AID Association initiatives dionysiennes
Poète, romancier, essayiste, auteur dramatique et penseur de la "créolisation"

HOMMAGES A EDOUARD GLISSANT

Né à Ste-Marie (Martinique) le 21/09/1928, mort à Paris le 3/02/2011

vendredi 4 février 2011 par JMT

Chantre éloquent de la diversité et du métissage, le grand écrivain antillais Edouard Glissant est mort le 3 février, à Paris, à l’âge de 82 ans. Poète, romancier, essayiste, auteur dramatique et penseur de la "créolisation", il était né à Sainte-Marie (Martinique) le 21 septembre 1928 et avait suivi des études de philosophie et d’ethnologie, à Paris.

Chapelet d’îles et d’îlots semés au large des côtes américaines, les Antilles sont le creuset d’une multitude de cultures forgées par les drames de l’histoire. Il y a deux ans, dans le magazine Ulysse, le musicien et universitaire Jacques Coursil revenait sur leurs spécificités et leurs points communs, citant notamment le grand écrivain martiniquais Édouard Glissant, décédé le 3 février à l’âge de 82 ans.

L’écrivain Edouard Glissant est mort

pour Le Monde.fr 03.02.11 à 10h47 Mis à jour le 03.02.11 à 11h15

Chantre éloquent de la diversité et du métissage, le grand écrivain antillais Edouard Glissant est mort le 3 février, à Paris, à l’âge de 82 ans. Poète, romancier, essayiste, auteur dramatique et penseur de la "créolisation", il était né à Sainte-Marie (Martinique) le 21 septembre 1928 et avait suivi des études de philosophie et d’ethnologie, à Paris.

L’écrivain martiniquais Edouard Glissant, le 1er février 1958, lors d’une séance de dédicace de son livre "La Lézarde" pour lequel il a remporté le Prix Renaudot. AFP/-

Le prix Renaudot attribué, en 1958, à son roman La Lézarde, fit connaître du grand public cet intellectuel qui ne sépara jamais sa création littéraire d’une réflexion militante. Influencé par la philosophie de Gilles Deleuze et Félix Guattari, il a fait une utilisation politique de l’histoire et de la géographie des Caraïbes, manifestant sa révolte contre les racismes de toutes sortes et rappelant la tâche indélébile de l’esclavagisme sur les relations de la France avec l’Afrique et tout "l’outre-mer".

S’opposant à tout système imposé, à tout refus de l’autre, Edouard Glissant a été le chantre du métissage et de l’échange, formulant dans les essais regroupés au sein de la série "Poétique" sa thèse sur la "Philosophie de la relation" et la "Poétique du divers". Lui-même a refusé de s’enfermer dans un genre unique, circulant en permanence entre le roman, l’essai et le poème, y compris au sein de chaque ouvrage.

DES ROMANS ORIENTÉS VERS L’IMAGINAIRE

Edouard Glissant, qui entretenait des relations à la fois respectueuses et conflictuelles avec Aimé Césaire, l’autre grande personnalité du monde antillais, a aussi manifesté son souci de la filiation littéraire, à travers des écrivains et "disciples" tels que Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant ou Ernest Pépin.

Ses romans, du Quatrième siècle (Seuil, 1965) à Ormerod (Gallimard, 2003), sont orientés vers un monde imaginaire et mythique, loin de tout naturalisme, mais aussi du pittoresque propre à certains romanciers antillais.

Après avoir créé, en Martinique, un centre de recherche et d’enseignement, ainsi qu’une revue baptisée Acoma, Edouard Glissant avait fondé, à Paris, un Institut du Tout-monde, destiné à mettre en pratique ses principes humanistes et à permettre la diffusion de "l’extraordinaire diversité des imaginaires des peuples".

Hommage d’AID

Le cosignataire du Manifeste pour les "produits" de haute nécessité

Edouard Glissant était cosignataire du Manifeste pour les "produits" de haute nécessité : Ernest BRELEUR. Patrick CHAMOISEAU. Serge DOMI. Gérard DELVER. Édouard GLISSANT. Guillaume PIGEARD DE GURBERT. Olivier PORTECOP. Olivier PULVAR. Jean-Claude WILLIAM.

