plus intelligent de s’adapter au réchauffement climatique plutôt que d’essayer de le limiter ?

Pas vraiment. Non seulement ces deux chercheurs conçoivent leur travail comme "une sonnette d’alarme", ainsi que l’a expliqué Glenn Jones, mais ils soulignent, de manière très pragmatique, que nos sociétés, si elles ne s’adaptent pas à la nouvelle donne énergétique sous l’effet d’une prise de conscience écologique, devront de toute façon le faire sous la contrainte économique de la raréfaction des ressources fossiles.

Parce qu’en 2100 on ne trouvera pas l’équivalent de 320 000 milliards de kWh sous terre. La réalité cruelle, c’est que si l’on n’agit pas, à la fin c’est la géologie qui gagne.

Pierre Barthélémy (suivez-moi ici sur Twitter ou bien là sur Facebook)

Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver. C’est nous…

8 juin 2015, par Pierre Barthélémy

Indien d’Amérique photographié par Edward S. Curtis.

C’est peu de dire que le climat et la protection de l’environnement ont été au cœur de l’actualité ces derniers jours. Entre la journée mondiale de l’environnement le 5 juin et celle des océans ce 8 juin, entre l’engagement pris par le G7 pour limiter le réchauffement climatique et l’intensification de la préparation de la conférence internationale sur le climat (COP-21) qui se tiendra à Paris à la fin de l’année, ces grandes thématiques sont de retour à la fois dans l’agenda des décideurs et dans les journaux.

Et, dans la bouche ou sous la plume des uns des autres, revient sans cesse le même argument : il faut agir pour, je cite, "sauver la planète" (quelques exemples tirés de ces derniers jours, ici, là, là ou encore là...). Un argument choc... mais biaisé, que j’avais déjà dénoncé en 2011 dans un "coup de gueule" dont je me permets de retranscrire la majeure partie ci-dessous.

Au fil des dernières années, se sont multipliées les campagnes médiatiques pour "sauver la planète".

Pour "sauver la planète", ne mangeons plus de viande car une vache élevée, c’est x hectolitres d’eau, y tonnes de CO2, z flatulences et éructations remplies de méthane.

Pour sauver la planète, préférons le vélo à l’auto sur les petits trajets.

Pour sauver la planète, isolons bien nos maisons et ne les chauffons qu’à 19°C.

Pour sauver la planète, préférons des appareils électro-ménagers moins gourmands en électricité ou des ampoules basse consommation. Pour sauver la planète, recyclons nos déchets.

Pour sauver la planète, lavons-nous moins souvent et nos vêtements aussi.

Pour sauver la planète, consommons local.

Pour sauver la planète, sortons du capitalisme (pour reprendre le titre d’un livre de mon ex-confrère du Monde Hervé Kempf). Etc.

A lire tous ces slogans, j’ai envie de dire une chose. Ceux qui les ont écrits se trompent de sauvetage.

Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver en agissant ainsi, mais bien l’humanité et, plus précisément, si on enlève l’hypocrisie, notre style de vie très confortable : je doute en effet que la majorité des humains mangent de la vache tous les jours, roulent en voiture, chauffent leurs maisons, aient quantité de grille-pain, de mixers et de machines à laver.

Pour être très clair : la planète n’est pas à sauver parce que ce n’est pas elle qui se trouve en danger. Même si certains considèrent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique, l’anthropocène, marquée par la capacité de l’homme à bouleverser son écosystème, à le polluer, à modifier la composition atmosphérique, à détruire massivement des espèces et des ressources naturelles, à créer des tremblements de terre, la planète n’en a cure.

Pour la simple raison qu’elle a connu des révolutions bien plus profondes, des changements climatiques drastiques, cinq grandes extinctions de masse, des hivers nucléaires sans nucléaire mais avec volcans, des perturbations orbitales, des bombardements de météorites ou d’astéroïdes, des glaciations incroyables, des dislocations de continents, et qu’elle s’en est toujours remise. La vie a toujours repris ses droits même lorsque, il y a 250 millions d’années, 96 % des espèces marines ont disparu ainsi que 70 % des vertébrés terrestres.

Pourquoi ? Parce que ce système naturel qu’est la Terre s’ajuste aux conditions qui lui sont imposées. Dans le cas du réchauffement climatique, la planète retrouvera, dans quelques siècles, dans quelques millénaires, un équilibre.

Simplement, il sera bien loin de celui que nous connaissons et nos descendants risquent d’y laisser des plumes : parce que les extrêmes climatiques seront plus fréquemment atteints, parce que les villes côtières seront fragilisées par la montée des océans quand elles ne disparaîtront pas, parce que l’accès aux ressources naturelles de base telles que l’eau potable et la nourriture sera nettement plus problématique voire une source de conflits, parce que les services rendus gratuitement par la nature seront réduits en raison de la perte de biodiversité.

Invoquer la sauvegarde de la planète pour inciter les gens à un mode de vie plus respectueux de l’environnement est un argument défectueux. Ne pas expliciter qu’en ayant dépassé les limites de notre biosphère nous mettons en péril la survie même de notre propre espèce s’avère une manière de fermer les yeux sur nos responsabilités et sur les défis qui nous attendent. C’est interposer la planète entre nous et nos actions, comme pour les masquer.

En somme une façon étrange de nous extraire de notre écosystème et d’oublier que nous constituons l’une des “cibles” des changements globaux, parce que nous sommes fragiles.

C’est bien l’humanité qu’il faut sauver. La planète, elle, se sauvera toute seule.

