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LBSJS 80 : Avec l’amiante, s’isoler, c’est mortel !

Présentation de Bruno Bourgeon, Pascal Grondin et Pascal Schlossmacher

mercredi 8 août 2012 par JMT

RDV à la « Trattoria Napoletana » Mardi 14 Août 2012, de 18h à 20h30,

65 Rue Alexis de Villeneuve (entre rue Auber et rue Gounod)

Tel 0262474880 (trattoria) ou 0692029271 (JMT). Repas partagé pour ceux qui désirent continuer à échanger.

Plan d’accès

Affiche A4

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AfficheLBSJS80

Présentation

C’est l’histoire d’une fibre minérale, dont les propriétés quasi-magiques étaient déjà connues des Grecs il y a plus de deux mille ans. Fibre indestructible (άσβεστος = asbeste), encore appelée chrysotile (fibre d’or), on en faisait des étoffes qui servaient de nappes et dont le nettoyage se limitait à la jeter au feu, comme pour la purifier, ajoutant au mythe du feu purificateur.

Mais ils en connaissaient aussi déjà les dangers, comme le remarquait Pline l’Ancien au premier siècle de notre ère, en constatant les dégâts pulmonaires dont souffraient les esclaves chargés du tissage de la fibre. Au XIIIe siècle, Marco Polo fait état de telles pratiques en Dzoungarie, au pied de la chaîne de l’Altaï.

Un gigantesque mésothéliome pleural droit au scanner

Cette fibre, de formule Mg3Si2O5(OH)4 pour le chrysotile, n’a pas manqué d’attirer l’attention des industriels à la fin du XIXe siècle. Sous sa forme friable, elle a été utilisée dans de nombreux calorifugeages et flocages, ainsi qu’en feuilles, feutres, colles, mastics, plaques cartonnées, ou tressée ou tissée.

On la trouve aussi (forme non friable) incorporée dans des produits en ciment (amiante-ciment) ou dans des liants divers (colles, peinture, joints, mortiers à base de plâtre, béton bitumineux, matériaux de friction et même asphaltes routiers ou d’étanchéité…). « Toute intervention sur ces matériaux peut émettre des particules et poussières dangereuses » rappelle l’INRS.

Elle a aussi été utilisée pour les patins de freins ou en garniture de chaudière ou de fours électriques, ou encore dans diverses installations électriques (plaques chauffantes) pour ses capacités d’isolation électrique à forte température. Elle a été massivement utilisée dans les bâtiments pour ses propriétés ignifuges, isolantes, sa flexibilité, sa résistance à la tension et parfois pour sa résistance aux produits chimiques.

Mais ce matériau « miracle » est toxique. L’inhalation de fibres d’amiante est à l’origine de l’asbestose (fibrose pulmonaire) ; de cancers broncho-pulmonaires, ainsi que de cancers de la plèvre (mésothéliome) et de cancers des voies digestives. Les victimes de ces pathologies sont principalement les « travailleurs de l’amiante », mais aussi des personnes exposées de manière environnementale et souvent à leur insu.

Nombre de pathologies liées à l’amiante officiellement déclarées en France

Bien que les dangers de l’amiante aient été identifiés clairement dès le début du XXe siècle, il faudra attendre le milieu des années 1980 et 1990 pour que l’utilisation de l’amiante soit interdite dans de nombreux pays, au travers de divers scandales comme ceux dénoncés par Henri Pézerat [1], chercheur français, diplômé de l’École de Chimie de Lyon, directeur de recherches au CNRS, toxicologue, lanceur d’alerte, à Jussieu dans les années 90, soutenu par Roger Lenglet, journaliste d’investigation et membre d’Anticor.

Ou encore les 1500 décès de Casale Monferrato, dans le Piémont, où la Société Eternit, filiale de Saint-Gobain, fabriquait du fibrociment. Le procès s’est achevé le 12 février 2012, avec une indemnisation de quelque 25 millions d’euros.

Le Docteur Pascal Schlossmacher, chef de service de pneumologie au CHU Félix Guyon, viendra évoquer les pathologies liées à la fibre d’amiante.

M. Pascal Grondin, représentant l’entreprise VP Environnement, spécialisée dans le désamiantage, nous entretiendra de la législation, des autorisations nécessaires et des techniques utilisées dans l’exercice de son métier.

