AID Association initiatives dionysiennes
Rentrée 2011 du repaire de Saint Denis

LBSJS 62- Politique populaire ou populiste ?

débat organisé par Jean-Marc Tagliaferri

vendredi 7 janvier 2011 par JMT

RDV à la « Pizzeria Napoletana » Mardi 11 Janvier 2011, de 18h à 20h30,

65 Rue Alexis de Villeneuve (entre rue Auber et rue Gounod)

Tel 0262474880. Repas partagé pour ceux qui désirent continuer à échanger.

Plan d’accès

Affiche A4

PDF - 39.8 ko

Présentation

D’après Wikipédia : « Le populisme désigne un type de discours et de courants politiques, critiquant les élites et prônant le recours au peuple (d’où son nom), s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique[] Il suppose l’existence d’une démocratie représentative qu’il critique.

C’est pourquoi ses manifestations ont réapparu avec l’émergence des démocraties modernes, après avoir connu selon certains historiens une première existence sous la République romaine. Avant les années 1990, les termes « populisme » et « populiste » pouvaient désigner divers courants politiques se référant au peuple, parmi lesquels le parti de centre droit ÖVP autrichien ou le SHP turc au centre-gauche qu’on a tendance depuis à ne plus vouloir qualifier ainsi, leur préférant le label de « populaire ».

Le terme « populisme » a désormais un sens plus restreint, parfois péjoratif. Le populisme met en accusation les élites ou des petits groupes d’intérêt particulier de la société. Parce qu’ils détiennent un pouvoir, le populisme leur attribue la responsabilité des maux de la société : ces groupes chercheraient la satisfaction de leurs intérêts propres et trahiraient les intérêts de la plus grande partie de la population.

Les populistes proposent donc de retirer l’appareil d’État des mains de ces élites égoïstes, voire criminelles, pour le « mettre au service du peuple ». Afin de remédier à cette situation, le dirigeant populiste propose des solutions qui appellent au bon sens populaire et à la simplicité.

Ces solutions sont présentées comme applicables de suite et émanant d’une opinion publique présentée comme monolithique. Les populistes critiquent généralement les milieux d’argent ou une minorité quelconque (ethnique, politique, administrative etc.), censés avoir accaparé le pouvoir ; ils leur opposent une majorité, qu’ils représenteraient.

S’ils accèdent au pouvoir, il peut leur arriver de supprimer les formes traditionnelles de la démocratie, au profit d’institutions autoritaires, présentées comme servant plus authentiquement « le peuple » (…) Le boulangisme, le péronisme, ainsi que le poujadisme sont des mouvements populistes[]. (…)

Annie Collovald fait remarquer que le mot populisme connaît un nouveau succès depuis les années 1980. Selon cette universitaire en sciences politiques, la catégorie renseignerait moins sur ceux qu’elle désigne que sur ceux qui l’emploient.

Annie Collovald met en parallèle le succès du vocable avec la disparition progressive des classes populaires dans les appareils et dans les discours des partis politiques et interprète l’usage croissant du mot populisme ou populiste comme l’expression d’une méfiance grandissante à l’égard des classes populaires et d’un penchant nouveau pour la démocratie capacitaire voire censitaire.

Quid récemment des accusations de populisme que les médias (retour à l’envoyeur ?) ont généreusement répandues à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon, comme ils l’avaient déjà fait envers Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi.

Qu’ils s’en aillent tous !

« Qu’ils s’en aillent tous ! » Le Livre

12 octobre 2010 – éd. Flammarion 114 pages – 10 euros

« Qu’ils s’en aillent tous ! » Demain, des millions de gens iront prendre aux cheveux les puissants, excédés de les voir saccager notre pays et condamner la population de la cinquième puissance économique du monde au recul de tous ses acquis sociaux.

Ils le feront, révulsés par les mœurs arrogantes des amis de l’argent, non seulement ce Président et son gouvernement, mais aussi toute l’oligarchie : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les financiers qui vampirisent les entreprises, les barons des médias qui ont effacé des écrans le peuple. Du balai ! Ouste ! De l’air !

Je souhaite une révolution « citoyenne » en France pour reprendre le pouvoir à l’oligarchie, au monarque présidentiel, et à l’argent roi.

