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En mémoire du cinquième anniversaire de la mort d’André Gorz

L’éthique en appelle à l’écologie

Par Dr Bruno BOURGEON

dimanche 7 octobre 2012 par BOURGEON Bruno

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L’écologie porteuse d’éthique, c’est ce que soutient Hans Jonas quand il écrit que nous n’avons pas le droit de compromettre la vie des générations futures dans l’intérêt à court terme de la nôtre. On peut ne pas aimer l’approche kantienne de Jonas. Il en appelle au sens de la responsabilité de chacun, individuellement.

Mais comment les choix individuels changeront-ils « rapidement et radicalement » notre modèle de consommation et de production ? D’autant que ce modèle a été conçu et imposé précisément pour étendre la domination du capital aux besoins, aux désirs, aux pensées, aux goûts de chacun et nous faire acheter, consommer, convoiter ce qu’il est dans l’intérêt du capitalisme de produire.

Il y a bien longtemps que la production de l’utile et du nécessaire a cessé d’être le ressort de la croissance. Les besoins sont limités, les désirs et les fantasmes ne le sont pas.

Dans les années 1920 d’abord, les années 1950 ensuite, le besoin qu’avait l’industrie de produire plus l’a emporté sur le besoin des gens de consommer plus et motivé le développement d’une pédagogie - le marketing, la publicité - qui « crée de nouveaux besoins dans l’esprit des gens et fait augmenter leur consommation au niveau que notre productivité et nos ressources justifient ». André Gorz écrivit ceci en 1957.

André et Dorine GORZ en 2007

De nos jours, malheureusement, les consommateurs et la production sont mis au service du capital et non l’inverse. Le lien entre la création de valeur et la création de richesse est rompu : n’est reconnu comme richesse que ce qui peut s’exprimer et se mesurer en argent. Les biens communs ne sont évidemment pas dans ce cas. Les services collectifs, dans une économie de marché, sont à abolir dans la mesure où ils freinent ou empêchent la croissance de la consommation individuelle. Celle-ci s’adresse, par le marketing, au désir secret de chacun d’échapper au lot commun, de se distinguer des autres et non d’avoir et de satisfaire des besoins communs à tout le monde.

Edward Bernays, le neveu de Freud, a inventé le marketing moderne dans les années 1920 ; il avait bien compris que le consommateur individualisé est le contraire du citoyen qui se sent responsable du bien commun, et que les couches dominantes pourraient être tranquilles aussi longtemps que les gens se laisseraient persuader que les biens de consommation individuels offrent des solutions à tous les problèmes.

Vous voyez donc qu’une éthique de la responsabilité suppose beaucoup de choses : elle suppose une critique radicale des formes insidieuses de domination qui s’exercent sur nous et nous empêchent de nous constituer en sujet collectif d’un refus commun, d’une action commune.

Les exemples réunionnais sont nombreux : gestion des déchets, nouvelle route du littoral (« les grands Projets Inutiles Imposés »), centrale électrique au fuel du Port.

La critique radicale, qui devrait être soutenue sinon prônée par les mouvements écologistes, doit s’accompagner d’actions militantes mobilisatrices comme le boycott des marques, les campagnes de Casseurs de Pub, les arrachages de semis d’OGM…

Moyennant quoi, par ces actions spectaculaires, la démarche citoyenne de l’a-consommation s’ancrera chaque jour un peu plus dans les esprits.

Dr Bruno Bourgeon, Membre EELVR et vice-président de l’Espace éthique de La Réunion

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Article sur Zinfos974 :

Courrier des lecteurs de Clicanoo

Courrier des lecteurs dans le Quotidien du 7 octobre 2012


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