AID Association initiatives dionysiennes
Parler de transition écologique ou enfin la faire ?

La surpopulation : un crime contre l’humanité

par Bruno BOURGEON

mardi 18 novembre 2014 par JMT

Nous savons tous que, nous, les Humains, allons droit au désastre. Une lancinante rumeur monte des entrailles de la Terre : une espèce zoologique singulière, sous forme de civilisation thermo-industrielle, néantise la planète à coups de consommation pétrochimique, influant sur la Genèse et portant un sérieux coup à la biodiversité.

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Est-ce une responsabilité collective dans une société grégaire entre individualisme forcené et « j’m’en foutisme » effarant ?

Jusqu’où pourra-t-on aller trop loin ? Notre monde surpeuplé ne passera pas le cap de l’après-pétrole.

Dépeupler la Terre est incontournable, non seulement parce que l’homme occupe indûment les niches écologiques des autres espèces, mais parce qu’il y va aussi de notre propre survie. Notre Pachamama, Terre-Mère, planète-patrie, Gaïa, assiégée par le laisser-faire du libre marché et le toujours plus capitaliste, souffre de ce qui ronge sans répit ni remords, pour la plus grande détresse des deux tiers de l’humanité et surtout au grand dam des générations futures. Jamais, depuis la nuit des temps, plus grand crime ne fut commis à la barbe des gens.

Les craintes sont pourtant fondées : chambardement climatique, fonte des glaciers, montée du niveau des mers, pollutions de toutes sortes, fin du pétrole, menace des OGM, surpopulation, dévastation de la Nature, disparition des espèces, épuisement génétique…

Les crises financière, économique, sociale et politique devraient pourtant s’effacer devant LA crise écologique, mais apparemment elles ne font qu’égarer le sens commun.

Homo Sapiens est la pire espèce invasive, celle qui détruit les autres espèces. Cependant la décroissance démographique reste un sujet tabou. Nous feignons d’ignorer la finitude d’un monde dans lequel nous puisons allègrement du fait de notre multitude.

La surpopulation

N’en déplaise à la propagande des vertueux, il n’y a qu’une raison légitime et malthusienne de ne pas avoir d’enfant, c’est de ne pas surpeupler davantage cette planète dont nous disposons.

Si on aime les enfants, il ne faut pas en faire, ou n’en faire qu’un, le dernier, le bien-aimé. Car il faut plus qu’un couple pour faire un enfant, il faut une planète viable.

Mais si vous estimez que nous n’avons aucune responsabilité dans la mort des 11 millions d’enfants qui meurent chaque année de par le monde avant leur cinquième anniversaire, que nous n’avons aucune responsabilité envers les espèces végétales ou animales qui disparaissent, que notre reproduction n’est pas excessive ou mieux acquittée de telles accusations, alors, oui, faites des enfants.

Mais je préfère paraphraser Gandhi : vivons moins nombreux pour que tous nous puissions simplement vivre.

Bruno Bourgeon, président d’AID

PUBLICATIONS

* Courrier des lecteurs ZINFOS974 du Mardi 18 Novembre 2014 - 09:45

* Le Quotidien de la Réunion du 21 Novembre 2014 à 4h12

PDF - 334.9 ko
Surpopulation Quotidien 21/11/2014

LIENS

* Journal d’un terrien : Web log de Serge Boisse

* L’excellent site de Jean-Marc Jancovici :Manicore.com et notamment l’article expliquant pourquoi notre société n’est pas soutenable

* Soleil vert (film)

FILM SOLEIL VERT

Contexte

Soleil vert, comme Fahrenheit 451, Alphaville, 2001, l’Odyssée de l’espace, Orange mécanique, ou THX 1138, fait partie de ces films d’anticipation de la décennie 1965-1975, des films très écrits et référencés, se voulant prophétiques, habités par l’angoisse d’un avenir lourd de menaces, en l’occurrence ici la surpopulation et l’épuisement des ressources naturelles. Soleil vert est devenu un classique du genre et l’un des films d’anticipation les plus sombres jamais réalisés.

Le contexte politique, social et culturel explique sans doute l’émergence d’un tel film : depuis 1965, la contre culture américaine fait de la protection de l’environnement l’un de ses piliers ; par ailleurs, de nombreux essais sont parus, mettant en garde contre l’accroissement exponentiel de la population terrestre et la nécessité de contrôler les naissances.

Le titre anglais original Soylent Green, bizarrement traduit pour le marché français par « Soleil vert » (peut-être un écho de greenhouse effect, effet de serre ?), est le nom d’une multinationale imaginaire, la « Soylent Company », géant agro-alimentaire produisant des tablettes de protéines vitaminées fades, métaphore répugnante d’un progrès sans joie. Elle vient, au début du film, de lancer un nouvel « alicament », le « Soylent green », censé être à base de planctons.

Soylent green est adapté d’un roman peu connu de Harry Harrison, publié en 1966 : Make room ! Make room !, (en français : « Dégagez, faites de la place ! » ; voir Soleil vert, le roman) qui décrit un New York surpeuplé où s’entassent des millions de chômeurs, où les automobiles ne roulent plus et où règnent le rationnement et la violence. Seule une classe de riches privilégiés profite des maigres ressources encore disponibles. L’action se situe non pas en 2022, mais en 1999. Cette dernière date, en 1966, paraissait assez crédible.