Nous avions fait, en pleine aventure du COSPAR, le 24 Février 2009, le cafeco 139 sur ce thème.

Le manifeste des produits de « haute nécessité », dans une version typographique respectant le texte original est téléchargeable en version .pdf ICI

Pour AID, Jean-Marc Tagliaferri

Hommage du Cercle Philosophique Réunionnais

Mort d’un chantre de la créolité

C’est avec émotion que le Cercle Philosophique Réunionnais rend aujourd’hui hommage à l’écrivain martiniquais Édouard Glissant, mort à Paris ce 3 février 2011, à l’âge de 82 ans.

À l’instar d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon, Édouard Glissant a su faire rayonner la culture créole caribéenne à l’échelle du monde. Il fut le premier auteur francophone à penser et formuler le processus de créolisation, à célébrer "l’unité-diversité" et la grande richesse créative des mondes créoles.

Prix Renaudot en 1958 pour son roman "La Lézarde", cet écrivain-poète à l’imaginaire débridé n’a cessé d’œuvrer pour l’élaboration d’une poétique créole (manière propre dont les peuples créoles organisent leur discours). Il nous laisse la richesse d’une œuvre à redécouvrir.

Pour le Cercle Philosophique Réunionnais, Aude-Emmanuelle Hoareau

"Édouard Glissant avait fait le voeu d’une unité caribéenne"

03.02.11 à 16h02

Chapelet d’îles et d’îlots semés au large des côtes américaines, les Antilles sont le creuset d’une multitude de cultures forgées par les drames de l’histoire. Il y a deux ans, dans le magazine Ulysse, le musicien et universitaire Jacques Coursil revenait sur leurs spécificités et leurs points communs, citant notamment le grand écrivain martiniquais Édouard Glissant, décédé le 3 février à l’âge de 82 ans.

Jacques Coursil, musicien et universitaire antillais.HENRI SALOMON/UNIVERSAL MUSIC

Existe-t-il une unité des îles des Caraïbes ?

Cette unité de l’archipel caribéen existait avant l’arrivée de Christophe Colomb. Les Caraïbes et les autres peuples étaient des marins expérimentés qui naviguaient d’île en île à des fins guerrières ou d’échange. Cette circulation caribéenne va s’effondrer avec l’arrivée des puissances coloniales et l’extermination des peuples autochtones.

Mais ne peut-on pas identifier une unité de peuplement, ou du moins des traits communs, sur toute la zone à partir de l’arrivée de Colomb ?

Bien sûr, parce que l’élimination physique des habitants de la zone est compensée par la traite esclavagiste africaine. Mais ce nouveau peuplement est réparti par confinement : la société de plantation est tout sauf ouverte !

Les lieux d’origine des esclaves transbordés, de génération en génération, s’enfouissent progressivement comme traces, comme formes imaginaires, dans la mémoire. Aimé Césaire ne disait-il pas : "J’habite une blessure sacrée - j’habite des ancêtres imaginaires" ?

Ce n’est que hors la plantation, dans certaines communautés de nègres marrons, que le "pays d’avant" perdure et se recrée par bribes. Ainsi, pour vraiment trouver une unité ou des traits communs à toutes ces populations disséminées et confinées dans les îles, il faut commencer par dire que cette unité a été détruite et qu’elle ne se crée de nouveau qu’aujourd’hui.

Les quatre siècles de colonisation européenne de la Caraïbe ont transformé l’archipel en une grappe de systèmes sans liens. Cette vocation caribéenne est notamment celle des écrivains de la "postnégritude" : Depestre, Walcott, Glissant, et quelques autres.

Édouard Glissant écrit ainsi : "Cette île, puis ces îles toutes unies, nommez-les, criez-les : le temps est là." Ce n’est plus de racine vers une origine africaine dont il s’agit ici, mais à l’inverse, d’enracinement dans un archipel.

Aucune histoire commune, donc ?

Si. Mais le fait d’avoir une histoire commune issue d’un même drame, d’une même cassure, ne signifie pas que les cultures soient semblables, compte tenu des aléas de l’histoire coloniale, d’une si longue absence de contacts, compte tenu aussi de la variété des langues et de la créativité propre des cultures.

