AID Association initiatives dionysiennes
Nouvelles du tournage « Sovereignty Dreaming » 3

Séquence fin du tournage en Juillet 2013

Un article de Vanessa Escalante

jeudi 5 septembre 2013 par JMT

Récit de la dernière semaine palpitante du tournage

Après avoir passé 15 jours en Tasmanie pour retrouver Oncle Kevin Buzzacott qui n’est jamais venu et avoir été enrôlée par une bande organisée d’activistes dans les blocages de trois usines à bois, je suis repartie sur le continent en direction de Brisbane où, à priori, j’étais certaine de le retrouver sur la route pour sa prochaine campagne.

Cette fois, Oncle Kev mène une Flottille pour la libération de la Papouasie de l’Ouest contrôlée par l’armée indonésienne.

Je savais qu’il devait arriver fin juillet à Brisbane, je suis donc arrivée le 25 pour ne pas le rater une seconde fois ! Accueillie sur place par le réseau de la Tente Ambassade Aborigène de Brisbane, je me suis installée sous une tente et ai attendu patiemment 5 jours avant qu’Oncle Kev ne pointe enfn le bout de son nez.

Passeport aborigène

Le coup de téléphone magique est enfn arrivé le 30, Oh miracle, il est bientôt là !

Darren Bloomfeld qui m’accompagne depuis le début de l’aventure et qui est très proche de Kevin me demande de ne pas le brusquer, il va falloir attendre qu’il me donne rendez-vous pour l’interview, entre tous les préparatifs pour la Flottille qui prend la mer pour rejoindre la Papouasie, je ne serai pas prioritaire.

De toute façon à force d’attendre, je suis en sous régime et prendre ma camera me demande un effort surhumain. D’un coup de voiture nous filons rejoindre Kevin pour le voir dès son arrivée à "Musgrave Park".

Darren et la police

A peine notre véhicule garé, une voiture de police se dirige droit sur nous et un policier s’intéresse immédiatement à Darren. Il lui demande sa pièce d’identité. Je suis interloquée par l’interrogatoire que le policier lui impose.

Darren donne ses documents et la voiture de police s’en va en nous demandant de quitter le parc. Kevin est là enfin et tous les membres de la Flottille s’empressent autour de lui ; à peine le temps de lui dire bonjour, la voiture de police revient avec un fourgon supplémentaire, 5-6 policiers en sortent pour encercler Darren Bloomfeld et le fouiller.

Ils ne connaissent pas ce nouveau visage aborigène dans le coin et ont trouvé un vieux dossier d’il y a treize ans qui n’a pas été clos. Darren ne sait absolument pas de quoi il s’agit mais il est habitué à être arrêté pour un rien.

Je prend ma camera pour flmer la scène, Darren est embarqué sous mes yeux. J’ai bon espoir de le revoir dans quelques heures mais au poste de police on m’annonce qu’il passera la nuit en garde à vue et le lendemain matin devant le juge.

Je suis paumée, je m’attends au pire avec la justice en générale, alors la justice australienne envers les Aborigènes, je crains qu’on ne me l’enferme pour plusieurs mois !

Darren Bloomfeld, Nation Wiradjuri

Le lendemain matin dans l’enceinte du tribunal de police, après avoir vu passer tous les cas de la semaine durant une heure, j’aperçois enfin Darren pénétrer dans l’antre des criminels ; derrière l’aquarium vitré de la cour il a les traits tirés mais le sourire aux lèvres.

En énonçant son délit, la juge se marre : "il y a 13 ans vous avez fait un tapage nocturne dans une rue tranquille, vous donniez des coups de pieds dans les poubelles...Monsieur Bloomfeld que s’est il passé ?" ; Darren de répondre : "vous savez, c’était une nuit agitée."...

Le reste de la cour se marre à son tour. La juge s’étonne qu’on l’ai gardé en garde à vue pour cette affaire et la classe sans suite. Darren est libéré.

Je ne perds pas une opportunité comme celle-ci et demande aux officiers présents dans la cour qu’on m’accorde une interview pour me parler de l’affaire. Les policiers australiens n’ont absolument pas le droit de s’adresser aux médias, ils risquent gros.

drapeau aborigène

L’avocat de la cour (c’est un plaisantin ) me désigne un officier, le sergent supérieur M. Gorton. Ce dernier est proche de la retraite et semble avoir envie de parler. Il accepte, je trouve cela étonnant, trop pour être vrai. Il sort de la cour puis revient quelques instants plus tard pour me demander si je veux toujours l’interviewer, je lui réponds par l’affrmative, alors il me dit sèchement qu’il est trop occupé et s’en va de nouveau.

Dix minutes plus tard, il est de retour et me demande si je veux toujours lui parler, je lui dis après la libération de Darren, il me dit ok. On se retrouve hors de la cour, il m’emmène dans son bureau et tente de me refroidir par des questions sur mon identité.

Dans son bureau, je prépare ma caméra en lui expliquant brièvement le sujet du film mais à la vue du micro HF, il me répète plusieurs fois qu’il n’a pas le droit d’être interviewé. Un peu secouée je lui demande ce que je fais là mais je saisis rapidement qu’il faut le rassurer.

Je lui colle le micro sous la cravate et lui dis avec le plus grand calme que si mes questions le gênent, il n’a qu’à rester muet. Il se laisse faire et finalement parlera pendant 20 minutes avec le plus beau discours attendu sur l’alcoolisme et l’addiction des aborigènes aux drogues, les morts en garde à vue, la politique d’intervention dans les communautés...bref une perle rare !

Après l’interview il lâchera avec fatalisme : " Maintenant si j’ai des problèmes, c’est tant pis pour moi".

Oncle Kevin Buzzacott

Kevin Buzzacott est un ancien de la nation Arabunna, il est connu comme le loup blanc en Australie, c’est un modèle pour les jeunes aborigènes. Depuis plus de 20 ans, il mène des campagnes pour la reconnaissance culturelle aborigène, la justice et les droits de la terre ; l’année dernière il a mené une action contre l’extension de la mine Olympic Dam dans le sud australien.

Il y a quelques années il a volé le blason australien car les armes représentés et utilisés par le gouvernement, l’émeu et le kangourou, sont les totems de son clan.

Pour cela il a été arrêté 3 ans plus tard à la tente ambassade de Canberra ; une longue bataille judiciaire s’en est suivit pendant laquelle il accuse le gouvernement d’une liste argumentée de faits de génocide... Romanesque !

Vanessa ESCALANTE


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