Qui veut vraiment chambouler la société doit savoir comment et pour quoi faire. Mon croquis est là pour ça. Pour pouvoir débattre. Partager un enthousiasme. Et donner envie.

Jean-Luc Mélenchon, député européen, est fondateur du Parti de Gauche, qu’(il copréside avec Martine Billard, députée et l’un des animateurs du Front de Gauche.

Qu’ils s’en aillent tous : vidéo du parti de gauche sur dailymotion

Populisme politique

définition sur Wikipédia

extrait

Histoire

Le mot de « populisme » se réfère d’abord à un mouvement politique organisé dans la seconde moitié du XIXe siècle aux États-Unis par des agriculteurs confrontés à des tarifs prohibitifs qu’un accès privilégié au domaine public avait permis aux compagnies de chemin de fer de leur imposer.

D’autres mouvements, notamment ouvriers, se sont organisés contre des taux d’intérêt qu’ils jugeaient abusifs, sans forcément dénoncer les privilèges de monopole qui permettent de gonfler les marges bancaires. L’égoïsme à courte vue, assorti d’une confusion idéologique, aura empêché ces deux types d’intérêts organisés de s’unir contre la distribution par l’État de privilèges sur le dos des populations.

À la même époque, la Russie connaissait un mouvement politique radical qui visait à instaurer un système d’économie socialiste agraire, le mouvement des Narodniki (gens du peuple, en russe). Rapidement interdit par la police, le mouvement devint ensuite une société secrète, recourant fréquemment à la violence et à l’assassinat pour faire entendre ses idées.

Par la suite, dans la foulée des nationalismes, le thème de l’émancipation du peuple a inspiré de nombreux partis politiques dits populistes, qui pouvaient dénoncer d’autres ennemis du peuple.

Le boulangisme, le péronisme, ainsi que le poujadisme sont des mouvements populistes.

On attribue souvent aujourd’hui la qualification de populisme comme synonyme de démagogie ou d’opportunisme politique, surtout vis-à-vis de mouvements d’opposition. Il faudrait dire plus précisément « démagogie tactique ».

En Suisse l’UDC (Union démocratique du centre) peut être considérée comme un parti populisme car il en appelle bien souvent au "peuple". Ses représentants critiquent la démocratie représentative tout en étant eux-mêmes des représentants élus. S’appuyant sur le démocratie directe, composante fondamentale du système politique suisse, ils lancent régulièrement des initiatives populaires ou des référendums sur des thèmes particulièrement "chauds" en faisant ainsi jouer à plein le populisme. L’un des exemples très parlants est l’initiative dite "anti minarets" de 2009 qui a obtenu une majorité des voix.

Populisme

Pascual SERRANO 1er août 2010

Décidément, nos médias mettent ce mot de populisme à toutes les sauces. Ce que ce mot veut dire n’est pas clair du tout. En fait, cette acception n’est pas rapportée par le Dictionnaire de la Royale Académie de la Langue mais comme c’est quelque chose de mauvais, on l’applique à tout ce qu’il faut repousser.

Populisme

Il y a quelques semaines, nous avons remarqué comment le Dictionnaire du quotidien de droite El Mundo donnait en guise de première acception : « Mouvement politique russe des dernières années du XIXº siècle qui prônait la formation d’un État socialiste paysan opposé à l’industrialisation de type occidental ».

Par ailleurs, voici qu’un éditorial du journal El País, en date du 11 juin, a pour titre « Populisme en hausse » et pour sujet le succès électoral, en Hollande, d’un parti de la droite ultra et xénophobe qui appelle au renvoi des immigrants et des musulmans. L’affaire ne s’arrête pas là. Le journal officiel du Vatican a qualifié José Saramago, à l’occasion de son décès, « d’extrémiste populiste ».

Conclusion : pour nos médias sont des « populistes » : les socialistes russes, les ultraréactionnaires hollandais, les écrivains critiques envers l’Église, le gouvernement indigène bolivien, mais, également, le gouvernement xénophobe européen qui déteste les immigrants indigènes latins.

