AID Association initiatives dionysiennes

Vers plus de sécurité alimentaire à La Réunion

dimanche 3 mars 2013 par JMT , BOURGEON Bruno

Ce courrier des lecteurs expédié aux médias locaux, a été inspiré par le LBSJS 85 du 12 Février 2013 et par les récentes dérives de l’agrobusiness en Europe stigmatisant les pratiques de plus en plus "hors-sol" de l’agriculture, ainsi que par l’habituelle flambée des prix des produits frais suivant chaque événement météorologique récurrent à la Réunion. Notre modèle agroalimentaire est à bout de souffle : allons-nous enfin le modifier ?

LE COURRIER DE DR BB

Autosuffisance, souveraineté, autonomie, ou sécurité alimentaire ? Ce dernier mot colle plus à la réalité réunionnaise. L’essentiel est de dépendre le moins possible d’intrants, de limiter au maximum l’empreinte carbonée des denrées en augmentant la part locale de la production. Ceci passe par le soutien de l’agriculture maraîchère versus la canne.

Quelques constats (sources : ministère de l’agriculture 2011) :

- La canne représente 57% de la surface agraire. Les exploitations cannières s’élargissent et bénéficient à peu de propriétaires. Les rendements en sucre, grâce à la recherche, sont excellents.

- Les surfaces bio augmentent de 12.3% d’un exercice à l’autre, en métropole, elles sont de 381 ha, 556 ha si on y ajoute les terres en conversion, soit 0.9% de la terre arable, à La Réunion.

- Le chiffre d’affaires (CA) de l’agriculture réunionnaise est de 384 millions d’euros, dont 130 pour la canne, y inclus 110 d’aides publiques, soit 1/3 du CA, mais véritablement 20 millions, soit 5% du CA si l’on exclut les subventions, pour 3/5 de la terre. De plus, l’aide publique et européenne n’est pas certaine d’être renouvelée en 2014.

- L’agriculture vivrière représente un CA de 144 millions, dont 8 de subventions.

- Nous sommes autonomes à 75% sur les fruits et légumes, à 10% sur la viande, éloignés de l’objectif.

En l’absence de subventions, dont on ignore d’ailleurs la répartition -à qui profitent-elles ?-, l’avenir de la canne est incertain. Et ce n’est pas l’utilisation d’autres variétés comme la canne-fibre qui changera la donne.

Si l’objectif est cette sécurité, la canne doit passer APRES. Cependant il existe de puissants lobbyings associés aux résistances de la représentation de la canne dans l’imaginaire populaire. Or La Réunion n’a pas toujours été une île cannière. On ne nous parle que de contraintes : « la canne est indispensable car elle « tient » la terre » ; « le maraîchage pose un problème d’horaires pour la vente des légumes et fruits fraîchement cueillis sur les marchés (levers avant l’aurore) » ; l’agriculture maraîchère n’est pas la priorité de la Chambre, encore moins le bio.

La terre réunionnaise est appauvrie par les intrants, même si la canne en consomme peu. Pour parvenir aux fins de sécurité alimentaire, il faudra contraindre les contraintes, pratiquer l’agri-forestation pour « tenir » la terre, l’enrichir, et remplacer progressivement la canne par de l’agriculture maraîchère pour environ 30% de la surface. N’ayez crainte. La canne n’aura pas disparu.

Nous importons 600 millions d’euros pour nourrir nos animaux d’élevage, essentiellement en OGM (tourteaux de soja). Nous devons réfléchir à d’autres débouchés d’importation comme la zone Océan Indien, et à favoriser l’emploi à partir des subventions. Le tout dans un absolu respect environnemental : l’Europe impose en 2020 un objectif de 20% d’agriculture biologique. On est loin du compte, y compris en France métropolitaine. Or la conversion en bio se fait sur 5 ans, et sur 8 ans dans l’arboriculture : l’urgence vers le bio est donc absolue et immédiate ! Et les débouchés existent : AMAP, Ruches (deux à La Réunion), cantines, et ne demandent qu’à se développer.

Quelles actions mener ? La première est l’information, le conseil près des élèves dans les lycées agricoles. Savez-vous que la matière la mieux notée est la manipulation des pesticides chimiques ! Auprès des agriculteurs : la protection des captages d’eau, l’utilisation exclusive d’agriculture bio au voisinage de ces captages, pour ne citer que deux exemples.

Propose-t-on d’autres solutions que la canne ? Les budgets d’étude ne doivent ils qu’exclusivement porter sur le rendement en sucre ? Sur l’agro-écologie, les techniques d’allélopathie, c’est-à-dire de mixage, sur une même terre, de diverses cultures s’accordant entre elles et s’entraidant, comme le Milpa au Mexique (maïs, courge, haricot), ou le push-pull au Malawi (maïs, herbe à sorcières, herbe à éléphants), n’y a-t-il aucune recherche possible ?