Make room ! Make room ! diffère sensiblement du film. Le thème central est le risque d’explosion démographique, encore porteur à une époque où la dénatalité n’a pas encore remplacé le baby boom, et où l’opinion conservatrice américaine s’oppose au contrôle des naissances pour des raisons principalement religieuses (cependant, la pilule et l’avortement sont déjà légaux dans certains États américains).

Le sujet était débattu à l’époque : la pilule est longue à se généraliser en Occident, les pays en voie de développement sont encore loin de montrer le moindre signe de décollage économique. L’entassement, le manque de place (Make room !) menacent donc au Nord comme au Sud. Par ailleurs, la violence urbaine fait son apparition.

Enfin la contre culture est en train de naître dans le quartier bohème de San Francisco, résolument anti-industrielle : les hippies. C’est dans ce contexte que naît Make room ! Make room !, un récit moins écologiste que malthusien. Le roman est un plaidoyer appuyé en faveur de la contraception et du contrôle des naissances, s’en prenant clairement aux églises et aux conservateurs.

Le film, en revanche, sorti en 1973, est tourné en 1972. Depuis l’époque du roman, l’air du temps a changé. Le peur de l’explosion démographique, qui s’éloigne des pays industrialisés, passe désormais, sans disparaître complètement, derrière une nouvelle angoisse : la destruction de l’environnement et la raréfaction des matières premières.

La pollution devient un thème récurrent dans l’actualité, les premiers partis et groupes de pression écologistes s’organisent. Les producteurs et agriculteurs opposés à l’agriculture intensive s’alarment, ainsi que le club de Rome, qui publie depuis 1967 rapport sur rapports, et vient de sortir son Halte à la croissance ? (Meadows Report, 1972).

Il faut souligner aussi l’impact contextuel de Sortir de l’ère du gaspillage : demain et d’un essai pour le moins terrifiant du sociologue britannique Gordon Rattray Taylor intitulé Le Jugement dernier qui annonce, à coup de graphiques, la fin du monde si rien n’est fait pour inverser les tendances consuméristes. Soleil vert arrive donc, commercialement, dans un contexte idéal.

Pourtant, comme souvent à Hollywood, Soleil vert a failli ne pas se faire. La MGM n’aime pas le scénario de départ, la seule utilisation du thème de la surpopulation leur paraît insuffisante : c’est une bonne idée, mais il faut rendre le film plus frappant.

Plus ou moins associé au script, Harry Harrisson doit donc batailler pour éviter la dénaturation de son œuvre, mais reconnaîtra plus tard que les idées « imposées par le studio », étaient excellentes : à la surpopulation seront donc ajoutées l’euthanasie des vieillards (mais pas seulement : on aperçoit des jeunes gens dans la file d’attente, le suicide, ouvert à tous, y est donc institutionnalisé), puis une idée encore plus terrifiante : le soylent green sera fait à partir de cadavres, c’est donc l’industrialisation du « cannibalisme ».

« L’océan agonise, hurle Charlton Heston, le plancton a cessé d’exister » : telle est la cause qu’il révèle à la fin. Par ailleurs, fut décidée presque au dernier moment, avec des stock-shots choisis par le monteur du film la scène où E. G. Robinson, avant d’être euthanasié, devient le spectateur, dans un endroit qui fait penser aux futurs dômes IMAX, de documentaires animaliers, de films sous-marins, de paysages naturels magnifiques, images banales mais qui surgissent à l’écran après une heure et demi de plans généraux d’un New York devenu un bidonville, baignant dans un smog jaunâtre, remplis d’émeutiers affamés et dormant dans la rue : le spectateur, en empathie avec l’acteur euthanasié, comprend que tout cela n’existe plus, détruit par la pollution.

Le film décrit en outre des politiciens corrompus, des nantis cyniques repliés dans leurs tours d’ivoire sécurisées et des scènes d’émeute qui renvoient aux pires sociétés fascistes, voire à des images de camps de concentration (l’allusion à la Shoah est d’ailleurs manifeste lors de la scène de l’Échange (Exchange), avec le comité des sages : « Dieu n’est plus là » dit l’une des lectrices).

Richard Fleischer avait précédemment réalisé Le Génie du mal, avec Orson Welles, un film contre la peine de mort. Il s’entoure pour ce film d’au moins trois acteurs ayant déjà tourné avec Welles : Joseph Cotten (Simonson), Charlton Heston et Edgar G. Robinson.

Harry Harrison fut également conseiller à la réalisation du « main title », l’introduction du film, un montage saisissant, qui montre en accéléré l’essor de la société industrielle moderne du XIXe siècle à nos jours, enchainement de plans fixes issus de photographies de plus en plus violentes. Cette séquence est servie par une musique signée Fred Myrow.

Affiche Soylent Green

LE FILM

Soleil vert (1973) / Richard Fleischer

En 2022 la terre est surpeuplée et dévastée par l’effet de serre. Les ressources naturelles ont quasiment disparu. Un policier (Charlton Heston) enquête sur le meurtre d’un dirigeant de la toute puissante compagnie Soylent qui fabrique de la nourriture à base de planctons.

L’excellent Fleischer réalise ce film emblématique de la science fiction moderne.

Doté d’un univers cohérent et remarquablement mis en scène, « Soleil vert » déroule son implacable, et non moins excellent, script jusqu’à son inéluctable conclusion (à ce titre la scène de l’émeute est annonciatrice du dénouement).

Le duo formé par Heston et Edward G. Robinson (qui était mourant et dont ce fut le dernier film) est une des nombreuses réussites du film.

Toujours aussi génial.

CONFERENCE-DEBAT

"Soleil vert" présenté par Jean-Baptiste Thoret


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