Et, bien entendu, Chávez qui réunit, à lui tout seul, toutes ces qualités : il est socialiste, ultradroitier, xénophobe contre les Latino-Américains même s’il est vrai qu’on l’accuse de persécuter, au Venezuela, les entreprises et investisseurs espagnols et il est xénophobe contre les musulmans, même s’il soutient, disent-ils, les fondamentalistes islamistes de l’Hezbollah.

Finalement, l’idée qui ressort est la suivante : quelles que soient vos idées, vous devez être sûrs d’une chose : ceux que ces médias taxent de « populistes » sont des méchants. Il ne faut absolument pas aller chercher plus loin.

Pascual Serrano Correo del Orinoco

www.pascualserrano.net

Traduit par Manuel Colinas Balbona

Le dossier de Libération

Le mot « populisme » a beaucoup servi ces derniers mois. Il a été prononcé à propos des attaques contre l’islam de Marine Le Pen, de la dénonciation des élites de Jean-Luc Mélenchon, de la transformation des Roms en boucs émissaires par Nicolas Sarkozy…

De quoi est donc fait ce populisme qui frappe les démocraties occidentales ? Libération a sollicité trois philosophes : Jacques Rancière (lire ci-dessous) qui critique la notion même de populisme. Enzo Traverso (lire ensuite) qui s’inquiète de la montée de l’islamophobie et Bernard Stiegler (voir sur le site de Libération en accès réservé aux abonnés) qui analyse le « populisme industriel » né du passage de la démocratie de l’écrit à la société de l’image analogique.

Non, le peuple n’est pas une masse brutale et ignorante

Par JACQUES RANCIÈRE Philosophe 03/01/2011 à 00h00 (mise à jour le 05/01/2011 à 10h50)

« Il ne se passe pas de jour où l’on n’entende dénoncer les risques du populisme. Il n’est pas pour autant facile de saisir ce que le mot désigne.

Jacques Rancière

Qu’est-ce qu’un populiste ? A travers tous les flottements du mot, le discours dominant semble le caractériser par trois traits essentiels : un style d’interlocution qui s’adresse directement au peuple par-delà ses représentants et ses notables ; l’affirmation que gouvernements et élites dirigeantes se soucient de leurs propres intérêts plus que de la chose publique ; une rhétorique identitaire qui exprime la crainte et le rejet des étrangers.

Il est clair pourtant qu’aucune nécessité ne lie ces trois traits. Qu’il existe une entité appelée peuple qui est la source du pouvoir et l’interlocuteur prioritaire du discours politique, c’est la conviction qui animait les orateurs républicains et socialistes d’antan. Il ne s’y lie aucune forme de sentiment raciste ou xénophobe.

Que nos politiciens pensent à leur carrière plus qu’à l’avenir de leurs concitoyens et que nos gouvernants vivent en symbiose avec les représentants des grands intérêts financiers, il n’est besoin d’aucun démagogue pour le proclamer. La même presse qui dénonce les dérives « populistes » nous en fournit jour après jour les témoignages les plus détaillés.

De leur côté, les chefs d’Etat et de gouvernement dits « populistes », comme Silvio Berlusconi ou Nicolas Sarkozy, se gardent bien de propager l’idée « populiste » que les élites sont corrompues. Le terme « populisme » ne sert pas à caractériser une force politique définie. Il ne désigne pas une idéologie ni même un style politique cohérent. Il sert simplement à dessiner l’image d’un certain peuple.

Car « le peuple » n’existe pas. Ce qui existe ce sont des figures diverses, voire antagoniques du peuple, des figures construites en privilégiant certains modes de rassemblement, certains traits distinctifs, certaines capacités ou incapacités.

La notion de populisme construit un peuple caractérisé par l’alliage redoutable d’une capacité - la puissance brute du grand nombre - et d’une incapacité - l’ignorance attribuée à ce même grand nombre. Pour cela, le troisième trait, le racisme, est essentiel.

Il s’agit de montrer à des démocrates toujours suspects d’« angélisme », ce qu’est en vérité le peuple profond : une meute habitée par une pulsion primaire de rejet qui vise en même temps les gouvernants qu’elle déclare traîtres, faute de comprendre la complexité des mécanismes politiques, et les étrangers qu’elle redoute par attachement atavique à un cadre de vie menacé par l’évolution démographique, économique et sociale.

