AID Association initiatives dionysiennes
En hommage à notre compagnon de route disparu le 27 Février 2013

LBSJS 86 : Vie et postérité de Stéphane Hessel

débat animé par Bruno BOURGEON

jeudi 7 mars 2013 par JMT

RDV chez « Pasta e Vino » Mardi 12 Mars 2013, de 18h à 20h30, 18 Rue de la Victoire (entre rue La Bourdonnais et rue Alexis de Villeneuve) Tel 0262201955 (Pasta e Vino) ou 0692029271 (JMT) ou 0692054505 (BB). Repas partagé pour ceux qui désirent continuer à échanger.

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Affiche LBSJS86

Publications

* Annonce dans Zinfos974 du 7 Mars 2013

*Article dans le JIR du 12 mardi Mars 2013

Présentation

C’était un homme. Un enfant, un étudiant.

Né le 20 octobre 1917, Stéphane Hessel est fils de Franz, un juif polonais, à Berlin, donc Allemand, où il passe le plus clair de sa petite enfance.

En 1925, chassée par l’inflation galopante de la république de Weimar, sa famille s’installe à Fontenay-aux-Roses puis en 1927 à Paris. Le petit Stéphane effectuera toute sa scolarité à l’Ecole Alsacienne dans le 6ème.

Stéphane Hessel jeune

Il est reçu à l’Ecole Normale Supérieure en 1937 et devient français la même année. Il épouse Vitia, une jeune juive russe en 1939, avec laquelle il aura, après la guerre, trois enfants.

C’était un homme. Un soldat, un résistant.

Mobilisé en 1939, il est affecté dans la Sarre, subit la débâcle, est fait prisonnier à Saint-Dié, s’évade, retrouve Vitia à Toulouse, puis rejoint Londres tandis que son épouse part pour les Etats-Unis. Entre temps il enterre son père en 1941.

A Londres, il incorpore le Bureau Central de Renseignement et d’Action, Vitia le rejoint en novembre 1942. En mars 1944, il est parachuté à Saint-Amand-Montrond pour organiser le réseau des récepteurs clandestins de la Résistance.

Dénoncé, il est arrêté à Paris en juillet, il parle sous la torture puis est déporté en août à Buchenwald. Il est sauvé sous une fausse identité en octobre, avec la complicité du kapo Arthur Dietzsch.

Après diverses tentatives d’évasion, il réussit à s’échapper au cours d’un transfert en train, rejoint les Américains à Hanovre, puis est envoyé à Paris où il arrive le 8 mai 1945.

C’était un homme. Un diplomate.

Sa carrière diplomatique durera 40 ans, après avoir brillamment (4è) réussi le concours du Quai d’Orsay en octobre 1945. En 1946, il est secrétaire dans la commission chargée de préparer la rédaction de la charte des droits de l’homme, affecté à la section chargée de réunir les documents concernant les questions sociales et les droits de l’homme.

Il participe ainsi indirectement à la rédaction du premier volet de la charte des droits de l’homme et assiste comme témoin privilégié à sa signature à Paris en 1948. Après de nombreux postes diplomatiques à travers le monde, il est nommé en 1969 administrateur adjoint au programme des Nations unies pour le développement.

Stéphane Hessel en 1973

Sa connaissance supposée de l’Afrique fait qu’il est choisi en mai 1975 comme négociateur dans l’affaire Claustre. Peu au fait des mécanismes associés à ce rôle, il accumule les erreurs et sa mission est un cuisant échec. Il devient persona non grata dans la coopération africaine, notamment à Ndjamena.

Giscard lui confie son seul poste d’ambassadeur, à l’ONU à Genève, en 1977. En 1981, Mitterrand l’élève à la dignité d’Ambassadeur de France.

Quand la question du rattachement de Mayotte à la République des Comores vient en 1982, il est envoyé sur place pour une mission d’observation. Son rapport, favorable au désengagement de la France, n’est pas suivi.

De 1982 à 1985, il fait partie de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle pour répartir les fréquences des radios libres.

C’était un homme. Un engagé, un politique.

Vitia meurt en 1986, il épouse Christiane Chabry en 1987. En 1988, Lionel Stoléru exhibe le rapport d’un groupe de travail sur l’immigration que Stéphane Hessel avait présidé quelques années auparavant et dont il choisit le titre : « Immigrations : le devoir d’insertion ».

Rocard le nomme au Haut Conseil à l’Intégration en 1990. Stéphane Hessel écrit que la politique française devrait être « revue dans le sens d’une plus grande rigueur et du rejet de toute complaisance clientéliste ».

Il critique la conception des rapports avec les chefs d’État africains, le gaspillage des crédits et des aides depuis les indépendances. Son rapport, peu apprécié à l’Élysée, est retiré de la circulation et enterré, comme la plupart des études visant à une transformation de la politique française de coopération en Afrique.

Il représente la France à Vienne, en 1993, à la Conférence Mondiale sur les Droits de l’Homme.

Portrait

En 2004, il soutient la pétition « Pour un traité de l’Europe sociale », initié par l’économiste Pierre Larrouturou, et rejoint les Ecologistes le 15 mars 2009 dans l’espoir de voir émerger une gauche impertinente qui puisse peser. Il confirme ce soutien en décembre et s’inscrit sur la liste régionale Ile de France en position non éligible.