Existe-t-il un rapport d’entraide entre ces peuples qui constituent ces histoires parallèles ?

Sur le plan institutionnel, oui bien sûr, tout comme sur le plan culturel. Les politiques, les intellectuels, les artistes, tous ont une tendance pro-caribéenne aujourd’hui. Le Caricom [Caribbean Community and Common Market, créé en 1973, quinze états membres et cinq associés], malgré sa fragilité, est le résultat de cette volonté.

Mais dans les mœurs, c’est une toute autre histoire ! Nous sommes pris dans les imbrications et les torsions de pensée propres aux situations postcoloniales dont la constante est une crise identitaire aiguë, pour les ex-colonisés comme pour les ex-colonisateurs. Dans une telle situation, les rapports d’entraide ne sont jamais simples.

Le fond musical des îles permet tout de même de dégager des traits parallèles : calypso, biguine, son cubain, voire jazz des premières heures... Est-ce aussi là une autre vue de l’esprit européen ?

Toutes les musiques que vous citez, qui sont propres aux Africains des Amériques, sont fondées sur l’harmonie tonale et les instruments d’orchestre, au sens de la musique classique occidentale. Pour leur part, les musiques traditionnelles d’Afrique de l’Ouest et Centrale - lieux de la Traite - sont modales (plain-chant) et n’ont pas le même système d’intonation. Telle est la différence.

Le lien, quant à lui, est que toutes ces musiques américaines sont cadencées en mesure à quatre temps comme l’est un sabar sénégalais ou un juju yoruba. La trace enfouie est là, retrouvée dans cette communauté de cadence, aux variations rythmiques infinies selon les lieux. Ainsi, l’harmonie tonale européenne, les instruments d’orchestre et la cadence africaine constituent le fond musical de ces Amériques : le reste, dans leur diversité géographique et historique, est la créativité elle-même.

Le tambour persiste plus aisément chez les hispanophones et les lusophones... Cela voudrait-il dire qu’il y a différents types de colonisation ?

À l’époque des écrivains du Mouvement de la Négritude, à qui l’on doit la réinscription de l’Afrique dans la mémoire, le tambour était encore mal considéré. Les Martiniquais jouaient plutôt du violon ou de la clarinette ; cela a donné le grand Stellio, musicien de dimension internationale, et tant d’autres.

Certes, dans les grandes îles, certaines traditions africaines se sont maintenues, comme en Haïti ou à Cuba. Toutefois, j’aurais tendance à mettre l’accent sur les traces enfouies et la créativité musicale au sens fort plutôt que sur la persistance de traditions, qui supposerait une filiation directe entre les musiques traditionnelles et les musiques modernes des XXe et XXIe siècles.

Il ne faut pas faire l’impasse sur le fait qu’il y a rupture : notre plus cher attachement à la terre d’Afrique est notre détachement d’elle. Pour les Africains des Amériques, l’Afrique, c’est d’abord la Traite. Édouard Glissant explique qu’afin d’éviter les révoltes sur les bateaux, les négriers triaient les esclaves pour qu’ils ne parlent pas la même langue. Venant de lieux différents, les "migrants nus" arrivaient aux Amériques sans avoir de culture commune.

En quoi Édouard Glissant aide-t-il à comprendre le devenir des Antilles ?

Dans Le Discours antillais, Édouard Glissant avait posé les bases d’une unité caribéenne ; c’était un vœu. Mais restons terre à terre : si vous voulez aller en Jamaïque au départ de la Martinique, peut-être vous faudra-t-il passer par Miami ! La Caraïbe est impraticable, d’autant que Cuba est sous blocus.

Cette unité serait donc pour l’heure un mythe ?

Disons que c’est soit un mythe, soit un jeu complexe de questions politiques, économiques, culturelles, dont certaines sont déjà à l’œuvre aujourd’hui dans la zone. Évitons le futurisme comme le passéisme si on veut s’épargner les mythes, car ce n’est qu’au présent qu’il existe des passés et des futurs. Ce qu’on dit du futur n’est pas ce qu’on en dira demain ; de même, ce qu’on dit du passé n’est pas ce qu’on en disait hier. Alors "mythe", pourquoi pas ?

Que penser des Antilles françaises, qui peuvent être considérées comme des anomalies historiques, les derniers lambeaux d’un empire colonial ?