La notion de populisme remet en scène une image du peuple élaborée à la fin du XIXe siècle par des penseurs comme Hippolyte Taine et Gustave Le Bon, effrayés par la Commune de Paris et la montée du mouvement ouvrier : celle des foules ignorantes impressionnées par les mots sonores des « meneurs » et menées aux violences extrêmes par la circulation de rumeurs incontrôlées et de frayeurs contagieuses.

Ces déchaînements épidémiques de foules aveugles entraînées par des leaders charismatiques sont-ils vraiment à l’ordre du jour chez nous ? Quels que soient les griefs exprimés tous les jours à l’égard des immigrés et notamment des « jeunes des banlieues », ils ne se traduisent pas en manifestations populaires de masse.

Ce qu’on appelle racisme aujourd’hui dans notre pays est essentiellement la conjonction de deux choses. Ce sont d’abord des formes de discrimination à l’embauche ou au logement qui s’exercent parfaitement dans des bureaux aseptisés.

Ce sont ensuite des mesures d’Etat dont aucune n’a été la conséquence de mouvements de masse : restrictions à l’entrée du territoire, refus de donner des papiers à des gens qui travaillent, cotisent et paient des impôts en France depuis des années, restriction du droit du sol, double peine, lois contre le foulard et la burqa, taux imposés de reconduites à la frontière ou de démantèlements de campements de nomades.

Ces mesures ont pour but essentiel de précariser une partie de la population quant à ses droits de travailleurs ou de citoyens, de constituer une population de travailleurs qui peuvent toujours être renvoyés chez eux et de Français qui ne sont pas assurés de le rester.

Ces mesures sont appuyées par une campagne idéologique, justifiant cette diminution de droits par l’évidence d’une non-appartenance aux traits caractérisant l’identité nationale. Mais ce ne sont pas les « populistes » du Front national qui ont déclenché cette campagne. Ce sont des intellectuels, de gauche dit-on, qui ont trouvé l’argument imparable : ces gens-là ne sont pas vraiment français puisqu’ils ne sont pas laïques.

Le récent « dérapage » de Marine Le Pen est à cet égard instructif. Il ne fait en effet que condenser en une image concrète une séquence discursive (musulman = islamiste = nazi) qui traîne un peu partout dans la prose dite républicaine. L’extrême droite « populiste » n’exprime pas une passion xénophobe spécifique émanant des profondeurs du corps populaire ; elle est un satellite qui monnaye à son profit les stratégies d’Etat et les campagnes intellectuelles distinguées.

L’Etat entretient le sentiment permanent d’une insécurité qui mêle les risques de la crise et du chômage à ceux du verglas ou du formamide pour faire culminer le tout dans la menace suprême de l’islamiste terroriste. L’extrême droite met les couleurs de la chair et du sang sur le portrait standard dessiné par les mesures ministérielles et la prose des idéologues.

Ainsi ni les « populistes » ni le peuple mis en scène par les dénonciations rituelles du populisme ne répondent-ils vraiment à leur définition. Mais peu importe à ceux qui en agitent le fantôme. L’essentiel, pour eux, est d’amalgamer l’idée même du peuple démocratique à l’image de la foule dangereuse.

Et d’en tirer la conclusion que nous devons nous en remettre à ceux qui nous gouvernent et que toute contestation de leur légitimité et de leur intégrité est la porte ouverte aux totalitarismes. « Mieux vaut une république bananière qu’une France fasciste », disait un des plus sinistres slogans antilepénistes d’avril 2002. Le battage actuel sur les dangers mortels du populisme vise à fonder en théorie l’idée que nous n’avons pas d’autre choix. »

Biographie de Jacques Rancière sur Wikipédia

L’islamophobie est à la source du nouveau populisme de droite

Par ENZO TRAVERSO Philosophe 04/01/2011 à 00h00 (mise à jour le 05/01/2011 à 10h55)

« Les mutations connues par l’extrême droite en ce début du XXIe siècle - en gros, depuis la chute du mur de Berlin - bouleversent nos catégories analytiques traditionnelles, souvent inadaptées face à un phénomène nouveau. Le premier lieu commun à réviser est celui qui identifie l’extrême droite au fascisme.