Nous évoquerons, au cours du débat qui suivra, l’affaire de Jussieu, celle de Casale [2], les positions des politiques d’alors, dont celle controversée de Claude Allègre à propos du désamiantage de Jussieu, contre lequel il préférait l’encapsulage, moins onéreux.

Et à l’heure où Annie Thébaud-Mony, chercheuse en Santé Publique, refuse de recevoir la Légion d’Honneur des mains de Cécile Duflot, ministre du logement, et ancienne secrétaire nationale d’EELV, s’en expliquant ainsi : « …La reconnaissance que nous attendons, nous aimerions, Madame la ministre, nous en entretenir avec vous. Nous voulons être pris au sérieux lorsque nous donnons à voir cette dégradation des conditions de travail dont je parlais plus haut, le drame des accidents du travail et maladies professionnelles, mais aussi l’accumulation des impasses environnementales, en matière d’amiante, de pesticides, de déchets nucléaires et chimiques… », nous tenions, par cette conférence, à AID, à lui rendre hommage…

Dr Bruno Bourgeon

Annie Thébaut-Mony : "On reproduit les mêmes erreurs qu’avec l’amiante"

Par Cécile Maillard - Publié le 07 août 2012, à 14h39

© _boris - Flickr - C.C

ENTRETIEN La chercheuse, spécialiste des cancers professionnels, explique à L’Usine nouvelle pourquoi elle a refusé la Légion d’honneur que souhaitait lui remettre Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires et du Logement.

Directrice de recherche honoraire à l’INSERM, Annie Thébaut-Mony se bat depuis trente ans contre ce qu’elle appelle les "crimes industriels", ces atteintes graves à la santé des travailleurs, par l’amiante, les rayonnements ionisants, les molécules chimiques.

Cécile Duflot l’avait choisie parmi les personnalités à qui elle voulait remettre une Légion d’honneur. La chercheuse a refusé, dénonçant dans une lettre envoyée à la ministre l’"indifférence" qui entoure la santé au travail, et appelant la ministre à légiférer. Les explications de la chercheuse.

L’Usine nouvelle - Dans votre lettre à Cécile Duflot, vous dénoncez "l’impunité" qui "protège les responsables de crimes industriels". Le terme est fort, de quels crimes parlez-vous ?

Annie Thébaut-Mony - C’est en référence à l’amiante que j’utilise ce terme, un dossier qui n’est pas fini. Ce qui a été jugé au procès de Turin contre les responsables d’Eternit, c’est la stratégie mise en œuvre par ces industriels pour différer toute décision. Il faut en finir avec les vraies-fausses controverses dont le seul objectif est de gagner du temps.

Dans une usine Adisseo, dans l’industrie chimique, à Commentry, dans l’Allier, des cas de cancers du rein sont apparus au début des années quatre-vingt-dix chez plusieurs salariés. Des études toxicologiques ont été lancées sur une molécule, le chloracétal C5, dont les conclusions très alarmistes n’ont été suivies d’aucune décision de la part de l’employeur. Il a fallu attendre le milieu des années 2000 pour que les maladies professionnelles, tout comme la faute inexcusable, soient reconnues par les tribunaux. Les associations ont recensé 40 cas de cancers parmi les salariés. Alors qu’elle sait ce qu’il se passe, l’entreprise ne s’est toujours pas engagée dans une substitution de la molécule incriminée. C’est forcément une mise en danger d’autrui délibérée ! Heureusement, cette molécule a une odeur, et quand elle se répand dans l’atelier, les responsables du CHSCT font sortir tout le monde.

Depuis quelques décennies, la réglementation s’est pourtant durcie, afin de protéger la santé des salariés. Est-elle insuffisante selon vous ? Non respectée ?

Du côté de la réglementation, des efforts ont été faits. Le décret CMR de 2001 sur la prévention des risques cancérogènes me va tout à fait ! Il donne la philosophie de l’utilisation des cancérogènes – aucun contact direct, et si ce n’est pas possible, des protections individuelles -, et a été suivi de circulaires précises.

