AID Association initiatives dionysiennes
Si on parlait de ce qui fâche ?

CAFECO 156 - Economie et peurs

présenté par Jean-Marc Tagliaferri

vendredi 20 août 2010 par JMT

Rendez-vous à la « Pizzeria Napoletana » Mardi 24 Août 2010, de 18h à 20h30, 65 Rue Alexis de Villeneuve (entre rue Auber et Rue Gounod) Tel 0262 474880.

Repas partagé pour ceux qui désirent continuer à échanger.

Contact Philippe BARBIER (0692882148) ou JMT (0692029271)

Plan d’accès

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Cafeco 156

Présentation

La peur est devenue, depuis la victoire du "capitalisme" sur le "communisme" (avec tout ce que ces deux termes recouvrent d’à peu-près) et surtout depuis le 11 Septembre 2001, le ressort principal de la domination des puissants (au premier chef les gouvernements mais ils ne sont que le bras visible du vrai pouvoir qui domine largement la planète désormais, celui qui découle de la possession de gros moyens financiers).

Les phobies économiques ont toujours existé, au moins chez ceux qui avaient des notions de ce que pouvait être "l’économie" mais du fait que le monde moderne est fortement monétisé elles sont devenues incontournables. Les médias les répandent en permanence comme tous les autres éléments de la culture dominante du moment et elles font intrinsèquement partie du capitalisme néolibéral.

Comme beaucoup d’autres choses, elles ont aussi des spécificités nationales.

Par exemple pour les allemands, récemment interrogés par l’institut Forsa, c’est la dette publique qui arrive en tête, suivie par les retraites, la crainte que les responsables publics soient dépassés par les événements , celle du chômage et celle de la hausse du coût de la vie.

Pour les étatsuniens il s’agit avant tout de la crainte que leur économie doive abandonner la place de première puissance mondiale qu’elle occupe depuis près d’un siècle. Ce sera peut-être le cas dès 2020, d’après des projections publiées en juin par la Banque mondiale, institution qui a un président américain et un économiste en chef chinois.

Pour les français, à en croire Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia, les principales sont l’indice des prix, le trou de la Sécurité sociale, l’emploi, les banques, la croissance, les épidémies, l’immigration ou la méfiance envers la gratuité

La zone euro (16 pays de l’Union sur 27) craint l’inflation et que la croissance tirée par l’Allemagne soit impuissante à provoquer celle de la périphérie et qu’au contraire celle-ci entraîne le centre économique de l’Union dans une nouvelle récession.

Les japonais ont connu une très forte croissance, la stagnation, une forte dette publique, l’ostracisme des occidentaux et maintenant la chine leur ravit inexorablement leur rang de deuxième économie mondiale. Le manque d’entrain des consommateurs nippons induit une course aux bas prix attractifs, ce qui ronge la capacité des entreprises à investir, freine la progression salariale et entretient un cercle vicieux.

Comment allons-nous nous sortir des crises qui s’emboîtent : financière, économique, écologique, identitaire, etc ?

La dette publique, principale inquiétude des Allemands

AFP, Mise a jour : mercredi 18 août 2010 17:21

Le niveau d’endettement de l’Allemagne a beau être nettement moins élevé que dans d’autres pays d’Europe, la dette publique reste l’inquiétude numéro une des Allemands, selon un sondage publié mercredi.

La croissance chinoise ravive la peur d’un "péril jaune" aux Etats-Unis

AFP, Mise a jour : mercredi 18 août 2010 08:20

La croissance de la Chine, qui a détrôné le Japon au rang de deuxième économie mondiale, ravive aux Etats-Unis le spectre d’un "péril jaune", à savoir la peur de voir le champion économique mondial avalé par un rival asiatique.

Japon : yen cher et déflation, nouvelles mesures de soutien à l’étude

AFP, Mise a jour : mardi 17 août 2010 13:24

Le gouvernement japonais a indiqué mardi qu’il allait étudier la possibilité de proroger des mesures exceptionnelles de soutien économique ou d’en instaurer de nouvelles afin d’éviter une fin brutale de la reprise à cause de la cherté du yen et des pressions déflationnistes.