Enzo Traverso

Ce dernier en fut la matrice partagée pendant des décennies - au moins jusqu’à la fin des années 1980 -, mais cela est beaucoup moins évident aujourd’hui. Il reste une référence incontestable pour plusieurs mouvements nationalistes apparus en Europe centrale et orientale après la dissolution de l’Empire soviétique.

Renouant avec une histoire interrompue en 1945, ils prônent un anticommunisme radical hérité des nationalismes d’avant-guerre et alimenté par quatre décennies de socialisme réel. Tantôt ils revendiquent une filiation à l’égard des dictatures des années 1930, comme Jobbik en Hongrie, qui reprend l’héritage des Croix-Fléchées et cultive la mémoire du maréchal Horthy ; tantôt ils exhument une ancienne mythologie revancharde et expansionniste, comme le Parti de la grande Roumanie ou le Parti croate du droit (HSP), continuateur du mouvement oustachi d’Ante Pavelic.

En Europe occidentale, cependant, le fascisme est pratiquement inexistant, en tant que force politique organisée, dans les pays qui en ont été le berceau historique. En Allemagne, l’influence sur l’opinion des mouvements néonazis est presque nulle. En Espagne, où le legs du franquisme a été recueilli par le Parti populaire, national-catholique et conservateur, les phalangistes sont une espèce en voie d’extinction.

En Italie, nous avons assisté à un phénomène paradoxal : la réhabilitation du fascisme dans le discours public et même dans la conscience historique d’un segment significatif de la population - l’antifascisme était le code génétique de la « Première République », pas de l’Italie de Berlusconi - a coïncidé avec une métamorphose profonde des héritiers de Mussolini. Futur et Liberté pour l’Italie (FLI), le parti que vient de lancer leur leader, Gianfranco Fini, se présente comme une droite libérale, réformiste et « progressiste » qui s’attaque au conservatisme politique de Berlusconi et à l’obscurantisme culturel de la Ligue du Nord.

Tout en se situant bien plus à droite dans l’échiquier politique français, le Front national essaie, sous l’impulsion de Marine Le Pen, de s’affranchir de l’image traditionnelle d’une extrême droite faite de partisans de la Révolution nationale, d’intégristes catholiques et de nostalgiques de l’Algérie française. Si une composante fascisante demeure en son sein, elle n’est pas hégémonique.

Le déclin de la tradition fasciste laisse toutefois la place à l’essor d’une extrême droite de type nouveau, dont l’idéologie intègre les mutations du XXIe siècle. Dans le sillage de Jean-Yves Camus, plusieurs chercheurs ont souligné ses traits inédits : l’abandon du culte de l’Etat au profit d’une vision du monde néolibérale axée sur la critique de l’Etat-providence, la révolte fiscale, la dérégulation économique et la valorisation des libertés individuelles, opposées à toute interférence étatique.

Le refus de la démocratie - ou son interprétation dans un sens plébiscitaire et autoritaire - ne s’accompagne pas toujours du nationalisme qui, dans certains cas, est troqué pour des formes d’ethnocentrisme remettant en cause le modèle de l’Etat-nation, comme le montrent la Ligue du Nord italienne ou l’extrême droite flamande.

Ailleurs, le nationalisme prend la forme d’une défense de l’Occident menacé par la mondialisation et le choc des civilisations. Le cocktail singulier de xénophobie, d’individualisme, de défense des droits des femmes et d’homosexualité assumée que Pim Fortuyn avait concocté aux Pays-Bas en 2002, a été la clef d’une percée électorale durable.

Des traits similaires caractérisent d’autres mouvements politiques en Europe du Nord comme le Vlaams Belang en Belgique, le Parti populaire danois et l’extrême droite suédoise, qui vient de faire son entrée au Parlement de Stockholm.

Mais nous les retrouvons aussi - bien que mélangés à des stéréotypes plus traditionalistes - chez le Parti libéral autrichien (dont le leader charismatique fut Jörg Haider) qui s’est imposé, lors des élections d’octobre, comme la deuxième force politique à Vienne (27% des voix).