Dans nos contradictions postcoloniales, le mot "métropole" est étrangement très tendance. "Je vais en métropole, j’appelle la métropole tout de suite, ma fille étudie en métropole...". C’est "comme-ça-qu’on-dit" dans les conversations, dans les médias, dans la publicité et aussi dans l’administration.

Toutefois, pour qu’il y ait une métropole, il faut un empire ; or, d’empire, de juris et de facto, il n’y en a plus. Que dire ? La masse parlante quotidienne résiste et maintient l’usage de l’ancien statut honni (quelques intellectuels locaux s’en offusquent). La réciprocité du syndrome postcolonial implique que nous serons décolonisés quand la France sera elle-même décolonisée.

Ainsi, dit-on, toute corde possède deux bouts distincts mais liés : l’attaché et l’attacheur partagent, différemment cela est clair, une seule et même histoire. Enfin, certains reprochent à un Césaire jacobin d’avoir fait voter la loi de départementalisation, souvent ressentie comme le contraire d’une décolonisation. D’autres disent - parfois les mêmes - qu’on ne peut néanmoins plus raisonner comme au beau temps des "soleils des indépendances" dont Hamadou Kourouma décape dans ses romans les avenirs sombres cinquante ans plus tard.

Comment le concept de créolisation d’Édouard Glissant trouve-t-il un écho dans les Caraïbes ? Est-il envisagé comme un phare pour l’émergence d’une pensée pan-caribéenne, d’un modèle politique à venir ?

Les poètes ont nécessité de dire le monde, mais n’ont pas vocation de produire des modèles. En clair, ils peuvent entretenir le feu du désir, mais pas construire des structures. On entre ici dans des questions politiques, économiques, juridiques, qui sont indémêlables. Les politiques ne prennent de toute façon pas leurs inspirations dans Glissant... Même s’ils se félicitent en public de son travail [rires] !

L’unité politique ne peut-elle se réaliser que par la volonté des plus importantes îles, Cuba et la Jamaïque, d’agréger autour d’elles les autres afin de permettre l’émergence d’une entité viable ?

Oui, bien sûr, il existe une volonté de créer un espace de fraternité entravé par des siècles de vies séparées. Toutefois, le futurisme est un art délicat : URSS, Mur de Berlin, Apartheid, tours du World Trade Center... Yougoslavie, Rwanda... Tant d’évènements, certes explicables a posteriori mais non prédictibles, ne nous incitent pas à projeter des "avenirs radieux" dans le futur.

À Cuba, vous vous sentez un peu chez vous ?

Oui, oui, oui... Évidemment. C’est quand même assez clair, tout comme lorsque je suis en Guadeloupe, je ne suis pas un touriste [rires] !

Propos recueillis par Jacques Denis

Edouard Glissant : "La langue qu’on écrit fréquente toutes les autres

"

03.02.11 à 11h35 • Mis à jour le 03.02.11 à 11h58

Quand êtes-vous arrivé en Amérique ?

En 1988. C’était en Louisiane, à la Louisiana State University, dans la ville de Baton Rouge. J’étais attiré par cette partie des Etats-Unis qui avait des points communs avec les Antilles, le peuplement africain, la langue créole, l’architecture, la structure économique de l’ancien système de plantation, la cuisine, la complicité en musique. Il y a tant de points communs... Et j’y suis resté six ans, avant de venir à New York.

Quel souvenir conservez-vous de ces premières années en Amérique ?

Le souvenir de cette sorte d’apartheid entre les parties noires et blanches des villes, la condition généralement misérable des Africains-Américains en Louisiane, et ce n’était pas sans rappeler, évidemment, certains spectres de la colonisation dans la Caraïbe. Cela a sauté aux yeux du monde au moment du cyclone Katrina.

Mais je dois dire que j’étais très attaché, aussi, à une espèce de fantaisie d’existence, et à une profondeur dans l’expression du malheur. Et puis, pour moi, ce pays était très associé à l’oeuvre de l’écrivain Lafcadio Hearn, originaire de La Nouvelle Orléans, au XIXe siècle, et qui vécut à la Martinique, et aux grands noms de la musique de jazz, musique créole.