Zone euro : la croissance repart et dépasse celle des Etats-Unis

AFP, Mise a jour : vendredi 13 août 2010 18:22

La santé de l’économie allemande a dopé au deuxième trimestre la croissance de la zone euro, qui a même dépassé celle des Etats-Unis, mais les économistes craignent d’y voir seulement un sursaut avant un nouveau ralentissement en fin d’année.

Zone euro : l’inflation va grimper dans les années à venir

AFP, Mise a jour : jeudi 12 août 2010 17:11

Les prix dans la zone euro sont appelés à grimper à un rythme plus soutenu dans les années à venir, l’inflation atteignant 2% en 2015, selon une étude trimestrielle de la Banque centrale européenne publiée jeudi dans son rapport mensuel.

Le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier supprimé en 2011, annonce Lagarde

AFP, Mise a jour : mercredi 4 août 2010 08:28

Le gouvernement va supprimer le crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier et mettre en place dès 2011 un "outil unique" pour l’accession à la propriété, annonce la ministre de l’Economie Christine Lagarde dans une interview aux Echos mercredi.

Nos Phobies économiques. ces peurs que l’économie guérit mieux qu’un psy

d’Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia 29 avril 2010

La connaissance éloigne la peur : partant de ce principe, ces deux économistes « éconoclastes » démontent les contrevérités sur les phobies économiques du moment. Extrait (p. 115 à 117).

Le livre "Nos phobies économiques"

« Pour une personne qui suit l’actualité socio-économique, le chômage se confond avec les annonces des plans de licenciements collectifs, le plus souvent dans des grandes entreprises. « X emplois supprimés dans la filiale Y d’une entreprise, située dans telle ville » est l’information qui rythme la presse et les journaux télévisés, accompagnée des images et témoignages de celles et ceux qui vont perdre leur emploi et manifestent leur désespoir, parfois avec violence.

Ce désespoir est justifié : ces personnes se voient brutalement signifier la perte de leur statut social, et elles savent qu’il leur faudra des efforts longs et pénibles pour retrouver un emploi, si tant est qu’elles en retrouvent un. Pour des villes entières, cela peut signifier un marché du travail durablement sinistré.

Cette douleur immédiatement visible, pour autant, ne doit pas être confondue avec la réalité du phénomène. Les psychologues savent que la « saillance » d’un événement nous conduit à modifier notre comportement et notre perception d’un phénomène, en négligeant d’autres risques parce qu’ils sont plus diffus et moins perceptibles.

La saillance, c’est ce qui nous pousse à ralentir lorsque nous passons à côté d’un accident de la route, qui incite les politiques à vouloir légiférer sur des problèmes d’importance minime suite à un fait divers, et qui explique l’afflux de dons aux associations humanitaires après une catastrophe naturelle, alors qu’il est beaucoup plus difficile de mobiliser les bonnes volontés pour lutter contre la malaria qui tue pourtant 1 million d’enfants par an. La saillance des licenciements collectifs, de la même façon, brouille notre perception du chômage et de ses causes.

En effet, lorsqu’on étudie le fonctionnement de l’emploi dans les pays développés, on constate que ceux-ci sont caractérisés par un rythme extrêmement élevé de destructions et de créations d’emplois. Les économistes parlent pour ce phénomène de la « règle des 15 % » : en moyenne, chaque année, dans un pays développé, environ 15 % des emplois existants sont détruits et un nombre équivalent d’emplois créés (un peu plus en général, car la population augmente). Pour un pays comme la France, selon Pierre Cahuc et André Zylberberg, cela correspond à environ 10 000 emplois créés et détruits chaque jour ouvrable.

Plus étonnant encore : les destructions d’emplois sont relativement stables dans le temps. Dans les périodes de récession, effectivement, des entreprises ferment ou mènent des plans de licenciements, mais pas beaucoup plus que dans les périodes fastes.