L’élément fédérateur de cette nouvelle extrême droite réside dans la xénophobie, déclinée comme un rejet violent des immigrés et, plus particulièrement, de l’islam. Véritable axe structurant de leur propagande, l’islamophobie joue pour ces mouvements le rôle qui fut jadis celui de l’antisémitisme pour les nationalismes et les fascismes d’avant la Seconde Guerre mondiale.

La mémoire de la Shoah - une perception historique de l’antisémitisme au prisme de son aboutissement génocidaire - tend à obscurcir ces analogies pourtant évidentes. Le portrait de l’arabo-musulman brossé par la xénophobie contemporaine ne diffère pas beaucoup de celui du juif construit par l’antisémitisme au début du XXe siècle.

Dans les deux cas, les pratiques religieuses, culturelles, vestimentaires et alimentaires d’une minorité ont été mobilisées afin de construire le stéréotype négatif d’un corps étranger et inassimilable à la communauté nationale.

Sur le plan politique, le spectre du terrorisme islamiste a remplacé celui du judéo-bolchevisme. Aujourd’hui, l’antisémitisme demeure un trait distinctif des nationalismes d’Europe centrale, où l’islam est quasi inexistant et le tournant de 1989 a revitalisé les vieux démons (toujours présents, même là où il n’y a plus de juifs), mais il a presque disparu du discours de l’extrême droite occidentale (qui parfois affiche ses sympathies à l’égard d’Israël).

Au fond, la phobie du voile islamique, l’obsession des minarets et l’identification des populations migrantes (ou, selon l’expression conventionnelle, « issues de l’immigration ») aux classes dangereuses, ne font que reproduire sous une forme nouvelle, culturaliste plutôt que scientiste, un mécanisme ancien de rejet social et d’exclusion morale que Erving Goffman avait résumé par le concept de stigma.

Ses manifestations extérieures sont aujourd’hui inédites, mais sa fonction n’a pas changé. Et même ses matériaux sont parfois empruntés à un imaginaire colonial qui a toujours servi à définir, négativement, des « identités » fragiles ou incertaines, fondées sur la peur de l’étranger (l’envahisseur et l’ennemi).

Cette nouvelle extrême droite « défascisée » prend alors la forme du populisme. Le concept, comme chacun sait, est vague, élastique, ambigu, voire détestable lorsqu’il est utilisé pour affirmer le mépris aristocratique à l’égard du peuple.

Reste que les percées électorales fréquentes de cette nouvelle extrême droite prouvent sa capacité à trouver un consensus auprès des classes laborieuses et des couches les plus démunies. Le populisme de droite - Ernesto Laclau l’a bien souligné - s’alimente du désarroi d’un peuple qui a été abandonné par la gauche, dont la tâche devrait être celle de l’organiser et le représenter.

Le populisme, enfin, est une catégorie transversale qui indique une frontière poreuse entre la droite et l’extrême droite. Si quelqu’un avait des doutes à ce sujet, Nicolas Sarkozy s’est chargé de les dissiper depuis son élection, d’abord en créant un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, puis en lançant une campagne contre les Roms, désignés comme une ethnie dangereuse de voleurs nomades, coupables de répandre la terreur dans nos quartiers paisibles avec leurs raids en Mercedes. »

Biographie d’Enzo Traverso sur Wikipédia

Mélenchon assume un certain "populisme"

Article publié le 13 octobre 2010 à 16h44 Article mis à jour le jeudi 14 octobre à 09h23.

En pleine offensive médiatique, Jean-Luc Mélenchon a sorti mercredi son nouveau livre aux allures de programme pour 2012 intitulé "Qu’ils s’en aillent tous !", un titre qui fait écho au "populisme" que le président du Parti de gauche entend revendiquer.

Le sénateur socialiste Jean-Pierre Bel (G) et le président du parti de gauche Jean-Luc Mélenchon (D) participent, le 5 octobre 2010 à Paris, à une manifestation contre la réforme des retraites devant le Sénat

"Populiste moi ? J’assume !", assurait-il récemment dans L’Express, mettant en avant son "goût de la polémique", "des dialogues fracassants" et dénonçant "la suffisance des privilégiés".