Mais il est facile de contourner ces règles quand on a recours à une cascade de sous-traitants ! Car les industriels ont trouvé la parade : ils se débarrassent des risques en les confiant à d’autres. La sous-traitance sert à ça ! Depuis trente ans, je conclus tous mes rapports de recherche sur la nécessité d’engager la responsabilité pénale et civile des donneurs d’ordre dans toutes les activités de sous-traitance. Ça existe en Australie, où le responsable est celui qui est à l’origine de la commande, que ce soit dans le cadre du marché (contrat de sous-traitance) ou du salariat (employeur). C’est surtout sur ce point que la réglementation doit être renforcée.

La prévention passe aussi par la sanction, et tant que celle-ci ne sera pas à la mesure des conséquences, rien n’avancera. Un cancer, une mort, cela doit valoir des sanctions importantes, surtout quand l’employeur sait.

Quelles seraient selon vous les autres mesures à prendre pour améliorer la santé au travail ?

Le droit du travail prévoit un droit au suivi post-professionnel de la santé des travailleurs, mais les dispositifs de suivi n’existent pas. Avec mes équipes, nous expérimentons depuis dix ans en Seine-Saint-Denis des registres départementaux des cancers. Il n’y a aucune difficulté à étendre cette méthodologie à toute la France, il suffit d’une volonté politique.

Il faut aussi que l’Etat soutienne la recherche fondamentale sur ces sujets. La toxicologie industrielle n’est plus étudiée dans les laboratoires français.

Quels sont selon vous les risques émergents au travail ?

L’exposition des travailleurs à plusieurs cancérogènes est très peu documentée, il n’y a pas du tout de recherche fondamentale sur ce sujet préoccupant. Et sur les nanotechnologies ou la téléphonie mobile, on reproduit les mêmes erreurs que pour l’amiante. C’est le même type de processus. L’épidémiologie est une science probabiliste, on ne peut pas attendre d’être absolument sûr pour agir.

N’a-t-on rien appris du dossier de l’amiante ?

Rien n’a changé depuis l’amiante, on reproduit les mêmes erreurs. Au moment des discussions sur Reach, l’industrie chimique a freiné des quatre fers, et obtenu que toute une série de produits soient exclus de la directive. Un chercheur américain spécialiste de la santé au travail a montré que les industriels adoptent tous la même stratégie, celle du doute, pour empêcher la prise en compte du risque. On met sur le marché, on freine les études, et quand l’inéluctable arrive, les morts, les procès et les condamnations, le produit est interdit. Ce n’est pas du tout cohérent avec le modèle des maladies à effet différé, ni avec le principe de précaution.

Les mêmes logiques se reproduisent d’année en année, notre travail de recherche n’a pas porté ses fruits, et comme pour les accidents de la route, tant que la sanction ne sera pas aggravée, on n’avancera pas.

Voici le fac-similé de la lettre envoyée à Cécile Duflot par Annie Thébaut-Mony (téléchargeable sur le site l’usine Nouvelle)

DIAPORAMAS

* Diaporama du Dr Pascal SCHLOSSMACHER

PDF - 1.3 Mo

* Diaporama de Monsieur Pascal GRONDIN

PDF - 558.7 ko

DOCUMENTS

* Groupe de Travail National Amiante et Fibres : rapport de fin de mandat 2008-2012

PDF - 950.5 ko

PROCHAINES SEANCES PROGRAMMEES

* Mardi 28 Août : Cafeco 178 Décroissance-3 : « La décroissance démographique » par Dr Bruno Bourgeon

* Mardi 11 Septembre : LBSJS 81 « Santiago+39, NYC+11, quelles traces ? » par Jean-Marc Tagliaferri

Connaissez-vous l’émission « modeste et géniale » de Daniel MERMET sur France-Inter (98.8Mhz à St Denis) à 15h05 (heure métropole) soit 17h05 (heure Réunion) ?

Voir sur http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/ et sur http://www.la-bas.org/

mél : labassijysuis@radiofrance.com répondeur pour vos messages : 01 56 40 37 37

Contacts GSM : Philippe B. : 0692 88 21 48 ou JMT : 0692 02 92 71 jean-marc.tagliaferri@wanadoo.fr

Retrouvez le Repaire et sa documentation sur le site web : http://aid97400.lautre.net

Le Repaire de Là-bas si j’y suis, un collectif de l’Association Initiatives Dionysiennes

[1] http://www.monde-diplomatique.fr/2002/04/HERMAN/16404

[2] http://www.viva.presse.fr/Amiante-l-exemplaire-proces-de_16558.html


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