En revanche, durant les récessions, elles ralentissent brutalement leur rythme de création d’emplois. Pour l’essentiel, ce sont donc les fluctuations de créations d’emplois autour d’un nombre de destructions d’emplois relativement constant qui déterminent les variations du chômage d’une année sur l’autre. Rappelons-le : de ce point de vue, la France ne se distingue pas beaucoup des autres pays développés, y compris de ceux qui connaissent un chômage faible. »

Notre avis

La peur donne rarement des ailes. Elle fige, sclérose, s’entretient elle-même. A force de répéter que le pouvoir d’achat s’est volatilisé, que se soigner devient un luxe ou que le chômage menace tout un chacun, les craintes sont devenues des vérités.

Partant du principe que la connaissance éloigne l’inquiétude, ces économistes, enseignants et animateurs du blog Econoclaste, décortiquent les grands sujets du moment et traquent les contrevérités.

En huit chapitres clairs, didactiques et jamais jargonnants, ils passent au crible l’indice des prix, le trou de la Sécurité sociale, l’emploi, les banques, la croissance, les épidémies, l’immigration ou la méfiance envers la gratuité, expliquent leur fonctionnement, et donnent ainsi les clés pour ne pas se laisser enfermer dans des phobies économiques souvent injustifiées.

En filigrane, une critique revigorante des discours sécuritaires de toutes origines et la preuve que le savoir permet de voler de ses propres ailes.

Soizic Briand

Voir la vidéo sur le site LeFigaro.fr

La peur du déclassement, une sociologie des récessions

04 nov 2009 SEB Reversus

La société française s’est construite sur une conception forte du statut. En conséquence , celui-ci est particulièrement protégé et ce au détriment de ceux qui n’en disposent pas (les chômeurs, les jeunes…). Pourtant la peur du déclassement social n’a jamais été aussi forte. Eric Maurin tente d’analyser ce paradoxe…

Déclassement

Eric Maurin fait partie de ces économistes qui ne peuvent s’empêcher d’empiéter, souvent avec bonheur, sur des problématiques habituellement réservées à d’autres disciplines, notamment la sociologie.

En conservant l’angle économique comme base de son raisonnement, il analyse soigneusement, au plus près des chiffres, les divers phénomènes sociaux. Le résultat est souvent excellent.

Ainsi, parmi ses précédents ouvrages, on retrouve deux très bons essais traitant respectivement du séparatisme sociale et de la démocratisation scolaire.

Et on peut déjà dire que ce dernier ouvrage, « la peur du déclassement » est dans la droite lignée de ses prédécesseurs. La thèse est ambitieuse mais solidement argumentée et place au final les bases du débat à un niveau élevé.

La thèse de l’auteur est la suivante : si la peur du déclassement n’a cessé de progresser durant cette dernière décennie pour atteindre son paroxysme durant la crise (en 2008 un sondage indiquait que 48% des français estimait possible le fait de devenir SDF), ce n’est pas parce que le risque de perdre son statut est plus grand qu’auparavant, mais parce que les pertes induites n’ont jamais été aussi importantes.

Eric Maurin construit son analyse en s’appuyant sur deux périodes de récession (celle de 1973 et de 1993) qu’il considère comme déterminantes pour comprendre le contexte actuel.

L’émergence d’une société à statuts

La première partie du livre traite principalement de la récession de la fin des années 1970 qui suit le choc pétrolier. Elle est marquée par l’émergence d’une société aux statuts caractérisés par différents degrés de protection.

L’auteur montre comment les autorités politiques, convaincues que la montée du chômage ne serait qu’un phénomène temporaire, ont renforcé la protection de l’emploi (contrôle administratif des licenciements, garanties de progressions salariales du SMIC) conduisant, à quelques modifications près, au contrat CDI tel qu’on le connait aujourd’hui.

Au final, et contrairement aux idées reçues, l’essoufflement de la croissance suite au choc pétrolier de 1973 s’est traduite en France par une réponse conservatrice en matière d’emploi et non par une réponse de type thatchérienne.