Ce sont là aussi sources d’emploi qualifié. Des solutions peuvent sortir de conférences de consensus entre producteurs et consommateurs, de l’apprentissage des produits auprès des consommateurs, de développements de jardins partagés. Evidemment c’est plus compliqué que la monoculture cannière…

Dr Bruno Bourgeon Membre EELV Réunion

PUBLICATIONS

* Courrier des lecteurs du JIR du 28 Février 2013

PDF - 256 ko

* Zinfos du 27 Février 2013

DEFINITIONS

* L’agroécologie, nouveau modèle de développement agricole ?

Dans le contexte actuel de crise économique, alimentaire et énergétique mondiale, le rapporteur spécial de l’ONU, Olivier De Schutter, a présenté en 2010, un rapport sur la capacité de l’agroécologie à nourrir le monde.

D’après ce rapport, l’agriculture est à la croisée des chemins pour son développement futur. Jusqu’ici ignoré par les investisseurs publics et privés, le secteur agricole connait depuis quatre ans un regain d’intérêt. Mais, une simple augmentation de la production alimentaire ne suffira pas à garantir la sécurité alimentaire mondiale.

Elle doit s’accompagner de l’augmentation des revenus et l’amélioration des moyens de subsistance des populations pauvres. Il faut des mesures facilitant la transition vers un autre type d’agriculture, l’agroécologie, à faible émission de carbone, économe en énergie, au bénéfice des plus pauvres et qui prend en compte le droit à l’alimentation.

Qu’est-ce que l’agroécologie ?

L’agroécologie est à la fois une science et un ensemble de pratiques, qui découle de la fusion entre l’agronomie et l’écologie. Elle cherche à améliorer la durabilité des agroécosystèmes en imitant la nature. Elle crée des interactions et des synergies biologiques entre les composantes du système pour obtenir les conditions les plus favorables à la croissance des végétaux, tout en gérant la matière organique des sols et en augmentant leur activité biotique[

L’agroécologie se fonde sur plusieurs principes fondamentaux tels que :

le recyclage des nutriments et de l’énergie produite par le système ;

l’intégration des cultures et du bétail ;

la diversification des espèces et des ressources génétiques des agroécosystèmes dans l’espace et le temps ;

les interactions et la productivité à l’échelle de l’ensemble de l’agrosystème plutôt que sur des variétés individuelles.

C’est un outil efficace pour améliorer la résilience et la durabilité des agrosystèmes. Plusieurs techniques s’inspirant de l’agroécologie sont déjà mises en œuvre dans plusieurs parties du monde, comme au Mexique, et gagnent du terrain dans de nombreux pays dont la France.

Système « milpa » (haricot, maïs, courge) au Mexique

La milpa[2] désigne la parcelle familiale ou communautaire où sont semés le maïs, les haricots et la courge. Ce système de polyculture agroécologique est typique de l’Amérique centrale. C’est le plus ancien modèle agricole en Méso-Amérique (pratiqué par les Mayas) et le plus répandu.

Le système consiste à cultiver des plants de maïs (céréale) associés au haricot et à la courge. Le haricot, plante légumineuse[3], est semé en même temps ou juste après le maïs. En grandissant, il s’enroule autour du plant de maïs. Comme il fixe l’azote de l’air, cela favorise la croissance de la céréale.

Les courges sont des plantes rampantes, dont un seul pied peut recouvrir une grande surface de terrain. Cultivées entre les plants de maïs, les courges permettent de protéger le sol contre l’érosion hydrique et éolienne.

En outre, elles permettent de conserver l’humidité des sols et minimisent donc les impacts de la sécheresse. Cela améliore les rendements de maïs.

Les pratiques agricoles de la milpa varient en fonction des régions de production, puisqu’elles s’adaptent aux conditions biologiques du milieu. La FAO reconnait le système de la milpa comme une solution pour atteindre la souveraineté alimentaire dans les pays où elle est pratiquée.

* le push-pull par wikipédia

Le push-pull (le principe de chasser-charmer) est une approche de lutte biologique qui consiste à chasser les insectes ravageurs d’une culture principale et à les charmer vers la lisière du champ1.

Cette méthode dépend de l’agencement pensé de plantes dotées de la capacité biologique ou chimique de repousser, attirer ou piéger les insectes, évitant l’utilisation de pesticides de synthèse ou OGM. La technique fut développé par Thomas Risley Odhiambo2 de l’ICPE (International Centre of Insect Physiology and Ecology) et offre une utilité particulière en Afrique de l’est, surtout au Kenya, pour lutter contre les insectes nuisibles pour le maïs3.

la suite sur le site

LIENS INTERNES

* LBSJS 85 du 12 Février 2013 : "Du bio pour la planète"

* Cafeco 181 du 22 Novembre 2012 : « La biodiversité »

* LBSJS 82 du 9 Octobre 2012 : le végétarisme : bon pour la santé, bon pour la planète

* Cafeco 176 du 26 Juin 2012 : « Pour que vivent nos enfants ! »

POUR ALLER PLUS LOIN

* France Inter du 3/3/2013 : Les circuits courts court -circuitent les intermédiaires : vente directe, AMAP, Ruches, Drive-fermier, e-commerce,

texte liens mais aussi podcast de l’émission

Le Guide du Locavore :

* La Ruche qui dit oui


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