Est-ce par cette expérience commune, ces étranges similitudes, que vous expliquez le plus grand attachement de l’Amérique à la francophonie, par rapport à la France ?

Aux Etats-Unis, il y a une habitude du multiculturalisme, du contact entre des cultures qui coexistent sur le territoire américain. Il semble un peu plus facile de s’intéresser à la littérature coréenne, yougoslave ou antillaise, il y a un terrain propice au développement de cultures non natives.

Et aujourd’hui les études francophones commencent à être assez importantes. Mais attention, cela n’est vrai, bien sûr, qu’au niveau universitaire, car dans la vie de tous les jours, on a affaire à la même ignorance. Je parlais d’une ressemblance entre la Caraïbe et La Nouvelle- Orléans, par exemple, mais un Louisianais serait horrifié : "Pas possible, dirait-il, nous n’avons rien à voir avec les Antilles. Nous sommes des Américains !"

Y a-t-il, en France et en Amérique, une relation différente au passé colonial, à l’esclavagisme ?

En Amérique, il faut distinguer entre la population africaine-américaine et le reste. Les Africains-Américains sont aussi attachés à la mémoire et au passé de leur communauté que les Antillais anglophones, francophones ou hispanophones de la Caraïbe.

Mais ce qui caractérise fondamentalement l’ensemble de la population, c’est l’attachement aux Pères fondateurs, au drapeau, au président et à la Constitution. It’s the law ! Et le modernisme états-unien s’accommode très bien de cette fixation sur une histoire nationale passée.

Le point d’ombre est que ce peuple dans son ensemble a tendance à ignorer l’histoire de l’esclavage et de la traite des Noirs. Et sur ce point, c’est exactement la même chose qu’en France. Je faisais une conférence à Bordeaux il y a quelque temps, et une dame très aimable et très distinguée est venue me voir à la fin pour me dire qu’elle n’arrivait pas à croire que Bordeaux avait été une ville négrière...

Etes-vous un écrivain francophone ?

Je suis partisan du multilinguisme en écriture, la langue qu’on écrit fréquente toutes les autres. C’est-à-dire que j’écris en présence de toutes les langues du monde. Quand j’écris, j’entends toutes ces langues, y compris celles que je ne comprends pas, simplement par affinité. C’est une donnée nouvelle de la littérature contemporaine, de la sensibilité actuelle : fabriquer son langage à partir de tant de langages qui nous sont proposés, par imprégnation, et par la télévision, les conférences, les musiques du monde, poèmes islandais ou chants africains. Non pas un galimatias, mais une présence profonde, et peut-être cachée, de ces langues dans votre langue.

Vous sentez-vous prisonnier, en Amérique, du système multiculturaliste - chacun pour sa tribu ?

Une des particularités de la structure socioculturelle états-unienne, c’est précisément qu’il existe un multiculturalisme, mais sans créolisation, sans interférences profondes. Ces cultures ne se contaminent pas, elles sont absolument étanches les unes aux autres.

Les Etats-Unis deviendront un grand pays de créolisation le jour où ces cultures pourront retentir les unes sur les autres, avec des résultantes inattendues. Mais puisque j’essaie d’écrire pour un lecteur du monde, dans une pensée-monde, je ne peux pas me sentir emprisonné ici. Un écrivain fait son oeuvre, la poursuit avec sa propre intention poétique, même si, le plus souvent, il s’éloigne de cette intention dans l’écriture même. C’est là sa liberté.

Quel avenir pour la francophonie ?

Les littératures dites francophones sont très fréquentées, au Maghreb, en Afrique subsaharienne et dans les Amériques. Cela m’est égal qu’il n’en ait pas été de même en France, jusqu’à aujourd’hui, par ethnocentrisme sans doute... Mais pour ces littératures, même en France, les choses commencent à changer. A l’horizon, on commence enfin à percevoir "Une nouvelle région du monde", c’est le titre que j’ai choisi pour un essai d’esthétique sur le point d’être achevé. Il s’agit du Tout-Monde, dont la francophonie doit participer.

Propos recueillis par Lila Azam Zanganeh

Article paru dans l’édition du 17.03.06

LIENS

Biographie d’Edouard Glissant sur Wikipédia


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