Cette évolution des conditions de travail induit naturellement une augmentation importante du coût réel des embauches au salaire minimum, qui a doublé entre le début des années 1970 et le début des années 1980.

Le problème est que la productivité des nouveaux venus sur le marché du travail n’a pas suivi la même progression. De ce fait, le chômage des jeunes non qualifiés a continué de grimper rapidement sur cette même période, et ce malgré la reprise économique, causant une inégalité croissante entre les salariés déjà en emploi et ceux qui ne l’étaient pas encore.

Lorsque le gouvernement s’est rendu compte que la problématique du chômage n’était pas temporaire (le taux de chômage des personnes entrées sur le marché du travail depuis moins de 5 ans atteint 22% en 1980 contre 13% en 1975), il a décidé de mettre en place un module complémentaire destinée aux nouveaux venus et plus généralement adressé à ceux qui sont en marge du marché du travail.

C’est la naissance du CDD, dont le caractère protecteur est certes inférieur à celui d’un CDI mais qui permet à ceux qui en sont titulaires de rester relativement proches du noyau stable du monde du travail.

Ainsi, au début des années 2000, seuls 15% des chômeurs obtiennent d’une année à l’autre un emploi protégé contre plus de 30% pour les titulaires d’un CDD. Deux tiers restent au chômage contre un cinquième dans le cas des CDD.

En dernière analyse, d’une année sur l’autre, les salariés en CDD sont deux fois plus proches d’un emploi protégé, et trois fois plus éloignés du chômage qu’un sans emploi. Quand aux titulaires d’un CDI, ils sont 3% à perdre d’une année sur l’autre leur travail. Une telle discontinuité des statuts a une répercussion forte : la peur de perdre durablement son statut.

De plus, à cette discontinuité des statuts, se superpose une inégale destinée face aux récessions. Alors qu’en période de croissance le CDD offre une opportunité plus forte d’être en CDI dans l’année qui suit que d’être au chômage, la tendance s’inverse en période de récession. Ceci s’explique aisément par le fait que le CDD est utilisé comme première variable d’ajustement des effectifs.

En revanche, pour les détenteurs de CDI, le risque de perdre son statut n’augmente que très marginalement (il atteint 3,9% durant la récession de 1993). Quand aux sans emploi, la probabilité d’obtenir un CDI dans l’année tombe à 13%. Bref, perdre son statut en période de récession induit le risque d’être durablement exclu du noyau central du marché du travail.

Lorsque l’on s’intéresse aux personnes qui subissent l’ajustement pendant les périodes difficiles, le verdict est sans appel : les jeunes embauchés (moins de 5 ans) subissent de plein fouet les crises tandis que ceux disposant d’une ancienneté de 10 à 15 ans restent très protégés.

Entre 2001 et 2006, l’écart de taux de chômage entre ces deux catégories s’accroît de près de 6 points, soit autant qu’entre 1975 et 1980. De fait, rien n’a changé. L’essentiel des ajustements à la conjoncture économique reste supporté par les nouveaux venus et donc les jeunes.

Tous ces chiffres manifestent la prégnance du statut sur le marché du travail. Elle implique une peur insidieuse de le perdre pour ceux en disposent aujourd’hui, ou de ne pas l’acquérir pour les jeunes. Le problème d’un modèle qui répartit de manière aussi inégalitaire l’insécurité sociale est qu’il rend impossible de réformer en profondeur le marché du travail sans donner l’impression de léser une génération au profit d’une autre.

La fonction publique comme refuge

Dans la seconde partie de son ouvrage, Eric Maurin s’attarde sur la récession de 1993. Selon lui, elle scelle un profond changement dans le rapport de la société française à l’emploi et à l’école. En effet, jusqu’en 1992, sous l’effet de la démocratisation scolaire, les diplômés du supérieur affluent massivement sur le marché du travail.

Ces flux de travailleurs qualifiés sont essentiellement absorbés par le secteur privé sans que l’on note un quelconque déclassement. La part des diplômés de l’enseignement supérieur travaillant depuis moins de 5 ans et disposant d’un statut de cadre reste constante. L’auteur explique cette évolution comme la résultante d’un phénomène désormais bien connu des économistes du travail : l’important brassage de l’emploi inhérent aux économies développées.