Pierre Barthélémy (suivez-moi ici sur Twitter ou bien là sur Facebook)

Articles dans les médias locaux

* L’écologie sans dictature (1) La tentation d’un écolo-fascisme

* L’écologie sans dictature (2) L’espérance d’un peuple conscientisé

* Démographie, énergie, et climat : l’équation explosive

* Ce n’est pas la planète qu’il faut sauver : c’est nous

* Courrier des lecteurs de Clicanoo.re, publié le 4 avril 2016 à 07h19 Démographie, énergie, climat : l’équation explosive

Le climat est au plus chaud depuis le début des relevés de température en 1880. Alors que 2015 fut l’année la plus chaude jamais relevée, 2016 ne s’annonce pas mieux.

Rappelons la belle unanimité des nations lors de la COP21. L’accord de Paris prévoit que la hausse moyenne des températures à la surface du globe se maintienne en deçà de 2°C – voire de 1,5°C – par rapport aux valeurs préindustrielles.

Il y a eu une photo, des sourires, de la satisfaction. Et puis chacun a remballé ses affaires, est rentré chez soi, retourné à son quotidien de politique ou de journaliste, aux prochaines échéances électorales. Parce que ces échéances semblent plus proches, urgentes, importantes, parce qu’on a l’impression qu’il reste du temps avant que le signal du réchauffement climatique ne se déclenche.

Or il n’en est rien. C’est ce que vient de rappeler une étude américaine publiée dans le prochain numéro de la revue Energy Policy. Signé par Glenn Jones et Kevin Warner (Université A&M du Texas), cet article s’interroge sur notre capacité à résoudre un des plus grands défis du XXIe siècle, où se confrontent trois éléments : la croissance de la population, ses besoins en énergie et la lutte contre le changement climatique en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

Quelques chiffres : la population mondiale devrait, selon l’ONU, tourner autour de 9 milliards en 2050. Chaque heure, il y a 9300 humains de plus qu’à l’heure précédente.

Les besoins annuels en énergie. En 1900, ceux-ci s’élevaient à 6400 milliards de kilowattheures (kWh), contre un peu plus de 150 000 milliards de kWh aujourd’hui. Avec l’augmentation de la population, cela signifie que la consommation d’énergie par personne a plus que quintuplé.

Le chiffre moyen de 21100 kWh par personne et par an ne doit pas masquer de très grandes disparités : 20 % de la population mondiale n’a pas accès au réseau électrique ; un Européen consomme près de 37000 kWh par an, un Américain moyen 83000.

L’Europe vue de nuit

Chaque heure, nous extrayons 3,7 millions de barils de pétrole, 932000 t de charbon et 395 millions de m3 de gaz. Contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C impose que l’humanité ne doit pas avoir émis plus de 2900 gigatonnes (Gt) de CO2 depuis 1870 (soit 400 kg de CO2 par an et par Terrien).

Précisons qu’entre 1870 et 2010, près de 1900 Gt de dioxyde de carbone d’origine anthropique ont été envoyées dans l’atmosphère et que le rythme actuel des émissions ne fait qu’augmenter. Si les sociétés humaines parviennent à stabiliser leur consommation de combustibles fossiles, la barre des 2900 Gt de CO2 sera atteinte en 2038. Chaque heure, 4,1 millions de t de CO2 est produit.

A partir de ces données, Jones et Warner ont établi le portrait de la transition énergétique vers un monde décarboné. Comme la population mondiale va encore augmenter et que la consommation d’énergie va poursuivre sa hausse, notamment dans les pays émergents, ils estiment qu’en 2100, la production globale annuelle d’énergie sur Terre devra avoir plus que doublé par rapport à aujourd’hui et qu’elle devrait flirter avec les 320000 milliards de kWh.

Si l’humanité a réellement l’intention de suivre la COP21, elle doit dès maintenant réduire la part des énergies fossiles et investir massivement dans les énergies renouvelables.

Produire 320000 milliards de kWh implique d’installer près de 14 millions d’éoliennes de 5 MW (en tenant compte du nombre réel d’heures de fonctionnement et du facteur de charge), 650000 km2 de panneaux photovoltaïques, ainsi que 2 millions de km2 de fabriques à algo-carburants...

Les calculs des deux chercheurs montrent que si l’on veut rester en-deçà des 2°C, il faut que la part des renouvelables dans le "mix" énergétique passe à 50 % en 2028 et ce à l’échelle mondiale !

Pour mémoire, elle ne s’élève qu’à 9 % aujourd’hui, en incluant l’hydroélectricité. Si on se concentre sur l’éolien, le solaire et les biocarburants, il faut multiplier par 37 les infrastructures actuelles. Encore ces estimations ne prennent-elles pas en compte l’énergie nécessaire pour extraire les matières premières utilisées pour toutes ces installations !

Voici deux sites pour calculer notre empreinte en CO2 rien qu’en déplacements :

* où on y apprend qu’un vol long-courrier vers Paris produit 1,38 t de CO2 par passager, trois fois plus que les 400 kg requis.

* où on calcule la production de CO2 d’une voiture et on multiplie par le nombre de voitures qui emprunteront la NRL chaque jour (55000), et par 300 jours dans l’année (on enlève dimanches et jours fériés) : comment compenser ?

Interpellons les conseillers régionaux majoritaires sur la continuité territoriale et la NRL (ils sont tous pour) et la compensation qu’ils proposent. Nous verrons bien si leurs yeux sont ouverts !

Dr Bruno Bourgeon, président d’AID


Accueil du site | Contact | Plan du site | Espace privé | Statistiques | visites : 1972184

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site ECOLOGIE  Suivre la vie du site Climat   ?

Site réalisé avec SPIP 1.9.2e + ALTERNATIVES

Creative Commons License