Dans son livre-programme au titre évocateur "Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne" (Flammarion) —allusion au slogan "que se vayan todos" de la crise argentine en 2001—, l’eurodéputé fustige Nicolas Sarkozy "roi des accointances", les "patrons hors de prix", ou encore les "antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude".

"Rendez l’argent", clame-t-il, militant pour un salaire maximum, "pas plus de vingt fois celui du bas de l’échelle", et une taxation "à 100% pour la part de revenus au-delà de 30.000 euros mensuels", pour "15.000 ultra riches".

Enchaînant radios et télévisions en pleine campagne contre la réforme des retraites du gouvernement, ce partisan d’une sortie du Traité de Lisbonne sera aussi le 7 novembre sur le plateau consensuel de Michel Drucker pour un "Vivement Dimanche" spécial.

Après l’épisode David Pujadas (traité de "larbin" en réaction à une interview d’un syndicaliste par le journaliste de France 2), M. Mélenchon qui entend "libérer les médias" et leur "armée" de précaires, s’est attiré la sympathie de Bernard Tapie.

"J’aime bien Mélenchon" parce qu’il "pense" la même chose que moi des journalistes, a dit l’homme d’affaires sur France Inter.

Mais au PS, François Hollande a critiqué "les vulgaires" qui sont "dans l’excès" à gauche.

Chez l’allié communiste, certains s’inquiètent du côté "incontrôlable" du possible candidat à la présidentielle du Front de gauche et craignent des dérapages, explique un responsable PCF alors que les communistes essaient de faire monter la candidature d’André Chassaigne, député "coco-écolo" du Puy-de-Dôme.

Globalement, pour le politologue Stéphane Rozès (CAP Conseil), Jean-Luc Mélenchon, anti-Dominique Strauss-Kahn déclaré, mène "une stratégie délibérée de parler au peuple à la façon du peuple" pour que "s’instaurent deux types de candidatures à gauche : celle de ceux dans la logique des élites" et "celle de celui qui se situe dans une logique populaire".

"Il ne fait qu’exprimer la colère populaire avec les mots du peuple" et un "discours en phase avec une période qui ne supporte plus le mi-chèvre mi-chou", assure Eric Coquerel (PG). "Il va falloir s’y habituer", lance ce cadre d’un parti dont le tract "casse toi pov’con" à l’adresse de Nicolas Sarkozy après sa phrase au Salon de l’Agriculture, fait un tabac.

"Avec ses accents à la Georges Marchais", "sa stratégie depuis qu’il a quitté le PS (fin 2008), c’est de parler pour +les petits+, il y a une vraie authenticité", explique Frédéric Dabi (Ifop), mais "le problème c’est de concrétiser cela en intention de vote dans un contexte abstentionniste".

Car M. Mélenchon se heurte à un "décalage entre son exposition médiatique et une "popularité en construction", note ce sondeur. Il n’arrive en effet que 46e (-4 places par rapport à septembre) dans le classement des personnalités politiques Ifop-Paris Match avec 32% de bonnes opinions, loin derrière Olivier Besancenot : 15e avec 56%.

Mais selon M. Rozès, l’ex-sénateur montre une "cohérence d’identité entre sa sémantique, sa façon d’être et ses propositions" et "ça va avoir une efficacité".

PROCHAINES SEANCES PROGRAMMEES

· Mardi 25 Janvier 2011 CAFECO 160

· Mardi 8 Février 2011 : LBSJS 63

Connaissez-vous l’émission « modeste et géniale » de Daniel MERMET sur France-Inter (98.8Mhz à St Denis) à 15h05 (heure métropole) soit 18h05 (heure Réunion) ?

Voir sur http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/emissions/labas/ et sur http://www.la-bas.org/

mél : labassijysuis@radiofrance.com

répondeur pour vos messages : 01 56 40 37 37

Contacts GSM : Philippe B. : 0692 88 21 48 ou JMT : 0692 02 92 71 jean-marc.tagliaferri@wanadoo.fr

Retrouvez le Repaire et sa documentation sur le site web : http://aid97400.lautre.net

Le Repaire de Là-bas si j’y suis, un collectif de l’Association Initiatives Dionysiennes


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