Ainsi, l’économie française détruit chaque année environ deux millions d’emplois et en crée autant. Cette modification permanente de la structure productive induit une adaptation instantanée à l’offre de travail. Si les compétences augmentent, le nombre d’emplois qualifiés augmente. L’auteur reste cependant prudent dans sa démarche car la relation causale ne peut être solidement démontrée, mais le faisceau de présomptions dans cette direction est convergent et cohérent.

Par exemple, dans les années qui suivent 1993, comparativement à la décennie précédente, le nombre d’emplois de cadres augmente dans les mêmes proportions que le nombre de diplômés du supérieur.

Dans le secteur public, la donne est complètement différente : la qualité et le nombre d’emplois ne subissent pas une telle dynamique et restent donc indépendante de la nature de l’offre de travail.

Or, lorsque que la récession frappe la France en 1993, les diplômés du supérieur, inquiets du chômage grandissant dans le secteur privé, et donc de l’impossibilité d’acquérir rapidement dans un tel contexte un statut stable, s’orientent massivement vers la fonction publique.

Ce mouvement implique un allongement des files d’attente devant les principaux concours. Le secteur public n’étant pas capable de s’adapter à la nature de l’offre de travail, les nouveaux fonctionnaires sont souvent surqualifiés compte tenu de leur diplôme.

Cette massification de la fonction publique implique qui plus est une progression de carrière plus difficile. Si la probabilité d’être cadre au sein de la fonction publique dans les 5 années suivant la sortie de l’école pour un diplômé du supérieur était de 64% avant 1993, il est de 43% en 2003. Dans le secteur privé, le chiffre passe de 59% a 53%.

Cette compétition féroce pour la sécurité de l’emploi implique un ressentiment profond des salariés du public lorsque qu’on cherche à remettre en cause des statuts si difficilement acquis.

Eric Maurin montre que cette évolution est à la base de l’essor du syndicalisme contestataire (SUD notamment) et du rejet du traité constitutionnel européen de 2005.

Dans un contexte social en tout point similaire à celui du traité de Maastricht, et en dépit d’une structure sociétale favorable au « oui » (les cols blancs, qui avaient majoritairement voté « oui » en 1993, représentent une part plus importante de l’électorat en 2005), le résultat du vote fut diamétralement opposé.

Une analyse fine du comportement des votants montre que la différence de résultat final tient à un phénomène précis : en 1993, au sein d’un canton électoral, une augmentation de 5 points de la part des classes moyennes du secteur public au détriment des classes moyennes du secteur privé a induit une hausse de 2,5 points de « oui ». En 2005, le même changement de proportion a impliqué une augmentation du « non » de l’ordre de 0.5 point.

Cette peur diffuse d’un hypothétique déclassement lié aux réformes libérales de l’Union Européenne a clairement catalysé le vote des classes moyennes du public sur le « non ». Ce vote marque ainsi le décrochage des classes moyennes vis-à-vis des classes supérieures de ce pays.

L’exorbitante valeur des diplômes

Déjà longuement traité par celui-ci dans la « nouvelle question scolaire », Eric Maurin revient sur le débat autour de la valeur des diplômes. Une idée répandue est que la démocratisation scolaire aurait entrainé une réduction de la valeur des diplômes. Eric Maurin pense au contraire que ceux-ci n’ont jamais été aussi importants.

Encore une fois, l’argumentation chiffrée est implacable. L’exposition au chômage des diplômés du supérieur est de 30 points plus faible que celle des non diplômés (le taux de chômage des diplômés du supérieur était de 7% en 2008 contre 42% pour les non diplômés), soit un accroissement de l’ordre de 20 points de l’écart entre les deux catégories depuis 1975.

L’auteur va même plus loin en montrant que les écarts initiaux ne réduisent pas avec le temps mais ne font que s’accroître. En bref, du diplôme dépend la trajectoire sociale de l’individu.