Stéphane Hessel et Cécile Duflot

Il rejoint à nouveau Pierre Larrouturou, Michel Rocard et Susan George en 2012 pour créer le Collectif Roosevelt 2012, mouvement citoyen qui vise à l’insurrection des consciences en proposant 15 mesures économiques, sociales, financières et environnementales, afin d’éviter au pays de s’enfoncer davantage dans la crise.

Il soutient Hollande lors de l’élection présidentielle et au Congrès de Toulouse, écrit une motion qui obtient près de 12% des suffrages des militants socialistes.

Stéphane Hessel et François Hollande

Sur son engagement dans le conflit israélo-palestinien il déclarait en 2009 : « En réalité, le mot qui s’applique - qui devrait s’appliquer - est celui de crime de guerre et même de crime contre l’humanité. Mais il faut prononcer ce mot avec précaution, surtout lorsqu’on est à Genève, le lieu où siège un haut-commissariat pour les droits de l’homme, qui peut avoir là-dessus une opinion importante. Pour ma part, ayant été à Gaza, ayant vu les camps de réfugiés avec des milliers d’enfants, la façon dont ils sont bombardés m’apparaît comme un véritable crime contre l’humanité. » Ce qui lui valut l’esclandre du CRIF de janvier 2011 à l’Ecole Normale Supérieure, et l’annulation du colloque-débat par la direction de l’ENS.

C’était un homme. Un indigné. Le premier des indignés.

En 2010, Stéphane Hessel publie son manifeste « Indignez-vous ! », dans lequel il encourage les générations montantes à conserver un pouvoir d’indignation. « La pire des attitudes est l’indifférence » écrit-il. Il y dénonce le système économique actuel fondé sur le profit individuel et propose un partage des richesses plus équitable.

Indignez-Vous

Son livre, édité à plus de 4 millions d’exemplaires dans 100 pays, amplifie les mouvements planétaires nés çà et là aux USA, en Espagne, en Grèce. Il envisageait l’indignation comme un sursaut face à la résignation politique et la fatalité sociale.

Ce petit texte de 30 pages n’est que le prélude à une réflexion indispensable. Il faut commencer par nous indigner pour ne pas nous laisser endormir. Toute une génération risque de se dire qu’on n’y peut rien : c’est à cela qu’il faut trouver une réaction. Il ne suffit pas de savoir que ça va mal, il faut savoir comment aller dans la bonne direction.

C’est là que l’apport d’Edgar Morin, dans La Voie, est précieux. Il nous montre qu’il y a des amorces de véritables marches en avant dans un certain nombre de domaines : l’économie sociale et solidaire, par exemple, qui permet d’aller plus loin que cette tyrannie du profit. Nous ne devons en aucun cas perdre confiance dans la capacité d’aller de l’avant.

Deux autres ouvrages lui succéderont : « Engagez-vous ! », et avec Edgar Morin, « Les Chemins de l’Espérance ».

C’était un homme. Un Vrai.

Stéphane Hessel s’est éteint à Paris dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 février 2013 à l’âge de 95 ans.

Au soir de son décès, un rassemblement est organisé dans la capitale française, place de la Bastille.

Le Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies à Genève observe une minute de silence en sa mémoire, un hommage sans précédent.

La presse se fait l’écho d’un « concert d’hommages » sur le plan national et international, émanant de toutes les tendances politiques.

Cinq députés socialistes écrivent à François Hollande pour lui demander l’organisation d’un hommage national.

Une proposition parue dans Libération, signée par des personnalités diverses (Eva Joly, le député PS Pouria Amirshahi, l’ancien député UMP Étienne Pinte, les historiens Pascal Blanchard et François Durpaire, la coprésidente d’Attac France, Aurélie Trouvé) vise à promouvoir l’entrée de Stéphane Hessel au Panthéon.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Richard Prasquier, opposé de longue date à Hessel, se démarque de ces hommages et se prononce contre la mise au Panthéon, tandis que certains commentateurs considèrent qu’il y a de « l’hypocrisie » dans cette unanimité tardive autour de l’ancien résistant.

Finissons avec Pascal Durand, Secrétaire National d’EELV : « Stéphane Hessel a su conserver intactes ses indignations et ses révoltes et les faire partager aux jeunes générations. Il fut un grand passeur et notre responsabilité consiste à maintenir vivant le projet de civilisation qu’il incarnait. »

C’était un homme. Un Grand.

Bruno Bourgeon, membre d’AID Le 5 mars 2013

RADIO

*Emission La Bas Si jJ’y suis de Daniel Mermet, Le mercredi 27 février 2013 : "Il faut imaginer Sisyphe heureux"

VIDEOS

Celles que nous avons projetées en séance :

* Interview de Stéphane Hessel Interview réalisée par Benoit Lecorre et Armelle Lavergne, filmée et montée par Anne-Laure Hahn (juillet 2012). Visible aussi ICI

* Stéphane Hessel, la carrière d’un indigné en images

A voir en ligne

* Emission Thé ou Café de France 2 , Interview par Catherine Ceylac le dimanche 16 Janvier 2011

LIENS

* Biographie détaillée sur Wikipédia

* Communiqué d’AID sur zinfos974 du 28 Février 2013

* Article dans Témoignages du 23 Mars 2013 relatant l’hommage à Stephane Hessel prononcé par Bruno Bourgeon le vendredi 15 Mars 2013 au parvis des Droits de l’Homme à Saint Denis

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