Sur le plan qualificatif, les chiffres sont tout aussi saisissants. Les diplômés de l’enseignement supérieur présents sur le marché du travail depuis moins de 5 ans ont 85% de chances d’être cadre, contre 27% pour les titulaires du baccalauréat.

Au regard de ces chiffres, une question s’impose. Où est le déclassement ? De plus, en cas de récession, les diplômés du supérieur peuvent « échanger » un CDD de cadre contre un CDI de profession intermédiaire ou bien se diriger vers la catégorie B de la fonction publique, repoussant l’ajustement du marché du travail essentiellement sur les travailleurs peu qualifiés. A l’évidence, cette particularité fait davantage office de stratégie que de renoncement forcé tant la prégnance du statut stable est forte au sein de la société française.

Enfin, quand on s’intéresse à la question de l’ascenseur social, on se rend compte que celui-ci n’est pas en panne et loin de là. Si on constate que l’exposition au chômage reste largement hiérarchisée selon la CSP des parents, les écarts ont été réduits de moitié depuis les années 1980 (de 18 à 9 points entre les enfants d’ouvriers et les enfants de cadre).

Cela résulte sans aucun doute de la démocratisation scolaire puisqu’on constate une évolution très similaire pour l’accès au statut de cadre. Finalement, Eric Maurin dépeint très clairement une situation dans laquelle la valeur des diplômes n’a rien en décliné dans le temps. Bien au contraire, le diplôme décide de toute trajectoire sociale. Echouer dans ses études, c’est s’engager dans le monde du travail avec un retard qui ne fera que s’accroître.

Et maintenant, que faire ?

La récession actuelle semble reproduire les mêmes comportements. Le déclassement effectif reste marginal (environ 1.9% de la population active sur les 12 mois menant au premier trimestre 2009 étaient au chômage à la suite de la perte d’un emploi stable).

Cependant, les autorités politiques cherchent à protéger davantage les protégés (la gauche proposait il y a peu encore le contrôle administratif du licenciement tel qu’il existait dans les années 1980 tandis que le gouvernement en place n’a cessé d’apporter des aides supplémentaires tout en introduisant de nouvelles protections contre le licenciement économique).

Eric Maurin présente cette attitude comme purement rationnelle dans la mesure où la multiplication des déclassés signerait « l’arrêt de mort » du contrat implicite actuel. Celui qui stipule que tout statut chèrement acquis doit être protégé, tant sa perte peut être durablement néfaste à la trajectoire sociale des individus. Mais le risque est une polarisation supplémentaire de la société française et une anxiété sous-jacente accrue.

Quels sont les remèdes possibles à cette situation ? Tenter d’apporter une réponse à cette question passe par l’étude des différents modèles de protection de l’emploi. Les diverses études montrent en effet à quel point le modèle français est anxiogène.

Il en est de même pour des pays comme le Portugal ou l’Italie qui disposent de principes de protection de l’emploi similaires. Ces principes conduisent à une profonde inégalité entre ceux déjà en emploi stable et les autres.

Les modèles anglo-saxons permettent quant à eux une plus grande fluidité d’entrées et de sorties sur le marché de l’emploi (périodes de chômages bien moins longues mais plus fréquentes) mais s’accompagnent de fortes inégalités salariales.

Eric Maurin ne cache pas sa préférence pour les modèles nordiques où se combinent faible protection de l’emploi, fortes indemnités de chômage, et faible anxiété quand au devenir professionnel.

Mais il a bien conscience des difficultés d’importer en bloc tout un modèle et reste finalement humble dans ses préconisations. Déconstruire sans heurts une société des statuts est un processus bien délicat qui prendra du temps.

Les forces politiques et sociales doivent d’abord accepter le fait « qu’en accroissant sélectivement la protection dont jouissent les salariés à statut, on tend à augmenter l’insécurité sociale pour l’ensemble de la société, particulièrement en temps de crise ». Nous en sommes encore loin.

Une fois le livre refermé, on réfléchit à ce qu’on pourrait contester dans l’analyse de Maurin. Les démonstrations sont présentées et chiffrées de manière implacable. On pourrait regretter l’absence de prise en compte du sort des travailleurs âgés, mais il n’en demeure pas moins qu’on est au final convaincus par la thèse de l’auteur.

La protection de l’emploi crée de fait une société à statut, source de profondes inégalités. La peur du déclassement est le prix à payer dans ce type de société. Mettre fin à une telle situation passe nécessairement par la déconstruction des statuts : on ne peut être que circonspect quant à la manière de procéder…

L’économie de marché, otage de la peur

Bernard Maris Mardi 7 Octobre 2008 à 08:13

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Le marché est dépendant de la psychologie des foules : la moindre angoisse ou perte de confiance, et tout s’effondre.

L’économie de marché, malade de la peur

Faut-il créer une cellule psychologique pour les traders, brokers, et autres golden boys ? Cela se fait à Londres, on soigne psychologiquement les boursicoteurs licenciés ou traumatisés par la crise financière.

Ainsi la psychologie vient au secours de l’économie. Ces jeunes gens grassement payés étaient derrière leur écran d’ordinateur, le téléphone à l’oreille et donnaient des ordres d’achat et de vente, spéculaient en espérant que les valeurs qu’ils traitaient monteraient, car leurs « bonus », leurs fameux « bonus » qu’ils dépensaient en voitures, appartements et objets de luxe dépendaient de leur capacité à faire flamber la Bourse.

Or derrière toutes ces transactions il y avait des contreparties, des entreprises qui se restructuraient, des fusions, des délocalisations, des logements qu’on achetait, bref ce que l’on appelle de l’économie réelle, alors qu’eux restaient dans le virtuel.

Et voilà que le principe de réalité les rattrape… Et nous sommes en pleine psychologie. On peut dire que les banques faisaient un déni de réalité.

A moins que leurs dirigeants n’aient profité de leur connaissance approfondie du marché avant les autres, pour prendre l’argent et partir avant que le système ne s’écroule, mais franchement qui pourrait le croire…

Les golden boys eux retrouvent la réalité du chômage, et le marché qu’ils avaient tant idolâtré ne leur a pas rendu leur dévotion. Mais au-dessus des problèmes individuels il y a la question de la foule.

Un marché moutonnier

La psychologie des foules est finalement le grand moteur de l’économie. Le marché ce n’est pas l’offre et la demande, comme le croient les vieux économistes, mais le mouvement de foule.

La foule heureuse, confiante, qui achète, et favorise une bulle, la foule qui panique et favorise un effondrement. Il n’y a pas plus moutonnier qu’un marché.

Tout marché est dominé par l’imitation, le mimétisme. Le buzzing, le bouche à oreille, la rumeur favorisent le mimétisme. Vous même quand vous recommandez un livre favorisez l’imitation et la propagation de la rumeur.

La mode n’est pas autre chose que du mimétisme, de la passion et jamais de la raison. Et en ce moment les boursiers se disent : oh la la, si le plan de sauvetage est aussi gros, c’est que la situation est beaucoup plus catastrophique que l’on ne croyait ! Vendons, vendons !

Cependant, il faut bien mettre son argent quelque part, et les banques sont en train de lorgner sur les énergies renouvelables. L’éolien et le photovoltaïque en particulier, sont très demandés par les banques américaines. D’ici à voir un crash de l’éolien dans cinq ans… C’est un pas que nous ne franchirons pas.

Reste la morale de l’histoire : le capitalisme ne connaît aucune pédagogie, pas même celle de la catastrophe.

La phrase du jour : « L’économie c’est 50% de statistique, 50% de psychologie » Jacques Delors.

Retrouvez les chroniques de Bernard Maris sur France Inter.

LIENS

" Ce que finit par entraîner la peur de ... à moins que..." © Baudouin Labrique

Quatre Français sur dix ont peur de perdre leur emploi

La peur d’une rechute de l’économie mondiale agite les marchés

L’économie de la peur

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